M. LE MARESCHAL DE BRISSAC
Il faut que je parle à ceste heure du grand mareschal de Brissac, messire Charles de Cossé. M. le mareschal de Brissac fut noble en tout, de vertu et de race. J'ay ouy dire que ses prédécesseurs estoient du royaume de Naples et vincfrent en France, et le bon roy René de Sicile ïes y mena (autres disent le roy Charles VIII) , et les ayma et favorisa fort; sy bien que, de succession en succession, et de père en fils, sont esté tousjours gouverneurs du chasteau d'Angers, la plus belle forteresse de France, fors depuis cette guerre de la Ligue , que le comte de Brissac, aujourd'huy mareschal de France, la perdit de la façon qu'on la trouve aux histoires de nestrè temps.
Ce grand mareschal dont je veux parler fut irou«*y et eslevé avec messieurs le Dauphin et d'Orléans, enfans de France, desquels madame de Brissac, une très sage et vertueuse dame, estoit gouvernante en leur enfance et de Mesdames. Sur tous les deux il fut fort
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aymé de M. le Dauphin, sy bien qu'à venir croistre grand , et Testât de sa maison dressé, il fut son premier gentil hoinme de sa chambre, d'autres disent son premier escuyer , qui estoit lors bien plus grand estât et plus estimé qu'aujoûrxfbuy. La chanson le confirme :
Mon escuyer Brissac, je la vertu Recommande.
Cestoit une fille de la Court, belle et honneste, et de bonne maison, comme j'ay dict ailleurs , que je ne noinmeray point, encor qu'il n'y ait point dé danger, car il ne l'aymoit qu'en honneur* la chanson le porte ainsy ;
Brouette sois, jamais ne seray blanche:
Monsieur le Dauphin malade en sa chambre.
Sa mje le Ta voir, bien triste et dolente :
« Sy vous mourez, monsieur, à qui me doibs-je rendre?
~ Mon escuyer Brissac, je la vous recommande, a
Voylà ce qu'en dict la chanson.
Estant donc M. le Dauphin mort, cet escuyer Brissac, ayant avec grand regret laissé le corps . mort de son maistre en son cercueil, part droict vers le camp d'Avignon, résolu de venger la mort de son maistre sur les ennemis de tout ce qui pourroit tomber à la mercy du trenchant de son espée, et pardonner à peu, tant qu'il auroit jamais de vie au corps* . .
Ce malheur luy servit , car possible il se fust amusé par trop près de son maistre et à sa faveur, comme j'ay veu aucuns ; sy qu'il ne fust jamais esté ce brave capitaine qu'il a esté despuis.
. Ce désir donc de vengeance, avec son coeur brave et ambitieux , le poussa si bien aux périls de la guerre f les cherchant et recherchant en tant de hazanjs , que
DB BElSSAC. 6?
bien tost il aoqufet le renom parmy les François d'un très* brave et Taillant gentil homme françois $ s! bien que, guydé aussi de la fortune, il eut beaucoup de belles et honnorables charges les unes après les autre*.
II eut une compagnie de chevaux- légers , de gens- (fermes, fut cpuronnel gênerai de la cavalerie légère en France , fut couronnel de l'infanterie feançoise devant Parpignan. Il luy arriva certes quelques dis«r grâces à Victry, sur la deffaicte, desordre et fuicte de «es chevaux légers •* mais H- s'en sceut fort bien desmes* 1er et foire sa retraiote de loup, tournant tousjours vfc sage, ainsy que M. du Bellay le dict en ses Mémoires, lequel il faut plustost croyre en ce faict que Paulo Jovio, qui en parle en ces propres mots : « Brissac, «testant d'un ardant courage combattu sur la cavat « lerie de Francisque d'Est , et ne pouvant soustenir « l'impétuosité de la foule des ennemis, quand le corn- « bat incontinent fat commencé, se prit à refuyr vers « ses gens , et fut sy très fort pressé j qu'il fut contrainct « de rompre l'ordonnance de ses gens de pied par tu* « maltueuse cpurse, Sans retenir la bride àson cheval'; « par laquelle advanture tout le bataillon des François « fut dissipé eu un moment de temps : que si San-Petro « Corso ne se iu$t prêsetité* aVec àes arquebuziers et « n'enst faict testé y Brisstfc ntôsmeSeust esté acablé ail « gué de la rivière. » Certes la route et le desordre y fut grand, mais non tel que le dict Palilo Jovio- <t fkitt phutost croyre H/k du Bellay.
