AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR
Les nouveaux Mémoires historiques du cardinal Pacca , que BOUS publions, ne sont pas encore connus en France. Ainsi que le remarque l'auteur lui-même, les faits qui en sont l'objet les rendent peut-être plus intéressants que les premiers Mémoires de l'illustre cardinal. Si ceux-ci nous exposent le dénouement d'un drame, les nouveaux Mémoires nous dévoilent toutes les intrigues qui ont préparé et amené ce dénouement. Et, en effet, la première partie de ces Mémoires n'est pour ainsi dire qu'un long acte entre Napoléon et Pie VII. Le conquérant y déploie toutes les ressources de la diplomatie et de la force pour fatiguer et vaincre le plus doux des pontifes; puis, étonné de l'impuissance de tous ces moyens, il se demande comment celui qui a tout vaincu en Europe peut être vaincu par un prêtre 1 Ce prêtre, cependant, oppose la vérité et la franchise à la ruse et à la supercherie, la douceur et la modération aux menaces et aux violences. A chaque coup qui le frappe, il ouvre son cœur à son persécuteur, lui rappelle les preuves d'amitié qu'il lui a données, et proteste qu'il ne désire rien tant que de pouvoir continuer à se montrer son meilleur ami *. «Que Sa Majesté considère, dit-il,
* Lettre de Pie VII à Napoléon, page 34.
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« qu'elle ne peut rien perdre de sa grandeur et de sa niagna- « nimité, quand ce n'est pas devant un potentat de la terre , « devant un rival de sa puissance, qu'il cède et fléchit, mai? « devant les représentations et les prières d'un prêtre de Jé- « sus-Christ, de son père, c?c son a/m.» Etlorsmêmequ'ilnepeut phis douter de l'ingratitude de celui qu'il appelle son ami^ avant de boire la dernière lie du calice d'amertumes, il s'arrête pour écrire encore une fois à Napoléon, espérant exciter en lui , sinon quelque reconnaissance^ du moins quelque compassion; et, sur le bruit alors répandu que l'empereur devait aller à Rome, il l'invite à descendre à son palais du Vatican, « ne voulant, « disait-il, céder à personne l'honneur de recevoir un hôte si « illustre. » Enfin, pour lui donner une nouvelle et dernière preuve de son amitié et de sa condescendance, il recule jusqu'aux dernières limites du devoir. Mais là il devient inébranlable, et l'agneau plein de douceur, prenant tout à coup le courage du lion ; « Sa Majesté, dit-il, peut se flatter avec « raison d'avoir la force en main; mais nous savons, nous, « qu'au-dessus de tous les monarques règne un vengeur de « la justice et de l'innocence, devant lequel doit fléchir toute « puissance humaine. Notre parti est irrévocable , nous nous « ferons tailler en pièces plutôt que de consentir à des de-
« mandes contraires à notre conscience Et si l'on exécute
« les menaces qu'on nous a faites , nous remettrons notre a cause aux mains de celui qui est au-dessus de nous, au-
« dessus de tous les rois les plus puissants Nous en appel-
« levons au jugement de Dieu Voilà notre testament, que
« nous sommes prêt à signer de notre sang. »
Nous avons vu quel a été ce jugement de Dieu.
Nous ne croyons pas que l'histoire moderne puisse rien oftVir de plus louchant , de plus noble, de plus sublime que la
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conduite de Pie VII dans sa lutte contre Napoléon. On a demandé de nos jours ce que c'est quunprêtre? Voyez la conduite de Pie VH, et vous apprendrez ce que c'est qu'un prêtre.
Le cardinal Pacca a cru que la publication de ses nouveaux Mémoires serait encore utile après celle de l'ouvrage de M. Artaud. On trouve, en effet, dans le cardinal Pacca des détails importants que M. Artaud ne mentionne pas, et quelquefois aussi les appréciations des deux historiens sont difi'érentes. Celles du cardinal Pacca fixeront probablement les jugements de l'histoire ecclésiastique.
Au reste, nous croyons pouvoir le dire : l'histoire du pontificat de Pie Vil est encore à faire; car l'ouvrage de M. Artaud est plutôt un recueil d'anecdotes curieuses et de documents précieux qu'une histoire complète de ce grand pontificat.
La traduction que nous donnons des anciens Mémoires du cardinal Pacca est celle de Lyon, publiée chez le libraire Rusand. L'auteur l'a revue sur l'édition italienne d'Orvieto publiée en 184 3, un an avant la mort du cardinal Pacca, et il a refondu la traduction d'un grand nombre de passages qui méritaient d'être traduits presque littéralement.
A propos de la traduction de Lyon, nous croyons devoir rectifier une erreur de M. Artaud, qui a été reproduite par le Journal de la Librairie. On compte trois traductions des premiers Mémoires du cardinal Pacca : la première, celle de M. l'abbé Jamet, publiée à Caen ^ la seconde, de M. Bellaguet, â Paris-, la troisième, celle de Lyon, qui a paru la dernière, a été épuisée la première, a eu les honneurs de la contrefaçon en Belgique, et contient de nombreuses notes critiques sur