SCENE IL
cheval avec nous demain. J'ai une farce à jouer que je ne puis exécuter seul. Falstaff, Bardolphe, Peto et Gadshill (33) détrousseront les gens que nous avons traqués. Ni vous ni moi ne serons là ; mais, dès qu'ils auront le butin, si vous et moi ne les détroussons pas à leur tour, abattez cette tête de dessus mes épaules.
Mais comment nous séparerons-nous d'eux en route?
POINS
Eh bien, nous nous mettrons en route avant ou après eux, et nous leur indiquerons un rendez-vous, auquel il nous sera loisible de manquer ; et alors ils risqueront seuls le coup; et ils n'auront pas plus tôt fini que nous tomberons sur eux.
LE PRINCE HENRY
Oui, mais il est probable qu'ils nous reconnaîtront, à nos chevaux, à nos habits et à tout autre indice.
POINS
Bah ! pour nos chevaux, ils ne les verront pas, je les attacherai dans le bois; dès que nous les aurons quittés, nous changerons de masques; enfin, l'ami, j'ai des sarraux de bougran tout exprès pour cacher notre costume habituel.
LE PRINCE HENRY
Mais je crains qu'avec eux nous n'ayons affaire à trop forte partie.
POINS
Allons donc! il y en a deux que je connais pour les deux plus francs couards qui aient jamais tourné le dos ; et quant au troisième, s'il se bat plus longtemps que de raison, j'abjure la carrière des armes. L'effet de cette farce sera dans les incompréhensibles mensonges que nous débitera ce gros coquin, quand nous serons réunis à souper : comme quoi il se sera battu avec une trentaine au moins; à
quelles parades, à quelles bottes, à quelles extrémités il aura été réduit ; et c'est dans le démenti final qu'éclatera la plaisanterie.
C'est bon, j'irai avec toi; prépare tout ce qu'il nous faut, et rejoins-moi ce soir à East-Gheap : c'est là que je souperai. Adieu.
poms.
Adieu, milord.
Foins sort.
LE PRINCE HENRY, seul.
Je vous connais tous, et je veux bien me prêter quelque temps — à l'humeur effrénée de votre désœuvrement.
— En cela je veux imiter le soleil — qui permet aux nuages infimes et pestilentiels — de voiler au monde sa beauté,
— afin d'être admiré davantage, lorsqu'après s'être fait désirer, — il consent à reparaître — en dissipant les sombres et hideuses brumes — de vapeurs qui semblaient l'étouffer.
— Si les jours de fête remplissaient toute l'année, —le plaisir serait aussi fastidieux que le travail, —mais, venant rarement, ils viennent toujours à souhait ; — et rien ne plaît que ce qui fait événement. — Aussi, lorsque je rejetterai cette vie désordonnée, — et que je paierai la dette que je n'ai jamais contractée, — plus je dépasserai ma promesse, —plus j'étonnerai les hommes. — Et, comme un métal qui reluit sur un terrain sombre, — ma réforme, brillant sur mes fautes, — aura plus d'éclat et attirera plus les regards — qu'une vertu qu'aucun contraste ne fait ressortir. — Je veux faillir, mais pour faire de mes défaillances un mérite, —en rachetant le passé quand les hommes y compteront le moins.
Il sort.