Tant y a, en toutes les charges qu'il a eues il s'en est sy bien acquitté qu'on le tint despuis pour un vail*lant capitaine ; ses mémorables actes en firent la preuve, lesquels je ne m'amusera y point à escrire, car on les
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void asses en no$ histoires françoises, et sur tout dans les Mémoires de M. du Belfayr et de M. de Montiuc. « Il y a eu le sieur de Beauvein, l'un de ses intimes, qui en a faict un fort Jheau livre de luy , qui le loue et l'exalte un peu trop, attribuant qu'il avoit tout faict, «ans en déférer que peu ou paitye à la prise de Ga«al faicte par M. de Salvoyson; mais, avec touttes ses k^a^ges et vertus, U luy feict tord de le rendre $y ipiportun a demander sy assyduqjleinent argent au Roy, veu que le revenu de Savoy e et du Pisdmout vaut aujourd'huy plus de seize cens mille escus, qui estoit assez bastant .d'entretenir toutes les compagnies qui estaient en Piedmont, avec quelque cent mille escus qiie le Roy eust peu envoyer davantage (*)• * Ses actes pourtant pat esté tels et si haults, qu'ils le firent mareschal de France et lieutenant de roy en Piedmont, non sans bonne faveur pourtant que je ne dicts pas ; et là il s'acheva à se parfaire un très grand capitaine, et tel qu'on Ta renommé parmy nous et les nations esti-qnges. 11 y garda très bien et très sagement ce <Jue son roy luy mit entre ses mains; ce qui est advenu très rarement à nos capitaines français en nos conquestes de delà les Montz : mais fit bien mieux, car il çn alla prendre sur l'autruy et le joignit au noatre, encor que durant sa charge il y ait eu de grands capitaines de l'Empereur» ses lieutenans à Milan et Piedmont y ausquels a bien faict teste, et des Meilleurs capitaines particuliers et soldats, car la fleur des Impérialistes $ 9 y acowroit, comme des notUres sy accouroit aussy.
V*) Ce <juj e* entre dtns gutitanefts manque dana ks éditions pré*
cémentes.
M MISSAC. *JJ.
hu trois grand? capitaines ftufenC Ferdinand de Goinaguë, le dno d'Albe et le duc de Sè6se* sans en conter d'entrer Vert» contre vertii se feic% bieii pfais parèstre. II ue lés a jamais craints ftjr basse ses entrer prise* pou* eta, et leur a donné beaucoup d affaires. '
Qtftfed la gperre de Parme s'entreprit, dbuFeriiànd estoiriors^ônvemeor <le i'&tatcjeMitaifcOnl'aoaisdît pôm 4 lote rjué aestoét kiy qui fit l'entreprise sur la mort et la penderie de Pierre Louye Barntae* Ce fttt m» teriribfe estafette. . '
GWbit un homme (Jui entendoit bien Jes tours de pause passe, non de mdistfe Gonntà, ifaais de Maichitrtell Q fit attrapper les bratès soldais que MIL de Brissâc «wtoyoit et fartoit couler file à filé atf commence^ mentde ceste guette > qui s'àUèiant jéctér datai Parme «t dans Lairitràndb* et les fit tous assassiner et jècb ter dans l'eau du aasomtnet, selon qu'ob taf ifencati* toit, eticor qiie ce ftfflt en bonne paix ^.dtont il en fut fort biasme\ Tdutesébis poùi: ses raisons il alléguait qu'il n'est paspenùia, soubs tilfre 4e beeaé paix y faire acte d'hostilité y efccer qu'il soit caobtf e* en cachette mené. IL ée le garda guieres iabs qu'il b*/ fut bien tôat ratdil ; car, estaiit empesebé devant Parsue^ ta R*>y mande à àecbditl tient le mareichai d'ouvrir brguerr* à outrance en Piedntont, pour iànre deàmordre Pârtne.
Il ne demanda pas jàiétix, car il biy en voulort des b mort de M. te Dauphin son màistre, de laquelle il estait fort accusé, comme faj dtet* Parquoy, afcssitast commandé aussytost faict, et luy rafflfcQuier» et Sainct Damien en Un rien?; ce qiti fit éesmorcbre et sauver Panne; ca^ledjctdan Ferftand^^n ayant esté adverty, et q»e s'il ne venoiten Piednônt M. lé màreschal te
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luy prendrait tout, vayre Milan, pour unbesoing, comme on dict, il s'en tourna, ayant pourtant laissé devant Pagine quelques gens de guerre soubs le marv quis.de Mus et autres capitaines, tant papistes qu'im* periaux, qui on ne craignit gukres pourtant; et fallut quitter tout : par airtsy Parme fuft>en repos et seureté. De. ce qui* se fit amprcd entre M. de Brdçsac et don Fernand, j'en rehiètz les curieux, au livre de M. de Montluc et autres. ; : : • s i :..•»
Tant y a que l'autre n'emporta. rien* sur M» de Bris*» sac, 'mais luy beaucoup sur l'autre y tant» la fortune lùy fut heureuse de bien garder le < sien iet d!en prendre encor sur Fâutruy^ ainsiqu'iïfit quand il prit quelque temps après Yvrée y passage très- oportun poiir entrer au duché de.-Milqri et Italie y «f qu'il contjuesta lé val d'Atuste etia ville de Btelle^ dont les habitans se rendirent à luy de peur et volontairement, ayant scéu la prise d'Yvréè, ^en luy priant *de. vouloir entretenir leurs privilèges et franchise^; >ce qu'il' leur accorda fort Uberallement? et fît bien mieux, qu?, ^u lieu que. tes Espagnols-' leur faisoiehtnpayer tous îles ans vingt mille? escùs de tribut, il les «en deschaçgea de dix, et les quicta pour les autres dix y ce qu'ils promirent avec très grand aise, et kiy jurèrent toutte» fidélité.
