SCÈNE IV
Entre Gadshill.
GADSHILL.
Bonjour, voiturier. Quelle heure est-il?
PREMIER VOITURIER
Je pense qu'il est deux heures.
GÂDSHILL.
Je t'en prie, prête-moi ta lanterne, pour voir mon cheval hongre à l'écurie.
PREMIER VOITURIER
Tout beau, je vous prie, je sais un tour qui en vaut deux comme celui-là, sur ma parole.
GADSHILL, au second voiturier.
Je t'en prie, prête-moi la tienne.
DEUXIÈME VOITURIER
Oui-dà ! Tâche de deviner quand... Prête-moi ta lanterne, dit-il?.. Parbleu, je te verrai pendre auparavant.
GADSHILL.
Voiturier, l'ami, à quelle heure comptez-vous arriver à Londres?
DEUXIÈME VOITURIER
Assez tôt pour aller au lit avec une chandelle, je te le garantis... Venez, voisin Mugs, nous allons réveiller ces messieurs; ils veulent voyager en compagnie, car ils ont un bagage considérable.
Les voituriers sortent.
GADSHILL.
Holà! garçon !
LE GARÇON d'aUBERGE, fredonnant de l'intérieur.
« Leste comme un coupeur de bourse ! »
GADSHILL.
Autant dire « Leste comme un garçon d'aiiberge. » Car, entre toi et un coupeur de bourse, il n'y a que la différence
qui sépare l'ordonnateur de l'exécuteur. C'est toi qui fais le plan.
Entre le garçon d'auberge.
LE GARÇON d' AUBERGE.
Bonjour, maître Gadshill, Ce que je vous ai dit hier soir tient toujours. li y a un franc-tenancier des bruyères de Kent qui a apporté avec lui trois cents marcs en or : je le lui ai entendu dire à quelqu'un de sa compagnie, la nuit dernière, à souper, une sorte d'officier comptable qui a abondance de bagage aussi, Dieu sait quoi ! Ils sont déjà debout, et demandent des œufs et du beurre : ils vont partir à l'instant.
GADSHILL.
L'ami, s'ils ne rencontrent pas les clercs de saint Nicolas (3S), je te livre le cou que voici.
LE GARÇON d'AUBERGE.
Non, je n'en veux pas; je t'en prie, garde ça pour le bourreau ; car je sais que tu adores saint Nicolas aussi sincèrement que peut le faire un homme sans foi.
GADSHILL.
Que me parles-tu de bourreau? Si jamais on me pend, je compléterai une belle paire de pendus ; car, si je suis pendu, le vieux sir John le sera avec moi , et tu sais qu'il n'est pas étique... Bah! il y a bien d'autres Troyens auxquels tu ne songes guère, qui, pour le plaisir, daignent faire honneur au métier, et qui, si l'on examinait les choses de trop près, se chargeraient, pour leur propre crédit, de tout arranger. Je ne suis pas associé avec des va-nu-pieds, des porteurs de gourdin, assommeurs à six pennys, avec des buveurs de bière forcenés, moustachus et pourpres ; mais avec tout ce qui est noble et tranquille, avec des bourgmestres et de grands propriétaires, gens de consistance, plus disposés à frapper qu'à parler, à parler qu'à boire, et à boire qu'à