‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 56 sur 325 · UN LORD · texte numérisé non relu

UN LORD

— Je fais le même vœu, parjure Aumerle; - et je te provoque par tous les démentis — qui peuvent être hurlés à ton oreille traîtresse- d'un soleil à l'autre. Voici le gage de mon honneur ; — mets-le à l'épreuve, si tu l'oses,

AUMERLE

— Qui me défie encore?par le ciel, je jette le gant à tous:

— j'ai dans ce seul cœur mille esprits — pour tenir tête à vingt mille comme vous.

SURREY

— Milord Fitzwater, je me rappelle très-bien — le moment où vous causiez avec Aumerle.

FITZAYÂTER.

— Il est vrai, milord; vous étiez présent, — et vous pouvez certifier que mon rapport est vrai.

SURREY

— Aussi faux, par le ciel, que le ciel même est vrai.

FITZWATER

— Surrey, tu mens.

SURREY

Enfant sans honneur ! — Ce démenti pèsera à mon épée —jusqu'à ce qu'elle t'ait puni par une vengeance éclatante, —jusqu'à ce que toi, le donneur de démenti, et ton démenti, vous dormiez — sous terre aussi profondément que le crâne de ton père. — En foi de quoi, voici le gage de mon honneur; — mets-le à l'épreuve, si tu l'oses.

FITZWATER

— Insensé qui éperon neâ un cheval emporté ! — Si j'ose manger, boire, respirer et vivre, — j'oserai affronter Surrey dans tin désert, —et cracher sur lui en lui disant : tu mens,

— tu mens, tu mens ! Voici qui m'engage sur ma foi — à t'hifliger une solide correction !

ïl jette son gant.

— Comme je prétends prospérer dans ce monde oià j'entre, — Aumerle est coupable de ce dont je l'accuse. — En outre, j'ai entendu dire au banni Norfolk — que toi, Aumerle, tu avais envoyé deux de tes hommes — pour exécuter le noble duc à Calais.

AUMERLE

— Que quelque honnête chrétien me prête un gage pour déclarer — que Norfolk en a menti ! En voici un que je lui

ÉtÈm xifi. 155

jette, — âii ces oii il serait rappelé pour défendre soii honneur.

BOLINGBROKÈ.

— Toutes ces querelles resteront en suspens — jusqu'à ce que Norfolk soit rappelé : oui, il sera rappelé, — et, quoique mon ennemi, rétabli — dans toutes ses terres et seigneuries. Quand il sera revenu, — nous le mettrons aux prises avec Aumerle.

l'évêque de câhlisle.

-- Ce jotir honorable ne viendra jamais. — Maintes fois Norfolk banni a combattu — pour Jésus-Christ ; maintes fois, dans le champ glorieux du christianisme , — il a arboré l'étendard de la foi chrétienne — contre les noirs païens. Turcs etSarfasins. — Enfin, fatigué de ses travaux de guerre, il s'est retiré — en Italie; etlà,àVenise,ila remis — son corps â la terre de ce beau pays, — et son âme pure au Christ son capitaine, — sous les couleurs duquel il avait si longtemps combattu.

BOLINGBROKE

— Comment ! évêque, Norfolk est mort !

l'évêque de CARLISLE.

Aussi sûrement que je suis vivant, milord.

BOLINGBROKE

— Qu'ufle bienheureuse paix conduise son âme bienhetireuse au sein — du bon vieil Abraham !... Lords appelants, — toutes vos querelles resteront en suspens, — jusqu'à ce que nous vous ayons assigné vos jours d'épreuve.

Entrent York et sa suite.

YORK

— Puissant duc de Lancastre,je viens à toi — de la part du décoùronné Richard qui, de sa pleine volonté, — t'adopte pour héritier et remet son auguste sceptre — en la possession de ta royale main. - Monte sur le trône que tu hérites

dès à présent de lui, — et vive Henry, quatrième du nom !

BOLINGBROKE

— Au nom de Dieu, je vais monter sur le trône royal. l'évêque de carlisle.

Ah î à Dieu ne plaise ! — Mes paroles dussent-elles sembler mauvaises à ce royal auditoire, — il est bon qu'avant tout je dise la vérité. — Plût à Dieu qu'il y eût dans cette noble compagnie un homme — assez noble pour être le juge loyal — du noble Richard ! Alors la vraie noblesse — lui apprendrait à s'abstenir d'une aussi affreuse iniquité. — Quel sujet peut prononcer une sentence sur son roi ? — Et, entre ceux qui siègent ici, qui n'est pas sujet de Richard? — On ne juge pas les voleurs sans les entendre , — quelque évident que paraisse leur crime ; — et l'image de la majesté de Dieu, — son Heutenant, son intendant, son représentant élu, — l'oint du Seigneur, couronné, installé depuis maintes années, — sera jugé par une bouche sujette et inférieure, — sans être même présent ! Ne permettez pas, ô mon Dieu, —que, dans une région chrétienne, des âmes civilisées

— donnent le spectacle d'un forfait aussi odieux, aussi noir, aussi infâme ! — C'est à des sujets que je parle, et que je parle en sujet, — enhardi par Dieu même à défendre son roi. — Milord de Hereford que voici, et que vous appelez roi, —est un félon, traître au roi de l'altier Hereford ! — Et si vous le couronnez, je vous prédis ceci: —le sang anglais engraissera la terre, — et les âges futurs gémiront de cet odieux forfait.

— La paix ira dormir chez les Turcs et les infidèles ; — et, en ce séjour de la paix, des guerres tumultueuses — jetteront dans la mêlée famille contre famille, parents contre parents. — Le désordre, l'horreur, l'épouvante et la révolte

— habiteront ici ; et ce pays sera appelé — le Golgotha des crânes humains ! — Oh ! si vous élevez cette maison contre cette maison, — ce sera la plus désastreuse anarchie— qui soit jamais tombée sur cette terre maudite, - Empêchez cela,

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