‹ Œuvres complétes du seigneur de Brantôme, accompagnées de remarques historiques et critiquesChapitre 26 sur 66 · DISCOURS SOIXANTE-DIX-HUITIESME · texte numérisé non relu

DISCOURS SOIXANTE-DIX-HUITIESME

M. DEOUY8E. ^

. Ce gra&d duc de Guy se, duquel nous voulons parler^ fut grand certes-, il le faut appeler gnahd parmy nous autres, aussy bien que plusieurs estrangers ont appelé des leur* pas, ce surnom et titre, et ainsy que nroy fiaesme j'ay veu et ouy les Italiens et Espagnols plusieurs fois l'appeller el gran ducque di Gupsa, et el gran capitan di Gutf&a. Sy que je me souviens qu'à Fentreveue de Bayonne et grands et petits, faisoient

M. DE GUYSE. l^g

un cas inestimable de feu M. de Guyse son fîls f qui estoit encor fort jeune, et ne l'appelloietit autrement quel hijo del gran ducque di Guysa ; et entroient aussy en grande admiration de madame de Guyse sa femme, autant pour sa beauté et belle grâce que pour porter tiltre de femme de M. de Guyse, et ne l'appel loient que larhuger (taquet gran ducque di Guysa, et pour ce luy portoiént un grand honneur et respect, et sur tout ce grand duc d'Albe, qui savôit bien priser les choses et les personnes qui le valoient.

Or, tout ainsy qu'on loue et admire fort un excellent artizanef bon ouvrier qui aura faict un beau chdf d'oeuvre, mais d ? advantage et plusceluy qui en aurafaict plusieurs, de mesmes faut louer et estimer ce grand capitaine dont nous parlons, non pour fin beau chefd'œuvre de guerre, Durais pour plusieurs qu'il a faict : et pour les principaux feut mettre en'advant et admirer le siège de Mets soustenu, la bataille de Ranty, le voyage d'Italie", la prise de Calais, Guy nés et Hames; celle de ThionviHe , le camp d'Amiens ; en la guerre civille, les prises de Bourges, Rouan, la bataille de Dreux, et puis le siège d'Orléans.

De vouloir descrire et spécifier menu par menu tout cela, ce seroit une chose superflue, puis que nos historiographes en ont assez remply leurtf livrés : mais pourtant qui considérera la grand force qu'y mena ce grand' empereur dêvarit Metz , dont jamais de pareille il n'en peupla et couvrît la terre, lafoiblesse de la placé, qui ft'avoit garde d'estre la quatre partie forte comme aujourcThuy; qui considérera aussi la grande prévoyance doîit il usa pour Tamunitionner et y establir vivres, munitions, reglemens, pollices et

xa.

l8o M. DE GUYSE.

autres choses nécessaires pour soustenir un Joug siège, et le peu de temps qu'il eut à faire tout cela avant la venue du siège ; qui mettra aus$y devant les yeux le bel ordre de guerre qu'il y ordonna, la belle obeys- ! sance sur tout qui luy fut rendue d'une sy grande principauté et noblesse , capitaines et soldats, sans la moindre mutination du monde ny le. moindre despit; puis les beaux combatz et les belles sorties qui s'y sont faictes; qui considérera tout cela et d'autres choses qui seroient longues à spécifier, et puis la bellç et douce clémence et bénignité qu'il usa envers ses ennemis demy morts , et morts, et mourans de fain, de maladies, de pauvretez et de misères, que leur avoit engendré la terre et le ciel; bref, qui voudra bien- mettre en ligne de conte tout oe qui s'est feict en C£ siège , dira et confessera que c'a esté le plus beau siège qui fut jamais, ainsy que j'^y ouy dire à de. grands capitaines qui y estoient, fors les assautz, qu'on n'en livra jamais, bien que l'Empereurle voulust fort;etpour ce en fit un jour faire le bandon pour en donner un gênerai, auquel M. de Guyse se prépara si gravement et y, mit un si bel ordre , avec tousses princes, seigneurs ? gentilshommes , capitaines et soldatz, et se présentaient tous si détermineraient sur lerempart à recevoir l'ennemy et soustenir la brèche, que les plus vieux , braves et vaillans capitaines.de l'Empereur, voyant si belle etasseurée contenance des nostres, luy conseillent de rompre cette entreprise d'assaut, car ce seroit la ruyne de son armée; ce qui fasçha pourtant fort à l'Empereur; mais, pour l'apparence du danger eminent, ilcreut ce conseil. A propos de cette clémence, courtoisie, douceur et miséricorde usée par ce grand duc à ces pauvres gens

Ms PE GUTSE. l8l

de guerre, voyez de quelle importance elle servit quelque temps après à nos François au siège de Theroûanne, à laquelle un rudvassaut estant donné et nos gens par luy faucez et emportez , estant prests à estre tous mis en pièces, comme l'art et la coustume de la guerre le permet, ils s'advisarent tous à cryer : « Bonne, bonne « guerre, compagnons; souvenez vouS de la courtoisyc «de Metz. » Soudain les Espagnols courtois, qui fesoient la première poincte de l'assault, sauvarerît les soldats, seigneurs et gentils hommes, sans leur faire aucun mal, et receurent tous à rançon. Ce grand duc, par sa clémence, sauva ainsy la vie à plus de six mille personnes. Ce siège fut célèbre et notté par cette cour* toysie et par la naissance de la reyne Margueritte de France, reyne ée Navarre, née le 20 e de juin i553 (0. Or, sy ceux de dedans Metz n'eurent occasion de, monstrer leurs courages et valeurs à soustenir des assautz ( fort attristez de n'en recevoir pour mieux monstrer leurs valeurs), ils en prindrent bien d'eux mesmes à assaillir les ennemis; car à toute heure ils faisoient des plus belles sorties du monde, qui valoient bien des soustenemens d'assauts, et donnarent bien à songer et accroire aux ennemis que s'ils fussent allez à eux avecques assautz, autant de perdus y en eust il eu. Ces saillies se faisoient, et à pied, jusques à fausser les tranchées souvant, et à cheval, bien loing encor de la ville, et sur tout sur le camp du marquis Albert, à

(*) Le* Mémoires de la reine Marguerite, édition de Liège, 1713* dans une note marginale de la page 54, font naître cette princesse, le i4 mai i55a; ce qui s'accorde mieux avec le texte de Brantdme, qui la fait naître pendant le siège de Metz, arrivé, comme on sait^ en i55a. (S.)

IÔ2 M. DE GUTSE.

qui M. de Guyse en vouloit pour avoir faucé la foy donnée au Roy et avoir deflaict M. d'Aumale son freine, et pris prisonnier. Aussy le paya il bien, car il ne retourna pas la quarte partie de ses gens; dont l'Empereur ny les Espagnols ne s'en souciarent guieres , pour aymer peu les traistres , .aussy qu'il ne s'estoit donné à l'Empereur que par contraincte. Aingy alla ce siège , qui commença la vigile de la Toussaiacts, ainsy que porte la vieille chanson faicte pour lors par un advanturier de guerre françoi$, qui commence ainsy :

Le vendredy de la Toussaincts Est arrivé la Germanie A la belle Croix de Messain Pour faire grande boucherie.

Se campant au haut des vignes Le duc d'Albe et sa compagnie, A Sainct Arnout près nos fossez, Cestoit pour foire l'entreprise De recognoistre nos fossez.

Ce fut ce jour là et à ceste belle croix où fut faicte ceste belle escarmouche qui duraquasy tout le jour, sy bien soustenue des nostres et attaquée par le duc d'Albe et le marquis de Marignan, avec une eslite de trois mille arquebuziers espagnols choisis et d'un bataillon venant après , de dix mille AUemans qui les soustenoient. Il n'y alla rien du nostre que tout bien, fors quelque petite tuerie et blessure de nos capitaines et soldats. Il ne se pouvoit faire autrement j car en telles festes il y a tousjours des coups donnez et receus, et puis le grand nombre des autres devoit sufFocquer les nostrés de leur seule halleine.

M. OB OUY3B. iHi

Ce siège dura depuis ce jour jusques à jaûvier en* vu on le vingtiesme ou plus. L'Empereur s'en leva, de là fort à regret et à grand crevecceur 5 car il avoit promis aux Aliénons, pour se faire mieux aymer d'eux que par le passe, de remettre Metz,Toul et Verdun k l'Empire, et les y reunir mieux que jamais; ce. qu'ils desiroient plus que chose du monde, car elles leur estaient de bonnes clefz j mais sa bonne destinée luy faillit là, et ce fut ce que dict très bien AI. de Ronsard parlant de ce siège et ville,

Où le Destin avoit son outre limité Contre les nouveaux murs dSine foible cité.

Or , entre autres beaux traicts que j'ay ouy raçon^r et remémorer qu aye faict M, de Guyse leaps ( je mçU les combats à part) , ce fut celuy touchant la cour-* toisie qu'il fit à l'endroit de dom Jjpuys d'Avilla, gja» neral pour lors de la cavalierie légère de l'Empereur, à qui un esclave more ou turc ayant desrobé un cheval d'Espagne, se sauva avec luy dans Metz et s'y jetta, Dom Louys, ayant sçeu qu'il s'estbit allé jetter leans, envoya un trompette vers M. de Guysie le prier de luy rendre par courtoysie un esclave qui luy avoit desrobé un cheval, d'Espagne et s'estoit allé jecter ef; reffugier dans sa ville, pour le punir de çon forfeict et larcin ainsy qu'il le merito^, sçachant bien qu'il ne le refuseroit, po#r le tenir prince valeureux et généreux, et qui ne voudroit pour tous les biens, du monde receliez ny soustenir les larrons et meschans.

M. de Guyse luy manda, pour \uy envoyer l'esclave , il nepouvoit et enavoit les mains r liees par le privillege de la France, de temps immémorial là-dessus intro*

1$4 M * DE GUYSÊ.

duict,qu'ainsy que-, toute franche qu'elle a esté et est, elle fie veut recevoir nul esclave chez soy ;& tel qu'il serait, quand ce seroit le plus barbare et estranger du monde, ayant mis seulement le pied dans la terre de «France, il est aussi tost libre et hors de ,t6ute'eselavitude et captivité, et est franc comme en sa propre patrie; et pour ce, qu'il ne pouvôit aller contre la franchise de la France: mais pour le cheval, il le luy renvoyoit de courtoisye. Beau traict certes, et monstroit bien ce prince et grand capitaine, qu'il sça voit encore plus que de faire la guerre, comme certes il faut qu'un grand capitaine soit universel.

Vrayement il faut louer et admirer cette noble franchise, belle et chrestienne dé la France, de n'admettre point de telles servitudes et esclaviludes par trop cruelles, et qui sentent mieux son payen et turc, qu'un chrestien ; et qui aura veu les esclaves traïcter comme j'ày véu, y trouvera de la pitié; car on n'en a compassion non plus que des chiens et des bestes. Mais, dira quelqu'un, comme je vis dire une fois à un comitte de gallere espaignol à un gentil homme qui avoit compassion d'un pauvre esclave qu'il assommoit de coups, comme un cheval et couché par terre , sans qu'il ôzast bouger, et luy represantant cette cruauté, Tautre luy respbndit seulement : « Si vous aviez esté esclave par- « my les .Turcs comme moy , vous n'en auriez pitié; « car ils nous traictent cent fois plus craellement que « nous eux. » Comme il est vray : et, qui pis est, quand ils nous tiennent, nous autres François, ils en font de mesmes qu'aux autres chrestiens , n 1 ayant nul esgard ny ' considération aux franchises qu'ils reçoivent en France, comme fay veu; et mesmes dernièrement

Mi DE GUYSE. l85

nous vismes arriver à la Court de nostre rôy dernier quelques soixante Turcs et Mores, qui estoient eschappea des galleres de Gènes, et se sauvarent en France : le Roy les vist et leur fit donner de l'argent pour leur conduicte et embarquement à Marseille : eux mesmes disoient que, sçachans bien le privillege libre de la franchise de la France , avoient faict ce qu'ils avoient peu pour y gaiguer terre, où ils avoient une joye extrême d'y estre, et nous adoroient nous autres François jusques à nous appeller frères. Et Dieu sçait, s'ils nous eussent tenus en leur pouvoir, nous eussent traie* tez comme les autres. J'ay faict cette digression puis que le subject s'y estoit adonné. Or je ne parle plus de ce siège de Metz, car il est ailleurs assez escrit.

Pour le regard de la bataille de Ranty , c'est une chose assez certaine etpublicque, que M. de Guyse en fat le principal autheur de la victoire, autant pour sa belle éonduitte et sagesse, que pour sa vaillance. Ça ^te' le premier et seul des nostres qui a commencé à bien recognoistre et estriller les reystres, et M. son fils le dernier et seul.

A cette bataille le comte de Vulfenfourt avoit amené à l'Empereur deux mille pistolliers, qu'on appelloit reistres, parce, disoit on lors, qu'ils estoient noirs comme de beaux diables; et s'estoit vanté ledict comte et promis à l'Empereur qu'avec ses gens il passeroit par dessus le ventre à toutte la gendarmerie et cavalerie de France, ce qui donna à l'Empereur quelque fiance de gaigner; mais il arriva bien autrement, car ils furent bien battus, et fuyrent bien. Possible, sy M. de Guyse fust esté hors de là, qu'ils nous eussent pu donner une pareille estrette que d'autres reystres

l&j X. DK GUYSE.

nous donnarent à la bataille de Sainct Quentin ) car ce furent eux, avec cinq cens lances de Bourguignons, tous conduicts par le comte d'Àiguemont, qui nons défirent.

Un peu advant, leur cottrormel ( je ne me souviens pas bien du nom , mais il estoit grand seigneur d'Allemaigne, et je ne sçay si c estoit un puisné delà maison de Brunswic) s'envoya présenter avec sa trouppe (qui pouvoit fppnter à deux mille chevaux) au roy Henry , luy demandant Tappoinctement, tel qu ont accoustumé tous jours ces gens le demander, qui certes y sont excessifs. M. le connestable le renvoya bien loi&g, et rerçaonstra au Boy que c'estoient marautz qui ne valoient rien, qui faisoiept des enchéris, pilloient tout un pays, et au bout dq faict ils ne combattoient point, et ne venoiept jamais aux mains, et s'ettfuy oient comme poltrons , ainsy qu'ils firent à la bataille de Banty , que trois k quatre cens chevaux de nos gendarmes mirent en routte et en fuyte, et firent pis, mirent en désordre et rompirent tout un gros bataillon de l'Empereur mesmes et de leurs Allemans.

Il y avoit dequoy au Boy et à M. le çonnestabïe à considérer. Mais ceux cy firent mieux que les autres à cette bataille de $ainct Quentin, où possible i comme l'on disoit alors, s'ils eussent eu affaire et à parler à M. de Guyse , ils eussent este* de mesmç escot qu'à Banty , encore qu'il y eust là de très bons, braves et va^Uaos capitaines; si-bien qu'il y eut là du malheur pour eux et de l'heur pour M. de Guyse, que force gens a lors souUajttoient qu'il fust esté lk^ car certes, quand Ton a apris et accpustumé à batre quelques gens une fois, deu* fois, l'on y est heureux une autre fois,

M» DE GrUTSE. 1JB7

msy que moadict sieur de Guyse le fit aussi de mesme à la bataille de Dreux. Sy que M. son fils, et son wsy héritier eu tout, hérita de luy dç ce bon heur de battre ces gens le , tant mauvais et tant redoutables } plus par renommée que par effectz, ainsi qu'il fit à la bataille qu'iLdonna à M. de Thoré en Champagne, qui en avoit mené deux mille. Il les contraignit jusques là qu'eu belle plaine ils luy demandarent bonne guerre *t la vie, et leur retour saiqi et sauve en leur pays, qu'il leur accorda de grâce, et eux c'en allarent; et sy peu de nos pauvres François qui reatarent diji combat et pieurtre, fallut qu'ils se sauvassent avec M. de Thoré Jeur gênerai, comme ils peurent, efs'allarent joindre k Monsieur, frère du Roy, qui lors estait en armes.

Ce M. de Guyse mesme estrilla bien aussy le baron Doue (1) et ses reistres auprès de Montargis, et puip les acheva 4e peindre et de renverser à Âuneau, aigsy que j'espère le descrire en sa vie.

