N" IV
Lettre écrite de la main de Pie VII à l'impératrice Marie-Louise, qui lui avait annoncé la victoire remportée à Lutzen par l'armée française contre les alliés , comme un événement qui devait être agréable au Saint-Père.
Le 8 mai 1813.
Tout en remerciant V. M. de l'attention filiale qu'elle a eue de nous faire part hier de sa joie, à l'occasion de la victoire éclatante remportée par son auguste époux, l'empereur et roi, le 2 de ce mois, à la tête de ses puissantes armées, nous ne devons pas dissimuler à S. M., en sa qualité de fille dévouée et respectueuse de la sainte Église, qu'en recevant cette dépêche nous crûmes qu'elle contenait la révocation de mesures excessivement dures qui depuis plus d'un mois sont dirigées contre notre personne et contre celles de nos cardinaux. Si V. M. n'en était pas instruite, qu'elle daigne s'en informer, et rechercher comment on a pu donner des ordres si contraires aux droits de l'Eglise catholique, aux droits des gens même, et par conséquent en opposition, nous ne voulons pas en douter, à l'intention de l'Empereur, auquel nous souhaitons les sentiments d'une paix solide, qui est le meilleur fruit de la victoire. Nous prions Dieu qu'il lui inspire la salutaire pensée de protéger véritablement l'Eglise catholique, de nous rendre la liberté à nous et aux membres du sacré collège , et de pacifier au plus tôt le monde ébranlé et déchiré depuis tant d'années. Nous terminons en priant le dispensateur de tout bien de répandre sur V. M. ses bénédictions célestes.
A\i MÉMOIRES SUR LE PONTIFICAT DE PIE VÎI.
Lettre de Pie VII à François I", empereur d'Autriche, sur le bruit répandu qu'un congrès des divers ministres des puissances belligérantes devait s'assembler à Prague , sous la médiation de cet empereur.
A NOTRE TRÈS-CHER FILS EN JÉSUS-CHRIST, SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE.
Nous avons appris qu'un congrès va s'assembler à Prague, sous la médiation de V. M. I. et R., dans le but d'établir la paix générale et d'assurer les intérêts de tous les Etats.
La piété et la religion de V. M., son amour delà justice, son dévouement filial à notre personne, l'intérêt qu'elle nous a témoigné par l'organe de M. le comte de xMetternich, dans le temps de notre détention à Savone , la part qu'elle a paru prendre à nos malheurs , sont autant de motifs puissants qui nous déterminent à nous adresser en cette occasion à V. M, , convaincu que nous ne le ferons pas en vain.
Chef de l'Eglise catholique, en notre qualité de souverain de l'Etat pontifical, nous réclamons la restitution de ce même Etat, dont on nous a privé , pour avoir refusé d'entrer dans une ligue purement offensive, et cherché à conserver cet état de neutralité qu'exigeaient de nous et notre qualité de Père commun des fidèles, et les intérêts de la religion professée dans les Etats de tant de souverains.
Loin d'avoir jamais renoncé à notre souveraineté temporelle, noua avons au contraire, en tout temps et en tous lieux, proclamé hautement nos droits, d'autant plus légitimes qu'ils sont fondés sur une possession de plus de dix siècles, la plus longue peut-être que l'on puisse citer.
Nous les réclamons encore aujourd'hui ; la justice de notre cause, les intérêts sacrés de la religion qui réclament le libre et impartial exercice de la puissance spirituelle dans l'univers catholique, nous font espérer que nous ne ferons pas entendre en vain cette réclamation.
Le libre et impartial exercice de cette autorité intéresse tous les Etats, et ce qui est arrivé à notre personne démontre plus que jamais la nécessité de l'indépendance du chef visible de l'Eglise, Qu'on juge, par ce seul exemple, si un pape placé entre les exigences d'un souverain dont il est sujet, et les jalousies des princes étrangers, peut exercer librement son ministère apostolique, soit dans les Etats du premier prince, soit dans