‹ Œuvres complètes du poëte anonyme de la PologneChapitre 52 sur 105 · LE MARI · texte numérisé non relu

LE MARI

J'ai consenti à des liens terrestres, car j'ai trouvé celle que j'avais rêvée. Malédiction sur moi, si jamais je cesse de l'aimer.

(Salle pleine de monde. — Bal. — Musique. — Lumières. — Fleurs. — La jeune mariée valse, et après quelques tours s'arrête et rencontrant par hasard son mari dans la foule, elle appuie sa tète sur son épaule.)

LE JEUNE MARIÉ

Que tu m'es belle dans ton abattement, que ce désordre de perles et de fleurs va bien à tes cheveux!... Oh! tu seras à jamais mon chant d'amour !

LA COMÉDIE INP^ERNALE

LA JEUNE MARIÉE

Je te serai une épouse fidèle, comme ma mère me l'a en-seigné, comme mon cœur me l'apprend, mais ici il y a tant de monde... tant de bruit... de chaleur...

LE JEUNE MARIÉ

Reviens encore une fois à la danse, et moi je resterai ici à te contempler comme souvent dans ma pensée je regardais passer les anges.

LA JEUNE MARIÉE

J'irai, si tu le veux, mais les forces me manquent.

LE JEUNE MARIÉ

Je t'en prie, ma bien-aimée 1

(Danse et musique.)

(Nuit obscure. — Un esprit mauvais, sous la forme d'une jeune fille.) i/esPRIT MAUVAIS (passant dans les airs).

Il y a peu de temps encore, je parcourais la terre à pareille heure; — maintenant les démons me pourchassent et m'ordonnent de prendre l'apparence d'une sainte (passant audessus du jardin). Détaclicz-vous, flcurs, ct poscz-vous daiis mes cheveux I (passant au-dessus du cimetière.) Chamies et fraîcheur des jeunes trépassées, dispersés dans f air, flottant audessus des tombeaux, venez rayonner sur mon visage. Ici, une belle brune tombe en poussière, — qu'à mon front se suspende fombre de ses tresses noires ! Sous cette pierre

gisent deux grands yeux bleus, éteints à jamais, — à moi! à moi la flamme qui les illuminait I — Derrière cette grille cent cierges brûlent. — C'est une princesse qu'on vient d'ensevelir, — détache-toi d'elle, robe de satin, blanche comme la neige, — passe comme un oiseau à travers la grille, viens me parer, et maintenant, en avant ! en avant !

(Chambre à coucher. — Une lampe de nuit projetant une faible clarté sur l'époux, qui dort à côté de sa femme.)

l'Époux (rêvant).

D'où viens-tu, toi invisible et muette depuis longtemps ! — Comme l'onde vive, ainsi glissent tes pieds, pareils à deux vagues légères. — Une paix céleste entoure ton front, — tout ce que jamais j'ai aimé et rêvé est réuni en toi !

(Se réveillant.)

OÙ suis-je?... près de ma femme. . . C'est là ma femme I

(Il la contemple).

J'ai cru que tu étais celle que j'avais rêvée, — mais voici qu'après un temps bien long, mon rêve revient, et ce n'est pas toi, — tu es bonne et douce... mais l'autre... Dieu que vois-je?

LE FANTÔME

Tu m'as trahi ! (ii disparait.)

l'époux.

Mîiudite soit l'heure où j'ai pris une femme, où j'ai aban-

donné l'amante de ma jeunesse, la pensée de mes pensées, l'âme de mon âme !

LA FEMME (se réveillant).

Qu'y a-t-il ?... Serait-ce déjà le jour? la voiture est-elle prête ? N'est-ce pas aujourd'hui que nous devons aller faire des emplettes?

l'époux.

11 fait nuit sombre, dors, dors profondément !

LA FEMME

Ne te sens-tu pas mal tout à coup? Je vais me lever et te donner de l'éther.

l'époux.

Dors !

LA FEMME

Dis-moi, bien-aimé, ce que tu as? ta voix est changée, tes joues sont bridantes de fièvre.

l'Époux (se levant brusquement).

J'ai besoin d'air, j'ai besoin de respirer, — reste, — pour Dieu, laisse-moi ! ne te lève pas!

{Il sort.)

(Derrière le mur de l'église, un jardin éclairé par la lune.

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