‹ Œuvres complètes du poëte anonyme de la PologneChapitre 14 sur 105 · I.E JEUNE HOMME · texte numérisé non relu

I.E JEUNE HOMME

Les mots se sont envolés.

LE BANOUIER-PRINCE.

Mais, je vous en prie!

LE JECNE HOMME.

Vous permettez, prince?

LE BANQUIER-PRINCE

Je l'exige absolument ; ce doit être quelque chose d'amusant.

LE JEUNE HOMME

Vous l'ordonnez expressément, prince?

LE BANQUIER-PRINCE

Il le faut, mon cber; apprenez-moi ce que l'on dirait du plus magnifique de nos élégants si bumoristiquement masqué?

LE JEUNE HOMME

On dirait, prince, que c'est le fils dégénéré de dignes ancêtres.

LE BANQUIER-PRINCE

Et cela, pourquoi? Il n'a pas perdu un sou de leur forlune; jusqu'à présent, il a tout.

LE JEUNE HOMME

On dirait que, tant que sur yos places les envahisseurs se promènent le sabre au côté et l'orgueil au front, vous devez, non pas vous déguiser en arlequins, mais vous préparer dans le silence à devenir les vengeurs de votre antique république.

LE UANOUIER-PRINCE.

Les coutumes niitionales diffèrent. Je vois, comte, que vous êtes aussi exalté en politique; j'étais tout à fait comme vous, quand j'avais dix-huit ans ! Voyez-vous, ce moine en froc et en sandales? C'est le premier peintre d'ici. — Bonjour, Arpeggiani ! N'oubliez pas mon dînfl*, mercredi, à sept heures précises. — Cher comte, remarquez que je protège énormément les arts. Trois fois par semaine, j'invite tous les artistes, qu'ils se distinguent par le pinceau, la musique, ou les vers. Que voulez-vous, comte ! quand on a des millions, il faut être magnifique. L'argent, aujourd'hui est ce que la papauté était jadis. On a, par conséquent, des devoirs. Il faut faire quelquefois des largesses! Ah ! ahl ah! Si bien que les hommes, naturellement flatteurs, disent que je suis le Mécène de cette ville; d'autres, que je dois au moins être de la famille des Médicis. A la vérité, il est possible que nos races se soient croisées, je ne sais quand. Ah I ah 1 ah ! Regardez donc h gauche, comte !

LE JEUNE HOMME

Et quoi?

LE BANQUIER-PRINCE

Au milieu de ces deux rangs de masques qui se sont entr'ouverts, la plus belle femme de tout Venise s'avance en face de nous.

LE JEUNE HOMME

Celle qui s'appuie sur le bras de ce cavalier élancé ?

LE BANgUlES-PRlNCE.

Celle-là même, en robe noire, sans masque. Il est seule-

LE l'OËME INACHEVÉ

nient dommage, incontestablomont dommage, que, dt^piiis un certain temps, elle maigrisse sans cesse. Examinez-la bien. Pev Bacco! voilà au moins des traits, un regard, une démarche, une démarche de grande dame 1

LE .lEUNE HOMME.

Réellement elle a quelque chose de royal .

LE DANQUIER-rCINCE.

Que vousdisais-je!

LE JEUNE HOMME

Mes genoux plient d'eux-mêmes.

LE BANQUTER-PRINCE.

Cher comte, vous pîdissez ; ~ vous trouvez-vous mal ?

LE JEUNE HOMME

Non, noni Oh! écoutez! je voudrais être en ce moment le l)ouquet de violettes que vous tenez- à la main ; vous me prendriez et me jetteriez sous ses pas !

LE BANQLMER-PRINCE.

Je vois (jue monsieur le comte est aussi exalté quant aux femmes; j'étais absolument comme cela, lorsque j'avais dixhuit ans. Je m'engage, en conséquence, à vous faire faire connaissance avec la priiTcesse. Mais c'est impossible maintenant, puisqu'elle se hâte évidemment, et que le prince est avec elle, et c'est un seigneur dans toute là force du terme, et, entre nous soit dit, c'est... c'est...

LE JEUNE HOMME

Elle a passé, elle a passé connue un rêve!

l.E BANQUIER-PniNT.E.

Comment le dire? C'est... c'est... un homme extrêmement grave, en. outre, extrêmement })oli, mais d'une singulière façon. On le dit aui-.si un esi)rit profond. — C'est uhc grande ligure. Vous comprenez? je ne sais comment vous exiiliquer?... c'est un terrible honmie!

