TOME IV
ont pour patron , la Sainte-Trinité ; les cordonniers, saint Crespin ; les boulangers, saint Honoré, etc.
Outre ces guidons, marque distinctive de chaque corps, il y en a d’autres séparés des torches, mais toujours surmontés de cierges allumés. Les monniers portent un petit moulin à vent qui tourne, les couvreurs une maisonnette en ardoises surmontée de girouettes, etc. Tous ces guidons sont autant de petits chefsd’œuvre qui font l’admiration des spectateurs.
Le Présidial est en robes rouges. MM. de la maison de ville marchent précédés de leurs tambours et trompettes. Ils ont tous la tète nue1 et une torche allumée à la main , ainsi que tous les laïcs de la procession. Ceux de la maison de ville portent attachés à leurs torches, des guidons aux armes de la ville d’Angers. Le Présidial est précédé d’un guidon , sur lequel on a peint la Justice, une balance à la main. Les huissiers, qui accompagnent la Prévôté et le Présidial, portent tous le susdit guidon.
Chaque corps a la symphonie qui lui plaît : elle marche à sa tète jouant des airs mélodieux , composés par le roi René, et qui se sont perdus dans l’orage révolutionnaire.
L’ordre et la marche du clergé.
Après le Présidial , marchent sur deux rangs les capucins, les minimes, les Cordeliers, les jacobins, les augustins, les carmes.
Des religieux en dalmatiques et précédés chacun de deux acolytes en aubes, portent la croix de leur ordre.
La communauté (ou paroisse) de la Trinité seule.
Puis à droite et à gauche, toujours sur deux rangs : Saint-Mainbeuf et Saint- Maurille, Saint-Julien et Saint-Pierre, Saint-Jean l’Évangéliste et l’abbaye de Toussaint, Saint-Martin et Saint-Laud.
Toutes ces communautés sont en chapes et leurs porte-croix en dalmatiques,
1 LePrésidial ayant marché pendant plusieurs années la tète couverte , Louis XIV adressa, le 21 juin 1077, une lettre aux maire et échevins de la ville d’Angers , pour faire cesser cet abus. ( Cérémonial manuscrit de l'église d’ Angers.)
précédés des bedeaux, de deux acolytes en tuniques, une couronne de fleurs sur la tête, et en main leurs chandeliers d’argent avec cierges allumés.
Lesdits porte-croix sont accompagnés d’épistolliers aussi en dalmatiques et manipules, portant les textes évangéliques devant la poitrine.
On ne se sert point de bannières tant pour la cathédrale que pour les autres communautés.
La Cathédrale.
Après le motet de sortie chanté sur le jubé à la louange du Saint-Sacrement , le diacre porte-croix commune sort de la cathédrale par la grande porte, précédé de deux petits acolytes en tunique et accompagné du petit sous-diacre portant le beau texte des Évangiles ; ils marchent tous deux côte à côte.
Suivent , deux à deux , quatre chapelains en chapes, un chœur de psalteurs et quatre officiers. Dix enfants hors d’office , en chappe , tunique et couronne de fleurs, sont adjoints aux psalteurs pour accompagner le chant.
Après les officiers, marchent les deux grands-bedeaux , portant sur leurs robes des tuniques de velours rouge, l une aux armes de Itené d’Anjou 4, l’autre aux armes du chapitre de Saint-Maurice. Ils portent sur le bras gauche leurs masses d’argent doré : celle du premier grand-bedeau est surmontée de la statue de saint Maurice; on voit sur celle du second la statue de saint Maurille ressuscitant saint René.
Puis viennent les deux maires-cliapelains en chasubles , tout comme s’ils allaient célébrer la sainte Messe; le sous-chantre, les quatre aisles du chantre, le chanoine assistant le chantre, et le chantre en queue, son bonnet sur la tête et son grand bâton à la main.
Après lui , le grand-diacre porte-croix des jetages et le grand-épistollier-officier
1 Lorsque l’Ordre du Croissant fut aboli, René Ht don à la Cathédrale de la tunique du héraut de l’Ordre, aux armes de saint Maurice; et , le 31 juillet 1482 , il fut ordonné que le premier grand-bedeau la porterait aux grandes fêtes, en mémoire du bon Roi.
L’office de premier grand-bedeau ou sergent-bâtonnier a été autrefois bien plus considérable qu’à présent : il était alors possédé par les premiers bourgeois ou avocats de celte ville qui s’en tenaient très honorés.
La création de cet office remonte à l'origine même du Chapitre. Le second grand-bedeau a été créé par lettres-patentes du roi Louis XI, datées du mois de juillet 1474. [Cérémonial , liv. I , f° 585.)
avec le livre de la Jurande 1 ; les deux diacres officiers avec leurs croix précédés des deux grands acolytes en tunique. Ensuite , deux à deux , les quatre aumôniers de l’Evêque, portant sa crosse, sa mitre, son livre et son bougeoir.