Ainsy faut il traicter doucement ses snbjects nous Tellement conquis, comme fit le roj Louys XII ceux de Milan, et lçroy Henry à ceux»d© Sienne; les Sien^ nois, dis je, qui lùy gardèrent aussi toute fidélité jus* ques à l'extrémité. »
Geste conqueste de M. dp Brissac ne lut pas 7 petite à son maistre; non moins fut àussy celle de Gazai, et du marquisat de Mofttferrat, comme de Sainct Sabrai
DE BlttSAC; •' 7^
doc, Valence et force autres places; et, qui plus est, venant le duc d'Àlbe là dessus y et menaçant et promet* tant de reprendre dans un rien une grand partye du Pied m ont, M. de Brissac s'y opposa sy bien, et y mit un si bon ordre à tout son pays et ses places, que l'autre, ayant une armée de plus de trente mille hommes , n'y peut rien gaigner, mais desmordre Sanjac qu'il tint assiégée trois sepmaines, tant ce marescfaal y avoit bien pourveu , et de bons et vaillans hommes et de toutes autres mutations de guerre, mieux certes, et plus prudemment et qageinent que quelques gouverneurs de provinces que nous avons véu, qui, par fauta d ordre, ont perdu à leurs maistres de très bonnes places, comme nous avons yen vers ces temps;
Àmpres que lç duc d'Albe desassiegea Sanjac, M. le mareschal ne fat pas* plus heureux au skjge de Conis ? si bien que, si lés François leurreprochoientSanjac, ils noue reprochoient Conis : à beau \en beau retour ;et ainsy ils se rendoient la junfrent. Mfûs* on dîsoit alorsque Conis estoit une place fatale contre les François , qui du temps duroy François avoit esté assiégée fort et ferme , et faillie; et si n'y avoit que gens de la ville et des^n virons, car ils s**estoient faicte peutres; et de
mesroesduroy Hentfy (*}.
Par ainsy ce que les astres ont prédestiné, - les hu<«~ mains, avec leur grand effort, n'y peuvent rien, il y a aussy des places qui sont aussy, parie ciel ou le. des-* tin, iatalles contre les puissances humaines, comme furent jadis les murailles de Troycs, qui tindrent dix ans contre toute la Grèce bandée à l'encontre d'elle.
(0 Sou* Lotus XIII, le comte cPHarcourt ptit cette place en 164 1*
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D'antre$ places et- villes y a-il qui d'elle» mesmes sont sy mal basties de la fartdnc, et si jnalheUreetses* qu'ordinairement elles sont subjectes à' prises et teprw ses» sacs et ruynes»
Qui sera curieux contemple et jcénsidere uh peu combien de fois, aux .guerres dé Imnbardye!, Pavyea esté battue, rebattue, prise, reprise, saccagée et ruy* née ; en nos frontières de Picardye la ville et éhasteatt de, Hesdin ; tant d'autres qui me seroit aysé spécifier s'il n estoit que j'en vetui donner le plaisir aux curieux de les rechercher eux messaes, qui possible-mieux qile moy les pourront esplucfoer et cribler* .
Or M. le mareschal ayant pris Y&koce la fit desmanteller; mais l'Espagnol > pour l'importance tle la vicinauce qu'elle avoit près de Milan f la reprit et fortifia sy bien par amprea, que M. de Guy se* tirant yen l'Italie avec son armée et celle - de M- de Brtssac qui estoit aussi en personne , eut quelque peine 4e 1* reprendre; dans laquelle M. de Brissac mit Francisque Bernardin , gentil capitaine, avec une bonne garnison qui fatiguoit fort et Alexandrie qui en estait près, et r Milan non guieres loin. Et ainsy que M* le mareschal estoit sur le poinct d'exécuter de bçUe* entreprises sur les places de l'Estat de Milan , voyre sur Milan meames, voyci le desastre venu de 1* bataille de Sainct Quentin; alors falut à M. le merescbal envoyer au Roy la moictié de ses meilleure* forces, tant françaises que suisses et allemandes, pour secourir le plus pressé et le plus important
Yoylà cowoent l'occasioa belle se perdit de tomber sur Milan;, la paix s'ensuivit. Apres f tous beaux desseins de guerre prindrent congé de ce grand capitaine ,
M tfftlSSAC, 7$
qui , au lieu de conquérir des places , en falut pendre aucunes qui notas a voient tant cousté; et au lieu d'«n fortifier, en fallut démolir et abattre aucunes , qui furent 4e grandes pitiés et commisérations à luy.