îiS LE POEME INACHEVE

LE JEUNE HOMME

Comment ?

LE BANOUIER-PRlNCEé

Seulement;, pour l'amour de Dieu, ne le répétez à personne, cher comte; moi, yous comprenez, je suis sincère et franc avec vous; car vous m'êtes recommandé, monsieur le comte, par Rothman et C^^. C'est pourquoi je vous dis ce que je ne dirais pas à un autre, à personne autre recommandé par une maison moins fondamentale. Jamais je ne le dirais, parole d'honneur 1 Mais, en revanche, ne me trahissez pas devant qui que ce soit. M'en donnez-vous votre parole d'honneur?

LE JEUNE HCMME.

Regardez-moi dans les yeux. Est-ce que je ressemble à un traître? D'ailleurs vous ne m'avez rien révélé, absolument rien; vous m'avez seulement dit que c'était un terrible homme...

LE BANQUIER-PRINCE

C'en est déjà trop comme cela ! Allons plus loin, ne nous arrêtons pas ici, détournez les yeux, comte ; on dira encore que vous regardez non pas madame, mais monsieur! que vous suivez ses mouvements I Dieu sait ce que les hommes n'inventent pas !

LE JEUNE HOMME

Qui est-il, ce monsieur? Dites-le moi enfin.

LE BANQUIER-PRINCE

Le prince Rahoga, un homme très-remarquable... Vêliez ici, comte> entrons dans ce recoin*

LE JEUNE nOMMFi

Et elle?

I,E HANQUlKll-lMUXCE.

C'est sa fenmie.

LE JEUNE HOMME

Sa femme !

LE POËME INACHEVE b9

LE BANQUIER-PRINCE

Ouil

LE JEUNE HOMME

Est-il certain que ce soit sa femme?

LE BANQUIER-PRINCE

Eh oui! Quelle question!

LE JEUNE UOMME.

Sa femme, vous dites que c'est sa femme

LE BANQUIER-PRINCE

Je le dis, je le répète, je le jure, aussi vrai qu'en ce moment vingt mille six cent cinquante et un napoléons d'or, ni plus ni moins, reposent dans le tiroir à droite de la caisse de ma banque ! Vous êtes distrait, monsieur le comte. — En quoi cela peut-il vous étonner?

LE JEUNE HOMME

Étonnant, cela ne l'est pas;... mais pénible!

LE BANQUIER-PRINCE

Et pourquoi ?

C'est une manie. Je n'aime pas les femmes mariées. Allons plus loin. J'ai rencontré quelque part cette figure aérienne; mais où, où?

LE BANQUIER-PRINCE

Sans doute en Russie, car elle est Russe*

LE JEUNE UOMME.

Pas de blasphème! Ce n'est pas vrai î C'est impossible 1

LE BANQUIER-PRINCE

Je sais sûrement qu'elle n'est ni Italienne, ni Allemande, ni Anglaise, qu'elle est de race slave.

LE JEUNE HOMME

Elle doit être Polonaise.

LE BANQUIER-PRINCE

C'est possible; c'est, même, paraît-il, imlubitable. Oui, vous avez raison, monsieur le comte. Vraiment je me rappelle maintenant avoir naguère entendu dire qu'il lui est échu un héritage en Pologne, dans cette Pologne qui est Russie.

LE JEUNE nOlîME.

Pourquoi donc, prince, vous êtos-vous imaginé qu'elle était Russe?

LE DANQUIER-PRIXCE.

N'est-ce pas à peu près la même chose?

LE JEUNE HOMMF.

Comme lathéisme et la religion sont un, comme les lingots d'or et Tépée de Napoléon résonnent de même, prince I

LE BANQUIER-PRINCE

Pour nous autres Italiens, il n'y a pas de différence; nous appelons du nom général de Russe tous nos hôtes du Nord!

LE JEUNE HOMME

Mais dites-moi son nom polonais?

LE BANQUIER-PRINCE

Quant à cela, je n^y réussirai point.

LE JEUNE HOMME

Dites-moi, monsieur, tout ce que vous savez d'elle.