Aux quatre coins du dais , sont quatre chapelains porte-torches , assistés de quatre chapelains en dalmatiques; et de chaque côté , deux autres chapelains, portant des fallots antiques d’un beau travail.
Devant le dais, deux grands enfants thuriféraires en tuniques ; les deux plus anciens chapelains marchent , l’un devant , l’autre derrière.
Au milieu d’eux, porté par le doyen du chapitre et par l’Évêque, s’avance le brancard de velours où repose « cette belle grande custode , recognoissable de si loing qu’on la voit, par sa grandeur et par la forme singulière dont elle est composée: une croix d’or, supportée de deux grands angelots d'argent doré, dans laquelle il y a enchâssée une pièce notable de la Croix de Nostre Seigneur, et sur la poincte un beau soleil d’or, contenant la saincte Hostie 2. »
Deux dignitez en dalmatiques servent d’acolytes au chapelain assistant l’Évêque.
Enfin, derrière le dais, quatre anciens chanoines, deux dignitez, quatre appariteurs avec des cierges blancs, et les deux petits bedeaux.
Toute la cathédrale est chapée , à l’exception de ceux qui sont en office comme cy-dessus.
Le juge de police en robe rouge, marche immédiatement après la cathédrale, accompagné de ses officiers en robes noires. Puis , la sénéchaussée ou archers du prévôt, en casaques rouges et mousquets sur l’épaule, le grand-prévôt d’Anjou en tète, tous marchant sur deux rangs.
Aussitôt que le Saint-Sacrement paraît sur le placître de la cathédrale, on sonne le gros Guillaume , et toutes les cloches de la ville lui répondent; et la voix des psalteurs se mêle aux sons des instruments , aux roulements des tambours et aux fanfares des trompettes.
1 Ainsi nommé parce qu'on le présentait aux Rois de France, lorsqu’ils faisaient leur entre'e dans l’église d’Angers, et qu’ils prononçaient la formule du serment qui s’y trouve écrite, de conserver à cette église les privilèges accordés par leurs prédécesseurs. ( Inventaire manuscrit du trésor de l’église ci Angers. Bibliothèque de l’Évêché.)
2 Défense du chapitre de l’Eglise cl’ Angers contre les calomnies publiées sur le sujet de la procession du Sacre, 1624, par Eveillon, p. 12.
Toutes les maisons sont ornées de tentures et de guirlandes, les rues jonchées de fleurs et couvertes de grandes toiles pour préserver du soleil ou de la pluie.
A l’approche de son Dieu , la vieille cité a tressailli d’allégresse et semble agenouillée toute entière sur son passage.
Dans cet ordre majestueux, la procession continue sa marche jusqu’à la chapelle du Tertre-Saint-Laurent, dédiée à Notre-Dame.
C’est là qu’au onzième siècle , Bérenger avait élevé sa voix contre le sang de Jésus-Christ. Là, dans ceste rnesme chaire de pierre où l’archidiacre d’Angers avait proclamé son hérésie, un prêtre renouvelle chaque année l’expiation de la cité, en proclamant le dogme sublime qu’elle avait entendu outrager.
Le sermon fini , les grosses torches partent , et la procession revient à la cathédrale dans le même ordre qu’en allant.
Nous terminerons ici la relation du Sacre d’Angers ; elle suffira peut-être pour donner une idée dé cette cérémonie célèbre, où, en 1624. « quatre mil habitans portèrent torche à la procession , à la veuè de vingt mil qui n’en portèrent point , et de tant de milliers d’estrangers qui estoient venus pour recevoir édification de la dévotion et bel ordre du sacre d’Angers l. »
Témoin de cette pompe auguste et de cette merveilleuse affluence, le bon Roi voulut en doter aussi la capitale de la Provence, aussitôt qu’il eut perdu sans retour son cher duché d’Anjou.
En 1774 ? le fléau de la peste ayant ravagé la ville d’Aix, le chapitre métropolitain , pour fléchir le courroux du ciel, s’engagea, le 21 janvier, à fonder une procession générale et perpétuelle. La piété du vieux Roi s’exalta vivement dans cette cruelle épreuve envoyée à son peuple ; et pour accomplir le vœu d’un chapitre dont il était membre, il créa et ordonna lui-même toutes les cérémonies de la Fête- Dieu à Aix.
Les archives de cette ville ayant été pillées en i5qo par le duc de Savoie , on n’a point retrouvé les anciens statuts composés par le bon Roi. Pour la Fête-Dieu d'Aix, comme pour le Sacre d’Angers , nous sommes donc réduits à des relations postérieures; les siècles ont altéré, travesti peut-être, l’institution primitive de ces cérémonies et de ces jeux.
Eveillon. Défense du chap. d Angers, p. 62.
Nous essaierons toutefois d’en donner une description fidèle, d’après les meilleurs historiens de Provence1, en nous rapprochant le plus possible des anciennes traditions du roi René.