‹ Œuvres complètes du comte Xavier de MaistreChapitre 22 sur 114 · XXVI NOTICE SUR LE COMTE · texte numérisé non relu

XXVI NOTICE SUR LE COMTE

tinua le lépreux avec un léger soupir, car je suis de ceux qui ne voyagent que pour arriver. Ma vie est sans variété, mes jours sont sans nuances ; et cette monotonie fait paraître le temps court, de même que la nudité d'un terrain le fait paraître moins étendu. )> Le simple et doux Lépreux fit son chemin dans le monde sans tant de façons et sans qu'on lui demandât rien davantage ; il prit place bientôt dans tous les cœurs, et procura à chacun de ceux qui le lurent une de ces pures émotions voisines de la prière, une de ces rares demi-heures qui bénissent une journée. Littérairement, on pourrait presque dire qu'il fit école : on citerait toute une série de petits romans (dont le Mutilé, je crois, est le dernier) où l'intérêt se tire d'une affliction physique contrastant avec les sentiments de l'âme : mais ce sont des romans, et le Lépreux n'en est pas un. Dans cette postérité, plus ou moins directe, je me permets à quelques égards de ranger, et je distingue la trop sensible Ourika^ chez qui la lùpre n'est du moins que dans cette couleur fatale d'où naissent ses malheurs. Parmi les ancêtres du Lépreux en remontant vers le moyen-âge, je ne rappellerai que le touchant fabliau allemand du Pauvre Henry.

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