TOME III
« Moult suis marrie et esperdue « Que ja si court estes tenue « Par ce faulx Dangier, le rebelle,
« Et les aultres de sa querelle...
« Et vous estes, belle pucelle,
« Doulce , plaisant, fresche et nouvelle,
« Digne d’avoir pour serviteur « De France le plus grand seigneur.
« Or, est ainsi qu’en ce pais,
« Belle fille , pour vostre advis ,
« Est venu un jeune seigneur,
« Qui se fait appeler le Cuer,
« Qui pour vous a maints maulx souffert...
« Ains il est très doulx jouvencel ,
« De corps et de visaige bel...
« Si advisez que lui direz,
« Et ne soyez mal gracieuse... »
La jeune fille à ces paroles mua (changea) légèrement de couleur, et devint un g petit plus vermeille. Puis elle commença incontinent à aimer Cuer en sa pensée, et à s’attendrir sur les périls qu’il avait courus pour l’amour d’elle; mais comme elle craignait de répondre devant ses geôliers, elle prit Pitié par la main, et lui fit signe tout doucement de dire à son ami de venir le plutôt qu’il pourrait.
Le poète, après avoir raconté le message de la bonne dame, retourne à parler de Cuer et de ses compagnons.
Le soleil monté à son midi rayonnait de pourpre et d’azur, lorsque le chastel du dieu d’Amours et son rocher d’éméraude et de diamant apparurent à leurs yeux comme une vision céleste.
« Il estoit de façon telle que celui de Saumur, assis sur la rivière de Loire , mais plus de moitié large et spacieux. » Des murailles de cristal, flanquées à chaque pan d’énormes tours en rubis, formaient son enceinte. La perle , l’escarboucle et le saphir, des pierres d’agate et de calcédoine étincelaient sur les créneaux, les campaniles et les tourelles ; des tuiles d’or émaillé , aux cucrs volages, recouvraient l’antique donjon.
A u-dessus du portique d’entrée, deux statues d’ambre incrusté d’or tenaient en
main un miroir de diamant. C’était la Pourfraicture artistement faite de Fantaisie et à' Imagination , les deux habiles maîtresses d’œuvre, qui avaient donné le plan du chastel.
Quand les trois compagnons eurent traversé pont dormant et pont-levis, ils s’arrêtèrent à la porte principale, qui était d’ivoire, ferrée d’or fin, et Cuer ne put se tenir de lire les lettres et inscriptions, de contempler les belles images et de se mirer à son aise, en attendant qu’on lui ouvrît. Désir, en le voyant, riait doucement sous cape , songeant à part lui, que son seigneur était bien happé (pris), et que désormais il n’aurait garde d’échapper au dieu d’ Amours. Il était dans ces pensées , lorsque sortit par le guichet un très beau jouvencel, tenant un épervier blanc sur le poing. Désir reconnut aussitôt son ami, Bel-Acueil , le prisonnier de Jalousie. Il l’embrassa avec grande joie, et le tirant à part, lui conta tout au menu leurs voyages et aventures, avec prière d’aller vers le dieu d’ Amours, le supplier de permettre à Cuer de lui rendre hommage, car il avait bonne et sincère volonté d’être retenu son vassal et féal serviteur.
Bel-Acueil rentra aussitôt dans le chastel pour remplir son message. Le dieu d’ Amours, qui savait bien déjà que Cuer avait été blessé d’une de ces sagettes qu’il tire à la volée en forme de passe-temps, donna l’ordre d’introduire les trois chevaliers. Ils suivirent Bel-Acueil jusque dans une cour pavée de jaspe, où s’élevait une fontaine de cristal , ornée d’or et de pierreries. Sur ses bords était assis nonchalamment une jeune damoiselle, qui tout mignonnement s’amusait à baigner dans le bassin un gentil faucon. C’était dame Oyseuse , la belle amie du dieu d’Amours. Elle se leva à l’approche des trois chevaliers, et après leur avoir donné un baiser, et souhaité la bienvenue, elle se réunit à Bel-Acueil pour leur montrer les merveilles du château.