Je paçsay lors an Piedmont qu'il feisoît demanteller Villiaane, et luy atyay faire la révérence, le trouvant sur le grand, chemin; et, me monstrant cette démolition, il me dtet quasy la larme à Feeil : « Voylà les « beaux chefc-doewvres oà nous nous amusons mainte tenant, après tant de peynes, de travaux, de dçs- « panses, de mort» et de blessures, depuis trente ans. * Je tiens de feu M* le comte de Brissac son fi}s, qu'an*» près la mort du roy Henry, si cefast esté en considération d'autre que de madame tie Savoye, il n'eust jamais fityctceste restitution; mais il Taymoit et bon* noroît 6y très tant (pour beaucoup -de raisons que je dirois bien ) , qu'il banda les yeux et à son ambition et aa bien public. De là en hors il s'en vint en France, où il fut honorablement recueilly du roy François II, qui estoit lors à Rambouillet, -où je le vis arriver, et fut recompensé du gouvernement de Picardie et puis de Flslede France et Paris, où il mourut 0), non tant ehargé d'années, car il n'avoit pas que cinquante sept ans, comme cassé de maladies, et surtout de gouttes qui le toutmentarent plusieurs années avant que mou* rir. En cor le vis je devant Orléans après la mèrt de M. do «Guyse , que te Boy et la Reyoe avaient envoyé quérir pour commander à l'armée qui estoit là , av^c tous ses maux tenir ce$te même grâce et feçori de grand capitaine qu'il s'estoit sy bien acquise; et le
(*) Le dernier de décembre i563. ta Popelinière, tom. I, f. 37S *
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faisait encor très beau veoir à commander; joaist le temps ne luy en dura gvûeres, car aussi tost la paix $e fil;. v
C'est grand dommage quand ces grands capitaines s'envieillissent et meurent, et tels je leS; accompare aux beaux espics dé bledz, lesquels, quapdîau. beau mois de may ils sont ver ds et yigourçux en leur accçoissançç, vont orgueilleusement haut, eslevant lçur chef et som T met; mais quand ils viennent à meutir et jaunir, le vont penchant et besçanfc, oomkne. n'attendant que la faucille qui leur oste la vie» Ainsy so*tf ces grands et braves capitaines, qui , en la fleur et verdeur de leurs ans, haussent la teste, bravent, triomphent y rien ne leur est impossible; mais venant sur l'aage , tourmentez de maux et maladies, déclinent et tombent peu à peu dans, leurs fosses, ne leur refilant rien, ai nw leurs beaux noms et renoms qu'ils se. sorit acquis. Encore , çi> à mode. du. bled* ils. pauvoisat rfenaijtre et se re^ rfûuveller en oe monde, ce seroit une très belle et très douce attente pour eux. Il est vray que la résurrection, heureuse que Dieu nous a promis satisfaîct à tout.
J'ay. veu discourir à plusieurs honnestes gens qui disoient que si M. J^e mareschal a fek* de si belles choses» en Piedmont , et que s'il y a acquis le nom et tiUre de, grand ^capitaine, qu'il faut bien qu'il en remercie aussi l'assistance des» bons et grands capitaines qu'il avoit avec luy | comme sa valeur et prudence : ny plus ny n^oins qu'un banquier ou marchait . sign allé j il a beau d'estne . habile > prompt d'esprit > entreprenant , remuant et remply, d'intelligences et invantions, s'il n'a. des facteurs habilles et sublins pour faire valoir, qui deçà, qui delà, le talent de leurs bancques et de leurs..
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bouticques, il né peut rien faire, car un seul ne peut fournir à tout. Il est vrayj mais un chef brave, vaillant et prudent , peut beaucoup aux factions de guerre, comme cela s'est vu en plusieurs histoires, et comme la fable nous monstre d'une bande^e cerfs conduicta par un brave lyon et courageux, leur chef deffit une trouppe de lyons conduicts par un cerf. Mais que de^ voit Eure M. le mareschal? luy chef et lyon, comman-» doit à une armée de lyons qu'il a eu tousjours avec luy , et à eux commandé, comme à messieurs de V assé, de Chavigny, de Ter ride, d'Àussun, de La Mothe Gondrin, de Gourdon, de Montluc, de Francisque Bernardin, de Salvoyson, de Go r des, de Bellegarde père et fils, de Renouard, le comte de Hesne, de Briquemaut, de Tande, Bedene albanois, messieurs de Sautai les deux frères, et l'evesque et tout (0, qui avec sa crosse et mytre tenoit rang de bon capitaine; de Maugiron, de Gordes, d'Annebaut, de M. d' Anville , couronnel de la cavallerie-legere ; de Çlennont, de Biron, de Yantadour, de messieurs de Bonnivet et vidasme de Chartres, couronnels de l'infanterie fran-> çoise ; de Furly, de celle des Suisses; de Caillât, maistre de l'artillerie , des Biragues le seigneur, qui estait fort creu en conseil; Ludovic-Charles, et M* le pre^ sident, depuis chancelier et cardinal, qui de ce temps valoit bien un homme d'espée; le capitaine Moret callabrois, Jehan de Thurin, San Petro Corso, couronnels; bref, une infinité d'autres sy très bons et braves
