LETTRE VIII
AU PAPE PAUL II
De noue château des Ponts-de-Cé, le VIII' jour de juillet, l'an de la Nativité de N. S. MCCCCLW 111.
Très-Saint-Père ,
Nous rendons de très grandes actions de grâces à Votre Sainteté de ce qu'elle a daigné pourvoir lean de JVIontegui de l'évêché de Glandèves, ainsi que nous l'en avions suppliée, par nos précédentes lettres ; mais Saint- Père , nous ne vous avions pas seulement supplié de lui réserver cet évêché, mais encore de lui accorder un canonicat et une prébende dans l'église d'Aix, et nous ne pouvons pas comprendre comment il est arrivé que le prieur de Rumete, de notre propre pays, ait présenté à Votre Sainteté, sous notre nom, comme nous l'avons appris, une certaine supplique, contre notre intention et notre volonté, chose que nous ignorions complètement, pour faire accorder le même canonicat et la prébende en question à un certain Mare Guiramaud, qu'on dit être son neveu; et celui-ci, en effet, a obtenu l'un et l'autre, sous un faux nom.
Le cas est grave , déplorable et digne de correction. Nous ne sommes pas médiocrement surpris d'apprendre comment ce personnage a pu mériter assez de confiance pour obtenir une pareille faveur, là où il n'y avoit pour lui aucun document de notre part : comme donc notre intention reste tout à fait étrangère à cet événement, et que nous n'avions jamais pensé à pareille chose, en faveur de Marc Guiramaud, et que la demande, présentée pour lui, à Votre Sainteté, repose sur un faux matériel, nous la supplions, avec instance, de vouloir bien révoquer et abolir entièrement la supplique, présentée en faveur de Marc Guiramaud, comme
Cette lettre este'crite en latin.
fausse et subreptice; de regarder la faveur qu'il a obtenue, comme le prix de la fraude et de la supercherie ; de replacer les choses dans leur premier état et de réserver le canonicat et la prébende, dont il s'agit, à Jean de Montegui, aujourd'hui évêque de Glandèves, qui en est digne, autant par ses vertus que par l'attachement que nous lui portons et pour lequel nous avons écrit à Votre Sainteté. Ces faits étant accomplis, après avoir bénignement accueilli nos actions de grâces, pour tous les bienfaits dont vous nous avez comblés, nous conserverons de ceux-ci un éternel souvenir, laissant d'ailleurs à votre volonté le soin de la correction de l'acte que nous venons de signaler, suppliant toujours votre vénérable personne de pourvoir pleinement à la conservation de son honneur et du nôtre.
Votre très soumis et dévoué fils, Le Roi d'Aragon, de Jérusalem et des Deux-Siciles ,
René.
Par mandement du Roi , mon maître , Pierre Puig.
LETTRE IX \ Al PAPE PAUL II.
Du château de notre ville d'Angers, le XVIII" jour de juillet, l'an de la Nativité de H. S. MCCCCLW III
Trés-Saint-Pére ,
Nous avons appris, depuis long-tems, que l'abbé du monastère Saint- Victor, de notre comté de Provence, vouloit résigner cette abbaye à un certain personnage que nous ne pouvons agréer. Comme cet acte seroit préjudiciable à notre état, il excite toute notre sollicitude; car le monastère de cette abbaye est situé sur un point qu'on peut appeler la clef du port de notre cité de Marseille; et du côté de la mer, il garde si bien les citadelles et les remparts qu'il seroit non-seulement imprudent, mais déraisonnable de confier ce poste à tout autre qu'à un homme parfaitement éprouvé. C'est pourquoi , Très-Saint-Père , nous vous supplions instamment de ne daigner accepter, à aucune condition, mais de rejeter complètement cette démission, si ce n'est en faveur de notre vénérable père en Jésus-Christ , l'évêque de Marseille , en qui nous avons une confiance sans bornes; car ce prélat nous est parfaitement connu, depuis son adolescence. Il a été presque élevé dans notre palais; dès l'instant que son mérite et ses rares vertus nous furent révélés, nous l'acceptâmes, avec joie, dans notre secrétairerie; il nous fut long-temps attaché, en qualité de secrétaire intime. Dans la suite, lorsque nous connûmes jusqu'où alloit son dévouement à notre personne , et son intégrité , et son zèle pour tous nos intérêts, et sa probité, nous lui confiâmes, sans hésiter, non-seulement ce qui étoit du ressort du secrétariat, mais encore, et jusqu'à ce jour, presque toutes les affaires, et celles qui nous touchent le plus.
1 Cette lettre est écrite en latin , comme toutes celles qui traitent des affaires d'église.
D'un autre côté, nous ne laisserons point ignorer à Votre Sainteté que le titulaire actuel paroît négliger les intérêts de cette abbaye; on diroit, en effet, que déjà beaucoup de ses dépendances sont menacées d'une prochaine destruction et sur le point de tomber en ruines.
C'est par ces motifs, Très-Saint-Père, que nous désirons ardemment, et pour vous et pour nous, qu'il soit eflicacement remédié à cet état de choses et que la résignation de cette abbaye ait lieu en faveur de l'évêque de Marseille ; car, dans le temps oîi nous sommes , il ne seroit pas prudent de permettre qu'elle passât en d'autres mains que les siennes. Il est donc d'un haut intérêt pour Votre Sainteté, si cette abbaye venoit à vaquer par résiliation ou de toute autre manière, qu'elle daigne et veuille en conférer le titre à l'évêque de Marseille, qui nous est si dévoué : nous l'en supplions de nouveau, soit par la considération et pour l'affection qu'elle nous porte , soit en faveur de ses vertus , et surtout pour les raisons déjà déduites. Ainsi Votre Sainteté satisfera complètement aux intérêts de l'église et aux nôtres qui, nous le répétons, éveillent toute notre sollicitude, et nous l'en remercierons comme d'une grâce spéciale. Nous espérons, avec confiance, que Votre Sainteté nous exaucera dans cette affaire, ainsi qu'elle a daigné le faire, avec tant de bonté, en d'autres circonstances.
Que Dieu garde votre auguste personne.
De Votre Sainteté,
le fils humble et soumis,
René.
Par mandement du Roi , mon maître, Pierre Puig.