Comme ils entraient dans la grande salle , ils aperçurent le dieu richement vêtu d’habits royaux, qui s’ébattait avec son arc à lancer des sagettes. Bel-Acueil mit genou en terre, et présenta Cuer et ses deux compagnons.
Puis Désir, comme il l’avait promis, exposa la demande du chevalier, son seigneur :
« A très hault prince et excellant « Souverain , seigneur tout puissant , « Qui sur tout homme terrien « Avez povoir, comme on scet bien,
« Tant decza ter que de la mer... ,
« Vez cy le Cuer qu’à ma requeste ,
« Si a entreprise la queste « De conquester Doulce-Mercy....
« En vous faisant obéissance « Avec serement et hommaige... »
Il continua ainsi hardiment son discours, demandant au dieu de lui bâiller sa meilleure chevalerie pour mettre en fuite Dangier, Reffus, les Mesdisans, les traîtres et les félons, qui s’opposaient à leur emprise.
Quand Désir eut fine (terminé) sa raison et que Cuer l’eut avouée comme sienne, le dieu d’Amours se prit à sourire :
« Désir, la teste as bien légère \
« Tu n’as pas changé de manière,
« Car tu es trop bouillans et cbaulx...
« Du Cuer du congié qu’il demande ,
« Qui n’est pas petite demande,
« Nous y aurons ung peu d’advis,
« O nostre conseil et amis...
« Et puis ensemble parlerons. »
Lors Amour prit Cuer par la main et le conduisit lui et ses compagnons dans une salle richement ornée de magnifiques tapisseries d’Arras. Un splendide repas les y attendait; et tandis qu’ils caquetaient et devisaient de leurs nouvelles , il vint un jouvencel annoncer la visite de dame Pitié la prieuse. Honneur, Bon Renom, Vaillance, Humble Requeste et plusieurs autres barons entrèrent également ; ils arrivaient de l’armée pour tenir un grand conseil de guerre en présence de leur seigneur.
Dame Vénus, selon sa coutume, était venue après le souper s'entretenir avec son fds. Il lui fit prendre place au conseil, car il l’honorait et l’aimait grandement. La séance ouverte, chaque chevalier exposa son opinion en toute liberté; Amour recueillit les votes en commençant par sa mère; puis Honneur fut chargé de faire part aux trois chevaliers du résultat de la délibération.
Le dieu applaudissait à leur vaillance, et leur bâillait ses capitaines. Seulement
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il prenait sous sa sauvegarde la vie de Dangier et Reffus, car tout rebelles qu’ils étaient, ils faisaient partie de ses vassaux, étant nés dans ses états; et le bon seigneur permettait bien de leur donner maints horions, mais non de les mettre à mort.
Quoique Cuer eût désiré réduire tous ses ennemis à discrétion, il remercia humblement le dieu d’ Amours, et se déclara avec serment, envers et contre tous, son homme lige et son serviteur loyal. Un grand enthousiasme à celte nouvelle s’empara des jeunes chevaliers; chacun voulut être de la fête et saisir cette occasion de gagner de l’honneur. Mais parmi les plus valeureux, Cuer choisit seulement Bel-Acueil , Promesse et Humble Requeste. Il demanda une messe pour le petit point du jour, afin d’attirer la bénédiction du ciel sur sa noble entreprise , et prit ensuite congé du dieu d’Amours et de sa mère.
Cependant, dame Pitié s’était refusée à se séparer de l’aventureux paladin. Elle comptait bien lui venir en aide , car elle avait son entrée au manoir de Rébellion. Le lendemain donc, accompagnée de Bel-Acueil, elle précéda les chevaliers, et parvint à la chambre de Doulce-Mercy, qu’entouraient Honte, Crainte, Jalousie et les Mesdisans.
Pitié s’assit près d’elle, en lui demandant comment elle se portait depuis qu’elle ne l’avait vue. Puis, s’approchant plus près encore, elle la pria de lui dire tout bas si elle ne voulait point envoyer de message à Cuer son loyal ami. Doulce-Mercy en cachette lui fit signe qu’elle voulait bien , et ses joues devinrent vermeilles comme un rosier fleuri.