LE BANQUIER-PRINCE

On racontait donc qu'un héritage imprévu lui était échu, et cela dans le voisinage de biens considérables que le prince lui-même possède aussi dans ces contrées ; c'est, à ce qu'il me semble, quelque part aux environs d'Odessa. On ajoutait même que le prince en était fort chagrin.

LE 'ji:UNE HOMME.

Et pourquoi ?

LE POKME INACHEVÉ

LE BANQUIER-PRINCE

Otoz-vous donc (lu clicniin de ces mandarins qui courent! — Voyez-vous, n^nsieur, il paraît qu» le prince l'a itrise sans dot, quoique d'une grande maison, — ordinairement de celles qui, ornées de blasons et couvertes de gloire,— ont négligé leurs intérêts et ne se sont point aperçues, comme nous autres financiers, que le mystère qui gouverne le monde, c'e.-st l'argent ! Oui, cher comte ! Moi je me demande souvent, lorsqu'il m'arrive de me réveiller la nuit, comment Dieu.a créé le monde sans argent; il devait avoir un capital qu'il a semé ! Est-ce que les étoiles ne sont pas ses ducats ? Ah! ah! ah!

LE JEUNE HOMME

Parlons de la princesse, de la princesse.

LE PANQUIER-PRINCE

C'est pourquoi le prince, qui possède lui-même d'immenses domaines partout, en Autriche, en Silésie, en Italie et là-bas aux environs d'Odessa, était fâché qu'elle eût quelque chose en propre:

LE JEUXE HOMME.

Je ne conçois pas cela.

LE HANOUÎER-PRTNCE.

C'est cependant d'une clarté mathématique. La fortune, en effet, apporte l'indépendance, donne de la force, dévelopjte même l'esprit, la mémoire, la volonté, l'imagination ! Et tous ces dons divins chez la femme sont la plaie des maris. Le prince hvaif, d'honneur, de quoi être fâché ! Maintenant, plus moyen de la gouverner conmie par le passé ! Plus moyen de la fouler aux i»ieds! Plus moyen de l'enfermer sous clef! Elle trouverait quelqu'un pour enfoncer la porte ! Voyez, comte, ce que l'argent signifie î

LE JEUNE HOMME

Est-ce qu'en effet il l'opprimait, la tourmentait, l'emprisonnait ainsi?

LE BANQUIER-PRINCE

On fait de sombres récits auxquels on peut ajouter foi ; car il est d'une jalousie incroyable et d'»n despotisme de fer! • ,

LE JEUNE HOMME

Il faut que ce Rahoga soit un Satan?

LE BANQUIER-PRINCE

Vous êtes inexpérimenté, comte ! Je vous prie, je vous supplie, je vous conjure, parlez plus bas; — ne crieï pas ainsi des noms propres à pleine voix, dans des lieux publics. De grâce !

LE JEUNE HOMME

Je le lui dirais à lui-même, en face !

LE BANQUIER-PRINCE

Peut-être serait-ce plus prudent que par derrière ; — car il pourrait pardonner; — au lieu qu ainsi, si on le lui répé' tait, il ne pardonnerait pas! ^

LE JEUNE HOMME

Tous sont-ils donc ici ses parents, ses amis^ ses serviteurs ?

LE BANQUIER-PRINCE

i\on ! -=- mais peut-être autre chose !

LE JEUNE HOMME

Eh quoi"?

LE BANQUIER-PRINCE

Figurez-vous, cher comte^ qu'à la Cour il jouit d'une considération extraordinaire , inexprimable. Quoiqu'il ne remplisse aucun emploi distinct, quand il entre, les portes de la chambre à coucher hupériale s'ouvrent d'elles-mcmcs devant lui; — et quand il sort, il règne; — tous itàUssent; — tous se précii>itent à un signe de sa main !

LE POKME INACHEVE C,3

LE JEUNE HOMME

Mais il n'y a nulle part ici, sons le masqne, ni Empereur, ni courtisans de Vienne, pour saisir mes paroles et courir aussitôt les lui rapporter. Je ne vois que des fous, ivres de carnaval, des Turcs sautillants, des Indiens, des dieux et des polichinelles !

LE BANQCIER-PRINCE.

Prêtez-moi l'oreille d'un peu plus près, comte!

LE JEUNE HOMME

J'écoute !

LE BAXQUIER-PRLNCE.

Et il n'y a })eut-ètre pas d'espions sur cette place de Saint- Marc?

LE JEUNE HOMME

Comment? que dites-vous ? Le mari de cette femme est de la police?

