‹ Œuvres complétes du seigneur de Brantôme, accompagnées de remarques historiques et critiquesChapitre 13 sur 66 · DE COSSÉ · texte numérisé non relu

DE COSSÉ

a accoustré! » La Reyne l'ouyt, car il disoit fort bien le mot, qui en rist encor Lien davantage. Des le lendemain il luy £t plier .son pacquet et vuider.

Du despais il espoasa une seconde femme plus habille , la seneschalle d'Agenez, et fit on de luy un. vers, faisant allusion .sur son nom de Gonnort; car on. Tappelloit ainsy devant qu'il fust mareschal. Le versest tel:

Nom née habet famulum , régnât eum cardine turpi.

C'est-à-dire.:

Carnayallet règne avec Gonnort. -

L'allusion faict sur Carnavallet en disant , namnec habet, famuhimù 7 . et de Gonnort, par cardine turpi. Ces}, une alluzion bien sentent son rébus de Picardye W<

Ampres cette intendance des finances , il fut faict mareschal de France. Four sa première curée il fut donné par la Reyne pour conseil principal à Monsieur, frère du Boy, son lieutenant gênerai, au voyage de Lorraine, où ledict .mareschal fut fort blasmé de quoy on ne donna la bataille aux Huguenotz à Nostre Dame de FEspine en Champagne, car on eneust eu très bon marché, comme gens qui se retiroient en grands desordres, et longues traictes; mais là, les ayant attaints, on leur donna temps et loysir de s'esloigner et tirer de longue, par un séjour de deux jours que l'on fit mal à

(0 Brantôme a bien raison: car, pour trouver quelque ombre de sens a ce cardine turpi, Û faut le traduire par gond ord, mauvais rapport * Gonnort. -Quant à nom née habet famulum, rendu par car ri a valet, autre .mauvais rapport à Carnavalet, on ne sçait ce que cela veut dire

ici. (S.)

gO K M*. LE MARECHAL

propos sur la maladie dudict mareschal, qu'aucuns disoient apoçtée, autres à bon escient : tant 7 a que l'occasion s'eschappa belle sur ces bandes huguenottes, tant pour leurs retraictes que parce qu'elles estoient foybles, et celles du Roy belles et fortes, et augmentez des forces de Guyenne de beaucoup , que M. de Terride avoit menées, montant à douze cens chevaux , tant gensdarmes que chevaux légers, et huict mille hommes de pied que nous estions arrivez tous frais, victorieux des trouppes de Poncenat, qui avoit cinq cens chevaux et plus de cinq mille hommes de pied , que nous deffismes en Auvergne soubs la conduicte de ce brave et vaillant M. de Montsallez , le jeune Tilladet , maistre de camp des légionnaires de Gascoigne, fort brave et vaillant capitaine , qui nous menait , et n'estions pour lors que trois cens chevaux et autant d'arquebusiers à cheval, k cause de trois grandes journées qu'il nous fallut foire pour aller à eux en ces aspres montagnes d'Auvergne, et laissas mes le gros derrière: où je ne sçay à quoy tint que nous ne donnasmes cette bataille à Nostre Dame de l'Espine ; mais j'en vis, ce jour que l'on faillit ce coup, M. de Nemours bien en colleté, car il menoit en ce voyage l'advant garde avec M. de Montpencier, et le comte de Brissac avec son infanterie, à qui ne tint que son, oncle ne comfcatist, car il avoit desjà commencé à deffaire quelques gens dans wi village.

Pour excuse dudict M. lemareschal, l'ondisoit qu'il avoit commandement de la Royne de n'hazarder point la bataill^;. §ur tout craignant qu'il n'en mesadvint & Monsieur, son mieux ay me' fils,, qui , jeuoe et taodrelet, ne faisoit que venir à une si grande et grosse charge ,

DE COSSÉ. t)t

dangereuse trop pour luy en un grand choc de bataille. Vdylà comment en Fut l'excuse dudipt mareschal, lequel, cinq mois après, né se voulant ayder d'aucunes excuses, fut commandé d'aller en Picardye lieutenant de Roy, et defiaire le sieur de Coqueville, qui avôit assemblé près de douze cens harquebuziers françois congédiez à cause de la paix de Chartres, qui estoient des bons, et quelques chevaux. Nous deffismes tout cela eta un rien, et forçasmes Sainct Valéry, où ils s'estoient retirez, avec peu de perte des nostres; car nous n'y perdismes que le capitaine Gouas, le second des trois frères; qui fut dommage, car il estoit un très brave et vaillant gentil homme : il a son fils, aussy brave et vaillant, qui est aujourcThuy en Provance, gouverneur d'Antibes soubs M. d'Espernon.

Ces trouppes deffaictes, qui vouloient aller en Flandres contre le duc d'Albe, ou, pour mieux dire, pour remuer encor en France avec le prince d'Orange > qui venoit d* Allemagne avec une grosse armée, le capitaine Coqueville fut pris et mené à Paris, où il eut la testé tranchée, ayant parlé plus qu'on n'eust voulu du costé des principaux chefs des Huguenots.

Ce prince d'Orange donc, venant en Flandres avec une grosse armée, ce grand duc d'Albe alla au devant de luy, et la rendit par sa sagesse si inutile à celuy qui l'avoit menée à Fencontre, qu'elle ne luy servit de rien ; et elle voulant venir tomber sur nos bras, le mareschal de Cossé, encor en Picardye, y pourveut si bien qu'elle ne nous put nuyre; falut qu'elle s'en re-. tournast encore en Allemaigne, comme >elle estoit venue, sans aucuns effectz, ayant accueilly les seigneurs de Mouy, de Genlis, d'Antrincourt, et autres

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gentils hommes françois de la religion, montant à cinq ou six cens chevaux, et quelque douze cens arquebusiers des bons, tous de la religion, qui n'avoient peu se joindre avec messieurs les princes et Admirai lorsqu'ils vindrent en Guyenne, et demeurarent tousjours en Allemagne, vivans de gréa gré, qui est à notter, à ce que me dirent aucuns deux despuis, jusques à ce que le duc des Deux Ponts emmena son armée en Guyenne , où estoit aussy le prince d'Orange ,. non en grand chef de charge, mais en privé, luy et le comte Ludovic. Le mareschal de Cossé eut grand honneur, pour ce coup, d'avoir ainsy destourné cet orage de l'armée. de ce prince d'Orange, voulant tomber en Picardie, et aussy qu'il osta (j'y estois) le sieur de Bouchavanes Dourlans (0, lieutenant de M. le prince, dont il estoit gouverneur, et brave gentil homme ; il n'y avoitenPicardye autre espine que celle là quipeust picquer pour les Huguenots contre les Catholiques.

Tous ces exploicts fit ce mareschal fort heureusement et avec peu de trouppes, qui estoient les compagnies des garnisons delà, qu'il fit sortir, dont la mienne, qui estoit dans Peronne, en estoit une ; et parce qu elle estoit assez Bonne et belle, il la prit pour sa garde.

Les batailles par ampres de Jarnac, Montcontour et d'Arne le Duc, s'ensuivirent, où ledict mareschal acquist beaucoup de réputation, tant pour sa valeur que pour sa conduicte et conseil; mais M. de Tavannes faisoit le dessus au siège de LaRochelle. Lors que M. le comte de Montgoumery y mena le secours d'Angleterre, mondict sieur mareschal luy seul fut la principalle cause de quoy il n'y entra ; car ce fut luy qui conseilla

C 1 ) De Dourlens, apparemment. £$.)

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