(') Je crois qu'au lieu de Sautai il faut lire Seulal, et que cet éyéque «st Ymbbé de Manne, depuis évéque de Fréjus. Peut-être est-ce aussi SofâUas , auquel cas cet éyéque serait le jeune Oraison , d'abord évéque de Riez , pois mestre-de-camp d'un régiment d'infanterie. ( L. D. )
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capitaines , qui tons seroient aujourd'huy dignes d'estre généraux d'armées, non pour garder ou conquérir un Piedmont, mais tout un grand royaume : si je les voûtais n ombrer, je n'aurois jamais fekt, sans compter force autres capitaines particttltiers , tant dé chevaux légers que gens de pied, comme les capitaines Sainct- André, les deux Molle frères, les deux Rîchelieux frères, les deux Isles frères, les deux Villeiriàignes et Taix eousins, de Gourdan, de'Montinas, les capitaines Boordeille, Àutefort, Boquefeuil, Àunous, les deux Rivières, Puitallier, Muns, Buno, Efetanges, Bacilliou, Cobios, La Chasse, M ontluc le jeune, M. le baron d*Espic maistre-de-camp; bref, une milliasse cf autres que je n'aurois jamais achevée à compter, lesquels capitaines estoient suivis et accompagnez de sy bons soldats, si brarves et vaillans, qu'on n'eus! sceu lesquels trier parmy les uns parmy les autres, tant la fleur du grain y estoit belle et nette. Je metz à part les princes et grands seigneurs , comme messieurs <T Anguien , de Coiidé frères, de Nemours, cTAlbœuf, de Montmorency, d'Âumalle et autres grands, qui accouroient en poste aussi tost en ce Pîedmont, quand ils sçavoient que ce mareschal de voit faire quelque journée, comme dict l'Espagnol : lesquels tous, comme j'ay veu, tant grands que petHz, rendoient si grand honneur, obeyssance et respect à ce gênerai comme sr ce fust esté un prince du sang ou autre. Aussy luy s'en faisoit bien acroire, et s'en prevaloit un peu par trop sur eux; car il tenoit si grand raftg et auctorité, que j'ay veu plusieurs s'en mescontenter et dire que le Boy ne la tenoit sy grande et leur estoit plus famîllier, et que , pour un simple gentilhomme c'estoit trop. Aucuns drsoient
qu'il fejloit qu'il le Sat ainsy , estant e» pays estrange , et que parray les e&rangere il falfoit ainsy faire valoir et aucthoriser son Roy r a&Q; qu'Us y prissent exemple à le mieux respecter, et aus$y qu'il en voyait faire de nœmes aux lieutenaas de L'Empereur ses toysâns f et qu'il n'estimoit pas moins son Boy qu'eux leur Empereur,
Sy avoit il sy belle façon à tenir ainsy sa réputation et sa prosopopée, comme l'on dict, que plusieurs ne s eu meseontentoient point; car il estoit tres»beau seigneur , de fort bonne grâce en tout ce qu'il disoit, com** mandoitet feisoit; parlait bien, mais peu , ee qui des** plaisoit fort à aucuns.
J'aj ouy dire à ceux qui Font veu que bien souvant on les a vu jouer aux eschectz, M. de Bonntvetet luy, depuis k disner jusques au soupper, sans profn ferer une vingtaine de parolles, Voylà une grande ta*> citurnifcé!
Tout celaluy ofaafigea quand il fût en France et à la ' Comt; car il se rendit pats accos table, plus familtier et affable. Aussy j.'ay ouy dire à feu M. <fe Lausac, qui estoit ua vieux registre de la Court, que le feu roy François I disoil que tels grands de sou royaume, quand ils arrivoLeat.à la Court, ils y estaient venus et reçois comme petits roy s, c'est k dire qu'il n'y avait que pour eux du premier joue à estre revereotiez , bwivtm? eaffressesevrecherchea, taut de» grands que d'un chacun de la Court ; le second jowr , qui estoit le lendemain, comme princes estaient vènos», comment çans vm peu à décliner ew leur* isouefla , honneurs , respecte, et caresses ; le fcroisiesme jour ils n estoertt plus que ^nâbfaommœ, qui descfceoieot du tant de leur
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grand bien veniatis et de leurs honnorables entrées , et estoient réduits et réglez au petit pied comme le commua des gentilshommes* J'ay veu souvant telles expériences, et s'en voit tous les* jours ; les courtisans, qui Font praticquée et veu praticqùer, m'en sçauroient bien que dire.
Je vis arriver mondict sieur le mareschal à la Court, qui estoit- lors à Rambouillet > comme j'ay dict cydessus, qui fut fort bien receu du roy François II, et bien embrassé et carressé et respecté de M. de Guyse, qui lors gouvernoit tout, et de tout le reste de la Court, tant de seigneurs que dames, fort honnoré et admiré; et luy, sans s'estonner, faisûit fort bonne mine et monsfroit grand grâce, comme il avoit certes; mais pourtant, au bout de quelques jours, il esprouva le proverbe du roy François que je viens de dire : car la Cour a eela, que de ne faire cas que des grands favoris ; et les autres ont beau estre accomplis de toutes les valeurs > vertus et honneurs du monde, mente. Sy bien que ce grand mareschal, qui estoit lé premier en Piedmont, fahit qu'il en du r as t en France et à la Court beaucoup dû compagnons près de soy ^ encores bien-aise.
