‹ Œuvres complètes du roi René (volume 2)Chapitre 30 sur 151 · CX XIV · texte numérisé non relu

CX XIV

A ces conditions, disait-il, il consentait généreusement à abandonner ses droits de succession comme fils et héritier de Marie d'Anjou , à ne plus exiger le remboursement de la dot d'Anne de France, touchée par le duc Nicolas, et de cinquante mille écus avancés pour la rançon de la reine Marguerite.

René était déjà éloigné de l'Anjou lorsqu'il apprit ces étranges exigences. Il avait vu sur sa route le duc de Bourbon et le connétable de Sainl-Pol, qui l'avaient pressé de réclamer la protection du duc de Bourgogne. Le motif de cette entrevue fut deviné par Louis. Il entra dans une feinte fureur, et somma René de comparaître devant son parlement.

Une inique procédure fut alors entamée. Le roi écrivit à ses fidèles conseillers pour connaître leur avis. C'était avec une douleur profonde qu'il s'était déterminé à poursuivre son oncle vénéré. Mais l'intérêt de son royaume l'emportait sur ses affectionsparticulieres.il détaillait ensuite une foule de prétendus griefs, et finissait en exprimant le désir de reconnaître l'innocence de René.

Les juges prévaricateurs et les complices ne manquent jamais aux tyrans, et Louis avait rempli le parlement de ses séides. La cour, après de longs débats, déclara qu'on pouvait en bonne justice arrêter le roi de Sicile; mais eu égard à la parenté, à son grand âge, à la répugnance du roi pour les voies de rigueur, elle ajourna René à venir en personne justifier sa conduite, sous peine de bannissement et de confiscation de corps et de biens , s'il n'obéissait à cette sommation (Anquetil).

Tandis qne le parlement, complaisant et docile, rendait ce monstrueux arrêt, Louis XI, impatient de tout retard, s'avançait jusqu'à Lyon , et donnait l'ordre à ses troupes d'occuper le Barrois. Le loyal Cossa commandait cette province. Il se rendit en toute hâte auprès de l'ombrageux monarque, et défendit son vieux maître avec une vertueuse indignation. Nostradamus nous a conservé ses généreuses paroles : « Sire, vous avez tort, et ne devez aucunement vous esbahir ; si le roi » René a esté tenté de mettre ses royaumes et seigneuries sous la protection du » duc de Bourgogne, il a été bien et beau conseillé à cela par ses plus lovaux et » sages serviteurs, voire très expressément par moi-même; parce que vous, sire, » qui estes fils de sa propre sœur et son légitime nepveu, luy avez osté les duchés » de Bar et d'Angers, et l'avez fort mal mené en toutes ses affaires; si que nous » avons bien voulu mettre en avant ce marché sans dessein accompli , ni envie » résolue, afin qu'au vent de ces nouvelles, il vous print l'envie de nous faire la » raison , et congnoistre que le roy mon maistre est vostre oncle et de vostre

Louis écouta Cossa avec calme et sans l'interrompre. Puis s'adressant aux familiers qui l'entouraient : « Si le sénéchal du roi de Sicile ajoute un mot de plus, » qu'on ait à le coudre dans un sac, et à le jeter à la rivière. » L'exécution eût suivi de près la menace, si Cossa n'eût quitté Lyon immédiatement.

L'ambition de Louis XI était satisfaite , et il n'entrait pas dans ses vues de consommer cette spoliation. Satisfait d'avoir sans coup férir agrandi ses états et dépouillé un vieillard d'une partie de ses héritages , il consentit à lui laisser le comté de Provence , lui promit même la restitution du Barrois et de l'Anjou , et lui donna des marques extérieures d'attachement et de respect. Mais ses obscures intrigues ue cessèrent d'attrister la vie du bon roi; elles l'entourèrent jusqu'à la tombe, et jetèrent sur ses dernières années l'irrésolution , le découragement et la crainte. Nous devons aux sentiments inspirés par cette longue suite d'attentats, le traité philosophique de £ Abusé en court 2.

A la porte gothique d'une vieille église , sur la froide dalle qui recouvre les degrés, Me Aristote rencontre un vieillard, qui a follement dépensé à la cour son héritage et sa jeunesse. Un dialogue s'établit entre le philosophe et le courtisan. Ce dernier lui raconte ses malheurs et comment se sont évanouies une à une toutes les espérances , toutes les illusions dont il s'était bercé. L'amour, l'amitié , la fortune l'ont tour à tour trahi. Triste jouet de l'ambition et de ses propres folies , il est réduit à l'hôpital , dernier asile offert par la Pauvreté.

L'amour des Provençaux devait faire oublier à René ces injustes violences. Il s'était arrêté à Marseille, avec son neveu, Charles du Maine, devenu l'unique héritier de la maison d'Anjou depuis la mort de son père. René venait de lui faire épouser Jeanne de Lorraine, fille d'Yolande et de Ferry, et il lui destinait son duché d'Anjou et le comté de Provence. Il annonça même publiquement ses intentions aux États convoqués à Aix (août i474)- Charles reçut le serment des députations des villes principales, en qualité d'héritier et de successeur du roi de Sicile, son oncle et aïeul bien-aimé.

Ce ne fut pas sans faire violence à son cœur que René prit cette détermination. Les nobles qualités de son petit-fils le duc de Lorraine , sa valeur brillante et ses malheurs avaient augmenté encore un attachement paternel. Chassé de Nancy par Charles le Téméraire, René II soutenait contre ce belliqueux souverain une lutte

Quatrième volume des Œuvres complètes de René d'Anjou.

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