A propos de baron Done, sy faut il que je face ce petit incidant. Nostre grand et brave Roy d'&ujoufd'hmy, durant ces belles guerres et coqqu estes de son royaume sur les Ligues estant devant Dreux, il désira fort veoir madame de. Guyse, sa bonne cousine, et pour ce l'en^ voya prier qu'elle .ep prjst la peyne qu'ils se vissent, car elle estoit à Paris ; ce qu'elle désira fort aussy , car c'est une des honnestes et bonnes princesses qui soit point; et pour ce, le Roy luy envoya un passeport, la«quelle sçachant venir, alla audevant d ? elle bien accompagné d'une fprt belle noblesse qu'il avqyt : lequel ^ après avoir recueilly cette honqeste princesse en tout

WDuna. (S.)

l88 If. DE GUYSE.

respectât gracieuseté, la ccmdnisit'en son logis et en

sa chambre; et, venant sur le discours, le Roy luy dkt:

« Ma cousine, vous voyez comme je vous ayme, car

^ « je me suis paré pour l'amour de vous. — Sire, ou

« monsieur, luy respondit elle en riant, je ne vous « en remercye point, car je ne voys point que vous « ayez si grand parure sur vou$ que vousfenr deviez « vanter si paré comme dictes. — Si ay ; dict le Roy, « mais vous ne vous en advisez pas. Voylà une enseigne « ( qn*il monstra en son chapeau) que j'ay gaignée à « la bataille de Coutras pour ma part du butin et vicie toire; ceste qui y est attachée, je la gaignay à la ba- « taille d'Yvry. Yoûlez ^ous donc, ma cousine, veoir « sur moy deux plus belles marques et parures pour « me monstrer bien paré? » Madame de Guyse le luy advoua en luy replicquant : « Vous ne sçauriez, Sire, « pourtant m'en monstrer une seule de M. mon * mary. — Non, dict-il, d'autant que nous ne nous « sommes jamais rencontrez ri y attaquez; mais, si nous « en fussions par cas venus là, je ne sçay ce que s'en <c ïust esté. » A quoy répliqua madame de Guyse : « Sire, s'il ne vous a point attaqué, Dieu voué en a « gardé; mais il s'est bien attaqué à vos lieutenans, et « les a fort bien frottez, tesmoing le baron Done, du- « quel il en a raporté de bonnes enseignes et belles « marques, sans s'en estre paré que d'un beau chap- « peau de triumphe, qui luy durera pour jamais. » Mademoiselle de Guyse, toute gentille certes, et très belle et digne d'un tel père qu'elle avoit, estant près madame sa mère, impassiente d'en dire aussy son mot, s'advança là dessus, et luy dict : « Sire, vous n'en « avez aucune parure non plus de M. mon frère* —

M. DE GUTSE. 189

« Non , dict le Boy; mais il est assez jeune pour m'en « donner s'il ne se recognoist. » Eu telles belles et gentilles parolles, quasy en forme de dialogue, se passarent les devis de ce grand roy et de ces belles prin* cesses.

Or ce brave prince M. de Guyse ne se contenta de ce qui resta et qui se pauvoit p^r la capitulation que le Roy fit avec eux, qui ne les vouloit du tout perdre pour la hayne sourde qu'il portoit à mondict sieur de Guyse : ces messieurs les reystres furent sy bien poursuivis par luy en, despit du Roy, et touchez devant luy et coignez, que de cinquante mille hommes que ledict baron Done avoit emmenez, j'ay ouy dire à homme de foy, et de la religion, que quand ils arrivaient à Genève (où estoit leur reffuge) très à propos, ils n'estoient pas cinq cens chevaux, tels quels. De plus^ rongeant encor son frain de despit, il donna encor dans l'Allemaigne et la comté de Montbelliard, où il fit un très grand ravage et carnage, et de très beaux feux, et tout cela avec fort petite troupe; sy que s'il eust eu seullement dix mil hommes frais portez là, il luy bastoit de se pourmener sy advant en Allemagne;, qu'il eust faict belle peur en plusieurs endroicts, et ne le faut point douter : et, ainsy que ce prince le dict^ il l'eust faict, car son grand courage l'y eust porté fort facillement, et 6a grande renommée, qui desjà avoit voilé par tout là, et qui en avoit porté avec ellç dç la terreur.

Hà! brave prince! tu ne devois jamais mourir, au moins que tu ne te fusses ( un peu pourmené par cette Allemaigne , et monstre encor à quelque troupe des reystres que s'ils ont faict peur à aucuns , que tu leur

eusses faict à eux toute entière, mesmes qu'ils se sont rendus d'autresfbis à telle gloire, qu'ils se vantoient de donner par tout peur et mort.

J'ay ouy dire qu'un peu advant que mondîct sieur de Guyse allast deffaire ce baron Done, il en manda son dessein au prince de Parme, et luy pria de luy prester sdn espée pour estriller un peu ces mauvais, te prince liiy manda qu'il n'en avoit besoin dé meilleure que la sienne, de laquelle, ampres qu'il auroit faict avec ses gens, il leprioit de luy prester plustost la sienne, qu'il tenoit la meilleure de la chrestiewté. Voilà comme de grand à grand la flatterie est commune comme parmy tes petits, encorqueces propos tinsent plustost du vray que du flattement, à cause de leurs rares valeurs ; aussy que M. de Guyse le disoit, d'autant que quelques années advant M. le prince de Parme avoit mis à tel poinct le prince de Cazimir avec neuf ou dix mille reystres qu'il avoit menez aux Estâtz , qu*il fallut qu'ils pliassent bagage, et s'en allarent viste, sans avoir que fort peu faict fumer leurs pistolles, autant par côntraincte et nécessité que par espouvante d'une lettre que leur escrivit le prince de Parme, aussy bravasche que- jamais lettre fut escrite.

J'estois lors à la Court quand elle y fut apportée , et le Hoy la vist, qui la trouva très belle, et M. de Guyse me là monstra et me dict que c'estoit de la façon qu'il ffilloît traie ter et chasser ces gens là, non avec de l'argent ny avec peur; lesquels n'estans pas sy tost et seulement entrées en France , il ne falloit que songer aussi tost d'amasser 4 de l'argent pour lès reistreg, et les renvoyer avec cela : que si l'on eust voulu employer seulement la moictié de celuy qu'oh leur donnoit à dres-

M. DE GUTSE. IQI

serune bonne grosse armée, on les eust sy bien battus et estrillez , qu'ils eussent perdu l'appétit pour jamais des bons vivres et des beaux escus de la France ; et sur tout, me disoit M. de Guyse, pour les deffaire il falloit avoir une bonne trouppe de bons mousquetaires et harquebuziers, ainsy que j'en parlé ailleurs, et que c'estoit la sauce qu'il leur falloit donner pour les desgoutter, ainsy qu'il deffit ceux de M. de Thoré, là où sy peu d'harqnebuziers qu'il avoit firent très bien; et sur tout les mousquetaires, qu'ils n'a voient guieres veus ny ouys, les estonnarent fort.

Certainement, qui eust voulu user bravement à l'endroict de ces gens du fer comme de l'or ou argertt, on en eust eu la raison; mais aussy eust-il fallu avoir pour ckef un de ces deux de Guy ses, ou le père ou* le fils, encor qu'à la bataille de Montcontour nostre roy Henry estriUa bien ceux du duc des Deux Ponts, qui estbîent veuus aux Huguenots : mais aussy M. de Guy se, ce brave filfc * y estait, et à bon escient, car il y fut fort blessé d'une grande pistolletade au bas de la jambe , et en grand danger de la mort. De cela j'en parleray à la vie dudkt Rey et de M. de Guy se (0, pour parler un peu de cette lettre bravache du prince de Parme, de laquelle la sustabce è&oit telle :

« Vous, messieurs les reistres, qui faictes ëstaft ûë « troubler les priitefes cfhrestieds; et qui vous* enrichissez de la despouille misérable de 'tant de pauvres « créatures qui tie vousfiréht jamais mal ny desplâisir, « puisque vous ibeiitefc justement le mauvais £â*ty au* « quel vous estes redukts à présent, assurez vous <Jue « vous ave^ affairé à des personnes qui le sçaur ont pour -

10 On n'a point eeà .vie*. (S. y

iga M. DE gutse.

ce suivre jusques au vif et sentiment, assistez de Dieu, ce qui ayde tous jours aux armes justes, telles que vous « avez desjà cogneu et senty ; et si les François sont « plus courtois que ixous à traicter leurs ennemis, vous « n'estes point en France, ny encores moins avons-nous « voulonté de faire sy mal les affaires du Boy nostre « maistre. Vous demandez que nous vous .payons pour « yuider le pays ; .et nous demandons mesmp payement « pour vous laisser en aller vos vies sauves; apprestez, « vous seulement de v^oir le sort des armes le plustost c< que vous pourrez , car nostre cpurrier n'attend seucc lement que le nombre, de morts pour en porter les « nouvelles en Espagne au Boy nostre maistre. »

Voilà des mots bien braves et menaçans, qui portèrent tel coup qu'ils s'en allarent grand erre, sans emporter un seul sol du roy d'Espagne, comme ils avoient faict de nos roys : et le meilleur du pot fut que , n'ayans rien faict qui vaille, furent si insolens qu'ils envoyarent demander leur paye à la roy ne d'Angleterre , qui les y avoit faict venir et promis argent; mais elje,qui est l'une des habilles dames qui oneques porta sceptre et couronne, leur fit une brave response, et digne d'elle et de sa générosité; et addressant sa lettre pour tous au prince Casimir, leur gênerai, elle parla ainsy en brefves par ailes : ,.

« Je voy bien que vos hommes ne veulent point de « mon argent, quoy que vous. dictes, comme ayant suce primé nostre contrac, par lequel vous estes tenu de a mener des. gens de guerre, laissant mesmes à vostre « jugement combien seront mensongers tous ceux qui « baptiseront d'un tel nom vos trouppes. Je suis marrie « de vostre deffortune, pour à laquelle subvenir je

M. DB GUYSE* ltjj

« vous puis teseui'er que vous obtiendrez de méy towt « ce que scatfrez raisonnablement souhaitter, et mon <t point davantage. »'

Ce na fut pas tout, car et prince Cazimir, pensant mieux faire ses affaires et de ses gens en personne que par lettre, all4 luy mesme trouver la Roy ne, là où sa présence n'y servit non plus; et elle, qui est une très habille princesse, et qui sçait parler et tenir majesté, et rabrouer quand il faut, parla bien à luy.

En ce ntèsme temps que ledict prince esfcoit là ,. Monsieur, frère du Roy, avoit envoyé. le gentil chevallier Breton versladicte Reyne, sur lçurs. pourparlers de mariage ; maie ledict chevallier m'a conté qu'il a veu qu'elle, ne faisoit gui ères grand cas «kidict prince, et plusieurs fois luy a faict tenir la mulle. Cela s'entend qu'il entroit ordinairement dans la chambre de la Reyne, et ledict prince demeuroit en l'anti chambre, et non sans estre brocardé d'elle, comme elle sçait bien faire, et en ry oit avec ledict chevallier. Voilà comment Dieu eu cet endroiet luy rabaissoit son orgueil et sa témérité passée.

Un. autre grand capitaine aussy qui a eu bien la raison de ces messieurs les reistres, c'a esté ce grand duc d'Àlbe, par deux fois; l'une contre le prince d'Orange , et l'autre contre Ludovic son frère. Comment il les vous mena et renvoyai J'ay ouy conter à feu M. de Ferrare que ces reistres ne craignent gens tant qu'ils font les Turcs, sy bien que dix mille chevaux tares ne feront jamais difficulté de frotter dis mille chevaux reistres : ce que je trouve fort estrange, luy dis-je, veu que les reistres estaient armez jusques aux dents, et sy bien en pistotetz pour l'offencive et defféur

iîraktome. t. 3. ç, i3"

194 M « DE titJYSEi

cke, et les Turcs tous nuds, n'ayant pour armes que la lance, la targue et le cimeterre. « C'est tout un, di- « soit-il, et rien moins pour cela* : » et disoitTàvoir veu par expérience lorsqu'il fut à Parmée' de l'empereur Maxiftrilian, son beau frère. Et sur le propos qu'on luy demanda pourquoy l'Empereur n'hazarda la bataille ce coup là contre sultan Soliman, puisqu'il avoit plus de trente cinq mille chevaux , dont il y avait trente mille reistres qui dévoient eux seuls mettre en pièces et en fuitte tous ses Turcs ainsy desarmez, bien qu'ils fussent cent mille chevaux, il dict que ces reistres les craignoient tant, qu'ils ne vouloient nullement aller aux mains avecques eux; et disoient encor une raison, que ces Turcs estaient sy couverts, et eux et leurs che-? vaux , de sy grand quantité de plumes et panaches , et allans à la charge faisoient de si grands cry s et hurlemens, qu'avec tout cela les reistres et leurs chevaux en prenoietit si grand frayeur, qu'ils ne pouvoient chevir de leurs chevaux, et tournoient teste en arrière.

Dieu vueille que cela n'arrive h ceste heure, que nous sommes sur la veille de veoir de grands maux de ces Turcs sur les pauvres chrestiens de là bas , tant Hongres, Poulacz,Allemans, qu'autres, et qu'il donne la grâce à ces reistres allemans faire mieux encontre eu* qu'ils n'ont faict ; car sy Dieu n'a pitié de nous, et qu'il laisse prendre Vienne en Autriche, la vraye clef de l'Allemagne, elle a beaucoup à patir, tout ainsy qu'elle a faict patirà plusieurs chrestiens, et mesmes à nou&autres François, que vous eussiez dict qu'ils avoient pris à prix faict la. ruyne de la France ; tant ils se sont plus à y faire des voyages et des retours , et à nous piller et tuer , ainsy qu'ils nous firent à la bataille de Dreux. Mais nous

M. DE GUTSB. Îq5

les estrillasmes bien aussy, comme nous fismes aussy àMotfcontoUrquenous gaignasmes la bataille srireux : aussy avions nous des reistres de nostre costé, qui firent bien avec leur vaillarit ôourronnel, le marquis de Bade, qui fut ttié.

Mais &ur tout il faut lo3er les reistres huguenots de la dernière charge qu'ils nous firent à Dreux ; et comme ils se railiartnt bien avec leurs François, Qu'ils les ramenarent bien au combat* et y allarent aussy bien comme ils firent au commencement, conduicts par le brave M. de Moûy ; comme ils firent bien aussy à la bataille de Moritcontaur, conduicts par le bravé comte Ludovic. Mais surtout il feut louer la belle retraicte qu'ils y firent le soir;' lesquels se retirarent résolument sarrez, sy bien qu'il les faisoit beau veoir.

J'ay&ict cette digression des reistres, par ce qu'elle m'est venu à propos, encor qu'ailleurs j'en parleray aux vies de nos roys Henry III et IV, desquels je ne veux tant dire mal, que je n'estime bien autant leurt armes et leur façon de guerre que leur vie , qui est pat trop desbauchée et insolante. ' Et j'ay veu un grand capitaine s'estonn«r avec moy de. quoy le roy d*Es^ pagnfr ne "s'en sert point en ses guerres contre noftre roy d'aujounThuy, Henry IV, et qu'il n'employé un million d'or, luy qui en a tant de millions, pour en avôifr quinze riiille tout d'un coup, et n'hazarde une bataille contre nousautres, et face jouer le jeu à r eux, conduicts par quelques lances bourgouignonnes'des vieilles ordonnances napolitaines et autres. Je m'asseure que cela fairoit un grand echet sur nous ; car veoii* quinze mille reifctres en deux gros ostfc , cela monte àlîeaUcoup et effraye , et "sy scustient Un grand choc si l'on va h

eux, où Ton y perd plus qu'on n'y gaigne; si qu'hasardant ces quinze mille reistresaveçquesautresjnilles chevaux , et les faisant perdre et enfoncer sur nous, il i^'y a nul doubte que nous serions bien mallades, comme nous fusmes à Sainct-Quentin ; et, cala feict, les renvoyer aussi tost en leur pays, car ils fconsonimeroient un gouffre d'argent. Et la bataille gaignée par l'Espagnol, asseurez vous que la France seroit çondemnée et fort mallade ; et s'estonne ou comme le roy d'Espaigne n'a hasardé ainsy une bataille : et cela seroit sans mettre eu hazard ses braves soldats espagnols ny les faire combattre, mais seulement faire bonne mine, si non quand ils verroient leur meilleur. S'il eut faict ainsy de l'hazardeux et point tant du retenu, il s'en fust mieux trouvé que par tant de temporisement. Et m'esbahis que pour cela il n'a pris son exemple sur quatre batailles que son père et luy nous ont données, celle de La Bicoque, de Pavie, Sainct Quentin et Gravelines, qui ont esté leur seul gaing de cause de leur grandeur à l'advancemjent de leurs Estatz; car, en quatre jours que ces batailles furent données et gaignées, ils ont plus gaigné et oous plus perdu qu'en cinquante ans que nous nous sommes entre faicts la guerre ; car en matière de guerre il n'y a que d'hazajrder des batailles, comme je tiens de grands* capitaines ; mais aussy il les faut bien débattre et estre du tout ou vaincu ou vainqueur.

Voylà pourquoy jadis les Romains s'aggrandireutsy bien, et donnarent les batailles, et lesbien débattant, sans tant temporiser. Et ne faut doubter, si Cœsar eust temporisé et retenu la bride à ne venir aux champs des batailles, jamais il n eust conquis les Gaules, jamais il

M. DE GUYSE. IQ/rj

ti'eustmis fin aux guerres «villes, et jamais ne fust esté empereur du grand empire romain : autty ne deman» doit-il jamais que venir aux mains, et mesme à la bar taille'de Farsalle, ainsy que ires bien U représente ce grand poète Lucaib, par son harangue qu'il fit avant que d'aller au combat, que j'ay traduicte et mise ail* leurs (*}.

