I. Terme russe pour relau
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faveur. Cette triste réflexion dissipa bientôt l’impression de plaisir que lui avait fait éprouver la condescendance du gouverneur. Lopouloff s’empara du passe-port, et déclara, dans le premier moment d’humeur, qu’il n’avait consenti à le demander que dans la certitude qu’on le lui refuserait, et pour se délivrer des persécutions de sa fille.
Prascovie suivit ses parents à la maison sans rien demander, mais remplie d’espoir et remerciant Dieu le long du chemin d’avoir exaucé l’un de ses vœux. Son père serra le passe-port parmi ses hardes, après l’avoir enveloppé soigneusement dans un morceau de linge. Prascovie remarqua cette précaution, qui lui parut de bon augure, car il aurait pu le déchirer ; elle n’attribua le refus de son père qu’à un dessein particulier de la Providence, qui n’avait pas encore marqué l’heure de son départ. Bientôt après, elle se rendit au bois, où elle passa deux heures à prier, se livrant à toute la joie que son ardente imagination lui inspirait, et n’ayant plus aucun doute sur le succès de son entreprise.
Ces détails pourront paraître à quelques personnes puérils et minutieux ;.mais lorsqu’on verra les projets de cette jeune fille réussir au delà de ses espérances et de toute probabilité, malgré les obstacles sans nombre qu’elle avait à surmonter, on se convaincra qu’aucun motif humain n’aurait suffi pour la conduire au but qu’elle se proposait, et qu’il fallait pour une telle œuvre celte foi qui transporte les monts
uiynes. Dans tout ce qui lui arrivait, Prascovie voyait toujours le doigt de Dieu. Aussi disait-elle : « J’ai été « quelquefois éprouvée, mais jamais trompée dans « ma confiance en lui. » Un incident qui eut lieu peu de jours après vint encore ranimer son courage, et contribua peut-être à déterminer ses parents. Sa mère, sans être absolument superstitieuse, s’amusait parfois à chercher des pronostics de l’avenir dans les plus petits événements de la vie. Sans croire aux jours malheureux, elle évitait cependant d’entreprendre quelque chose le lundi*, et n’aimait point à voir renverser la salière. Quelquefois elle prenait la Bible, et, l’ouvrant au hasard, elle cherchait dans la première phrase qui lui tombait sous les yeux quelque chose d’analogue à sa situation et dont elle pût tirer un. bon augure. Cette manière de consulter le sort est très-usitée en Russie : lorsque la phrase est insignifiante, on recommence, et en tiraillant un peu le sens on finit par lui donner la tournure qu’on désire. Les malheureux s’attachent à tout, et, sans ajouter beaucoup de loi ses prédictions, ils éprouvent un certain plaisir lorsqu’elles s’accordent avec leurs espérances.
Lopouloff était dans l’usage de lire le soir un chapitre de la Bible à sa famille : il expliquait aux fem-
î. En Russie, le lundi passe pour un jour malheureux parmi le peuple et les personnes superstitieuses. La répugnance ponr entreprendre quelque chose, mais surtout un voyage le lundi, est si universelle, que le très-petit nombre de personnes qui ne la partagent pas s'y soumettent par égard pour l'opinion générale et presque religieuse des Russes.
mes les mots slavons qu’elles ne comprenaient pas, et cette occupation plaisait infiniment à sa fille. A la fin d'une triste soirée, ces trois solitaires étaient auprès d’une table sur laquelle était le livre saint ; la lecture était achevée, et le plus morne silence régnait entre eux, lorsque Prascovie s’adressant à sa mère, sans autre but que celui de renouer la conversation : « Ouvrez, je vous prie, la Bible, lui dit-elle, « et cherchez dans la page à droite, la onzième « ligne. » Sa mère prit le livre avec empressement et l’ouvrit avec une épingle; ensuite, comptant les lignes jusqu’à la onzième à droite, elle lut à haute voix les paroles suivantes :
« Or un ange de Dieu appela Agar du ciel et lui (i dit : Que faites-vous là? ne craignez point. » L’application de ce passage de l’Écriture sainte était trop facile à faire pour que l’analogie frappante qu’il présentait avec le voyage projeté pût échapper à personne. Prascovie, transportée de joie, prit la Bible et en baisa les pages à plusieurs reprises. « C’est vraiment singulier, » disait la mère en regardant son mari. Mais celui-ci, ne voulant pas favoriser leur idée à ce sujet, s’éleva fortement contre ces ridicules divinations. « Croyez-vous, disait-il aux « deux femmes, que l’on puisse ainsi interroger Dieu « en ouvrant un livre avec une épingle, et qu’il dai- « gne répondre à toutes vos folles pensées? Sans « doute, ajouta-t-il, en s’adressant à sa fille, un ange « ne manquera pas de vous accompagner dans votre