Bel-Acueil, qui avait tout entendu, les quitta alors en grande hâte, pour annoncer à Cuer cette gracieuse nouvelle. Il le trouva à un trait d’arbalète , marchant gaiement vers le manoir avec ses compagnons. Tous revêtirent leurs armes, et Cuer regarda son épée, son haubert et son heaume. Il lui tardait d’en venir aux mains , et de signaler sa valeur.
Dangier l’attendait sur la porte du manoir, faisant sentinelle. Armé d’un bassinet rouillé et d’une massue noueuse, hideux, contrefait, le visage enflammé de vin et de fureur, il semblait un routier des grandes compagnies , dont le bon connétable délivra la France.
Désir, en le voyant, prit la parole, ce qu’il faisoit toujours volontiers :
« Dangier, léans nous fault aller,
« Car nous voulons ung peu parler « A la belle Doulce-Mercy,
« Pour qui sommes venus icy.
« Allez, allez la vostre voye, »
Répondit Dangier, dont les yeux étincelaient comme deux tisons ardents à travers sa visière ,
« Messeigneurs, que Dieu vous convoyé!
« A qui plantez vous vos coquilles?
« Troussez voz bastons et voz quilles...
« Allez vous en. »
Désir et Cuer n’attendaient que ce refus pour en venir aux mains; mais Humble Requeste, le poursuivant d’Amours, parvint à les retenir :
« Dangier, messire Amours te mande » De par moy, et si te commande « Que tu laisses céans entrer « Les compagnons, sans contester,
« Pour parler à Doulce-Mercy.
« Saiches bien qu’il le veult ainsi.
« Et n’ayes tant de desplaisir,
« S’ung peu ont d’amoureux plaisir,
« Voire en tout bien et en honneur :
« Autrement ne le quiert le Cuer. »
Un sourire de dédain erra sur les lèvres de Dangier. Il se redressa de toute sa taille :
« Tu as esté à bonne escolle ,
« Mon enfant en belle parolle ,
« Car tu scez très bien caqueter « A qui te vouldroit escouter.
« Ce n’est pas cy, c’est à l’autre huys. « De telz motz trop balu suys...
« Car pardieu, jà n’y entrerez. »
Perdant à ces mots toute patience, Cuer tire sa bonne épée, et s’élance sur son ennemi. Mais Promesse se jette entre les deux combattants ; elle offre à Dangier des monceaux d’argent et d’or pour le mettre à jamais à l’abri de l’indigence; arrive Largesse, qui lance au front du traître deux bourses pleines de deniers. Il tombe comme mort la face contre terre; mais le félon n’était si étourdi ni si blessé, qu’il ne sût imiter le chien auquel on jette un pain à la tête. Il étend la main pour saisir son trésor et laisse enfin libre la porte du manoir. Cuer au comble de ses désirs se précipite dans le chastel , il court à la chambre de Doulce-Mercy , et la trouve avec dame Pitié, qui doucement l’exhortait à aimer son bel ami.
Et quand il l’aperçut , « il fut comme tout transporté et ravi ; car elle estoit tant «belle et doulce, que c’estoit chose angelique. De la vous deviser, m’en fault « passer, car mon esprit ne le sauroit faire. Elle estoit vestue de pourpre , robe et « mantel ; et avoit ses cheveulx crespés par dessus ses espaules , et dessus son « chief un cercle d’or et de pierres précieuses moult richement aorné. Que vous « diroi-ge, c’estoit la très plus belle créature , que oncques homme vist. »
Lors Cuer s’avança vers Doulce-Mercy ; mais il était si éperdu qu’il ne savoit mot dire. Désir voulut venir à son aide : le bon chevalier le pria de laisser parler Humble Requeste. « Car bien estoit en langaige, et savoit la manière de parler « pour tous vraiz amoureux. Si prist le Cuer Humble Requeste par la main, et Désir « de l’autre cousté, et s’approuchèrent au plus près; et en le saluant Humble « Requeste lui dit :
cf Madame, Dieu vous envoyé « Honneur, santé et toute joye, cc Yescy le Cuer qui a souffert « De maulx, tant que bien y pert (paraît), cc Pour la vostre amour conquérir...
cc Si aiez donc de lui pitié ,
« Par doulceur et par amictié , cc Car vous n’avez garde qu’il pense « Riens que vous viengne en desplaisance.
