CHŒUR DE TOUS LES MAÇONS
Mak benak ! Il ne restera de la société européenne qu'un squelette nu que nous revêtirons d'une nouvelle chair et d'une peau nouvelle ! Sur les ruines nous construirons.
CHŒUR DES RÉGÉNÉRÉS
Silence là-dessus, — nous seuls savons cela! Pour que le temple de Salomon puisse s'élever, il faut tout d'abord renverser les édifices anciens.
CHŒUR DES MAÇONS
Renversons, — renversons ; — en avant, — en avant !
ALIGHER.
Suivons ce cortège !
LE JEUNE HOMME
Ne sommes-nous pas près de notre époque?
ALIGHER.
Là-bas, au fond, dans ces brouillards qui apparaissent derrière cette rangée de lampes, nos jours se balancent déjà;—
mais nous en sommes encore séparés par une mer de désastres et par un esprit gigantesque !
LE JEUNE HO^ME
Devons-nous forcément passer par cette mer de sang et de larmes!
ALTGHER.
Ni notre cœur ni notre raison n'en approcheront, — mais il faut que nos pieds la traversent, — que nos yeux la contemplent. — Ne frissonne pas !
LE JEUNE HOMME
Je ne me trompe point, n'est-ce pas? — Ce sont des guillotines ! A mesure qu'avance le cortège, elles se dressent des deux côtés,— une rue formée par des guillotines! Quelle est longue! et toutes entrent en mouvement;— ici et là, et là encore, partout des couperets élincellent en tombant. A chaque éclair, une tête vole. Que de couperets ! — que de têtes tranchées ! Impossible de passer !
ALIGHER.
Appiiie-toi sur moi.
LE JEUNE HOMME
Et eux ils marchent plus loin, ils entonnent leurs chants !
ALIGHER.
. ïe souviens-tu? Quand l'àme se dégoûte du corps, elle se sauve dans la Thébaïde, elle s'écarte de la société des hommes. Ah! ne vivant pas dans les autres, elle pleure sur elle-même et se fane! — Et vois maintenant ce que devient le corps lorsqu'il se sépare dé l'âme ! Il est livré à la folie et au massacre. Ici et là, il y a manque d'amour parfait. D'un côté se produit le suicide et de l'autre le meurtre !
LE JEUNE HOMME
Je préfère le suicide à l'assassinat !
Oh ! aime avant tout les esprits vivants \ car l'heure des
corps et l'heure des âmes passera et celle de l'esprit son^ liera ! Les autres en étaient seulement les précurseurs !
r.E JEUNE HOMME.
Ordonne, — obtiens, que ces têtes ne roulent pas ainsi ùmes pieds. Elles ont beau s'évanouir comme un songe ; je me sens mal, — do plus en plus mal, ô Aligher !
ALIGHER.
Nous devons traverser le royaume des corps en révolte,
— tant que tu ne l'auras point franchi, je ne t'aurai pas l»réinuni contre les dangers de l'avenir. Oh! les fondements du monde se sont ébranlés !... Les souffrances des siècles s'amassaient lentement et silencieusement jusqu'à ce qu'elles fissent irruption comme un volcan ! Une fois il en fut ainsi,
— il le fallut;— mais, ô Seigneur, que le soleil ne se lève plus jamais sur un jour de férocité brutale et de crime atroce comme celui-ci !