Ne faut donc point doubler que , sur tels exemples > le roy Philippes devoit ainsy hazarder une bataille par ces guerriers mercenaires et estrangers ; car c'est leur vraye curée, puis qu'ils se sont mis à ce mestier mercenaire : et voylà poiprquoy il les faut les premiers hazarder et les premiers perdre , et leur faire essuyer bien le baston, et, comme j'ay dict,reserver et bien garder ses vieux soldats espagnols, braves, bons et fidèles , comme bons médecins pouf porter ayde au corps, si de malheur il venait estre faict malade et blessé.

Aussy, pour dire vray , et comme j'ay ouy discourir un jour au grand M. de Guyse avec ce bon et honnorable vieillard de chevallier, le bon homme M; dç La Brosse, ce ne sont pas les gens de pied qui, encor que bien en soient une cause, ne gaignent pas les batailles absolument; il faut que ce soient les gens de cheval qui en facent la victoire entière et la poursuivent jusques au bout , si ce n'est que la bataille se donnast en lieu si advantageux pour l'infanterie, que la cavalerie n'y peust aysément advenir, ou qu'elle fust fort à la discrétion de l'infanterie, ainsy qu'à la bataille de Poic* tiers du roy Jehan, les gens de pied et archers anglois estrillarejit bien nostre gendarmerie françoise dans ces vignes et eschallatz qui l'embarassoient du tout. Au

(')TomeV. (S.)

ig8 **• DE OUTS1Ç.

6arillan.de mewnes, parmy ces-qieret? et palus, nos chevaux furent deffaicts , comme qui a veu k liey ^omme mpy le peut facilement juger très. propre pour l'infanterie espagnolle. Ebde frais ^ et ny phj&ny moins, en un chetif petit combat qui fut faict en ces guerres de la Ligue , [près Sainct Yviers-.cn Limousin, où fut tué le comte de La Rochefoucauld, brave et vaillant seigneur certes, avec près de quatre vingts à cent gentils-hommes, tous^vaillans et braves, lesquels , voulans levier le siège de ladicte place , soustenus par le seigneur de Chambret, t^es brave et vaillant gentil homme, contre M. de Pompadour , seigneur tout plaii\ de valeur aussy, et chef de ceux de la Ligue, furent deffaiets par l'infanterie et arquebu?rerie, pour s'estre perdus et engagez sans y penser dans certains petits . m^ret& et tartres bourbpnnoises, là ofr Ton les tiroit comme à canardz : rencontre certes fort malheqreuçe, car il y fûpuirut une fort belle et grande noblesse.

. .Tant d'autres combats allegueroia je pareils, sans emprunter ceux des Romains, desquels le? gens de pied légionnaires ont gaigné leur? principalles batailles et les ont faict grands; et à eux estoit tout leur principal recours plustost qu'à. leurs gens de cheval, ainsy que parmy les Espagnols leurs gens de pied sopt beaucoup plus estimez que leurs gens de cheval.

Finissons cette digression, et retournons encoràce grand M. de Guyse, François de Lorraine, lequel aucuns ont blasmé d'avoir rompu la trefve si advantageuse pour la France. Mais ;qui la rompit, si non le pape Paul IV et le roy Henry pour le secourir? On tenoit pour lors que le Pape, de theatin qu'il a voit esté auparavant et grandement austère et reformé, devint si ambitieux

M. I>E GUf SE. I99

qu'il % se propplâ d'avoir les bjens des principaux ieignenr^deRome, comme des Colonnes et aucuns Ursins;

et de foict q& fit emprisonner aucuns et se saisit de leurs biens, <Jont jl en sortit une si grande rumeur, qu'eux, ayan& recours à FEmpçreu/, mirent Ip Pape en tel destrok qu'il fut assiégé une fois dans lç castel Sainct Ange, qu'il fallut qu'il le gaignast et à poinct, estant poussé de son ambition par quelque droict prétendu par (çp papçs sur le* royaume de Naples et le ravoir, et attssyque de tout temps les Caraffes, dont le Pape estoit, nc v sont trop amis des Espagnols. Toutes ces choses accumulées ensemble animarent

le Pape d'enyoyer au jecours à nostre Roy, et luy envoya son-nepveu le cardinal Caraffe ( qui av.oit esté auparadvant capitaine servant bien le Royen Toscane) légat, et luy porta une espéeet un chappeau : dons que les papes çnvoyent aux roys pour les gratiffier en demandant quelque chose de meilleur ; dons, dis je , qu'on a observé plusieurs fois estre fotaux et funestes, ainsy qu'on le disoit alors, et qu'ils le seroient à nostre Roy, lequel, tout plein de bonne, volonté et poussé de cette grande ambition du passé de ses prédécesseurs, qui avoient délivrez aucuns papes de leurs oppressions, garanty de la tirannie d'aucuns et remis en leurs sièges, mit une grosse armée sus pied et. en fit M. de Guyse son lieutenant gênerai pour un secours si sainct; encor tenoit on que nostre JRoy en avoit adverty l'Empereur de se désister à ne donner telle oppression au Pape.

Que pouyoit donc faire M. de Guyse, que d'obeyr à son roy et prendre une telle charge si saincte, luy en estant très digne, et de plus grande que celle là? Ce ne fut pas donc luy qui rompit 1p. trefve •? encor loi*

aoo m. ,©e. avTsfi*.

debaitoit on que feu M. J'Admirai, gouverneur de Picardie, fut le premier qui la rompit pour l'entreprise <pi'il fit sur la ville de Douay , qu'il faillira prendra et y entrer, de nuict vnç vigille des ftoys, qu'^n cryoit JLe rqy boyt t sa^s une vieille qui donna l'alarme et esveilla la gardé et le guçt à force de cryer. Ayant feilly celle là, il retourna en Laoz en Artois, qujil ne faillit pas, et y entra dedans, oft furent commises ses ptlleries et paillardises, que. les ennemis fiçeiwvent bien reprocher, et aur ce prendre aubject d'en avoir leur rçvariche et à faire la guerre à leur tour.

Tant dartres propos s'allegfcoient la dessus pour disputer de cettç roupjture.de trefve et de qui elle venoit, ou de. n#us, ou de nos ennemis, que je musn remets aux plus clairs voya&a et bien sçachans. M. de Guyse conduict dotae» ce saioct «scours bravement ei sagement au Pape,, et, sy à propos, qu'il contrainct le duc d'Albe à luy donner la paix (le Pape pourtant plante là et nostre Roy et M* de Guyse), laquelle aussy vint fort à propos ; car, la bataille de Sainct Quentin perdue, M. de Guyse fut envoyé quérir pour restaurer la France. Par quey, après avoir long tempssejourné son armle saine .et entière par de là en Italie, et luy avoir faict perdre ce coup là fort bien le nom, que de long temps s'estoJt attribué, du cimetière des François, la rompt et la partage en trois : Tune, il la mené avec luy, et la mieux choisye pour les gens de pied, dans les galleres de France qui le vindrent quérir; la seconde, la donne à M. d'Aumalle son frère, pour la retourner avec toutte la cavallerie, qu'il conduisit certes très bien, très sagement et très heureusement par les pays des Grisons, QÙiLacquist très grand honneur; la troi-

M. DE GUÏSE. SOI

sieswe demeura avec M. le duc «le Ferrare , dont j'en parle ailleurs.

Ce n'est pas tout que de conduire et avoir désarmées, mais il les faut conserver $ et qui les peut rendre et retourner aux. logis saines et entières, le capitaine en est digne d'une très grande louange > ainsy que fit ce coup là M. de Guy se, qui, estant aussi tost arrivé en France sy bien à poitit et non en secours de Pise (comme Ton diefc^, une joye s'esmeut par tout de luy, et de luy par tout une voix s'espandit telle, qu'on di soit, et Ta ainsy escrit aussy ce grand M. le chancelier l'Hospital dans un de tes poèmes latins sur ce subject, et de la prise de Calais ;

« Or c'est à ce coup que cet homme nous remet- « tra et restitura la chose toute revirée et contournée « à rebours d'un gond à l'autre , ou du tout cela s'en « est.faict, et jamais de nul temps ne verra on la force tune de France relevée, et demeurera mesprisée et « pour jamais couchée en terre. » Cela se disoit et escrivoit alors , comme j'ay veu.

Ceste gloire , puis après ainsy prophétisée de tant de bouches, en demeura à M. de Guise par la prise de Calais , qui fut du tout inopinée à tout le monde. J'ay ouy dire que feu M. l'Admirai fut le premier inventeur de ceste entreprise, et que, durant la trefve, ilavoit envoyé recognoistre cette ville par M. de Brique maqt, qui fut deffaict à la Sainct Barthélémy , mort certes par trop indigne de luy et des bons services qu'il avoit faicts d'autres fois à la couronne de France, et que c'estoit un vieux chevallier d'honneur et homme de bien. Il est vray qu'il estoit fort zellé à s«i religion, mais pour

203 M. DE €T7YSE.

cela il ne dévoit mourir, ains estre pardonne pour ses grands services.

Luy donc, a jant très bien recogneu la place ( desguisé ce disoient aucuns), en fil le rapport à M. l'Admirai, et la rendit sy fa ci lie à prendre que M. l'Admirai en fit là dessusdes mémoires tresheaûx, et en projette le dessein eten tira le plan, et de tout en discourut au Roy , qui y prend goustetenlreservef exécution à la première bonne occasion ; sy bien que, M .de Qnyse venu, il s'en ressouvint et despesche vers madame l'Admiralle ( car M. l'Admirai estoit prisonnier de Sainct Quentin (0) le petit Fequieres, nourry de feu M. d'Orléans, très habille, brave et vaillant gentil homme et ingénieux, pour luy fitire veoir dans les coffres et papiers de M . l'Admirai «'il n'y trouveroit point tous ces mémoires; ce qu'il fit : et les ayant rapportées au Boy, il les confia à M. de Guyse. A quoy M. de Guyse y rapporta une très grande difficulté, voire du tout une impossibilité et nulle apparance de raison, aller assiéger une telle place imprenable, ampres une si grande perte de bataille advenue, et mesmes en plain corps d'hiver et en telle assiette : ce que M. l'Admirai vouloit en ses mémoires, d'autant qu'en hiver l'Anglois se fiant en la v mer et aux eaux qui regorgent et s'enflent plus lors qu'en esté, ils n'y jett oient grand nombre de gens, et la garnison estoit fort petite au prix de la grosse qu'ils y jettoient l'esté , la voyant foible à cause des eaues basses. Aucuns disoient que M. de Guyse le disoit à fort bon escient, et par raison, et à la vérité ; autres, pour rendre la chose ainsy difficile, afin que

(0 C'est-à-dire dés la bataille de Saint-Quentin. (S.)

M. D£ GUYSB. %oi

par ampçes la prise* il *en acquist plus de gloire et en triumphast mieux. • .,* .

On dict aussy-.qûe,M.,de fttentrpont, soufa lieute» nant de roj en Pycardic^ un très bon et $age capitaine, .faisbit la chose fort Jkctlle, pour l'avoir bien faict -reçpgnoistre. Tant y a que le Boy voulut que M. de Guy se tentast ceste fortune, et luy commanda résolument d'y aller *vec Tannée qu'il luy donna -, ce qu'il fit. *

De dire maintenant 1$ façon , ce sèrbit chose superflue, pui$ que no$ histoires en disent assez. Mais faut notter et admirer qu'en moins de huict jours il força les deux forts du pont de Nieullay, du Bisban, et emporta la ville que nous avions tenue paradvant sy forte et imprenable, que, depuis deux ceng dix ans que les anciens François la perdirent, jamais les autres qui viftdrent après nos roys n'osarent pas songer seulement de l'attaquer, non pas de la veoir. Âussy les Anglois furent si glorieux ( car ils le sont assez de leur naturel ) -de mettre sur les portes de la ville que, lors que les François assiégeront Calais, l'on verra le plomb et le fer nager sur l'eau comme le liège.

Leur quolibet manqua là, encor-qu'on dist que letu grand prophette et devin Merlin predist qu'il se prendrait 4ors qu'il viendroit un estranger régner en Angleterre, et qu'une reyne de leur pays se marieroit avec un estranger, et que ce seroit soubs le règne et la force d'un grand rdy issu de la race des Valois, qui vangeroit le sang espandu et la deflaicte misérable des François à la bataille de Crecy, soubs Philipe de Vallois, qui la perdit, bien que ce grand chevallier sans reproche et vaillant messire Jean de Vienne la

2(>4 M. DE &VYSZ.

deflfendist sy bien un an durant assiégé, queiuy et les siens furent neduicts à manger les ratz, les chatz et les ruyrs de bœufs, entier qu'elle ne.fustforte lors delà centicsme part comme- elle ^ast au j ourd'huy . s

Ce fut un roy Philippe qui la perdit sous la reytfe sa femmel, un xx>y Henry la prist. Du depuis nostre roy Henry d'atijourd'huyl'ar perdtke,et le t»oy Philippe^ce mesine, après l'avoir perdue l'a regaignée.Et puis après, en un rien, nostre grand roy Henry la recheust, et en un traict de plunte, par le traictéde paix qu'il fit avec l'EspagnoL II faut bien dire qii'il y ait là (comme en d'autres choses) quelques secrets divins ou fatallitefc que nous n'entendons pas.

M. de Guyse demanda au Boy ce gouvernement pour le capitaine Gourdan > et le fit là gouverneur : ce que plusieurs trouvarént estrange qu'il y fust préféré à plusieurs vieux capitaines, grands seigneurs et chevalliers de l'Ordre, et mesmes M. de Senerpont,autheur à demy de l'entreprise, qui s'en fussenttenus fort honnorez -et bien contentez; ce qui en fit murmurer aucuns qu'un simple capitaine de gens de pied fust en cela proféré à eux. Mais M. de Guyse procéda en cela en grand et charitable capitaine; car M. de Gourdan y perdit une jambe d'un coup de oanon : et estoit bien raison qu'il fust recompensé ainsy , car puis qu'il n'avoit plus les deux jambes saines et entières pour aller ailleurs chercher fortune , il estoit bien raison qu'il s'arrestast et demeurast là où il y en avoit perdu une. Aussy, pour dire vray , c'estoit un très bon capitaine, vaillant, et très sage ettresfidel, homme de bien, ainsy que tant qu'il a vescu il Fa bien monstre en la garde qu'il a si bien continuée jusques à sa mort, que jamais on n'y a rien

M. Dfi GtfTëE. ao5

sceu entreprendre ny mordre , éncor que la reyne d'Angleterre eust une très grande envye de le cor»* rompre tt de la i%vtàp, jusque» à luy en avoir présenté (durant ce& plus grands troubles qu'un chascuu* feisoitses affltires, esftaasmaisbresooinme ratx feu pailla) cent mille angellots ; mais il luy manda qu'il ayrfloit mieux son honneur qte tous ses thresorsf, et qu'elle les gsrdast pour d'autres, qui les*vouloient et ay m oient plus que 4a butine réputation. •

M. d'Espernon en eut aussy grand envye dti temps eu torraut de sa fortune et que rien ne luy eschappoit de ses mains, mais tout y tômboit. Le Roy luy manda plusieurs fois pour ce traioté, et le manda le venir trouver y comme je vif à Paris : ii y vint, mais il n'y voulut jamais entendre, et dict que, puis que le roy son père luy avoit donné ce gouvernement, et l'avoit préféré h plusieurs grands plus que luy, qu'il le supplioit bien fort qu'il y mourust, puisque sy peu il avoit à vivre. Le Boy ne l'en pressa pas plus, et est mort arosy qu'il avoit dict, l'ayant laissé à son nepveu avec plus de trente 'mille livres de rente qu'il avoit là à l'entour acquis et «n cette comté d'Oye , et deux cens mille escus en bourse, que tout à coup il a perdu et ville et vie, non pas l'honneur, car il le porta sur le rempart, et y <Jetn*pra pour jamais haut eslevé en gloire immortelle , et la vie s'en alla en combattant très vaillamment* ce qui fut le plus grand* honneur qui luy eust sceu arriver, pour beaucoup de raisona qui se peuvent là dessus songer;, autrement, s'il eust survesçu il n'estoit pas bien.

