‹ Œuvres complètes du comte Xavier de MaistreChapitre 9 sur 114 · X NOTICE SUR LE COMTE · texte numérisé non relu

X NOTICE SUR LE COMTE

occupation que je m'étais donnée et garda le brouillon, qu'il mit en ordre après mon départ. J'en reçus bientôt un exemplaire imprimé \ et j'eus la surprise qu'éprouverait un père en revoyant adulte un enfant laissé en nourrice. J'en fus très-satisfait, et je commençai aussitôt Y Expédition nocturne, mais mon frère, à qui je fis part de mon dessein, m'en détourna : il m'écrivit que je détruirais tout le prix que pouvait avoir cette bluette, en la continuant ; il me parla d'un proverbe espagnol qui dit que toutes les secondes parties sont mauvaises, et me conseilla de chercher quelque autre sujet : je n'y pensai plus. »

En relisant cet agréable Voyage, on apprend à en connaître l'auteur mieux que s'il se confessait à nous directement : c'est une manière de confession d'ailleurs, sous air de demi- raillerie. Une douce humeur y domine, moins marquée que dans Sterne, que plusieurs chapitres rappellent toutefois*; mais j'y veri'ais plutôt en général la grâce souriante et sensible de

1. Édition de Turin, 1794. — U y eut une édition à Paris en 1796; on rend compte très-favorahlement du livre dans le Journal de Paris du f3 mai 1796.

2. Le chapitre xix, où tombe cette larme de repentir, pour avoir briuqué Joaniietli, et le chapitre iiviii, o\x tombe une autre larme, pour avoir brusqué le pauvre Jacques, sont tout à fait dans la manière de Sterne.

XAVIER DE MAISTRE. Xt

Chartes Lamb. On surprend les lectures, les goûts ùu jeune otTîcier, son âme candide, naturelle, mobile, ouverte à un rayon du matin, quelques rimes légère» (nous en citerons plus tard), quelque pastel non moins léger, sa passion dépeindre et môme au besoin de disserter là-dessus : « C'est le dada de mon oncle Tobie, se dit-il. » Dante peignait déjà comme on le pouvait faire en son temps ; André Chénier peignait aussi t quoi de plus naturel qu'on tienne les deux pinceaux t- M. de Maistre a beaucoup plus peut-être réfléchi et raisonné sur celui des deux arts auquel il ne doit pas sa gloire : il manie l'autre sans tant d'étude et d'à* nalyse des couleurs. Mais môme pour la peinture, et malgré l'air de dissertation dont il se pique au chapitre XXIV du Voyage, c'a été surtout un moyen pour lui de fixer en tout temps des traits chéris, un siteheureux, une vallée alpestre, quelque moulin égayaat riiorizon, quelque chemin tournant près de Naples^ le banc ae pierre où il s'est assis, où il ne s'assoiera plus, toute réminiscence aimable enfin des lieux divers qui lui furent une patrie.

La douce malice du Voyage se répand et se suit dans toutes les distractions de l'autre, comme il ap-

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pelle la bête par opposition à rame ; l'observation au moraliste, sous air d'étonnement et de découverte, s'y produit en une foule de traits que la naïveté du tour ne fait qu'aiguiser. Qu'on se rappelle ce portrait de madame Hautcastel (chap. xv), qui, comme tous les portraits, et peut-être, hélas ! comme tous les modèles, sourit à la fois à chacun de ceux qui regardent et a l'air de ne sourire qu'à un seul : pauvre amant qui se croit uniquement regardé ! Et cetle rose sèche (chap. xxxv), cherchée, cueillie autrefois si fiaîche dans la serre un jour de carnaval, avec tant d'émotion, offerte à madame Hautcastel à l'heure du bal, et qu'elle ne regarde même pas f car il est tard, la toilette s'achève; elle en est aux dernières épingles; il faut qu'on lui tienne un second miroir : « Je tins quelque temps un second miroir derrière elle, pour lui faire mieux juger de sa parure ; et, sa physionomie se répétant d'un miroir à l'autre, je vis alors une perf pcctive de coquettes, dont aucune ne faisait attention ù moi. Enfin, l'avouerai-je ? nous faisions, ma rose et moi, une fort triste figure... Au moment où ia parure commence, l'amant n'est plus qu'un mari, €l le bal seul devient l'amant. »

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