« De malle mort mourir vouldroit ,
« Lorsqu’en vo grâce ne seroit. »
Quand Humble Requeste eut cessé de parler, Doulce-Mercy regarda dame Pitié, qui se prit à sourire ; et dès cette heure elle eut volontiers retenu Cuer pour serviteur et ami , car elle le voyait doux, humble et beau jouvencel. Mais elle n’avait
garde de découvrir sa pensée en présence des truands qui lui servaient de geôliers.
Cuer alors se hasarda à croire son tour venu. Il s’assit auprès de sa dame, et lui conta ainsi sa raison :
« Madame, je ne vous scay dire « Le très grant mal et le martyre , « La grief paine et le tourment « Que j’ay pour vous incessament .
« Car tant me suys à vous soubmis « Que jusqu’à la mort suys remis,
« Pour la vostre très grant beaulté , « Que servir vueil en leaulté... »
A ces paroles dame Pitié jeta sur Doulce-Mercy un regard suppliant, puis elle ajouta :
« Doulce belle, que vous en semble?
« Très tout le pouvre Cuer si tremble... « Ains il est bel , courtois et doulx.
« Et puis qu’il s’est donné à vous ,
« Et qu’il est bien pris en vos las (lacs), « Vous ne le refuserez pas... »
Ces paroles arrivèrent jusqu’au cuer de Doulce-Mercy ; toute sa réserve s’évanouit devant un si chaste amour, et il lui sembla qu’elle avait été assez cruelle. Se tournant donc vers le chevalier :
« Cuer, decepvans estes et faulx,
Ou très parfaitement loyaulx ;
« Car il semble à vostre parler « Que vous n’y voulez mal penser.
« Si c’est pour ma déception « Dieu vous en doint (donne) pugnicion ! « Quant à moy, plus n’estriveray,
<i Et de bon cuer vous retiendrai « Pour amy et pour serviteur;
« Mais que ce soit en tout honneur.
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XXY
« Maintenant vous me promectez « Que loyaument me servirez ,
« Et que tant que vivrez journée, « Par vous neseray oubliée.... »
Cuer tressaillit de joie à ces douces promesses. Il tombe aux genoux de sa dame et lui jure fidélité.
Cependant Désir le pressait de prendre un baiser pour gage de sa foi; et déjà Cuer se levait encouragé par un sourire, lorsque Honte, Crainte, les Mesdisans , Dangier et Reffuz , accourent en fureur ; assailli à l’improviste , le pauvre chevalier est frappé de mille coups, et ne doit la vie qu’à son armure.
Il se relève en tirant sa bonne lame de Tolède. D’un seul coup , il abat l’épaule de Dangier, de l’autre , il fait à Reffuz une profonde blessure. Désir, Largesse et Rel-Acueil, se jettent dans la mêlée; Cuer, sous les yeux de sa dame, devient invincible. Des cris de victoire retentissent dans le château; les Mesdisans, éperdus, s’enfuient avec leur chef.
A la vue du sang, qui ruisselait dans sa chambre , Doulce-Mercy, pâle et glacée d’effroi , avait passé tout le temps du combat à tourner son rosaire, priant Dieu et Notre Dame de protéger son bel ami. Il revint bientôt s’asseoir auprès d’elle et reçut un gracieux baiser, pour prix de sa valeur.
Il voulait en demander un second sur le conseil de son page, mais Doulce-Mercy lui répondit par un tendre refus; et comme elle hésitait encore à se rendre au chastel du Dieu d’ Amours , dame Pitié vint se mêler à leur débat :
« Ne prenez pas en desplaisance « D’aller au chastel de Plaisance,
« Ma belle fille , avec le Cuer,
« Car là vous trouverez Honneur « Que j’y laissai avec Amours ,
« Et puis qu’Honneur y est toujours,
« Vous y povez très bien aller; a Nul ne peult de ce mal parler. »
Doulce-Mercy se rendit à ces instances, malgré l’effroi mortel que lui inspiraient TOME ni. d
Je traître Mallebouche et les Mesdisans. Elle tremblait de les rencontrer embusqués sur la route , et frémissait des nouveaux périls que Cuer aurait à courir.
