‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 91 sur 325 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

daigneux mépris — de ce roi altier, qui songe nuit et jour

- à s'acquitter de tout ce qu'il vous doit — par le sanglant paiement de votre mort. — Je dis donc. . .

WORCESTER

Silence, mon neveu, n'en dites pas davantage. — Maintenant, je vais ouvrir le fermoir d'un livre secret, — et lire à votre mécontentement, si prompt à tout saisir, —une œuvre profonde, dangereuse, — pleine de périls, pour l'achèvement de laquelle il faut autant d'audace aventureuse — que pour franchir un torrent qui rugit — sur le chancelant étai d'une lance.

HOTSPUR

— Si l'on tombe, bonsoir!... il faut sombrer ou nager...

— Déchaînez le Danger de l'est à l'ouest, — pourvu que du nord au sud il rencontre l'Honneur, — et laissez-les aux prises... Oh ! le cœur bat mieux — à traquer un lion qu'à lever un lièvre.

NORTHUMBERLÂND.

— La pensée de quelque grand exploit — l'emporte au delà des bornes de la patience.

HOTSPUR

— Par le ciel, je serais tenté de m'élancer — jusqu'à la face pâle de la lune pour en arracher l'Honneur éclatant, — ou de plonger dans les abîmes de l'Océan, — jusqu'à des profondeurs restées inaccessibles à la sonde, — pour en retirer par les cheveux l'Honneur englouti, — si le libérateur pouvait recueillir, — seul et sans rival, toute la gloire de son action. — Mais foin d'une médaille partagée!

WORCESTER

— Le voilà occupé d'un tas de chimères, — et nullement de l'objet qui réclame son attention... — Bon neveu, donnez-moi un moment d'audience.

— J'implore votre merci.

2i0 HENRY IV.

WORCESTER

Ces nobles Écossais, — qui sont vos prisonniers...

HOTSPUR

Je les garderai tous. — Pardieu, il n'en 'aura pas un seul de ces Écossais. — Non, ne fallût-il qu'un Écossais pour sauver son âme, il ne l'aurait pas ; — par ce bras , je les garderai.

WORCESTER

Vous VOUS emportez, — sans même prêter l'oreille à mes desseins. — Ces prisonniers, vous les garderez...

HOTSPUR

Certes, je les garderai; cela est net. — Il a dit qu'il ne rachèterait pas Mortimer ; — il a défendu de parler de Mortimer ; — mais j'irai le trouver pendant son sommeil, — et je lui hurlerai à l'oreille: Mortifner! — Oui-dà, j'aurai un sansonnet qui sera dressé à ne dire — qu'un mot : Morti-' mer! et je le lui donnerai — pour tenir sa colère toujours en mouvement !

WORCESTER

— Écoutez, mon neveu; un mot...

HOTSPUR

Je m'engage ici solennellement à avoir pour unique étude

— de vexer et de tourmenter ce Bolingbroke — et ce prince de cape et d'épée, le prince de Galles. — Si je n'avais dans l'idée que son père ne l'aime pas — et serait bien aise qu'il lui arrivâtmalheur, — je le ferais empoisonner avec un potd'ale.

— Adieu, parent ! je vous parlerai — quand vous serez mieux disposé à écouter.

NORTHUMBERLAND

— Ah çà ! quelle mouche te pique? Quelle folle impatience

— te possède? Tu éclates comme une commère, —sans vouloir attacher ton attention à d'autres paroles que les tiennes.

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