Il arriva fort bien accompagné de force gentils hommes) capitaines du Piedmont, bien faschez d'avoir quitté où ils se trouvoient le mieux. U les faisoit tous bon veoir, et estoient fort braves^ et bien en poinct> mais non si proprement que les courtisans, qui d'eux mesmes sont inventeurs de belles façons de s'habiller > ou bien merveilleux imitateurs de celles qu'on leur porte (je parle autant pour les gentils hommes que pour les dames). Voylà pourquoy nous trouvions un peu grossièrement habillez ces courtisans piedmontoîs ,
BE BftlSSÀC. Bl
et sur towt trouvions fort à rfedire sut les hantes* et grandeà plumes en leurs bonnets. ' *
Ils voulurent faire au commencement h mine d'estre rogûeset bravasches et hautz à la main; mais bientost cela leur passa : dont il me souvient que, trois mois après leur "arrivée , un jour à Orléans , oh les Estasse prepar oient, ps tans dans un jeu 4e paume* deux gentils «hommes de .M. de Randan, dont il en àvoit nourry un page qui s'appelloit Pusset de la Beauce, et n'y avoittjue six mois qu'il l'avoit jette hors de page, arrivarent deux capitaines de Piedmont estans là avec M. èe Brissac, qui, estans entrez là dedans, dirent par une arrogance piedmontoise aux autres que c'estoit as* sez joué, et qu'ils voulaient jouer. Les autres" firent response qu'ils vouloient achever leurs parties, qu'ils ne quitteraient point le' jeu. Surquoy le jeune La Rivière Puitailler, qui estoit l'un des deux , voulut mettre ïespée au poing; les autres deux, Pusset et son compagnon, coururent à leurs espées qui estaient soobs la corde : ce Pusset entreprit Là Rivière, et le mena et pourmena sy bien et si beau, qu'il le laissa sur la place , blesséde trois ou quatre coups (Fespée sans en recevoir aucuii, dont il en avoitdeux sur la teste, qui luy parurent "toute sa vie : l'autre chasse l'autre hors du jeu de paume, qui estoit couru au logis 4e M. de Brissac pour avoir secours de quelques uns qui menaçoient de tuer tout; mais ils ne trouvèrent personne, si non La Rivière blessé 9 dont ses compagnons furent bien marris et se mirent après à la chasse des autres. M. de Randan, en ayant eu le vent, alla à eux très bien accompagné quasy de la pluspart des gallants de la Court (car il gouvernok paisiblement messieurs de Gùyse), arriva à eux, qui les
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fit retirer plus viste que le pas en leur logfc; dont »'ei% fut autre chose.
Nous allasmes le soir, quatre ou cinq que nous estions, voir soupper M. de Guyse, où il y avoit M. de Nemours , M. de La RochefQucaud, M. de Randan son frère, messieurs de Givry, Genlis, et force autre? gailands de la Court , et qui disoiept des mieux le mot. M* de Randan en fit le compte en plaine table ,,et luy» qui es toit des mieux disans et de la meilleure grftce, ne sceut point enrichir le compte 3e malheur,
Je vous jure que je n'ay jamais veu homme fouetter comme oe La Rivière et les capitaines bravaches du Piedmont le furent ce coup là de parollfy et comment de jeunes pages tes avoient estrillez, et que les autres avoient là oublié leur pallestrine piedmontoise. De rire, on ne vit jamais tant rire, ny de dire mieux le mot, à l'envy l'un de l'autre j madame de Guyse et autres dames avec elle en ry oient bien aussy .
M. de Guyse, qui estait sage et modéré» ry oit bien aussi un petit soubs son bonnet, et blasmoit fort les deux capitaines du Piedmont de leur témérité d'avoir voulu chasser deux gentils hommes de leur jeu; ce qu'un prince n'eust pas voulu faire, ny luy-ïnosmes« Par aifisy se passa la souppée aux despens des capitaines de Piedmont.
Ce capitaine La Rivierç despuis *se rendit uuires bon. capitaine, et tel qu'aux troisiesmes troublas, estant capitaine des gardes de Monsieur et capitaine de chevaux légers, fit fort la guerre en Xainctonge aux Huguenots de là, et eut belle réputation et fortune. Mais, après leur avoir fait beaucoup de maux, ils l'attraparent près de Xaintes, dans les taillis du Doiiet , en une a m-
DE BAISSAI. &î
huteade qu'ils luy avaient dressée, et fut tué d'une grande harquebuzade .
Pusset, qui l'avoit si bien estrillé, fut ampres aux premiers troubles F un des enseignes ceuropqelles de M, de Bandan ,, où il se fit JjeaucQup sigoalier ; et quelque temps après se battit en estaqt^ade à Joinville ( qui est à M . de G&yse ) oontre le seigneur de Guermand, breton, qu'il b}ess£ fort beuiœusçmçnt d'un gr^nd coup sur la teste, et luy point.. Ce seigneur de Guermand estoit un jeune gentil homme brave, vaillant et des riches gentils hommes de Bretaigpe, lequel se noya dans la Seyne près Paris, en se baignant avec ML de Guyse > qui se pensa qoyer luy mesme le pensant sauver , estans tous deux fort jeunes.