LE BANOUIER-PRINCE.

Par exemple! qui admet pareille chose? Allons donc! Ai-je dit rien qui ressemblât à cela'^Mais comment donc, de la police ! Est-ce que l'Empereur est un agent de police ! Le gouverneur de la ville de Venise un agent de police ? Et pourtant l'Empereur et le gouverneur lisent les rapports de la police !

Alors, qu'est-ce que ce Rahoga? Dites-le moi une fois pour toutes et ne me laissez pas sur les épines !

LE BANOCIER-PRINCE.

Vraiment je ne réussirai pas, monsieur le comte, à vous décrire ce personnage avec plus d'exactitude. II sait tout;— il a la haute mnm dans beaucoup de choses de l'empire, et il a une femme charmante, avec laquelle je m'efforcerai de vous faire faire connaissance. Pour quel jour, comte, dois-je an-

noncer votre visite dans son salon? car, si je ne me trompe, vous êtes déjà... amoureux ! ah ! ah ! ah !

LE JEUNE IIOMMR.

Vous ne me comprendrez pas, monsieur ; car la patrie polonaise est pour vous un pays fabuleux. — Vous ignorez quelles lleurs de sentiment produit la terre d'Europe la plus foulée, la plus labourée du soc des désastres, et arrosée des larmes des générations ! Vous ne soupçonnez pas même l'affinité qui existe parmi ses enfants. Sans s'être jamais vus, dès que le sort les rapproche, ils savent aussitôt qu'ils sont égaux et semblables dans leur immense douleur. Il suffit qu'elle soit Polonaise, pour que moi. Polonais, sur cette terre étrangère, je reconnaisse aussitôt en elle une sœur!

LE BANQUIER-PRINCE

Défendez- VOUS comme vous voudrez, comte, moi je maintiens que vous êtes amoureux ; ah ! ah ! ah! Vous faites bien, quoique ce soit une difficile affaire! — Bien, sur l'honneur! Quelle taille ! quels pieds mignons ! bravo ! bravissimo ! ah ! ah ! ah !

LE JEUNE HOMME

Prince, je dois encore vous avertir d'une coutume nationale.

LE BANQUIER-PRINCE

Quelle coutume ?

LE JEUNE HOMME

Le Polonais était gai jadis; aujourd'hui, il s'est assombri dans la tombe, il n'aime pas la plaisanterie. Il ne la supporte qu'à la première fois, — à la seconile, il avertit, — à la troisième, il faut que le railleur ou lui périsse!

LE BANQUIER-PRINCE

Mais ne vous fâchez pas, monsieur le comte, mais ne vous fâchez pas! Je ferai tout ce que vous voudrez. Comment

LE POEMK INACHEVK

donc ! Vous m'êtes recommandé par une si bonne maison ! Par Rotlinian et Ci° ! Une maison toute-puissante, fondamentale, éternelle ! Je n'ai pas eu l'idée de vous offenser, monsieur le comte ! Donnez-moi la main ! — Quand vous voudrez, je vous conduirai chez les Rahoga; — aujourd'hui, dites, à neuf heures, voulez-vous?

LE JEUNK HOMME.

Je vous présente mes très-humbles remerciements, [)riiico ; remettons cette inestimable faveur à plus tard. D'ailleurs, je parviendrai bien seul à eux, si telle est ma fantaisie.

LE BANQUlER-rniNCE.

Ordonnez seulement, cher. A l'instant même où cela vous passera par la tête, à chaque minute, je suis à vos ordres î

LE JEUNE HOMME

Daignez permettre, prince, que nous passions à un autre sujet -de conversation. Je vois que quelqu'un encore est à votre poursuite.

LE BAN(jUlER-l'RlNCE.

Mon autre agent. Et quoi, Gregorio?

l'agent.

Il y a une demi-heure, ils sont montés à 103. Aussitôt, nous avons tout vendu en masse. PignateUi et Mertch sont en baisse et Votre Excellence en hausse !

LE BANQUIER -PRINCE

Parfait, Gregorio 1 Je savais que cela arriverait ainsi. Donc PignateUi et Mertch sont certainement en baisse? l'agent.

Je jure par tous les saints du paradis que oui !

