SCÈNE XIV
— regagner dans un monde nouveau la couronne — que nos heures profanes nous ont enlevée ici-bas.
LA REINE
— Quoi ! mon Richard est-il changé et affaibli — d'esprit, comme de corps ? Bolingbroke a-t-il — détrôné ton intelligence? A-t-il été jusqu'à ton cœur? — Le lion mourant allonge sa griffe — et blesse la terre, à défaut d'autre chose, dans sa rage— d'être maîtrisé : et toi, comme un écolier, — tu prends la correction en patience ! tu baises la verge, — et tu rampes sous l'outrage avec une basse humilité, — toi, le lion, toi, le roi des animaux!
— Roi des animaux, en effet! Si je n'avais régné sur deâ brutes, — je serais toujours l'heureux roi des hommes ! — Chère ex-reine, prépare-toi à partir pour la France, — suppose que je suis mort et que tu reçois ici, — comme à mon lit de mort, mon dernier adieu ! — Dans les longues nuits d'hiver, assieds-toi près du feu — avec de bonnes vieilles gens, el fais-leur conter les récits — des âges de malheur dès longtemps écoulés ; — puis, avant de leur dire bonsoir, comme réplique à leur triste histoire, — conte-leur ma chute lamentable, -et renvoie-les en larmes à leurs lits. —Les ti-= sons insensibles eux-mêmes, sympathiquement émus — par l'accent douloureux de ton langage, — laisseront leur flamme éplorée s'éteindre de compassion, —et se couvriront, les uns de cendre, les autres, d'un noir charbonnement,
— pour prendre le deuil du roi légitime détrôné !
Entrent Northumberland et sa suite.
NORTHUMBERLAND
— Milord, les intentions de Bolingbroke sont changées :
— vous irez à Pomfret, non à la Tour. — Et pour vous