Voylà comme la fortube verse ses tours, à ceste heure pour les uns, à Ceste heure pour les autres; à

tàOÔ M. DE GVTtSE.

ceste. heure Çpla&s perdu powjcious, à'cestohefere gagné par le roy d'Espagne. Que s'il eust été à vendre, il en eust donné de bon et graud argent : syeustfeiébfeict la reype d'Angleterre > comme fay di<j(> Et pourtant ledit ftpy , en la prenant df la façoa qu'il a faict, 'il en a eu meilleur marché qu'il n'eust eu de beaucoup : et si eust cpnsommé plus de lemps 4 en faire le marché qu'à la prendre,- car en autant, de .temps* l'a il prise comme fit M. de Guyse. J'espere-en parlçr en la y*e de nostre grand t roy Jlenry IV d'aujourd'huy. *

M. de Guyse ayant pris Galais? «t voyant que ce n'estoit pas tout et qu'il falloit bien achever la partye de la.victoire , il prit par farce Guynes, très forte -place, où il y avoit dedans un très boft et Taillant capitaine le millort Gray, et Hames; conquesta toitfie la comté d'Oye; bref, il acheva de chasser les Anglois hors de la France, de long temps si empiettez, qu'on ne les avoit peu chasser ny desplacer aucunement, bien qu'on les eust fort battus souvant £fc chassez d'ailleurs ; sy bien que c'estoit un vieux proverbe panny nous, quand nous voulions mésestimer un capitaine etht>inme de guerre, on disoit : II ne chassera jamais les Anglois hors de France* * . •

Quelle gloire donc doit avoir M. de Guyfe de les avoir chassez ! Quelque temps après , il- alla assiéger et prendre Theonville, ville certes du tout imprenable, autant pour Tartiffice et fortification» qui y estoient que pour le naturel, pour estre entournée desr paluz et maretç de la pcoffonde Mozelle, et pour quinze cens hommes de guerre qu'il y avoit decjan*. Qui en voudra veoir la façon comme elle -fat assiégée et prisé, et en combien peu de temps, lise les Mémoires de M. de

Moutlue. Tellement que fay ouy.dir*, quand les nouvelles en vindrent au Roy, il en demeura tout esbahy, ne le pouvant aisément croire , comme de vray , qui « veu la place comme moy s'en estonnera grandement. Aucuns l'appéllpient Villa Theon, Ville (Je Dieu, pour l'allusion du nom, moictié grec, moictié latin, etpour tel nom les Bourguignons la tenoient plus forte.

La seconde secousse 4* ta France, après celle. de Sainct Quentin, vint la routte de Gravellines, qui fut giande et telle, que le Roy et ses subjects jettarent aussy tost l'œil sur M. de Guy se, comme qui demandent estre relevez, par luy d'une telle cheute, qui fit teste sy asseurée, que l'ennemy s'arreste court; vint le voyage et camp d'Amiens, qu'on appelloit ainsy pour lors, d'autant que le Roy s'y campa à l'entour avec une fort belle et grosse armée près de. trois mois; et le roy Pnilippes près de là avec la sienne très belle et forte aussy, et la retrancha fortement, et songeant s'il livreroit encor bataille, et sy le sort luy en seroit encore aussy heureux qu'aux deux autres; mais il s'arresta court, diverty par aucuns de ses vieux et sages capitaines que le temporisement en seroit plus expédient quel'hazard, puis que M. de Guyae estoit là, etsi oous* tumier à estre victorieux en tous ses expioicts, que possible il y pourroit estre là de mesmes. Je l'ay ouy ainsy dire à aucuns Espagnols, et que mesmes auséy ils fuirent très joyeux, et pensoient desjà estre au des-» sas de nous, quand ils eurent nouvelle en leur camp qu'il avoit este tue, ou pour le moins fort blessé du baron de Luxembourg : qui fut .un brtrict feux;, niais pourtantla joye en -fut démenée et solempnisée en leur camp. ....

20ft M. M GUTSE.

Ce baron de Luxembourg estoit un des reistres maifttres du duc de Saxe, venu au service du Boy avec cte grandes forces, et nu des principaux, qitîestoft brave, et vaillant, et haut à la main, qu'un four qVieflf . de Crusse faigoit la visite 'du camp, fut sy outrecuydéj ou, pour mieux dire; tenté de vin, attisy qu'il le confessa, de luy tenir quelque paràle fascheuse* voire de tirer son pistollet; mais M. de Guyse prompt ittit la main à Tespée atrssitost,et luy en fit tomber sfoh pistollet, et la luy fJorteàla gorge. Qui fut estonné? ce fut ce baron. M. de Montpesac*, qui suivoit lors M., de Gujrse et estoit près de luy, faisant l'officieux, mit aussi tost la main à l'espée pour le tuer. M. de Guy se s'escrya aussitost : « Tout << beau , Montpesac, vous ne sçavez pas mieux tuer un << homme que moj; ne le tuerois jfe'pas sans vous? « Allez, dict il au baron , je vous pardonne Poffance « particulière que m'avez faicte, car jet'ay tenu* en ma ce mercy ; mais pour cela que tu as faict au Roy, au ce gênerai et au rang que je tiens icy comme lieutenant <c de roy , c'est au Boy à y veoir et en faire la justice. » Et soudain commanda qu'on le menast prisonuior : ce qui fut faict ; et ML de Guyse prend , sans autrement s'esmouvoir, cent bons chevaux et se pourmeue par le camp et le quartier des reistres, et advertif aous nain les capitaines de cheval et de pied d'estre eu cervelle s'il en bougeott aucuns ; mais au diable le reistre qui bougea. Mesmer le duc de Saxe, accompagné de ses reistres maistres, le vint trouver pour savoir de luy eu toute douceur que c'estoit, qui en trouva le traict trop insolent et poinct digne d'un homme de guerre, attribuant pourtant le tout au via qu'il «avoit trop beu , que ledict baron luy mesme confessa: dont, sur ce,

M. DB at!¥8B. *9j)

fat pardonné, et sortit hors de prison quelques joui? après et renvoyé du camp, qui pourtant retourné en «on pays fiusoit quelques menade&j .maïs il avoit afc faire à un vaillant homme qui ne a'ensoucioit guieres*

Apres touttes oes expédition et voyagçs faicts , là paix générale se fit entre les deu* roys; et, pour récompense des grands services faicts à la. France par ce grand capitaine, Iç Boy , poussé par M* le connestable et d'autres, qui n'aymoient trop alors la maison dé Guyse, avoit résolu de les chasser tous de sa Court et renvoyer eu leurs maisons. S'il ne fust mort , cela estoit arrasté, car je le tiens et sçay de fort bon lieu- Grand exemple certes pour ceyx qui se fient en la faveur des roys et aux grands services qu'ils leur ont faicts, qui* pensans, pour l'amour d'eux, estre bien advant en; leurs grapes et s'en tenir bien assurez, pour un rien ei* sont priviez et esloigoe? du tout, et',, qui pis est,. courent la fortune de leur vie, çopame fçu M. de Guyse dentier, ainsy que j'espère escrire en sa vie.

lie rpy. Henry tnort, et le roy François II succédé à luy, M. de Guyse, comme oncle de la Reyne, fut mieux que jamais en sa grandeur; car luy et M. le cardinal: .son frère eurent toute la charge et gouvej* ornent du royaume, comme très bien leur appartenoit pour, en estre très dignes et très capables. Ce ne fut pourtant sans de grandes envies et calumnies; car lé roy de Navarre Anthoine, comme premier prince du sang, vouloit avoir cette aucthorité. Cela fust esté J>on si le Roy fust esté pupil et mineur; mais il estoit adulte et majeur , et pour ce le Roy estoit lihre de choisir et tenir prea . dé soy peux qui bon luy semirioit , et

saura» îts. t. 3. i4

fcfê m. rite éimE.

meémes tfë M proches, et ses attelés dm costà*dé sa

femme.

Quant à M. le èonnestfcble, &ty <jui le t ou Mit faire aux autres, à luy fut faict, et pour ce rentoyé en sa maison , ou plustosft que de Iuy mesure» il s'y eti alla sans se le faire dire, ainsy qu'il e&ctit très sage et qu'il âçavott bien congtiojstfe le temps et s'y acccmimadér.

Une chose fat trttaVée très mauvaise au «tommeii* fcenient de ce règne et gouvernement de tes messieurs de Guysé > c'est ^rfil fut èrytf £ar detix foiis à la Court, à son de trompe, que tous tapiîâiiies, soldats et gens de guerre, et autres qui estèiént là venus pour demander récompensé et argent, quf*ifc eussent à Vuicfer àur fa vie. Ce bandon fasch* fôr* et ihesctmtentA plurieurs bonnettes gertt et autres ,, doftt M. de Guyse el son frère le cardinal en furent fort blasmefc et accusez; lesquels pourtant n'avoient sy gfùnd blasme comme Pdn diroit bien , car le Boy trouva soft royaume sy pauvre et sy endebté qu'il ne sçavoit que faire. L<* Vénitiens luy demandoient une grande somme et si ex* eeésive, qu'il/n'y awit nul ordre de ld payer , et ëroy qu'encor aujourd'huy que \e parle on leur eu doit la moitié, possible tout. Les Suisses de mesmès demandoient leur paye, ausquels encor on en dbibt. Force banquiérsaussy demandoient. Je laissa parttès'gratfées despenëes et con*t£ qu'il farlut feirtf et avoit ott fekît les nopces dé la royne d'Espagne eé Sa èonduicte et eonvoy eà Espagne , pour cèHes de madame de $âvtfpe> et de me&îries les dons et presens grattdfc qu'on dbttna aux étrangers qui y viàdrent: Bref, le royaume $e trouva lot s m pauvre et diminué dé financé! et moyens, que

lïi ht Gtitsï. an

de long tehips ti'âVoît on veu les finances en eaux sy haàses. •

Que £6iiVoît <îonc fôiré le Roy et ses financiers, sinon qde dé rdhvôyei* tél's defaïkricledirs jûsques & une âtitte fols , ' léscftïëlrf oh nèust seèu rassasier pdu> dix revenus de la France ? car les gens dé guerre de tout fefojps ôfif efû cela, et fiiefétiiés de èé temps ïà, que, pour ûïte pfetï(e ; hkï i piebafcade fcjulls âVoieùt reçu , du pour un petit àfef-vtee feîct^ 11 lettr sembïoït que ïe feôy leur devoh! aotïitèt Yblr à ptiïïéé'S ; aihsy que j en ay véii forcé ftnYé de 'cefe'tftittg,' Se tnèsccfntcnfer, alléguer leurs tâillâtfceS', éti jù^àiii et féhiànt et alléguant leurs sérVicéS} bref, d'uit'e ftlctachë en faire un éléphàntl Voylà tfdfnmë f Impôrtùhîté dfe telles gfens fascna fort àfl ïtoy , îhfcs financiers , Vôire â foute la Court

Séi'Tie êUNS p&à qiië Mi le Cardinal de Lorraine, qui i'festdit ttiè&Vé ïâ Sùfihtënctànœ tles financés ,'n en fust unfëu talisie de 1 tout , : mais non Kî. de Guyse, qui n'y jettoitf (jdë fbfï peu ï'àkit déssu^^sihon pour lès gens de guetté qttf 'éStôïéh't eitfrctèrius',' et pour leurs payes, desqûetëflsâvbïefitpris 1k charge et de tous lé$ affairés dé là gûéWtf, 'qïïïl êtotendôit mieux qùliommë de Cranté, ïdy et tit\ te cohnéstable! Mais dé dire autretrient qùe J &; 'dfe 1 Gûysê' eust faîct ïaîfe ié bândon un peu* tfôfi crîifelneï contré les gëhs de guerre, 'il faé le faut drpiré,'comîne ; je I*ay veu ; ckr ît les a^'môît frop et les Cogn'oissôit ttëè bien ; et "quand ils vérioiéiit à ïà Coûtât, il' leur faïsoit ires bonne dherë, jusqués àui plus petits^ èoinmé j'ay +eb. *Et dés lors il me souvient Tavcrir vefct que, plusieurs y vetiàné qur ne sçJavoieht r\ëa dti béhdon', où bien qu'ils le scèussent, il leur disoit prîvèment : « Retirez vous chez vous, mes amis,

&I3 M. DE GCTSE.

* pour quelque temps; ne sçavez vous pas ce qui $ « este cryé? Allez vous en : le Roy est fort pauvre à « ceste heure; mais asseurez vous, quand l'occasion a se présentera et qu'il y fera bon, je ne vous oublie* « ray point et vous manderay. » Comme il fit à plusieurs que j'ay veu.

On dict que ceste. belle publicatipn et mescontentçment, avec le prétexte de la religion, aida fort à fabriquer la conjuration d'Amboise, de laquelle La Renaudie fut le principal autheur et remueur. Belle récompense certes , qu'il rendict à M.. (de Guyse pour luy avoir aydé à se sauver des prisons de Dijon 9 où il estoit en danger de la viç pour avoir feict une certaine fauceté (disoit on) contre le greffier,. du Tillet, pour la cure de Champniers (.0 en Arçgoulpois, qui vaut six mille livres de rente, qui eft un très grand revenu pour un simple curé. Et d'autant que ledict greffier avoit grand faveur à Paris, lediçt La Renaudie eut son evoquation à Dijon, où il fut très bien. et beau convaincu de faucetté et prest à ^voir,sa sentence de la mort; et le vint ; on dire à M. dç, Guy se* qui .estoit lors avec son père; et d'autant que* ledict La Renaudie estoit brave et vaillant, comme il le monstraàsa mort.

M. de Guyse, qui ,estçit jeune, b raye et vaillant, et quiaymoit ses pareils, avoit veu cestuy cy à.la Court et à Paris, comme jeunes gens, se font cognoistre aux grinces. M. de Guyse, voyant ;,que ce pauvre homme s'en alloit perdu , il ad visa et tenta si bien tous les moyens, qu'il le sauva des prisons sy habillement , qu'en plain jour, et jour de procession de la Feste ï)ieu, il passa par la ville (aussy ay je ouy dire qu'il

(0 Champguiëre. Election et cMteilenie cFAngonlémc. (L. D. )

M. DE GUYSE, ai 3,

s ayda de sortilège), et en sortit et se sauva en Suisse et à' Berne , où if demeura long temps, et puis vint faire ce Beau coup à sa perte , et non des autres qu'il avoit Conjuré, comme il penéoit. Voylà une très belle recognoissance de courtoisie et sauveté dé vie ! J'ouys un soir conter à M. de Guy se, mesraes à table à soupper', alors de celte conjuration à Amboise, qui fut desmellée par la valeur et sagesse de ce sage prince.

Le roy François vint à mourir à Orléans, là où il monstra qu'il ri'estoit possédé de si grande ambition pour s'impatroniser du royaume de France et s'en faire à demy roy , comme Ton crioy t tant de îuy par quelques meschantes langues, ou du tout se faire vice roy „ et gouverner le Boy et son royaume, et en faire à son bon plaisir; mais il les fit tous mentir. S'il eust voulu cela, il luy estoit plus que très facillé; car il eust peu se saisir dft roy de Navarre ( le prince de Condé estoit desjà en prison ) , de M. le connestable et de tous ceux, qui estoient là accouruz aux Estats à luy suspecte ? et comme il luy eust pieu, car il avoit toutte la Court k sa dévotion, comme je le sçay et l'ay veu, que, sept eu huict jours après la mort du Boy, il alla au pellerinage àClery et à pied, il emmena quasy toute la Court avec luy et la noblesse, et demeura le Boy si seul et sa Court si seule, que l'on en murmura et entra en jalousie; je le sçay.

De plus, il y avoit quinze à vingt compagnies de gens de pied, tous bons, assurez et éprouvez soldats, tournez du siège du Petit Lict (0, tous à sa dévotion, qu'il avoit mis dans Orléans, et entroient en garde tous les soirs, qui eussent faict trembler, non pas la Court seu-

(•) retk-Leyth. (S.)

<tl£ M. DE 6UTSÇ,

l.çment, mais toutte la France. Qui Yçwt$opçegf$fà< ché que , par la fumée des Jharfluçbugades 4f £es bpaif» soldats., il n*eu$t disppsé du Roy k $Qn b.op l^isifi & des autres cooime il eust youlu? parle dçhors d]Qfl?flB$ ilavoit mis tout à l'entoure} au? ; epYÎr9^qu4^yliPiutte& les compagnies d'ordonnance et des gçnsdarnies, $ç*. quelles il eust disposé aussjr comme il eust vquIu, fw* de quelques unes, conime celles de M. le çoupestable, 4e messieurs ses enfans, M. l'Admirai, 4l* roy et prince de Navarre et quelques autres; mai§ l? ptfjeurq part qu'il avojt les eust emportez à l'aise j aussy qu'il les avoit logez çn tels lieux que, siejleç eussent branle e% bouge le moins du monde, elles çstpiQnt Uoussée^.Toi^ tesfois il n'y çust eu grand peyne ?t csçr 1$ plus grandi part des membres des gensdaxmes estaient fort à sa dévotion, à cause de la religion catholique, qu'ils comr uiançoient à veoir venir en branle pour 1» nouvelle qui s'eslevoit; et aymoieht fort M. de (îuy$e, pajce qu'on le cognoissoit fort bon et zeilé catholique jusques à la mort, et qu'ils voy oient bien que sy le roy de IJJavarre se rendoit régent, qu'on tenoit de$jà suspect de la catholique religion, qu'il en arriveront dç grands troubles en France, comme l'on vist après : car il ne faut point doubter que, si des lovs pn euj*t joué des mains basses en ce lieu d'Orleanp» pomme il estoit aise, nous n'eussions veu les troubles et guerre^ civilesqui $3 sont vçues.