LE BANQUIER-PRINCE

Que mon sommeil sera doux cette nuit. Retourne à la caisse, Gregorio 1 (Au jeune homme. j Pourquoi ôtes-vous devenu

si pensif, comte ? Cela me chagrine vraiment, cela me chagrine ! Chez moi, au contraire, naît une humeur excellente, une espèce de santé parcourt mon corps de la tête à la plante des pieds. Le carnaval, c'est un magnifique amusement. La ville de Venise, c'est la plus belle ville de l'Italie. Sur l'honneur, comte, c'est ainsi. Amusez-vous, comte. Venez chez moi à dîner. Animez-vous, réveillez-vous, et ditesmoi quelque chose.

LE JEUNE HOMME

Veuillez, prince, ne pas m'en vouloir de vous quitter; je me suis assez amusé pour aujourd'hui, (n sort.)

LE BANQUIER-PRINCE

Mais, je vous en prie, mon cher, restez. Où vous hâtezvous ainsi, mon bien-aimé comte? — Il est déjà loin. Est-il enragé ! Je n'ai encore vu personne d'aussi exalté. Les Polonais ont du soufre et du salpêtre dans les veines au lieu de sang! C'est certainement un jacobin! Moi, du coup, je devine un homme... certainement un jacobin... je ne me trompe jamais... certainement, un jacobin, un jacobin!

(Il disparait au milieu de la foule des masque?.)

rv

Le logement du jeune homme : salle à fenêtres mauresques précédée d'un péristyle; — sur la table, des bougies allumées; — sous le péristyle, Aligher;— Jacob entrant par la porte du fond.

AI.IGHER.

Que tes cieux sont merveilleux, ô Seigneur! Pleins de mouvement, de puissance et de vie, en même temps si calmes! Et cette Venise, qu'elle est étrange, ô Seigneur! Embaumée dans les rayons de la lune, elle est si séduisante et si morte. Mais, sous cette immobilité blanche, il y a aussi de mystérieuses profondeurs, otV bouillonne la vie tout comme là haut ! Seul, tu sais, ô mon Dieu ! jAcon.

Je vous prie, monsieur!

ALIGUER.

C'est toi, Jacob?

JACOB

Eh! certes, monsieur!

AKIGHER.

Que veux-(u, mon Jacob?

.lACOD.

C'est que, voyez-vous, monsieur, on dit que le monde ici n'est pas aussi honnête que chez nous...

ALIGHEH.

C'est en partie Yrai.

JACOB

C'est que, monsieur, la nuit est déjà assez avancée, et que M. le comte ne revient pas. Je me suis effrayé et je pense en moi-même : pourvu qu'il ne soit arrivé aucun accident à M. le comte.

ALIGHER.

Le carnaval l'aura retenu quelque part. — Ne crains rien.

JACOB

C'est que c'est, monsieur, un vrai guignon ! Quand, en sortant il a pris un pistolet ou un poignard! il se croit assez fort pour mettre à la çaison fût-ce cent bandits; — et quand parfois je lui dis : « Monsieur, prenez Jacob avec vous, » il me toise, comme s'il m'envoyait au diable. Monsieur est bon, monsieur est bon, n'était cet entêtement qu'il a au cœur; — si au moins il aimait le soleil, mais j'ai observé, monsieur, qu'il préfère les étoiles; — avec cela, dès qu'il y a pleine lune, vous pouvez attendre et attendre : lui, il se promène dehors, on ignore où, et Dieu sait ce qu'il dit ou chante et à qui! C'est bien une fois, deux fois, c'est même bien cent fois, mais tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse, oui, elle se casse!

AUGHEU.

Chut! entends-tu?

JACOB

Oui, comme un clapotement de rames.

ALIGHER.

Il approche de l'angle du canal.

JACOB

Dieu donne que ce soit lui !

ALIGHER.

Le long de ces murailles glisse une gondole !

JACOB

Je vous prie, monsieur, est-ce mon maître ? aligoeh.

Attends donc; — il sendjle que c'est lui; — oui, — c'est lui-même !

JACOB

11 est certainement debout à regarder le ciel au lieu de regarder ces voleurs qui le conduisent.

ALIGHER.

Tu n'as pas deviné pour aujourd'hui, car justement il cause avec eux. Descends et éclaire les escaliers.

JACOB

Que Jésus-Christ soit loué ! (1).

(Il sort.) »

Dans les siècles des siècles. Amen! (Au jeune homme.) Lève-les yeux, Henri, je suis ici sur le balcon !

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