‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 90 sur 325 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

le lui dire ; car je veux soulager mon cœur, — fût-ce au risque de ma tête.

NORTHUMBERLÂND.

— Eh quoi ! ivre de colère ! arrêtez un peu ; — voici votre oncle qui vient.

Rentre Worcester,

HOTSPUR

Ne plus parler de Mortimer ! — Sangdieu, je veux parler de lui ; et que mon âme — n'obtienne pas miséricorde, si je ne me joins pas à lui. — Oui, pour sa cause, j'épuiserai toutes ces veines, — je verserai le plus précieux de mon sang goutte à goutte dans la poussière, — ou j'élèverai Mortimer qu'on foule aux pieds — aussi haut que ce roi oublieux, —cet ingrat, ce gangrené Bohngbroke !

NORTHUMBERLAND à Worcester.

— Frère, le roi a rendu furieux votre neveu.

WORCESTER

— Qui donc a provoqué cette effervescence depuis mon départ ?

HOTSPUR

— Morbleu, il veut avoir tous mes prisonniers ; — et quand je l'ai pressé encore une fois de racheter — le frère de ma femme, alors ses joues ont pâli ; — et il m'a jeté à la face un regard meurtrier, — tout frémissant qu'il était au seul nom de Mortimer.

WORCESTER

— Jenepuisleblâmer. Mortimer n'a-t-il pas été proclamé — par feu Richard le prince du sang le plus proche (34) ?

NORTHUMBERLAND

— IU'a été: j'ai été témoin de la proclamation. —C'était à l'époque où le malheureux roi — (Dieu nous pardonne nos torts envers lui!) partit - pour cette expédition d'Ir-

Jande — dont il revint brusquement — pour être déposé et bientôt assassiné.

— Une mort à propos de laquelle la large bouche du monde — ne cesse de nous diffamer et de nous flétrir.

HOTSPUR

— Mais doucement, je vous prie. Le roi Richard a donc

— proclamé mon frère Edmond Mortimer — héritier de la couronne ?

NORTHUMBERLMD.

Oui : je l'ai entendu moi-même.

HOTSPUR

— Alors, je ne puis blâmer le roi son cousin — de désirer qu'il meure de faim dans de stériles montagnes. — Mais vous qui avez mis la couronne — sur la tête de cet homme oublieux, — et qui, pour lui, portez la tache odieuse

— d'une connivence meurtrière, sera-t-il dit — que vous subirez un monde de malédictions, — et que vous serez assimilés aux agents, aux instruments subalternes, — aux cordes, à l'échelle, au bourreau même qu'il emploie! — Oh ! pardonnez-moi, si je descends aussi bas — pour vous montrer le rang et la situation — où vous êtes ravalés sous ce roi subtil ! — 0 honte ! sera-t-il dit de nos jours, — sera-t-il écrit tout au long dans les chroniques à venir — que des hommes de votre noblesse et de votre puissance — se sont engagés dans une injuste cause, — comme vous l'avez fait tous deux, Dieu vous le pardonne ! — en abattant Richard, cette rose suave et charmante, — pour planter à sa place cette épine, cette ronce, Bolingbroke ? — Et, pour surcroît de honte, sera-t-il dit — que vous avez été dupés, écartés et repoussés — par celui pour qui vous avez subi toutes ces hontes? — Non! il est temps encore de racheter — votre honneur banni et de vous relever — dans l'estime du monde. — Yengez-vous des moqueries et des dé-

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