QUATRIÈME PARTIE (1813 — 1814.) SOÎ
Tel fut le premier effet de la promesse arrachée à Pie VII ; et l'on peut conjecturer que , sans cet acte de faiblesse , les évêques n'eussent jamais consenti à donner leur approbation à un décret aussi pré-^ judiciable aux droits du Saint-Siège. Une commission fut chargée de présenter le décret au Saint-Père ; elle fut composée des archevêques de Tours, de Pavie et de Malines, des évêques de Faenza, de Plaisance , d'Evreux , de Trêves , de Nantes et de celui de Feltre , qui mourut subitement avant le départ de la députation*.
Les évêques du concile leur remirent une lettre de créance pour le pape, sous la date du 19 août, dans laquelle ils le conjuraient de confirmer un décret qui seul pouvait remédier aux maux qui affligeaient l'Eglise. Voici quelques paroles remarquables de cette lettre : « Héritiers « (les évêques de France) de la doctrine et des sentiments qui ont tou- « jours distingué nos églises, nous chérissons les liens qui nous unissent (( au Siège apostolique, et nous espérons que Votre Sainteté regardera (( comme une nouvelle preuve de ces sentiments le décret que nous avons u rendu, puisqu'il est^basé sur les dispositions que Votre Sainteté elle-
* Une histoire fidèle et complète de ce singulier concile serait sans doute fort curieuse. Napoléon n'y appela que les évêques qu'il voulut ; il en exclut un grand nombre qui avaient droit d'y assister en vertu des saints canons.
Dans la séance d'ouverture, les évêques prêtèrent le serment ordinaire" d'obéissance au pape , et dans la première congrégation le ministre des cultes proposa , au nom de l'empereur, le sujet des délibérations. Ce fut un discours diffamatoire contre Pie VII , qu'il accusait d'être l'auteur de tous les maux de l'Église, mais en termes si affreux qu'il fit frémir d'horreur toute cette assemblée sacrée.
A l'ancienne manière de voter dans les conciles , le Protée Maury fit substituer celle de voter par assis et par levé , méthode adoptée dans tous les clubs et toutes les assemblées révolutionnaires. Il semble que le souvenir seul des forfaits de ces infâmes assemblées aurait dû faire rejeter avec horreur la proposition de Maury.
Dans la sixième congrégation , la commission chargée d'examiner la proposition faite par le ministre des cultes, au nom de l'empereur, déclare l'incompétence du concile ; l'empereur furieux dissout le concile et fait emprisonner trois membres de cette commission.
Quelque temps après, Napoléon fait ouvrir la seconde session du concile ; c'est le second acte de cette représentation sacrée.
L'assemblée rend son décret le 25 août , et Napoléon renvoie tous les évêques dans leurs diocèses. La séance de clôture n'eut point lieu, et les décrets ne furent pas proclamés en session , selon l'usage suivi dans tous les conciles.
Après ces faits , il est curieux d'entendre les archevêques de Tours et de Malines, les évêques de Nantes et de Trêves vanter la liberté de l'Église gallicane,
« même manifesta aux évêques qui eurent l'honneur, il y a trois mois, de « se rendre auprès d'elle : dispositions consignées dans une note écrite
« sous ses yeux , et dont elle a permis qu'on lui laissât une copie
(( Tout nous inspire l'espoir et la confiance que Votre Sainteté ne re- « fusera pas de confirmer, d'une manière authentique , un décret qui « contient cette même mesure qu'elle a déjà approuvée, et qui, dans (( les circonstances actuelles, est le seul remède à nos maux, comme « elle est l'unique moyen de transmettre intacte à ses successeurs une « prérogative non moins utile au Saint-Siège que précieuse aux yeux « de nos églises, n
A cette lettre en était jointe une autre du cardinal Fesch, qui joignait ses instances à celles des évêques, en ajoutant que les membres du concile avaient l'espoir fondé que Sa Sainteté approuverait les décisions qu'elle-même leur avait suggérées. C'est ainsi qu'on cherchait à justifier aux yeux du monde l'atteinte portée aux droits du Saint- Siège , et à placer le pape dans la cruelle alternative d'approuver le décret ou de] manquer à sa parole. On ne s'en tint pas là : comme on n'ignorait pas les signes de repentir et de douleur que le pape avait donnés depuis le départ de la première députation, on craignit qu'il ne se retranchât dans le refus formel de prendre aucune détermination sans l'assistance de ses conseillers-nés, et on voulut lui ôter jusqu'à cette dernière ressource. Cinq cardinaux accompagnèrent les évêques, avec mission de former le conseil du Saint-Père. Les cinq cardinaux choisis furent Joseph Doria , A. Dugnani , Aurèle Roverella, Ruffo (Fabrice) , et de Bayanne. Le gouvernement ne les laissa partir qu'après avoir obtenu un gage éclatant de leur docilité. C'est avec la rougeur sur le front et avec la douleur dans l'âme que je me décide à déchirer le voile qui couvre une action de mes collègues , faite pour imprimer à leur réputation une véritable tache ; mais il faut que l'univers connaisse les basses intrigues qu'employa le gouvernement français pour arracher au pape des concessions préjudiciables au Saint-Siège , afin qu'à l'avenir on ne puisse pas s'en prévaloir contre les papes. Au départ des cinq cardinaux pour l'Italie, le bruit courut dans Paris qu'ils avaient laissé à l'empereur, sur ses instances , la promesse, écrite et revêtue de leur signature individuelle , d'employer tout leur crédit auprès du pape pour le faire condescendre à ses désirs, et concilier ainsi les affaires de l'Eglise, selon