‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 57 sur 325 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

résistez à cela, que cela ne soit pas ! — Les enfants de vos petits enfants crieraient sur vous : Malédiction ! (17)

NORTHUMBERLAND

— Vous avez bien disserté, monsieur; et, pour votre peine, — nous vous arrêtons ici comme coupable de haute trahison. — Milord de Westminster, chargez-vous — de le tenir sous bonne garde jusqu'au jour de son procès. — (18) Daignez, milords, accéder à la requête des communes.

BOLINGBROKE

— Qu'on aille chercher Richard, pour qu'à la vue de tous — il puisse abdiquer : nos procédés ainsi — ne seront pas suspects.

YORK

Je vais être son guide.

Il sort.

BOUNGBROKE.

— Lords, qui êtes ici arrêtés par nos ordres, — donnez caution de vous présenter au jour désigné.

A l'évêque de Carlisle.

— Nous devons peu à votre affection, — et nous comptions peu sur votre concours.

Rentre York, accompagné de Richard et de plusieurs officiers portant la couronne et les insignes de la royauté.

— Hélas ! pourquoi suis-je mandé devant un roi , — avant d'avoir secoué les royales pensées — dans lesquelles je régnais? J'ai à peine appris — à insinuer, à flatter, à saluer et à plier le genou : — donnez à la douleur le temps de m'initier — à cette soumission.

Il regarde autour de lui.

Mais je me rappelle bien — les traits de ces hommes : n'étaient-ils pas à moi ? — Naguère ne me criaient-ils pas tous : salut ? — C'est ce que Judas cria au Christ ; mais lui,

sur douze, — trouva onze fidèles ; moi, sur douze mille, pas un ! — Dieu sauve le roi !.. . Est-ce que personne ne dit : Amen? — Suis-je à la fois le prêtre et le clerc? Eh bien, soit ! Amen ! — Dieu sauve le roi ! quoique je ne sois plus le roi! —Et amen encore, quand le ciel voudrait que je le fusse toujours! —Pour quel emploi m'envoie-t-on chercher ?

YORK

— Pour accomplir , de ton plein gré, — ce qu'une majesté fatiguée t'a fait offrir, — la cession de ta dignité et de ta couronne — à Henry Bolingbroke.

— Donnez-moi la couronne... Là, cousin, prends la couronne : — je la tiens de ce côté, tiens-la de l'autre. — Maintenant cette couronne d'or est comme un puits profond

— auquel sont attachés deux seaux, remplis l'un après l'autre : l'un, vide, s'agitant sans cesse en l'air, — l'autre, en bas, disparu et plein d'eau. ~ Le seau d'en bas, plein de larmes, c'est moi, — abreuvé de douleurs ; le seau qui monte, c'est vous.

BOLINGBROKE

— Je croyais que vous abdiquiez de votre plein gré.

— Ma couronne, oui ; mais mes chagrins me restent. — Vous pouvez me destituer de ma gloire et de ma puissance,

— mais non de mes chagrins : je suis toujours roi de ceux-là.

BOLINGBROKE

— Vous me transmettez une partie de vos soucis avec votre couronne.

— Vos soucis, en s'augmentant, ne m'enlèvent pas mes soucis. —Ce qui fait mon souci, c'est la perte de mes vieux soucis ; — ce qui fait votre souci, c'est le gain de nouveaux

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soucis.— Je garde les soucis même que je cède : — ilssui^ vent la couronne, et pourtant ils me restent.

BOLINGBROKE

— Êtes- vous consentant de renoncer à la couronne?

— Oui... et non, car je ne dois plus rien être; — non, non, car je renonce pour toi à être ce que je suis. — Remarque maintenant comme je vais me dépouiller : — je retire ce lourd diadème de ma tête, — ce sceptre incommode de ma main, — et de mon cœur l'orgueil du pouvoir royal.

— Avec mes propres larmes je me lave de l'onction sainte ;

— de mes propres mains j'enlève ma couronne; — de ma propre bouche j'abjure ma dignité sacrée ; — de ma propre voix j'annule tous les serments de fidélité, — j'abdique toute pompe et toute majesté, — j'abandonne mes manoirs, rentes et revenus, — je rapporte mes actes, décrets et statuts. — Que Dieu pardonne tous les serments violés envers moi ! — Que Dieu maintienne inviolables tous les serments à toi prêtés! — Qu'il ne m'afflige plus de rien, moi qui n'ai plus rien, — et qu'il t'exauce en tout, toi qui as tout acquis ! — Puisses-tu vivre longtemps assis sur le trône de Richard, — et puisse Richard être bientôt couché dans un trou sous la terre! ^ Dieu sauve le roi Henry, c'est le vœu de l'ex-roi Richard ! — Dieu veuille lui accorder maintes années de jours radieux ! — Que me reste-t-il à faire ?

NORTHUMBERLÂND, 'ni présentant un papier.

Il vous reste à lire — ces accusations, ces crimes graves

— commis par votre personne et par vos familiers — contre l'État et les intérêts de ce pays, — afin que par cette confession la conscience de tous — soit convaincue que vous êtes justement déposé.

— Le faut-il ? faut-il que je dévide — l'écheveau de mes

folies ? Bon Northumberland, — si tes fautes étaient enregistrées, — serais-ta pas humilié d'en donnerlecture — devant une si noble compagnie ? Si tu le faisais, - tu y trouverais un odieux article, — contenant la déposition d'un roi — et la rupture violente d'un serment sacré, — marqué pour la damnation dans le livre descieux !.. -Oui, toi, et vous tous qui impassibles me regardez ici — harcelé par ma misère !

— Qu'importe qu'il y en ait parmi vous qui, comme Pilate, se lavent les mains, — en montrant un semblant de pitié!... Vous-mêmes, Pilâtes, —vous m'avez livré à ma croix amère,

— et nulle eau ne pourra laver votre péché.

NORTHUMBERLAND

— Dépêchez, milord ; lisez ces articles.

— Mes yeux sont pleins de larmes, je ne puis y voir. — Et pourtant l'eau amère ne les aveugle pas au point— qu'ils ne puissent voir ici un tas de traîtres! — Oui, si je tourne mes regards sur moi-même, — je me trouve traître comme le reste : — car j'ai donné ici le consentement de mon âme

— pour dépouiller le corps sacré d'un roi ; — j'ai avili la gloire , asservi la souveraineté , — assujetti la majesté suprême et encanaillé le pouvoir !

NORTHUMBERLAND

— Monseigneur...

— Je ne suis pas ton seigneur, homme hautain et insolent ! — Je ne suis le seigneur de personne ! — Je n'ai pas de nom, pas de titre, — (non, pas même le nom qui me fut donné sur les fonts baptismaux), — qui ne soit usurpé... Hélas! quel malheur! — avoir traversé tant d'hivers, — et ne pas savoir de quel nom m'appeler ! Oh ! que ne suis-je un dérisoire roi de neige, —exposé au soleil de Bolingbroke,

— pour me fondre tout en eau !... — Bon roi... grand roi, (et pourtant pas grandement bon), - si ma parole a encore

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