CHŒUR DF.S VOIX SOUTERRAINES
La diplomatie, — la police,— la gendarmerie! (1)
LE JEUNE HOMME
Ils ont arrêté leurs chevaux, —ils se sont donné la main, — ils se parlent !
ALIGHER. ^
Et ils se prêtent serment !
LE JEUNE HOMME
Si bas, qu'on n'entend rien !
ALIGHER.
Si c'était un pacte d'honnêteté, de raison et d'honneur, ils jureraient tout haut!
CHŒUR DES VOIX SOUTERRAINES
Oui, ainsi ! c'est bien ainsi ! et maintenant en avant ! — volez comme des flèches empoisonnées, — plus loin, plus loin!
CHŒUR DES VOIX AÉRIENNES
C'est en vain ! aucun avertissement ne dénouera l'enlacement vii)érin de ces trois mains! Les fiançailles sont indissolubles, — mais les fiancés périront !
LE JEUNE HOMME
Ils périront !— quand?— Est-ce que le sang de l'archange
(1) La gendarmerie en Russie est spécialement destinée aux arrestations |)oliliques.
ne crie pas depuis longtemps vengeance? Vainement tu me presses contre ta poitrine, Aligher, un frisson glacial
m'étreint ! Ali ! aucune autre vision n'apparaît ! — Rien
que cette immense caveau semblable à un sépulcre gigantesque ! Les héros, les prophètes, les saints ont passé et ont péri ! Seuls, les nains prospèrent et vivent ! Oh ! Aligher, est-ce donc là le dénoùment de tant d'inspirations et de tant de siècles? — Et ce n'est ni un fantôme ni un songe I Comme ici, dans ces profondeurs, de même à la surface de la terre, — tout est inanimé, sombre, vil! La médiocrité et la colère sont donc le septième jour de l'humanité ! Voilà le repos qui nous est donné !
ALIGHER.
Ne blasphème pas, enfant! le dimanche de l'humanité, ~ c'est le transformation, la résurrection des corps, — c'est l'état angélique! Les hommes en sont encore loin, —tu ne sais ce que tu dis,— tu ne sais à quel endroit de la route tu te tiens et vers quel but tu marches, — mais tu vas l'apprendre tout à l'heure !
LE JEUNE HOMME
N'est-ce point déjà notre siècle ?
ALTGHER.
Le nôtre tel qu'il paraît, mais non tel qu'il est!
LE JEUNE HOMME
Que me montres-tu ?
ALIGHER.
De ce côté deux torches brillent!
LE JEUNE HOMME
Comme deux tristes lunes! —Mais je vois au-dessous une porto énorme, — des portos de fer dans le mur !
ALTGHER.
Approchons lentement,— lis cette inscription d'argent en haut !
LE rOËME INACHP]VE
LE JEUNE HOMME
Gens œterna in qua nemo nascitur !
ALIGHER.
Ici seulement finit le passé! —Derrière ce seuil le présent commence et l'assemblée des Esprits médite les temi)s futurs, qui seront, parce qu'ils doivent ètTe.
CHŒUR DANS LE LOINTAIN
Salut, VOUS qui approchez des temps présents, vous qui avez accompli la route avec les anges du* Seigneur, — avec les idées de l'humanité !
LE JEUNE HOMME
Comme ces voix croissent, — se rapprochent, — se multiplient! il semblerait que déjà tout près de nous résonnent ces cordes et s'élève ce chant!
ALIGHER.
Cette muraille seule nous en sépare !
LE CHŒUR
Au nom du Seigneur nous vous recevons sur ce seuil! Au nom du Seigneur triple et un,— à l'image duquel les fastes de notre planète sont triples et uns !
LE JEUNE HOMME
Nulle part je n'ai entendu de sons pareils, - l'air tout entier a palpité en musique. Cet hymne pénètre dans mon cœur comme le rachat de tous ses gémissements!
LE CHŒUR
Enfin arrive le jour promis ! Le siècle qui s'appellera consolateur! l'heure qui s'appellera V accomplissement ! Le Christ ne nous a pas été enlevé pour toujours,— ce n'est pas pour toujours que la lumière de l'existence a été obscurcie ! Voilà que le Fils sera honoré par l'Esprit, — et l'Esprit provient du Père et du Fils, et les allie amoureusement tous deux !
LE JEUNE HOMME
Je me mourais déjà! — et maintenant, de nouveau, je sens l'infini dans ma poitrine î 0 accords bénis !
LE CHŒUR
Et comme au ciel, il en sera ainsi sur la terre!
Tout ce qui a passé et a souffert en passant, reviendra, revivra, s'élèvera, mais n'aura plus à souflrir!
Les pensées divisées, les actions contraires, les siècles successifs s'honoreront et s'aimeront réciproquement !
Par un troisième souffle de son amour, 1« Seigneur revendiquera sa planète.
Le Seigneur revendiquera la race humaine I
ALIGUER.
Je frapperai, — les portes s'ouvriront, — tu entreras avec moi.
LE JEUNE HOMME
Je suis prêt comme pour le ciel !— Ah ! si tout doit revivre, mon archange ne mourra pas !
LE CHŒUR
Nous vous donnons notre paix! Entrez!