Ces deus moyens donc, l'un du prétexte et deffencç de la religion catholique , et l'autre dçs forces que M. de Guyse avoit à sa disposition , estaient très grandz pour se faire très grand et pour ^tt^rer toute la France à son party, et par ainsy se fust saisy de la personne

if, s* <mfts*. 91$

du Boy, et oussio&s veu possible h France plus bew T reuse qu'elle n'a esté et qu'elle n'est, aîney que feu ay veu pJjisieure ^iscourjr alors, et depuis force grands seigneurs, grands capitaines et persoppea de grande qualités; mesmes M. . le cardinal ao* frère iy poussait fort : mais U n'y voulut jamais entendre, disant qu'il n'estoét de Dieu et; de raison d'wûrper le droit* et aucthorite' d'autruy. Mais pourtant pour chose de telle importance œla se pouvoit faire justement Ainsy estoit trop consciencieux ee coup là ce bon et Jfrave prince.

M. le cardinal son frère, tout, ecclésiastique qu'il estoit, n'avoit pas lame si pure, mais fort barbouillée. Que s'il fust esté aussy plain de valeur comme M. sop frère, et qu'il en avoit la volonté, il en eus* levé la hanr oiere et s'en fust feict chef de party ; mais de nature U estoit fort timide et poltron, «rames' il le disoit, et rien ne le fit partir ce coup là de la Court que lp polr tronnerie, ayant eu pourtant uq grand crevé cœur et despit quand, sortant de la ville, il oyt cryer parmy les rues, les boutiques et les fenestres : « Adieu, mon- « sieur le cardinal, la messe est feseée. » Je luy ay ouy dire souvent que s'il eust eu la vaillance et le courage de M. son frère, qu'il fust aussi tost tourné eu son logis, et eust faict en cela parler de luy.

Voylà donc comme M. de Guyse fit mentir tous ceux et celles qui le disoient brasier d'ambition, et prétendre à estre roy ou y approcher.

On eu disoit bien de mesmes quand il alla en sou voyage d'Italie , que, quand il auroit conquis, aux despens du Boy et de ses forces, le royaume de Naples,

%ïé ♦• M GTJT6B.

qu v il s'en fairoit couronner et intituler roy, et en fàïroit la part ton roy âOa maistre.

Telles personnes discouroient, lapluspartpar passion que par raison ; car , outre la crainte et deffense de Dietr, sa grandeur depeûdoit totallement de celle de sot) roy, et Jamais de soymesmesn'eustsceu se maintenir en tiltrede roy sans son roy souverain * bien qu'il eust prétention sur le royaume. D'en demeurer vice roy dans le royaume et d'en jouyr de quelques terres, il eust bien voulu, et sqn roy ne luy eust jamais refusé; mais de youloir estre roy, ce sont abus.

L'exemple de Charles Martel et du marquis de Pescaire, par le dire de «a femme, dont j'ay parlé ail* leurs (0, doivent feire sageç ceux qui veulent estre roys, et se faire par-dessus leur* vrais et naturels roys* Ils se doivent contester d'estre grands soubs leurs ombres, comme bien souvent, durant les grandes chaleurs, on recherche les ombres des grands arbres.

On murmura aussy, quand il vipt d'Italie, qu'il souffrit d'estre appelle visce roy, nom inusité en France. Jamais il ne pourchassa ce tiltre ; ce fut le Boy qui luy donna de son propre mouvement et le voulut ainsy; mais il ne le garda guieres, et se pleut davantage dtatre appelle lieutenant du Boy par toute la France, que d'autre nom.

Voylà Fambition donc de ce prince, qu'on a tant crié après luy d'en avoir de grandes dans son ame. Il l'avoit comme un courageux prince qu'il estoit, mais non pas qu'il' la voulust advancer sur son roy ny sur son auctorité jamais; mais sur d'autres roys et princes

0}Tomel,djsc^urtxi>, dei Capitaines étrangers. (S)

il n'en faut doubter : et croy que s'il eust vescu il eust faict belle peur à l'Angleterre , car il luy en voulait (*} et y arvoit de beaux desseins; car je le sçay pour luy en avoir ouy parler sourdement quand il estoit en ses devis plus prives ; non pas qu'il s'en vantast trop,, car il estoit très sobre en vanteries et avoit tousjours plus d'effectz que de vantz : mais on cognoissoit bien , à ses mots prononôez à demy et à ses gestes, et mesmes quand il donnoit de ses doigts sur la mainC*), qu'il avoit quelque chose de bon à couver et esclorre.

Là dessus, pour une autre preuve du peu d'ambition qu'eut M. de Guyse sur le royaume de France, et du peu de voulonté qu'il eut jamais de le remuer et brouiller, je feray ce conte, qu'après le sacre du roy Charles JX il prit congé de luy et de la Roy ne, qui le pria bien fort de demeurer, et s'en alla à Guyse pour y faire quelque séjour et passer son temps avec ses amis (j'estois lors avec luy), résolu de n'en partir de long temps. Il n'y eust pas demeuré quinze jours, que le Roy et la Royne luy mandarent et priarent fort de tourner , et qu'il estoit là fort nécessaire. Il s'excusa fort sur les affaires de sa maison et sa resolution de ne vouloir plus tant faire estât de la Court comme il avoit faict ; bien seroit il tousjours prest d'exposer sa vie pour son service , et la luy porter quand il en auroit affaire.

Sur ce, la Feste Dieu s'approche, dont le bruict court, et en donne on l'alarme au Roy et à la Royne,

(0 M. de Rapin Fa fort bien prouvé dans son Histoire d'Angleterre , tome VI. (L.D.)

(?) Et de même le cardinal son frère. Voyez V Histoire au Tems , et c 1570, page ao7>( lu D.^

3l8 M. DE 4UYSE,

que les HuguenoU vouloieut ce jour là troubler 1» feste et procession, et y faire des desqrdrep et msoUances grandes; et, pour ce, Leurs Majestés s m -vont à Paris, et logent en l'abbaye 4? Sainct Germain , parce que le Boy n'y avoit pas encor faiqt son entrée oomme les roys le temps passé observoient celte c oust urne et jscrupulle, Soudaip Leurs Ma jest#£ en' adverlirent M. dt Guy se, et le prient d'y venir en baste > car elles ^voient bçswng de sa présence plus qpç de pas un de la France. Je vis pour un jour arriver troia courriers coup sur coup, l'un après l'autre \ car j'avpis lors, cet honneur 4'estre à la suitte de ce grand prince, qui me fiûsott cetJ^pnueur (bien que je fusse fort jeune) de m'aymer, ppur l'amour de feu mon oncle de La Chastaigneraye. Sur ce, je luy vis dire ce mot : « Si c'estoit pour autre « spbject, je ne partirons; mais, puis qu'il va de l'hcm- « neur de Pieu , je m'y en vays ; et qui voudra y entreprendre, j'y mourray, ne pouvant mieux mourir. »

Enfui il partit en si grand baste, qu'en deux jours sur ses chevaux , et nous sur les nostres , il arriva précisément sur la vigillede ladite festc, sy tard qu'il n'alla point ce soir trouver le Boy , et demeura à coucher à l'hostel de Gqyse. M. d'Antragues , gentil cavallier certes, et qui vit çncor , qui lprs suivoit mondict seigneur, s'en peut bien souvenir, car il y estait, et moy aussi. Que plust à Dieu fusse je aussi sain et gaillard qu'alors!

Lendemain au matin, le bruit espars par toutte la ville delà venue de M. de Guyse, le peuple, qui estoit estonné, ne faut point demander s'il s'en esjçnist et s'il rçprit cœur. La pluspart de la noblesse de la Court, fors que quelque petit nombre de celle du

¥• j)£ <kjts£. aiy

roy de ovaire, et, te gronde de$ Huguenot* et du prince de €ondé, vin{ à son lever, et h grande quantité, qu'il faisoit b%w veoir, et monstroit bien* qu'il estoU eucor beaucoup aymé et btnnoré eu Ja Frapçe. Apres l'avoir toutte saluée et remédiée trjw courtoise* iqeot (car il estoit très courtois et très propre .pour gaigner le çœpj; de tout le. monde , outre $es valeurs et vçrius), il mçata à chevaj popr aller au lever du Roy, Uou je luy yi^ avpir uue fqrt belle et assurée façon x ettoatte autre que tout autre prince qui fust lors en France. Il çstqit monté sur son genêt noir* qu'on $p* pelloit le Morçt, cheval fort propre -pour cela, car il estait fort superbe, et mesuras sur un pavé, avec une grande housse de velours noir en broderie d'argent y luy, yestu d'un pourpoint* et chausses de satin cramoisy (car de tout temps il aymoit le rouge et l'incarnat, m'esmes advant qu'il fust marié* je dirais bien ladamç qui luy donna cçpte couleur), un $aye 4e velours noir bien bandé de mesures, comme on portoit de ce temps lji, -et sa cappe de velours de mesme et bandée de mesme , son bonnet de velours noir avecque? ime plume rouge fort bien mise (car il aymoit les plum ^)> et surtout une tort belle et bonne espée au costé, avec sa dague : car ce matin il s'en fit porter de son cabinet trpis, et de trois en choisit la meilleure; car je le vis, et luy ouys dire que r pour l'bouneur et le service de Dieu , il se battroit ne jour là fort bien. Çref, il estoit fort bien en poinct, et faisoit très beau veoir ce grand homme et prince parestre parmy trois çix quatre cens gentils hommes, ny plus ny moins qu'on void un grand et espoi* chaire p&restre çumme l'honneur dju bocage p^ru^y Jes autres arbres,

Passant parla ville, le peuple s'y affouloit avecqties une sy grande presse , que demeura près d'une grand heure avant qu'arriver au logis du Boy , tant la presse empeschoit le chemin? et la clameur et la voix du peuple applaudissoit sa venue par une joye extrême, qui demonstroit la fiance et l'assurance qu'on avoit de luy. Âinsy accompagné entra ce "prince au logis du Boy. Et ce qu'on nota là singulièrement, ce fut que l'on disoit lors : « Le roy de Navarre, roy et père des « Gascons, » à cause qu'il estoit marié au pays. Mais M. de Guyse l'emporta ce coup là, car il en avoit à sa suitte deux fois plus , tant gentils hommes voulontaires que capitaines de gens de cheval que de pied , entretenus et cassez, qui le recongnoissoient encor tous 1 la Court, comme aux guerres passées, pour leur gênerai.

Pour venir au poinct, les processions de la Court, que de la ville deParis, se firent et se parachevarentfortdevotieusement et quiettement, sans desordre et tumulte ny insolence aucune, à l'accoutumée : et tous disoient d'une voix que , sans la présence de M. de Guyse , il y eust eu des insolances et debordemens, ausquels des le soir et du matin il avoit très bien pourveu , et parla à messieurs de la ville les principaux, que, sy l'on eust branlé le moins du monde, il y eust eu de la follie, et eust on très bien joué des mains, et les Huguenotz s'en fussent trouvez très mauvais marchans.

Le colloque de Poissy s'en ensuivit quelques six mois après, où ce grand, bon et religieux prince, voyant des nouvelletez estranges pour la religion arriver et s'introduire, s'en alla de despit en ses maisons de Champagne et Lorraine, d'où il ne bougea que la

m. de gutse. aa i

guerre civille s'aCcommença à esmouvoir , et ce six ou sept moj$ après. Il fut envoyé quérir par le Boy et la Roy ne aussi toit ; et , passant par Yassy , arriva l'esmeute et le desprdre que. les Huguenot z, depuis et alors, ont tant appelé, crié et renommé le massacre de Yassy ; €e qui ne fut que peu de chose : je n'y estois pas; mais j'arrivay un mois après à Paris, où j'en vis parler ainsy à M. de Guy se -et à d'autres de ça suite. Ce fut ainsy qu'il voulut oûyr la messe , et que son prestre la con^mençoit, les Huguenotz, qui estoient là auprès assemblez, vindrent précisément, et quasy à poste, commencer à chanter leurs psaumes. M. de Guyse, qui n'a* voit jamais ouy telle note , les envoya prier d'attendre un peu qu'il eust ouy sa messe, et remettre leur chant. Us n'en firent rien, mais chantarent plus haut, et s'y" bravarent. Surqupy ily eut aucuns <%e ses ofliciers, pages et lacquàis, qui s en commencèrent à despiter et mutiner : et les premiers qui commençarent le jeu fut Çheleque.et KJinquebert , deux grands, pages allemands , que depuis noua avons veus en nos guerres, capitaines de cornettes de reystres, braves et yaillans, et fort honnestes gentils hommes et accomplis, mais surtout Cheleque, et bien aymé de nos roys.

Ces deux pages portaient , l'un l'harquebuze dç chasse, et l'autre les pistollets de M. de. Guyse, qui commençarentatirer, et les autres après, M. de Guyse, oyantlp. rumeur, quicte sa messe et sort Fespée au poinct, appaise le tumulte, et ne saigna jamais personne; et sans luy il y eust eu autre rumeur. Mais cela ne fut rien , et ne valoit pas qu'on le criast tant comme l'on a faict, ny qu'on l'appel! ast le boucher <de JPassy* U ne le fut point là ny ailleurs , car je l'^y veu cent fois

aaa toi de guysè.

|>ln$ mîseHcOTdietfX envers les ttttguehotz que le rôjr de Navarre et M. lé connfestdble, qtfi ne démancfoîenÉ que péndfèj €ft lùy tiè touîôît que fetit ConVërsioii, âinsy que Je Fay vett à féiufrdîct dé plusieurs.

À sa itiôH li Èê dôîiféssâ dé Ce inësfcâcïê, priant Dieu n f avoir rémission de son arîie s'il y âvoit pensé, ny s'il éri fut jamais âutheur, faisàtft k dRôsé fiirt petite et légère; ntftis pourtant, pardé qu'il y avo'ït eit du sang rëspamhi, il /en corïfésfeofr âf ÏMéu et lùy éh deihandoit pardon; dâr jéTouys de ftiëtf propres oreilles, et plusieurs qtii estôient avéè môy. Ék si ceiitf Ç'adtît fut M. l'etesqué d'Ëttéfc (*)) cfilï èht éSci-ft édh fearangue qull fit à l'heure de; àâ rriôrf , ont taiW ce trâict,ïls ont eu tdfd, pour monstfef la sôrf ïnfeocérice d*ùhe chose que Ton ctyOït tant après ïuy. ' *''

L'armée dû fto'y se dressa contré lès tïugiïénôtz, là du nie faut point douter qu'il ne s'y éspdrghë non plus qu'au! autres précédentes «straffgeres ; caf c'éstoit son gibier, c'éstôit'sâvrâye mârïne (Jû'iî aymoit te plus, et le plaisir bft il se delaïctdîl autant quia la guerre; Quand Bïoyd, BoUrgéS et ftoiian furèrrf pris; lés deux dé force et l'autre par composition, qui fut Bourges, et la composition très bien gardée, et lés capitaines et îsotrfats qui voulnretit : kelrvïi 4 le R6y très bien i<ecéus et fxaïctez, ddmtiïe j'ày vëti. Poftr quant â feôûati^ il lut pris d'às- Saut, la dû il y âlfe luy riiesnié Vaussy a iï êst^.le premier général de nos temps d v àrméêtf qui a faict* la faction de coUrônnél, de hialstrë d'ârtîllçrîé, <ïè maîstre cfe camp, dé capitaine et soldat. Et pour recôngnoistre les places iï ne dîsôit jamais : « Capitaine \ sergent ou « soldat, alïéfc îà, réfcôngnoisséz moyceîa.» Ou bien,

(•) tancefot de' Carie', èvëqhe de Riez. (Lu H )

M. DÉ GUYSE. 12 3 i

s'il les y etrfroyoit, luy tnesmes y allolt aptes s'ils ne l'avoient pas bien contenté; mais la plus grand part an tetojte il y alloit, et luy mësities menait lès capitaines oit soldats loger on placer, ou dans les trehehées, les fosse t, du dâhs léé tours, ou Sur le haut dëâ biches , On eh (f autre* lïéu*. Je le vis eh ce siège dé Ro&an un }&ùr côàttnattder a M. de Belîegarde f dépiiié marescha) de FrWiee, par ce qu'il le tenoît pour ïni^ guenofc, et qu'ôii FaVoit assuré qu'en Pîédtnont il âvoit este' wtÉ brsrvftôhe et mangeur de raveïins; et, pour l*esjorouve* eh Ces deux pdincts, il luy commanda d'aller, recongftâistfe uta coin d'une tour, pour recôiignoîstre s*il n'y avôit point un f&ux flanc caché; et le voyant en tpiette dé casque et de rondelle , il luy preste le sien et k sienne. Certes, M* de Bellegarde y alla bien, et y fut en danger, car en tournant il eut deux harquebuïâdes dans sa rondelle, qu'il âvoît jettée derrière soy, et vînt faire soft rapport à M. de Guy se ; lequel, voyant qtfil ne le tfatfc&is'oit él lie luy faisoit si fidelle rapport et de parolle sy assurée comme il vouloit, guignant et tournant la testé, il dict: « Donnez môy ma rondelle, « il faut que j'y aille; je ne suis pas bien content de ce * que m'arvéfc dict. » Et pour ce, armé de ses armes, il s'y èhvâr 91 assetrrement, bien que les harquebuzades donnassent fort , ' qtfori lie congneut jamais en luy nui brin d'aj*prrf*éttsiotï tiy cPestoniietnent; advise ei recongnoist ttiUt <brt bien et à sdh aise , sans faire sa besogne etfuHé; cothtne aucuns qui he la demandent qu^ demy fticté eri ces hazards, où dû tout iinpàrfaicte : puis il s'en tourna 4 son petit pas de mesmes dans lâj trenches, (A nous pouvions estre plus de milïe per^ sonnes qui Vismes tout cefa ; et puis , s'estant désarmé^

ai4 M * DE <*u*sb.

il dict qu'il estoit plus contant qu'il n'avoit esté, être*

çongneu une chose dont il estoit en doubte é

Ce conte est très véritable, et ay veu ledict sieur de Bellegarde sur ses derniers jours ne le nyer point, mais que M. de Guyse avoit faict ce traict pour luy faire un affront; car mondict sieur de Guyse ne l'ayma jamais guieres comme il aymoit une infinité de braves gentils hommes et capitaines gascons de sa mesme patrie, qui l'adoroient aussy et l'honoroient beaucoup.

