‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 63 sur 325 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

— Oui, il faut que la main s'éloigno de la main, mon amour, le cœur du cœur !

LA REIKE, à Norllmmberland.

— Bannissez-nous tous deux, et renvoyez le roi avec moi.

NORTHUMBERLÂND.

— Ce serait charitable, mais peu politique.

LA REINE

— Eh bien! laissez-moi aller où il ira.

— Deux infortunes qui pleurent à la fois n'en font qu'une. —Pleure-moi en France, je te pleurerai ici; — mieux vaut être éloignés l'un de l'autre que rapprochés sans satisfaction possible. —Va, compte tes pas par des soupirs ; je compterai les miens par des sanglots.

LA REINE

— Mon chemin étant le plus long rendra ma plainte la .plus longue.

— Mon chemin étant le plus court, je sangloterai deux fois à chaque pas, — et j'allongerai la route par un surcroît de désespoir. — Allons, allons, cessons de faire la cour à la douleur; - car, quand on épouse la douleur, c'est pour bien longtemps. — Qu'un baiser nous ferme la bouche dans

un muet adieu !

Ils s'embrassent.

— Ainsi je te donne mon cœur et te prends le tien.

LA REINE

— Rends-moi le mien; ce ne serait pas bien à moi — de garder ton cœur et de le déchirer.

Ils s'embrassent do nouveau.

— Maintenant que j'ai roprisle mien, pars, -que je iàche de le déchirer dans un sanglot!

168 RICHiRD II.

— Nous agaçons le malheur par ces folles lenteurs. — Encore une fois, adieu... Que notre douleur dise le reste !

Ils sortent.

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