Pour retourner enççr à M. de Bri^c, i\ faut natter de luy une chose digne à poiser, qu'en Piedmgnt, paraiy sa grand grandeur et ses grands respects , jamais par tout il ne se fit appeller Monsieur , sans queuç, comme nous avons y eu plusieurs en France, qui , abur sans un peu de leurs grandeurs, permettaient fort bien, voire le commandoient, qu'ils ne fussent appeliez que Monsieur, simplement, en leurs gouvernemens et lieux où ils avoient authorité. Par tout le Piémont on ne disoit ordinairement que monsieur le marescJial', bien est il vray qu'en sa maison aucuns y estans disoient bien monsieur seulement, comme en demandant : Que faict monsieur? ou bien : Où. est monsieur? et autres in-' terrogations qui se font; mais hors de son logis tousjours ce mot se proferoit r monsieur le, mares chai. Àussy faut il ainsy parler; car à nul appartient d'estre appelle en Eranee simplement Monsieur, que le premiei prince du seng ampres le Roy,
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*" 'Messieurs de Guyse et connectable de Montmorency l'ancien ont faict tout de mesmes; car* il se disoit tousjours , monsieur de Guyse, monsieur le contestable; et à leurs imitations force autres princes et seigneurs en faisoient de mesmes. Nous avons veu de tout cela les expériences.
Pour fin, mondict sieur le mareschal acheva en France et à la Court ses jours caducs et maladifs-, tonsjours en grandeur, comme il «se Testoit acquise; car il entroit toujours aux affaires tft conseil, et faisoit on grand cas de ses opinions. J'ay veu la Reyne mère, de son temps encor vigoureuse, qu'elle avoit ses bonnes jambes et qu'elle aymoit ces longs pourmenoirs, elle tousjours aller à pied et faire aller mondict sieur le mareschal tousjours à cheval, sur un petit cheval fauve le plus doux et posé et beau que je vis jamais, et plus propre pour cela, et luy estant tousjours près d'elle et à ses costez , elle parlant à luy et luy demandant ses advis. De «mesmes en faisoit elle à M. le connestable : qui estoit un grand honneur à eux, et une grande bonté à elle; car les gouttes de l'un et de l'autre ne pouvoient accompagner la belle-disposition delà Reyne ; lesquelles gouttes à la fin emportaient ce grand mares- ' chai au trépas, comme fay dict.
Il eut une belle et honneste femme, qui estoit madame la mareschalle, héritière de la maison d'Estellan, grande, bontie et riche maison de Normandye, laquelle il aima ettraicta fort bien, mais non de telle , façon que j'ay veu plusieurs damestenir cette maxime, tt'estrc bien traictéés de leurs maris quand ils vont au change et leur ostent le tribut qu'ils leur doivent pour le donner aux autres; si bien que j'ay veu sou-
vent faire plusieurs «t folles interrogations entre*elles : « Son mary la traicte il bien? » ou bien dire : « Son « mary la traicte tant mal ! » Ceux qui oyent ces in* terrogations, qui n'entendent point leur jargon, disent et respondent : « Jésus ! ouy il la traicte tant bien; il « l'ayme fort, et jamais la frappe ny ne bat. »*Ce n'est pas cela , de par le diable, qu'on veult dire ny qu'on entend, c'est à sçavoir s'il ne va point coueher avec d'autres. Ainsi ay je veu jargooner plusieurs de nos daines sur ce point; de sorte qu'il faut tenir cette maxime entre dames, que quiconque le mary. soit, qui.... sa femme, sans aller au pourchas ailleurs, il est très bon mary, encores qu'il la traicte très mal d'ailleurs de quelques autres façons ; car le manger et l'honneur qu'on leur fait n'est tant leur vie comme...., ny plus ny moins qu'aux chevaux.., est plus que le foin et avoine. Voylà pourquoy M. le mareschal de ceste façen ne traictoit pas bien sa femme;. mais pour tout en tout autre traictement d'honneur, de respect et bonne chère, il n'y manquoit point. Et quand elle venoit en Piedmont luy rendoit tout bon traictement; et puis, quand elle estoit grosse, il estoit fort ayse qu'elle s'en retournast soudain en France faire ses couches; car il y avoit fait plusieurs belles aiùyes, comme en Piedmont la beauté ny manque, entre autres la senora Novidale, l'une des belles dames, à mon gré, qui fust de par de là, et de la meilleure apparence et grâce; et d'autant qu'elle se voyoit amie du gênerai et lieutenant de roy, d'autant se faisoit elle valoir et monsfcr quelque majesté, plus que les autres : aussy pour telle, et pour. quasy princesse, M. le mareschal la faisoit paroistre, tant en respects, honneurs, qu'en pom-
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pes cThabitz et autres àumptuositez, jusques aux dances et musiques : si bien qu'il avoit sa bande de violons, la meilleure qui fust en toute l'Italie, où il estait curieux de l'envoyer rechercher et la très bien appoincter; desquels en ayant este faict grand cas au feu roy Henry et à la Reyne, les envoyarent demander à M. le mareschal pour aprendre les leurs qui ne valoient rien et ne sentoient que petits rebecs d'Ecosse au prix d'eux ; à quoy il ne faillit de les leur envoyer : dont Jaques MAryo et Baltazarin estoient les chefs de la bande; et Baltazarin depuis fut vallet-de-chambre de la Reyne, et l'appelloit on M. de Beau joyeux, comme j*en parle ailleurs.
