‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 88 sur 325 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

[Le palais du roi.]

Entrent le roi Henry, Northumberland, Worcester, Hotspur, sir Walter Blunt et autres.

— Mon sang a été jusqu'ici trop froid et trop calme — pour s'émouvoir de tant d'indignités. — Vous en avez fait répreuve ; et voilà pourquoi — vous abusez de ma patience. Mais soyez-en sûrs, — je veux désormais prendre conseil de mon rang, — en me montrant puissant et formidable, et non plus de mon caractère— qui a été onctueux comme l'huile, souple comme le jeune duvet, — et qui a conséquemment perdu ses titres au respect — que les âmes hautaines n'accordent jamais qu'à la hauteur.

WORCESTER

— Notre maison, mon souverain seigneur, n'a guère mérité — les coups du pouvoir, — de ce pouvoir même que nos propres mains — ont contribué à rendre si imposant.

NORTHUMBERLAND

— Milord...

LE ROI

Worcester, va-t-en, car je vois la menace — et la désobéissance dans ton regard. Ah ! monsieur, — votre attitude est par trop hardie et par trop péremptoire, — et la majesté royale ne saurait tolérer — la maussade frontière d'un sourcil vassal. — Vous êtes libre de nous délivrer de votre présence ; quand nous aurons besoin — de vos services et de vos conseils, nous vous enverrons chercher.

Worcester sort.

A Northumberland.

— Vous alliez parler.

NORTHUMBERLAND

Oui, mon bon seigneur. Ces captifs, —réclamés au nom de Votre Altesse, — que Harry Percy a pris à Holmédon, — n'ont pas été, comme il le dit, aussi formellement refusés

— qu'on l'a rapporté à Votre Majesté. C'est donc à la malveillance ou à un malentendu — qu'il faut attribuer ce tort, et non à mon fils.

HOTSPUR

— Mon suzerain, je n'ai pas refusé les prisonniers. — Mais je me souviens que, quand le combat était fini, — quand j'étais altéré par la fureur et par l'extrême fatigue,

— hors d'haleine, défaillant, appuyé sur mon épée, — est survenu certain lord, propret, pimpant, — frais comme un fiancé , le menton rasé — et uni comme un champ fauché après la moisson. — Il était parfumé comme un modiste. — Et entre son index et son pouce il tenait — une boîte de senteur que tour à tour — il approchait, éloignait,

— puis rapprochait de son nez, qui, irrité enfin, -■ reniflait avec humeur... Et toujours il souriait et jasait; — et, comme les soldats passaient emportant les corps morts,

— il les traitait de malappris, d'impertinents marauds,

— pour oser amener ainsi un sale et désagréable cadavre — entre le vent et sa seigneurie. - Alors, en termes de gala et de belle dame, — il m'a fait maintes questions, et, entre autres choses, m'a demandé — mes prisonniers, au nom de Votre Majesté. — Moi, dans ce moment, tout souffrant de mes blessures qui s'étaient refroidies, — hors de moi, impatienté — d'être ainsi harcelé par ce godelureau, — j'ai répondu négligemment je ne sais quoi... — qu'il les aurait ou ne les aurait pas; car j'étais exaspéré — de le voir, si reluisant et si parfumé, — parler, avec un ton de dame d'atours, - de canons, de tambours, de blessures, Dieu

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