‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 81 sur 325 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

[Londres. Le palais du roi.]

Entrent le roi Henry, Westmoreland, sir Walter Blunt et d'autres courtisans,

LE ROI

— Tout frémissants, tout pâles encore d'inquiétude, — laissons la paix effarée respirer un moment, — et reprendre rapidement haleine pour les nouvelles luttes — qui vont commencer sur de lointains rivages. — Désormais cette terre altérée — ne teindra plus ses lèvres crevassées du sang de ses enfants; la guerre ne sillonnera plus nos plaines de tranchées, — n'écrasera plus nos fleurs sous les sabots ferrés — des charges ennemies. Ces fronts hostiles, — qui, comme les météores d'un ciel troublé, — tous de même nature, tous formés de la même substance, — se heurtaient naguère dans la mêlée intestine — et dans le choc furieux d'une tuerie fratricide, — désormais harmonieusement unis dans les mêmes rangs, — marcheront tous dans le même sens, et cesseront d'opposer — les amis aux amis, les parents aux parents, les alliés aux alliés. — La lame de la guerre ne blessera plus son maître, — comme un couteau mal rengainé. Maintenant donc, amis, — c'est sur le tombeau lointain du Christ, — que, soldat enrôlé au service delà croix divine, —nous voulons conduire les guerriers

anglais ; — leurs bras ayant été moulés dans la matrice de leurs mères — pour chasser les païens des plaines saintes que foulèrent les pieds divins — qui, il y a quatorze cents ans, furent cloués, — pour notre salut, sur la croix amère ! — Mais ce projet est déjà vieux d'un an, — et il va sans dire que nous l'accomplirons. —Ce n'est pas pour le discuter que nous nous réunissons... Donc, — mon beau cousin Westmoreland, apprenez-moi — ce qu'a décidé hier soir notre conseil — pour hâter une expédition si chère.

WESTMOREUND.

— Mon suzerain, la question était chaudement agitée, — et plusieurs états de dépenses étaient déjà arrêtés, — hier soir, quand à la traverse est arrivé - un courrier du pays de Galles, chargé de graves nouvelles. — La pire de toutes, c'est que le noble Mortimer, — qui conduisait les hommes de l'Herefordshire — contre l'irrégulier, le sauvage Glendower, — a été fait prisonnier par la rude main de ce Gallois. — Mille de ses gens ont été massacrés, — et sur leurs cadavres de telles violences, — de si brutales, de si honteuses mutilations — ont été commises par les Galloises qu'on ne peut — les redire ni en parler sans rougir.

LE ROI

— Et il paraît que la nouvelle de ce combat —aurait suspendu nos préparatifs pour la Terre Sainte.

WESTMORELAND

— Oui, cette nouvelle aggravée par d'autres, mon gracieux seigneur. — Car il en est venu du nord de plus défavorables — et de plus fâcheuses. Voici ce qu'on rapporte. — Le jour de la Sainte-Croix, le vaillant Hotspur, - le jeune Harry Percy et le brave Archibald, — cet Écossais de vaillance éprouvée, — ont eu une rencontre à Holmédon. — La journée a dû être sérieuse et sanglante, — à en juger par les décharges de leur artillerie : - c'est la conjecture du porteur de la nouvelle — qui, au moment le plus chaud — de cette

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