Hélas! elle avait entrevu l’avenir, la pauvre fille! A peine sortie du manoir, son escorte est entourée par une multitude d’ennemis. Dangier est à leur tête; malgré sa blessure, il abat de sa main Désir, l’intrépide page. Largesse, Bel-Acueil , Promesse , Humble-Requeste tombent malgré des prodiges de valeur.
Cuer, dans cette extrémité, ne sentit point faiblir son courage. Seul contre tous, adossé à un arbre « il commencza à deppartir coups à dextre et à senestre , coupper bras et jambes et mectre gens à mort.'» Longtemps il prolongea une lutte héroïque. Accablé sous le nombre, couvert de poussière et de sang, il ne peut plus parer les coups qui lui sont portés, et tombe à son tour, atteint d’une cruelle blessure. La cervelle apparaît sous son heaume entr’ouvert, et son corps étendu sur le sable est percé par les lâches, qui n’osaient en approcher.
Tandis que Doulce-Mercy, de nouveau captive, retombait dans les mains de ses geôliers, et voyait s’appesantir ses chaînes, Pitié qui s’était mussée derrière un buisson au commencement du combat, était revenue sur le champ de bataille secourir ses amis, et mettre le premier appareil à leurs blessures. Grâce à Dieu, comme aucune n’était mortelle, les pauvres chevaliers se relevaient l’un après l’autre; et il ne resta plus que Cuer, froid et immobile, sur le sol ensanglanté. Dame Pitié s’aperçut qu’il respirait encore ; elle prit un peu d’eau dans sa main et lui en frotta les tempes, après avoir doucement posé la tête en son giron. Cuer ouvrit les yeux et poussa un soupir! Il demanda, d’une voix faible , où étaient sa dame et ses compagnons; et quand Pitié le lui eut appris, il la pria pour Dieu , de le conduire « à l’hospital d’ Amours , là où vouloit finer le ramenant de ses jours en prières et oraisons, et dame Pitié le fist ainsi que le Cuer le lui requist. »
Cette douloureuse conclusion termine les aventures de l’infortuné damoisel. René dont les affections avaient tant de fois été brisées, n’a pas voulu qu’un rayon d’espérance éclairât le dénouement ; son songe était fini :
« Adoncques d’angoesse et de dueil « Que mon Cuer avoit, ouvris l’ueil ,
« Et en tressault je m’esveillay...
« Dont le matin quant me levay,
« Le papier prins et escript ay « Mon songe, au plus prez que j’ay sceu ,
XXYII
« En priant à tous, s’il est leu « En quelque bonne compagnie,
« Que l’on excuse ma follye ,
« Car le mal d’amer sy est telz ,
« Qu’il n’espargne jeune ne vielz,
« Lequel maintez gens fait souvent « Songer dormant et en veillant.,
« Quant bien à son gré on n’a pas « Allégement des estroitz las (lacs).
« En quoy Amours tient maint de rire.
« Sy m’en veulx taire sans mot dire, a Fors que cest livre cy fut fait « Mil quatre cens cinquante sept. »
Des miniatures charmantes, delà plus parfaite conservation, enrichissent le manuscrit original de ce curieux ouvrage. Dessinées avec un soin et une délicatesse extrêmes, elles sont la preuve du prix que René y attachait. Sans doute, il est facile aujourd’hui de sourire en lisant ces pages devenues si étrangères à nos idées et à nos mœurs. Mais si le lecteur considère le siècle où vivait René, sans autre guide littéraire que le roman de la Rose et les épopées chevaleresques, s’il compare ces poétiques fictions aux ouvrages de la même époque, s’il est sensible à la naïveté répandue sur ces ingénieux tableaux, où jamais la morale ne rougit de la licence de l’expression ni de la pensée; alors, et comme involontairement , il se prendra d’amour pour cet excellent prince, il lui rendra la justice qu’il a trouvée au cœur de ses peuples , et recherchera dans ses écrits , ce qu’il n’est pas au pouvoir du temps d’effacer, la grâce, le naturel et l’inépuisable bonté de son âme.
25 novembre 1845.
Ct£ DE QüATREBARBES.
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