Pour en parler vray, ce mareschal se monstra grand et somptueux en tout en son gouvernement ; car enfin un lieutenant gênerai du Roy, il faut qu'il soit universel et gênerai en tout. Il eut de cette belle Novidalle une fille très belle comme la mère, laquelle fille fut vouée à Dieu et voillée d'un voile à cacher sa grand beauté pour n'en faire envie au monde ; mais jamais ûe s'est elle pu cacher sy bien qu'on ne la voye et reconnoisse pour très belle, et que ses yeux clairs et luisans ne transpercent tout, ne plus ny moins qu'on void le soleil percer de ses rayons et entrer dans une chambre quoy qu'elle en ait les fenestres bien closes et serrées de vitrages, jusques aux antres, grottes et cavernes des profonds obscurs rochers , tant est grande la transparence du soleil; tout de mesmes est celle de la grande beauté d'une très belle dame.
Mondict sieur le mareschal'eut aussy une autre fille naturelle, je ne sçay de qui, laquelle nous avons veue à la Court, qu'on nommoit Beaulieu, belle et hon-
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heste damoyseHe. Il eut aussy un fils bastàrd devant' qu'aller en Hedmont, lors qu'il estoit k la Court : on m'en a bien nommé la mère, que je ne nommera/ point, car elle est de trop grand êstoffe (*). Il le fit evesque de Coustance, et estoit un très honneste et agréable prélat , et d'esprit et de éçavoir. Il succéda h cette evesché à son oncle, frère dudict M. le mareschai, et mourut atnsy qu'il s'en alloit estre cardinal. Il estoit aussy un très sage et honneste prélat, et de fort belle apparence et bonne grâce , comme son frère aisné, et de ceste mesme beauté et taille. Te parle ailleurs <le ces deux messieurs ses fils et mesdames ses deux filles, et de leurs vertus.
ARTICLE 11
M. tE MÀRESCHÀL DE COSSÉ,
FRIRE PU PRKCIBDKJÏT. * •
En la beauté et bonne grâce dudict sieur mai esckal ne le ressemble pas le mares chai de Cossé, troisiesme frère, car il estoit fort petit comme son père; qu'on appelloit aussy le" petit Cossé. Voyez nos histoires et celles de Naples, d'un Cossé favory fort du rqy René, dont sont sortis ceux cy, dict on j aussy du temps du roy François on l'appelloit le petit Cossé.
Il ne laissa , pour sa petitesse, à estre un bon , sage et ad visé capitaine, comme il fa faict parestre en plusieurs bons lieux, Il eut deux gouveraemens de places )'ua après l'autre, fort escabreux, et sur lesquels l'Ëm-
(0 Voyei ci-dessus, pag6 ^5. Ces deux endroits pourroienl se servir mutuellement de commentaire. (S.)
88 M. LE MABJfeÇHAL
poreur jecta l'œil incessamment , qu estoit Metz et Mariambourg ; dont bien luy servit d'estre ce qu'il estoit , et mesme à Mariambourg; car il estoit là bien à l'escard, et donnoit bien de la pey ne à le secourir et d'hommes et de vivres. Il avoit la teste et la cervelle aussi bonne que le bras, encore qu'aucuns luj donnerez le nomdemareschal des bouteilles, parce qu'il aymoit quelquesfois à faire bonne chère et rire et gaudir avec les compagnons ; mais pour cela sa cervelle demeurait tous) ours fort bonne et saine, et le Roy et. la Roy ne se trouvoient bien de ses ad vis, ce disoient ils. Aussy l'açlvançarent ils, car ils le firent surintendant des finances, où il ne fitpas mal ses affaires, et mieux que les miennes, ce disoit on. Aussy sa femme, qui estoit de la maison de Puy-Greffier en Poictou (0, malhabile pourtant et n'estant jamais venue à la Court, sinon lors qu'il eut cette charge des finances, lors qu'elle fit la révérence à la Roy ne, elle remercia d'abord Sa Majesté de l'intendance des finances qu'elle avoit donné à son mary : « Car, ma foy, nous estions « ruynez sans cela , madame ; car nous devions cent « mille escus. Dieu mercy, depuis un an, nous en « sommes acquictez, et si avons gaigné de plus cent « mille escus pour achepter quelque belle terre. » Qui rit là dessus , ce fut la Royne et tous ceux qui estoient en sa chambre, sans son mary, qui bien fasché dict assez bas qu'on l'ouist : «Ah ! par Dieu , « madame la sotte, vous yuiderez d'ici, vous n'y vien- « drez jamais; qu'au diable soit elle! me voylà bien
(») Françoise Bouche t, dame de Puy-Greffier, femme d'Artas de Cossé, maréchal de France. Ce conte au reste est de l'année 1567.