L'assaut ampres se donna à cette ville de Bouan , lequel ampres qu'il eut ordonné comme il falloit, luy mesme en personne l'accompagne, l'opiniastre et le combat; sy bien que les capitaines, soldats , gentils hommes, comme M. d'Andoin, brave seigneur, père de madame la comtesse de Guyche, et le brave Cas* telpers, jeune seigneur, qui furent tuez près de luy, et force autres, voyans sy bien faire leur gênerai, et les animer de braves et courageuses parolles, font à l'envy et emportent la place bravement ainsy d'assaut, et poursuivent la victoire furieusement, leur gênerai tousjours à la teste, ayant, après avoir faussé la br esche, et estant sur le rempart , recommandé trois choses : l'honneur des femmes, la vie des bons catholiques qui leans est oient détenus par force et nécessité, et gulle pi'ercy des Anglois, anciens ennemis de la France*

Voylà comme ce vaillant gênerai monstra chemin et exemple à ses gens de bien combattre et de se précipiter aux hasards, et n'espargner leur peau non plus que luy. Aussy depuis a on dict que c'a esté le premier gênerai de nos temps qui a monstre le chemin à aucuns qui sont venus puis après luy d'en faire de mesme et se perdre en pareils périls, comme nous 3 vous veu

M; t>E GtrirsB; 12 5

Monsieur, depuis nostre roy Henry III , aufe sièges de Sainct Jean et de La Rochelle , M. son frère et M. de Guyse son fiis, au siège d'Issoure et La Charité, et ain t*es places, c6mn>e,je diray en leurs vies (0, M. du Màyne et nostre Roy d'aujourd'huy en tout plaind'en^ dfoicts; oià, s'ils ont acquis de la gloire et honneur, ils en doivent cette obligation à ce grand capitaine M. dé Guyse, bien plus haut à louer et estimer cent fois que M. <de Lau&ec* à qui Ton donna le nom de second Demetrius et grand expùgnateur de ivilles : car, ainsy que j'ay ouy dii*è à plusieurs grands vieux capitaines* gentils hommes et advahturiers de guerre *de ce temps $ jamais il ne fit ces factions advantureùses et périlleuses que je viens de dire de M. de Guyse 5 mais ordonnoit 4es <assa ttlts, des prises de villes > ou dans sa tente ou sur lehaut tf un terrier, d'où on voyoitles padse temps; et puis, la ville prise, il y faisôit son entrée dotoAtyrtë il' luy plaisok; mesmes que bien souvatit il faisait re*- -congnoi^taretdet places à d'autres, ou, s? A les* recôtigt* noisg&ît luy mesoie , c'estoit de Sy Jofa%, que ' i>ïeti souyant l'criMe troinpoit, et peu souvànt a|U»ît aux treôchées; mfe, selon les rappprta, aucurtstJKtos e$ aucuns mauvais, ordofino^ cte'Sow faict , et luy eu*D semblé (par tqatiiert? de dire)qu'il se fustfeict grand tfcttfc et desrpgé &sà chafge', S*il eust faict telles factions tned honnorables «t très glorieuses^ et pourtant A eut cet henrwd'aYoir esté babtiwé dii nom dé £fcme$riiisj JfttpN pelle œla heUiV puis qu'il' ne mettoit* point là maito par trop avant à Toèuv^e, encor qu'il fust très- brave et très Taillant, comme j'ay dict en Son discours (»), • "

<*><&» Tîes ne se stratpomt trouvées. (S:) * ' • * (») Téftit U'^idispours xDtti? pages a5«t's«tv.'( & )

BRAXTOME. T. 3. l5

aaÇ M. DE gutsè.

Mais il y en a qui soût brave* et vailkns à chjml, et les autres à pied et non à cheval; les tum Jxnis ptywr les batailles et rencontres, autres bous. pour les assautz et les bresches. Je laisse à discourir lequel est le plus honnorable.

M. de Gùyse estait et pou* Tua et pour l'autre.; il n'a doncques faute d'une très grande gloire fit réputation. J'ay ouy raconter à çeç vieitf advatyUuiiers que je viens de dire , que, lors qt^e ce W*de Laulnçq, .en allant à Nfiples^ prît Alexandrie, JP&vie et le Bosquo par force , il. ne bougea, jamais de sa tente,, tendue sur un terrier et fort ouverte, far le devant, à vepir faire les batteries , donner le* assaujta et les forcer , Il me semble! que. cela tenoit trop d'un , giflfld . gattrape, ; d'un rpy $■ . sppby , d?un> soudan ^u vgrapd sultau devant IlJ^e^Jçsipdss'esMidîeitt trop à teqir. lé&œ jgravitez <ît r^pw^Uoug,<et,à faire des Raininagrobis de guerre , que non,pc1$ dun.grand Capitaine >t qui qe»la dojt jan*a«s tenir en, gqerre^ si jaori àe^tre.coippagwn à tous 3^!(geRa r et ton* en tout etpar touiçet/ufe prendre Itftipts^.piQinotAÏhjpimeur dç s'afeaissef «paitoji eux* ça* 0>at :iai plus, gcapd gloire qu'ils, se p&$x* nt. donner $ <HH»mft jfitoce . guànidj marquis de Pes^àire parmy les dien$l> lequel ïsfrulait dire qu'un tfrandr capitaine <iew oit estr,e en; sofc .attirée» sans ch&Êgp, *fcëfc à dire qu'il ne fost point oblige et abstraie tsy %t à «M cter#v qu'il n'en deust jjadPftftte btouger et n*n: &irtf;jt*ti$ que celk* là? mais que Juy; seul devôifc g^uv^rnor tt>ut avec! un grand travail de.cftfcps et -.d'esprit j: ertant présent, ores à l'infatiterie , Oreflià la gendarmerie, ores fui* tranchées et assautz, ores, à l'artillerie, jusquesaux vivres, enfin d'avoir l'oeil à tout : de manière qu'un grand et

M. Pfc GUY**. fcarç

sage capitaine nç devait jamais user des y eux cTautruy ay s'eii ayder, sinon des siens propos, et que souvant les grands capitaines sortoient vainqueurs des batailles* combats et assautz, lesquels , se deffians ,de leurs .propres, ne refusoient pas de jucher avec la main toute chose > quelque petite qui par us t, et le peu d'importance* . • ■ '

Ainsy doivent estre. tous grands capitaines', comme; avant ce grand Pescayre, nous en avons eu deqx de dos temps, et des nostres, qui en ontfaîct de mesmes>; comme nous lispqs, dan* le roman di M. de Bftyard > de ce vaillant Gaston de Foix, lequel, à la reprj$e4e Bresse , alla bravement à l'assaut du grand retranche*, ment qu'avoient faitft te&Veoitiens au dedans de la ville, où, n'y voulant, demeurer des derniers/ et'd autant* qu'il avoit pkuvitW et qrje la terre estoit fort glissante r luy mesme, pour marcher de pied plus ferme, se ,& oster les sojaillier& et serait ^n ^cUappins desçkaussés C 1 ) (le livre d*£ ainsy, mais je n entends point bifft

(*) ht roman' de Bmyardj ohé s«r ne fart par Brantôme ,> dit <ra'en> cette- occasion , /wfJr* nmtéier plus fermq r le; duc de Nenkmrs et tons cens des* Jrbupe te finent oJêer iu soiditrè^ et se mirent «r» ésohàr» pou dtadtaroe*. Brantôme dit tp^il n'entend pa*. btan.tce fKoW <m« se mettre en escfuttpins éesthamsses, après atoig ostéxe* mûUet». Voyons si nous entendrons miens que lui «cette façon dé parler qoi est effectivement asseïobseutfe. L'habillement de gperre duxtaedetfemon», enqnafitédecbevalîéTetde géne^ei, éuÀ% rrrininrmnsf cilni riitTtmfliiir d'armes , tétn de 1er , comme on sait , depnis m teta^njejta'an* pieds , et armé àtsoUretsfefet; espèce de souherfi. En cwémt^fhoïama d*arme» ne powoït guère etmibattre qu*à cheval*, siwtoat à use deseettte. €» prince donc , et ceux quf Ta^compagnoient k 'descendre vef» les ctontt~ mis, se défirent de lento souliers dsftr, et marcb&ent àéchaks en simples escarpins, comme les anciens aventuriers, croi mené, Vils avoient des bas, les portoient à la ceinture. L'escarpin ëtoit en effet «la

aaft u. bÉ go,îsé/

ce mot), et tous les autres en firent de mesmes, donnarent l'assaut; et luy fût tiré une canonnade qtri tomba au presde luy et des siens sans aucun mal .«pourtant; messieurs d'e Mollard ( r )et Bâyard faisant la teste, qui fut fort-blessé d'un coup de picque, forçarent et prindrent la ville. Et nostre vaillant M. de Bourbon, quoy? à la prise de Rome, ne fut il pas le premier à l'feschelle? Aussi tous sur son exemple en firent de mes m es, dont ils la gaignarent. Et pour les grands capitaines estrangers, ce susdit grand marquis de Pëscàire, à la prise de Gènes, et en une infinité de places forcées par luy, et autres grandes fectiorts siennes, ores il a esté à pied , et ores à cheval , quand besoin le requeroit ; bref, portant son corps et son esprit par tout , comme fit aussi ce brave et vaillant prince d'Orange dans le siegè de Naples, et au siège de ■ Florance , et ëz forts d'alentour.

Nous avons en a'ussy 3om Joan d'Austriche, le duc de Parme à ceste heure de nostre temps : et

chaussure du fantassin , et tout aa plus' de la cavalerie légère ; témoins ces mots de LaxAn de Bayf y pag. 16 et 1 7 de son abrégé de Revesùaridy édition <le i£36. Calceolus, un escarpin, levis erat celceu* et simplicem tantœn soleam nabéus , quahrn soient pedjte* et milite* leri* armatures gèstare. De là gentil-homme à simple semelle, qui , n'étant pas d'une distinction' à s'armer- de- pied en cap, .comme un chevalier $ combaten simples escarpins parmi l'infanterie , à Pe*emp)e de. ce Jaccjuki Chsumoat , , qui , .pour tette raison , ch, .47 de ¥ Histoire du. chevaUer.' Boyard , fie- traite lui-même de saute-buisson, comni . mûstoriena rendu enirançOfts le.ino*. gascon saute+bavras, dont a voit véé cet* Aventurier gascon. Encore aujourd'hui le? baladins dansent en-escarpins, pou* sauter plus légèrpmen*. (L. D»)

(») Souffrcy , allemand , seigneur d'Uriage et de Mojart , . lieutenant général pour le toi Louis XII en fiaupHiné, tué d'un coup de «non

à la journée de Ravenne. (L. ,D.)

ce grand et brave duc de Biron, quoy? Hà! qu'il a bien rempli le rang de ces braves et vaillans preux, comme, j'espère de dire en sa vie (0. Ce grand M. l'Admirai en faisoit de mesmes, aussy M. de Montluc, tesmoin son nezdeRabastian, et force autres, tant des nostres que des estrangers de mesmes.

Mais , pour quand, à moy, il me. semble n'en avoir veu de tous un pareil que nostre M. de Guy se; c^r il estoit très universel en tout. Les Huguenots vindrent\ se planter devant Paris , je ne diray point pour l'assiéger, car, hormis la campagne qu'ils avoient libre d'un costé et nous aussy de l'autre, ils èstoient aussy à Testroict et en siège pour la guerre que nous. Toutesfois, je croy bien que , sans la présence de M. de Guy se, comme on le disoit, ils eussent faict quelque grand effort. Et mesmes le jour qu'ils vindrent reçongnoistre nos fauxbourg de fort bonne, façon ( j'en parle ailleurs), ce prince y servit bien lors. Apres avoir f$ict devant quelque séjour sans grand effort de guerre, carie temps n'y fut tant occupé comme en trefves et parlemens, ils partent par un grand. matin et prennent le chemin de Normandie, tant pour joindre. quelques Anglois que poip* toucher de leur royne quelque pièce d'argent pour payer leurs reistres venus nouvellement. Nostre armée les suit deux jours après, conduicte par M. de Guy se, bien que M. le connestable y fust et en eust la principalle charge, comme à luy deue; mais, le bonhomme estoit tousjours mallade,. pomme j'ay dict parlant de luy. Les Huguenots ne veulent que faire leur chemin , sans s'amuser ny entendre à bataille ny corn-* bat; toutesfois M. de Guyse les poursuit et les presse

(OCi-dessous, discours lxxxiii. (S.)

%i& M. DÉ &UYSE;

tellement , qu'il les y contrainct d'y venir; enquoy il fat fort estimé : car, comme lors l'ouys dire, dest un traict d'antres grand capitaine, quand if contrainct et mené son enneoiy là de le faire combattre en despkde Juy. Àussy,comtne J'aysceu despuis.de M: de La Noué', M. l'Admirai le sceut tresbieû^dire etenlt^ûercegrand capitaine ; car, bien qu'iln'eustd'autreenvyeque degaigner le lieu de sa retraicte, iiconsidèrâ qu'en la faisant il ne seroit possible qu'e ce grand capitaine lé suivant, le pressant, l'importunant' -et donnant sur sa queue, que par quelque 'surprise en desbande des siens il n'en arrrvast.de la confusion et desordre, comme il arrive sotfvant en telles retraictes qui se font sy lotng comme celle là $e devoit faire. Par quoy il trouva le meilleur et le plus expédient de s'arrtster , tourner teste et tenter l'hasard de la bataillé, laquelle fut au commencement heureuse pour les Huguenotz, car ils forçarent la bataille y prindrent le chef, M. le èbniiéstable, mirent à mal M. d'Aumalfe qui le secondoit, jeéfcmt porté par terre et une espaule rompue, taenàrent lé reste audeaordpe, au meurtre et à la fttitte. J'en desjcrlr ois bien Fesploict* mais il est assez amplement esprit par *iofc historiographes > e\ surtout par M. de La Noue, qui estoit des plus ady an t enfoncez, selon sa eoustumiere valeur, *qui en dicfc force gentilles particularités. Tant y a que, cette bataille perdue, M. de Guyse, qui feisoit tousJQUrs alte et tenoit ferme, en attendant son bien à poinct, gaigna tout ce qui estoit perdu et le restaura et remit en une belle victoire très signalise.

Il y en eut plusieurs qui s'esbahirent, voire en murmurârent fort, que, lorsque ce grand capitaine vist

m: de ouyse. *3i

M. le connétable et sa bataille perdue , qu'il ne l'allast secourir présentement; ce qu'il ne fit, car il n'estoit pas temps; mjtis bien, Fespiant et l'occasion, il charge^ %j i propos sur lerestedes farces huguenottes frdisohtis qui n'a voient encore rien* faict, et mesmes leur infanterie, qu'il fit ressuscite^ tout k un coup, ce que nous tenions desjtfc pour tout mort et) en terre : car il me soavieut, comjtye y estait, qu'après qu'il eut veu jouer tout le jeu .de perdition de la bataille et le désordre et saitte des nostres, et la poursuitte eonfuse et va»dero$tttequ%n faisoiént les Huguenots, luy y qui estok à la teste, tournant les yeux qui de cà, qui là, il commanda à sefcj gens de s*eritre -ouvrir pour passer un peu aisément; et, traversant quelques rangs, il se mit' à adviser à son aise , voire se haussant sut se* eetrieux , toeoqnHl fu$ t grand, de hautes belle taille, et monté à l'advatytage ponr mieux mirer :< et cela faict et congneu quefeon temps s'approchoit, il retourne, il regarde encore tin peu, mais' en moins de rien ; et puis tout à coup il s'escria : «Allons, compaignons, tout eçt à * nous? la bataille nous est gaignée. » Et puis, donnant fort bazar deuzement, s'en ensuivit le gain de la victoire. Ce que sceut très* bien dire M. l'Admirai (à la mode d'Anibal) après qu'il fut maistre de M. le connectable et de sa bataille gaignée, et qu'on s'en applau* dissoit; « Hà,dict il, jevoy là une nuée qui bientosttom- « bera sur nous à nostre très grand dommages » Aussy lorsque M. de Moûy , très brave et vaillant capitaine > commença la première charge, iL eut commandement de M. l'Admirai de ne donner point à Tàdvant garde, qu'il^çavôitcônduicte par M. deGy use, mais de l'essuyer et passer devant; et fondre comme un 'foudre à la ba-

t$2 M, W GUYSE,

taille ; ce qu'il sceut très bien faire , car lors qu'on le vit venir, chacun de l'advant garde se douta aussi tost que le jeu y estait préparé ; et M. de Guyse luy mesme le tint pour certain, et s'y mit près, pour recevoir le choc et donner aussy à eux, et diCt : « Les voicy à «nous. » Mais tout à coup nous les vismes fourvoyer de leur chemin que prétendions, et descendre et couler en bas, là où ils tirent la rafflade qui y fut, et que voyons à nostre aise de l'advant garde, qu'aucuns disoient qu'il devoit secourir son compagnon en son adversité ; mai? despuis Ton çongiieut à plein que tout estoit perdu s'il^ust party etbran$lé; ce que depuis on congneut par l'effect, et que M. l'Admirai mfesmes et autres, grands capitaines le sceurent très bien dire. Mais, j>our ne 'luy vouloir céder tant de gloire comme ils ne vouloient, ils disoient que c'eàtoit un traict plus d'un fin et rusé capitaine que non pas d'un sellé et curieux de la salvation de son compagnon M» le connestable : à quoy à tout cela sceut très bien respondre et dire mondict sieur de Guyse, en une ha? ranguequ ilfit à la Rèyne-Mere, un mois après ladicte bataille , à BJois qu'elle y mena le roy Charles; et ce fut le jour après de leur arrivée que mondict'seigneur de Guyse, ainsy que la Reyne vouloit disner et que ce sage et vertueux prince luy eut donné la serviette , il luy demanda sy âpres son disner il luy plairoit de luy donner audience* La Reyne > estonnée de ce mot : a Jésus! mon cousin, luy dict elle , que me dictes « vous? — Je le dicts, madame, dict M. de Guise, parce <c que je voudrais bien vous représenter devant tout le « monde tout ce que j'ay fakt depuis mon département * de Paris , : avecques vostre armée, que me donnantes

M. DE OTTTSIS. 233.

« en charge avec M. le connestable , et vous présenter « aussy tous les bonis capitaines et serviteurs du Rûy « et de vous, qui vous ont fidelltrtient servy, tant vos « subjects qu'estrangers , et des gens de cheval et de « pied. » Et en telle compagnie il arrive devant la Royne, quï avoit achevé de disner. Apres luy avoir faict une grande reverance; comme il sçavoit très bien son debvoir, il luy alla discourir tout le succez- de son voyage depuis son partement de Paris; et, venant sur la bataille de Dreux, il la* discourut et la représenta sy bien et sy du vif, que fous eussiez dict que Ton y estoit encor ( à quoy la Reyne y prit un très grand plaisir ) ; se mit foït sur les louanges de M. le connestable, de M. d'Âumalle,-de M. le mareschalde Sainct André et du bon homme M. de La Brosse, et puis sur tous les autres y tant morts que vivans ; loiia les Fràn* œis, loua les Espagnols ,• encor qu'ils n'eussent sy grand cas qu'on eust bien dict (') 5 mais àtiasy ne fut leur faute, et n'eurent subject de grand combat ; mais leur bonne mine et assurée qu'ils firent, toujours très bien serrez et ranges en -leur ordre et discipline vieille millitaire, servit beaucoup. Sur tous, il loiia fort les Suisses, pour leur grand combat rendu, soutenu et opiniastré, et pour s'estre ralliez pour assez de fois après leur deffaiote et grand perte de leurs compagnons et retournez aux, mains : le tout sy bien représentant, que ceux qui n'y avoient esté maudissoient de n'y avoir estez, et ceux qui y avoient estez s'estimoient très heureux d'y avoir estez et estre louez sy bien de leur gênerai.

(<) Voyez les Mémoires de la Ligue, tom. 4, pagy^i, et 1* ffdrançm* de tf A ufiray, dam le Cathol. d'Espagne (S.\

U*e çhotite fit ii^ que. Ton trouva très etitrange, qa ! il loua forde capjkii»es et -grands que Ton sçavoit très bienqn'tk.avoiéiit gentiment fuy,dont la Royne et aucuns/dé Bes*pltispriv6l hjy/en deinandarent apnes la cause et la raison. Il êmt que c'estoit une fortune de gudînre, lacpeileipossiMe ne leii* estait j'aftiais advenue ny advièndrort; aussy que, pour une antre fois r Us se corrigeassent «t eussent courage de faire mieux : mais pourtant il passoitasseï légèrement sur leurs louanges, autant coftuûe ii pesoit bien celles là de ceux qui ayoiènttreS bien ftiict;sy bien qu'il estoit très ayse à juger là « où il flattoit et oh il disoit le vray .

Son harangue dura aasaskleng temps ^ qu'un chacun oyok fort' attentivement sans le moindre bruict du monde, et .aussy qu'il disoit sy bien, qu'il n'y eut nul qui n'en fust ravy r car «'estoit le prince qui disoit des mieux + et estoit aussy éloquent, non point tfuûe éloquence contraincte ny fardée^ mais native et militaire, avec sa grâce de mesme; sy-bien que ka*Royifte-Mcre dict apreq qu'elle ne Iùy avait jamais veu une façon sy bonne. Cela faict, il présenta tous les capitaines à la Reyne, qui luy vindreat tous les uns après les Autres fiiire la reverance. Et elle, qui pour lors estoit en ses beaux ans, en ses beaux esprits et belles grâces , les reoeut fort gracieusement, et fit à M. de Guyse sa respônse, que, bien qu'elle eust sceu paradvant , par ses lettres et autres qu'il luy < avoît envoyé, touttes chose», sy est ce qu'elle avoit encore receu un extrême plaisir par le rapport de sa propre bouche , et qu'à jamais le Boy et elle luy dévoient cette grande obligation de bataille gaignée, et à tous ses bons capitaines, qu'elle remercia tous d'une fort bonne grâce, comme

je; os guyse. a35

elle sçavdit taes bien dire; et les assuma d'une très grande reeQïigt^oissauce là-oàl'ooeatf oftsé pre&entetroit, vojrelaretbmxîheroitelleplufitost advant* Si bien que chascun se rjrtfra taras content de cette princesse et de leur gênerai Quand à Jtnoy, je ne vis jamais mieu? dire que dict lor& ce jaririoe, et en eust faict honte à M. le cardinal, ion dtoqçient frère, s'il y fust esté.

Deux jours: après, il partit et s'en alla devant Orleans,là^ù.fut A rencontre malheureuse , pour y estre mort pour l'honneur, de Dieu, lesoustien de sa foy , de sa loy, ef le s^rvicQ ct&.sQn roy : et ne faut point doubler que, ViL n'y fust* esté tué, qu'il n'eustprk la villeycodtrVlesperanoe dû Roy, de la Rey ne et de tout son coasejl , qui» le voulurent divertir , pour veoir cette place du tout imprenable, tant pour sa forteresse que pour leé lions hommes- qui estoient dedans. Mais ils changeaient- d'opinion quand ils eurent > en moins d'un rien, les deux faubourgs forces et pris, le portereau en* levé- les tourelles gaignées, et nos geni advancea sur la moictiédu pont, et les deux isles prestes à estre perdues, et nous y loger à leur dommage et occasion de perte de la ville. Sy bien que j'ouys dire un .jour à mondict seigneur : « Laissez faire, advant qu'il soit un « mois nous serons plus près d'eux qu'ils ne pensent. » Et ne le disoit point pour vanterie , car il n'estait nul* lement bavard , ny v^nteur. Hélas i sus* ce beau dessein, en s -en retournant lé soir à son logis, il fut blessé par ce ttiaf arut de Poltrot, qui Fattendoit à un carrefour , et luy donne à: l'espaulïe, par le derrière, de son pistollet chargé de trois balles.

Ce marâut était de la terré d'Aubeterrê, hourry et eslevé par le vicomte d'Aubeterrê lors qu'il estoit fugitif

a36 m. ius Gtivsc.

à Genetfvfe, faiseur de boutons.de son méstier: connût

estoit la Idy là introduicte , qu'un chascun d'eux eust mestier et eh vesquit, tel gentilhomme et seigneur qu'il fust ; et.ledict Aujjeterre, bien qu'it fust de maison, estoit de«celuy de faiseur de boutons. Moy , en passant unfe fois à Genève, je l'y vis fort pauvre et misérable. Depuis, il fut pris à la sédition d'Amboise, et condemné comme les autres ; mais* M. de Guy se, par la prière de M. le mareschal de- Sainct- André, lu y fit pardonner et sauver la vie : ce qu'il sceut très bien recongnôistre après, car il suscita, presçha et anima ce Poltrot de le tuer, et le présenta* à M. de Soubize son beau -frère, qui estoit gouverneur de Lyon pour les Huguenotz.Tous deux, l'ayant cftcor à part confessé et presché , le despecbarent vers M. l'Admirai : enquoy aussy M. de Soubize fut accusé ingrat de force gens; car, ayant esté defleré par les Siennois de plusieurs choses qu'il avoit faict en Toscane, y ayant charge du règne du roy Henry, etprest à estre en grande peyne, M. de Guyse intercéda pour luy.

Ce Poltrot, venu à Orléans après la bataille de Dreux , et s'estant présenté, à M. l'Admirai avec des lettres de M. de Soubize, fut bien receu de luy et depesché. Surquoy mondict sieur l'Admirai fut fort accusé de l'avoir envoyé faire ce coup.

M. l'Admirai s'en excusa fort, et pour ce en fit une Apologie respondante à touttes les dépositions dudict Poltrot, que j'ay veue imprimée en petite lettre commune, et point comme l'imprimerie commune, là où plusieurs trouvoient de .grandes apparences en ses ex* cuses , qui disoient estre bonnes, d'autres les trouvoient fort palliées ; et pour la meilleure et jprincipalle , f u*

vérifiée que ledîct M. L'Admirai avoit mande et adverty mondiet seigneur de Guyse, quelques jours advan$, qu'il se donnast garde, car il y a voit homme attitré pourle tuer. Ils'excusa fort aussi quand il envoya prier la Reyne.de ne faire mourir ce malheureux qu'il ne fust premièrement acaré à luy et affronté, pour le foire dédire des menteries qu'il disoit de luy.

Pour fin, jamais ne se peut il tant purger qu'il n'en fust fort accusé et soubçenné; f ce qui luy cousta la, vie par ampres, comme j'espère dire (*). Àussy que.M. de Guyse en sa mort, en son harangue qu'il fit, sans le nommer, il Feu taxa par ces mots : « Et voip qui en « estes l'autheur, je le vous pardonne. » Voulant bien entendre M. l'admirai , disoient aucuns. Un motaossy luy nuisist fort, quand il disoit sou vant : « Je. n'en suis «l'autheur nullement, et ne l'ay point faict faire y et pour beaucoup ne le voudrois avoir feiet faire j « mais je suis pourtant fort aise de. sa mort, car nous « y avons perdu un très dangereux ennemy de nostre « religion. » Plusieurs s'estonnarent comment luy-, qui estoit fort froid et modeste en parolles, il alla proférer celles là, qui ne servoient de rien et dont il s'en fuat bien passé.

D'autres disoient que M. l'Admirai avoit sceu par un gentil homme que M. de Soubize luy avoit envoyé devant pour luy en faire f ouverture ; on disoit. que c'estoit CKastelier., pourtant C*) grand confident de M. de Soubize, et habil homme, qufe j'ay congneu privement (je parle de luy ailleurs), qu'on n'eust jamais pris par le bec>; à qtioy ne faut point doubler n'y prist goust, et qu'il embouchast ledtct Chastellier de dire à

: ) Disoouts avivant uuùa. (S.) «— (*) lises Cbàtelïer *Portaut. (S.)

5*38 If. DE 0JDYSE,..

M. de.Soubize que cela se tint fort setfrtt,«etqtt!ilhry envoyart le gqilatod, mais non p*fc a u il luy di$t de sa paît .qu'il le venoit trouver pour &*re.l£ cotip^mais seulement pou* luy porter ce^mot.dé ^Créante qu'il avoit désir de biea servir la religion /rà <firoy il n'avoit autre fcelle; ainsy que le. sceut très bien représenter mondict sieur ï Admirai audict PoUndt:tear,. ampres qu'il. luy eust représenta ses lettres, ^et qucmocdit sieur l'Admirai les eust leues devant luy r il luy dict : « C'estM. de Sonbize qui ra'esccif, et me m^nde comme «vous avez grand envie de bien «servir la religion* « Vous soyez bien venu. Servez la doneques bien; « M. l'Admirai n'avoit garde (disait on) de ce confier en ce maraut, mallotru et trabiMre, car il savait bien que mal luy en prendrait s'il estait pris et des cou vert, et que telsmaràutz et trahistres en leur depositibn-gastent tout et se desbagoullent, et disent plus qu'A n'y en a quand ils sont prisi ' *

Voylà pourquoy M; l\A.cbxriral fut fin et astuc d'user de très sobres paroUes àl'endrâîctde ce maraut; mais, usant de ceste là, il faisait comme le pasttfur, auquel les veneurs ayant demandé s'il avait veû le .cerf qu'ils chassoient, luy, qui l'avoit garanty dans sa grange soubs bonne foy , il leur dictât cria tout haut, afin que le cerf qui estoit caché l'eoténdtet, qu'il ne L'avoit point veu, en Le jurant et l'affirmant) mais il leur monstroit avec le doibt^et par autres signes, là où il estoit caché, et par aiiwy il fut pria. l

Qr ce Pôltrot partit. d'Orléans; vint trouver M. de Gujse y qui, pat un beau ambiant (ou pour mieux dire vilain et faux), luy dict que, congnoissant les abus de la religion prétendue, il l'avoit quictée tout à

m* de GUTSfi*. aZg

plat, et pour ce l'etftoit venu t*ourçenp#ur la changer et vivne en ta bonne , et starvir J)ni* çt son çpy. AL de Guy se ; qui estent tout lnrçi » .inagnapi»$ «tgpnéfeux, lereceut fort hie» et am&bto&ent, $iqtfy qu'estoit6a coustume, et dict qu'il estait bien veiû* , «t luy fit donner un logis , le commandant aux fourriers, et mangeoit souvent à sa table r sy que je le vis une ibis venir an nay disner , que M. d*Guy*e luy demanda s'il avoit disné; il luy dict que non, et.c<*m#x&ndd bty foire place; ce qui fut faicl.

Toûttes ces courtoisies jamais né luy abolirent te cœur, qu'il u'acbept^ast un cheval d'Espagne de M. de La Mauvaisbiere ,,ffpi lor$ suivoit le camp , .gentil homme d$ bpiin* part, .jet .fort renommé depuis pour la pierre philosophie , ,avec M* d& Savoye, qu'il trompa <de .plus de cent millfc osons; il fujt vendu six vingts e*çua, que M. dë.Soubis* luy avoit donnez i on disoit que c'aYoitejté M« l'Admirai; mais il eatok trop babille pour foire le x:oup : aussy ledict P^Urot ne J'adr voua j>a$. U a£ç#mpagna souvent M> de Guyse avec tous nous autré^ de agn. logis jusque au Porterean, où tous les jofeivs *p<md*et seigneur y ailoit , et pour ce cherchait ^tphqpurs j'ooeasipn opportune , jusque* à celle qu/il&rçptfi? où il fit ie coup ; car elle estoit fort aisée, dauta»t;que le flnûr.que mondict seigneur tôutv noit, il s'ç&ye&oitjseul.avec son escuyer çu un autre; et cette fois avoit avec luy M. de Rostain, et.venoit passer l'eau du pout de Saiqot Me**ia dras un petit bateau* qui Jatte nd oit tous les. soins, et ainsy passait avec deux chevaux , et s'en ailoit à cheval à «on logîfi, qui estoit assea loing. Estant sur un carrefour qui est assez oongneu, *et trop pour la perte d'un sy grand

homme, l'autre > qui l'attendoit de guet à pent, luy donna le coup, et puis se «lit à courir et crier : « Pre~ « nez le! prenez le!,» M. de Gqyse, se sentant fort blessé et atteint, panchaun peu, et dict seulement : « L'on me devoit celle là; m&is je croy que .ce ne sera « rien. » Et avec nn grand cœur se retira en son logis, où aussi tost pensé et secouru de chirurgiens des meilleurs qui fussent e» France; mais il mourut au bout de hujpt jours.

Sy faut il que je die ce mot, ^ue M. de Sainçt Just d'Allègre, estant fort expert en telles cures de playes, par des linges et 'des eaux et*desr parolles prononcées et méditées, fut présenté à ce brave seigneur pour le penser et guérir ; car il en avoit fâict l'&periajice grande à d'autres : mais jamais il ne le voulut recevoir et ad" mettre, d'autant, dict il, que c'esbpit tous enchantemens deffendus de Dieu , et qu'il ne vouloit autre cure x>y remède , sinon celuy qui provenoit -de sa divine bonté et de ceux des chirurgiens et médecins esleus et ordonnez d'elle, et que s'en seroitçeqfn'à elle luy plairoit, aymant mieux mourir que de ç'adonner à tels enchantement prohibez de Dieu. Voylà la religion saincte et le sa inct. scrupule qu avoit ce bdn prince à ne vouloir .offencer Dieu, aymant jmtaax mourir que de Toffancer en cela. Je vis tout cela, et me dé st M. de Sainct Just, qui estoit mon grand amy,-^ju'il l'eust guery.

Ce. qui est fort à noter , ce bon ettnttvé prince r pour espargner douce cens francs à 'son roy, cela fut cause 4esa mort ; car il me souvient que le bon homme M. de Serra (0, q)ui lors 1 estoit financier en 4ette armée et

. (» ) Jtan de Serre , commissaire génétal des vixrts et av%riflemeos , et

M. OB&U3TSE* a4l

grand commissaire des vivres, secrettaire du Boy et surintendant des fortifications et magasins de France, un très habille homme de son mestier, et qui avoit veu touttes les guerres de son temps, de France, Piedmont et Toscane, et que M. de Guy se aymoit fort, et en qui il avoit beaucoup de soulagement; ce bon homme donc, M. de Serre, luy remonstra qu'il devoit faire rabiller le • pont de SainctMesmin, qui seroit un grand soulage-, ment pour luy en allant et venant du Portereau à son logis y et pour toute sa noblesse qui l'y accompagnoit, au lieu de la grand peyne, fattigue et grand tour que nous faisions d'aller passer au pont d'Ollivet, et que ce ae seroit qu'à l'appétit de quatre à cinq cens escus. M. de Guyse luy dict : « Espargnons l'argent de nostre « Roy, il en a assez affaire ailleurs; tout luy est bien « de besoing, car un chascun le mange et le pille de « tous costez : nous nous passerons bien de ce pont; « et moy, mais que j'aye mon petit bateau, c'est assez : « ces cinq cens escus feront bien besoin ailleurs pour « un autre service du Boy qui importera plus que « celuy là. » De sorte que, sy ce pont fast esté fkict à l'appétit de peu, nous eussions tous) ours accompagné nostre gênerai par le pont jusques à son logis, et ne fassions allez faire le tour et passer à la débandade à Ollivet; et par ainsy, luy très bien accompagné, cet maraut n'eust jamais faict le, coup, .lequel sceut très bien dire qu'autrement il ne l'eust osé attaquer que par cette occasion , qui certes estoit fort aysée. Pour fin, il fut pris, ou par la voulonté de Dieu, ou

secrétaire dû Roi jusqu'au a mai ï56^ 9 qu'il résigna en faveur de Vincent Gelée. Hittoire chronologique de la chancellerie de France, pag. i3& (L.D.)

BRANTOME. T. 3. l6

ife M% OS- 6V98S.

qtfil rfetfst le eoàuT et L'advis de se saawer, car il cour rot toute ta mtict; tt, pensant estre leing du eamp pour le moi ns' dix lieues*, il sta* trottY&pF€»dede»x, H confessa tout; et raoy megi^e je partay à tuy* B adroua teu£Joui<& MM. de S du bise et Aubeterrç Vaw>i* solicité et presehé. Pour quant à- M*. FAdmi^l, *1 *»i<wt et tergiversok fort, tant e» je* în*en*egat*eus qtief» se» dire^ de la gestie et dé sa mort. H lut tirera quatre ebevaux.

- Sy feut il que sur ce je fece* ce petit eoate d&wœf, qu'un de ces ans, moy ayant quelque différend ef querelle qvec fe sieur dPÀubeterre, enoar qa'il euat espofcsé ma niepee, M. d* Mayne lp soustônt encore éoÂtre moy sur ua sufajeet qui seroifir long à dire, et que cela ne vaut pas le parler. J'ei> fis le eewite à,M» de Guyae, et lûy <$s que je »*eusse ja*iai^ pensé que son frère JVf < du Mayne eust soustemi Àubeterre- (duquel le père avoit feiet tuer son père) aonifre'naoy, qui. n'a*» , Vcrâ esté que sou serviteur e€ de sa maiseu 5 et que r lors qe>l lut (tiré, je porto is tes «raies powr iuy , e* pâeuray et regrêltay fort sa ipert, M* dp Guyse-trouvace traict fort eëtirange et gmeres beau , et «9» dictefue ce nom d'Aùbefegre devait e^tre pour jama»*fxes*ody$inà loi fiiais&»de Guyse. Eacor depuis, Si. d** Mayne fassecia avec toy 0n la Ligne; mais Patftget la lu y dpftnaj bonne, ear ctetts-éix «lotis il fequïctet à piat Y et se mocqua 4e llty , éïtym> employé.

Voylà te vje et la mort de ce gr^nd priooe descrite le pltis soiama*rei»enrt que j'ay peu j et sy sa vie » esté tfea.fujffiv^le^ §a mort a çsté .aytant regrettable par teittela.clwest»entéf ear,.d£&plu& grands jusques aux plus petits, elle fut pleurée, regrettée et célébrée de

*. de auras. uiA

toutes, sottes d'homieutts qoe ïon dort à m* te* et ai grand prince chrestien.

J'en descrirois les superbes obsèques (jui en furent faictes en Fran.ce, que j'ay veu, et autres pays estrangers que j'ay ouy dire > mais cela ne servirait de rien. En quoy faut notter que si sa mort fut fort regrettée ce coup, elle fut ampres bien vangée à la Sainct Bavthe^ lemy, et bien autrement que celle de M. son fils dernier, dont on n* sçaqroit dire une vangeaqce pour un seul double, ny sur les antheurs, conseillers et executteurs, qui se pourmenent par tout la teste levée dont Ton s'en estonne fort, encores plus qu'il n'y en a aucune apparescence da vengeance , si ce n!est qu'on $e veuille ayder de la deyise de leur grand bicayeul; le bon et brave roy René de SiqiUe, qui avoit pc*p devise pris deux basais labourant la terre 1 aved tes mots ipasso àpasso, comme voulant dire et inférer que pas à pas, et à pas mornes et lentz, on parvenoit enfin à son œuvre et besoigne; ainsy que fit ce coup M. de Guy se , ce brave fils K qui, six ans après op plus, se rangea comme il falloit de tout à la Sainct Barthélémy.

Aucuns Huguenotz, les plus passionnez, ne regret* tarent point ce bon prince que je dicts, et d'autant plus grande estoit sa gloire envers Dieu et les hommes catholiques. Sy ep eut il auçuo s, Huguenotz d'hoQueur* et me&mes plusieurs gens de guerre et de braves soldats^ qui le regretta r en t fort et en dirent grandz biens, éommé j'ay veu.

Plusieurs composaient plusieurs beaux tombeaux, à son honneur ; et le premier qui en fit fut ce grand M,' le chancelier Hospital, aussy grand poète que se-* nateur. Je le vis aussi tost qu'il fut faict. Il estoit donc!

2^4 If. DE GUTSE.

tel, en motz fort briefs, mais pourtant de fort grande substance estoient ils pleins.

Quem non bellorum rabies , non hosticus ensis Absiulit in mediis versantem sœpe pericîis , Hune infirma manus scelerato perdtdil astu ; jEUrnisjusto redimitum Marte coronis.

Il fut ampres ainsy traduict :

Celuy que la fureur des guerres plus cruelles, Ny le glaive ennemy aux dangers n'a osté , Par la débile main d'un traistre est emporté. Couronné justement de gloires immortelles.

Le latin emporte le françois.

Il y eut aussy M. Dorât r grand poète latin et grec, qui en fit un; mais pour sa prolixité je ne le mettray icy tout au long, si non les quatre premiers vers et derniers, qui sont :

Forûa sifas est suafortibus acta referre ,

Inaue suas laudes testibus esse sibi , Fus mihi Guisardœ , oui beïïa lot inclita gessi ,

Vero otiafecifortiteroreloqui. '•{

C'èst-à-dire :

« S'il est permis aux vaillans raconter aux vaillans ses vaillances , et « en ëes propres louanges estre tesmoing de soy mesme, il m'est permis' « à moy , le seigneur de Guyse , qui ay faict tant de guerres' et de vaU- « lances en mon temps, les proférer de ma bouche très véritable. » >

Et puis il va raconter tout le beau faict en sa vie; et, venant sur sa mort, il dist : « Et lors que j'avois faict « perdre à Orléans sa rivière et son pont, malheurou- « sèment j'y fus perdu, non par aucune vertu, car de

« celle fii je n'en cède à aucun , mais par derrière de « trois balles Fonme donne la mort; et puis il conclud :

Fraude périt virUt*, quia non nisifraude perire

Vera potest virtus, si tamen illa périt; Sea non iîîa péril 9 eujus laut usque supersles '

Fraude vel invita* vei manet invidid.

« Vpilà comment la vertu se périt par la fraude, car autrement ne « peut elle périr , si toutesfois elle périt ; mais elle ne peut jamais périr « ceDe là de celuy duquel la gloire demeure à jamais immortelle, en « despttde la fraude et de l'envie. »

« Il y eut la Rey ne mère qui commanda au seigneur de Fortron, d'Angoumois, son maistre des requestes * foi tsça vaut homme, et d'esprit fort aigu et subtil, d'en faire un en prose à l'antique , qu'il fit tel :

Ne sacrum hoc et inviolabile prœtereunto ntonumentum superstites. Hic enim situa est divas Ule Franciscus Lotaringius Ouisce- dux Gaitiœ proJtex magnus saerm. ae regiœ domus tnagister pater palriœ antiqw* et eatolicœ reUfionis propugnat0rinviptissimu&* Qui cuin nec ^lescandro magno nec Cassure Julio consimUi morte functis inferior post innumeràbiles devictis toties hostibus triumpkos post quant cœsos fugatos in druidum agro per duéties sncro in beUo* enb pii$- CmroU noni régis adolescentU auspiciis caspris Amreliœ pon^s ^gailieo pmeeessét oxexçitui nulli quant antea casibus belli eripi poluiuet dolo tandem perditissimi unius sicarii a quibusdam principibus factionum prenais exitati in inàdiis deUussehtis ab nrbis ehsessœ expîordtèone ' redeundà dextera • in seapula tripkci Jghbo uno têtu adversum pubUeo in iùnere trajeolus incredibUi enim orbis chrisiiani getnitummeerore consternât»* animis

interiit (*)• »

Or, pour reprendre ces mots de M. Daurat parlant des vaillances de ce grand prince, il ne faut dire autrement qu'il n'en ait esté remply autant que prince du monde,

(OCe passage latin et le paragraphe qui le précède manquent dans les. éditions précédentes.

$4$ M. Wt GUYSE.

ahuy «fuil les a fautes palestre eo .tous ,i*s <jambflU ou il a jamais esté> s'y hazardaot Houôjouys plus que iç moindre gendarme et soldat du monde : car naturellement il est oit fort ambitiètix, font Rétine qu'il fust; et là où l'ambition entre dans Fatale d'un jeune homme, il faut qu'il s'hasarde partout pour la faire valoir : ainsy qu'il ht au voyage et à la conqueste de Luxembourg par M. d'Orléans, là où il* fut blessé aune grande harquebuzade par trop se hîazai^er; puis à l'assaut de Linars en eut aussy une ; à la guerre à& Boufoigne il s'advança et s'enfonça sy advant dans la meslée du combat, tpfiï eut un grâiirf tôtip' dé fanôe entré î'cbiï et lé mi y et entra si advant Éja'élïe fyttiuipït, et êftta^ porta un gros tronçon qui estoitsyiffléii jointt et attaché à la teste, que fay onf dire au bon homnieiïiaîstrè Nicole Lavernan, très expert chirurgien, qui l'ayda à le penser, qu'il luy fallut mettre le pied contre la teste pour «en tirer 4e grande force te tronçon, dont ii e* endura beaucoup dé dbûleui* et en cuyda wotarir, comme de faict on le tint mort long temps j mais avec sou bon courage il en eschappa,<iar il laissait faire aux <&trttrgietts tout ce qu'ils votitoient : atwsy te pansarent ïïs'sy ï)ièn qu'il eut ïa vie et la vue sauve; qui fut un grand «as qu'il ue la perdist, et l'oeil et tout; mais il l'awfc aussi bmb et bon qtt'auparavact, *t jamais ne pàrutft tiy èfl Wen à esté jamais déforme , comme certes c'estoit un beau prince , de belle façon et appa- .rtfnoe* et qui aeatoit bien «on grand et vaiilaut homme de guerre, «et quictist tbusjouraftietpeHn à sou hottuoe qriû J'eus* vôuiù attaqutm

Sur quoy il me souvient qu'à la conjuration d'^mboise il estoit escheu, par sort ou autrement, que ]$ca-

M. DC £UY9£. -&/fi

pitaine Mazierçs tueroit M. de Guyse. Ce capitaine là avoit esté autrefois e» Piedmont fart retipmmfi et déterminé soldat, et &y bizarre pourtant, qu'on le tenojt four avoir de l'humeur. Il avoit fort veu et avoit esté avec ]VL d'Aramont en Levant, et outre ilparloit fort bon espagnol; aussy eu estait il de la frontière et sy en avoit la façon* Sur cette malle détermination il fut pris comme les autres et saisy d'une fort lpngue espée. U confessa tout,-, et comme AI. de (Juyse luy eust dict qu'il sestannoit fort de luy qui avoit veu son monde , sceu et pr&ticquer comme il falloit tuer un homjme, de quoy il s'estoit ainsy accommodé d'une sy longue espée^ qui en telles factions et presses n'est si propre qu'aune courte, qu'au tire et demene plus aisément iaqs point d embarras comme d'une grande , avec laquelle on ne peut se tourner et, virer comme Ton vejut , et que l'on saisit plustost qu'une courte. Le capitainje M^zieres luy respoudit : « Monsieur, je sçavois fort bien «ce que vous m'en dites, et la vois fort en moy consi- « deré. plus de quatre fois; flaais, pour en parler au « vray, quand je consiçlérois yoatrp vdleur et vojstrie « brave vaillance et furieuse présence, je perdois auspi * tost le courajge pb vous attaquer de près, et peur ce x je me re^ojufi d'agir a0aii;fl #yec y pus. dp ÏQiog T Qu^e « ai au lieu de <Jçste espée }'eu$se. peu apporter ui^e «picqiie, je l'eusse feict, tant l'image de vostre. perce soone se monstroit à moy terrible et formidable « et me fa^oit de peur. » Ce. capitaine avoit quelque raison en sop dire, ainsy que Tan peut bien discourir là dessus.

En ceste mesme conjuration fut pris le .seigneur de Castelnau de Bigorre t duquel j'ay parlé cy devant ;

*48 H. DE GUYSË.

il fut exécuté comme les autres. Quelque trois ans après vint à la Court, à la suitte de M. le prince, un sien nepveu qu'on nommoit le capitaine Bonnegàrde, que j'ay congneu, gentil soldat et brave. Il se vantoit en quelques endroicts qu'il vangeroit la mort de son* oncle Castelnau , et qu'il tueroit M. de Guyse. II le sceut, et, sans autrement s'en effrayer, il se le fit monstrer pour le congnoistre ; et l'ayant bien veu et contemplé, il ne dict autre chose sinon : « Il ne me tuera « jamais. » Au bout de quelques jours il luy faict faire le guet quand il s'en iroit au parc de Sainct Germain luy seul avecques un autre se pour mener. Son espion luy vint dire un jour comme il estoit luy seul entré dans le parc avec un autre capitaine avec luy. Soudain M. de Guyse va après et prend avec luy le jeune La Brosse, très brave et vaillant gentil homme, fils du bon homme M. de La Brosse, vray chevallier d'honneur et sans reproche. Tous deux ainsy s'en vont sans autre compagnie, non pas d'un seul page ny lacquais, après leurs hommes; ils les trouvarent qu'ils avoient faict leur tour d'allée, qui s'en tournoient. M. de Guyse ne fit que dire : « Voicy nos gens, ne bougez que je « ne bouge. » Et va droict à eux d'un visage assuré et qui monstroit qu'il vouloit tuer. Ce fut Bonne Garde et son compagnon qui firent place et dohnarent passage à M. de Guyse, et se mirent à costé en ostant leurs bonnets, le saluant fort reverencieusement. M. de Guyse, après avoir un peu arrêté, passe outre, et puis tourne son petit pas après les autres, sans autrement s'esmouvoir ny dire autre chose que : «Nous en avons « prou faict, La Brosse, mon homme ne me tuera pas; « il est plus respectueux, bon et courtois qu'on ne

m. bs guyse. 2^9

« m'avoit rapporté : .mais je vous jure, s'il .ne m'eust

«salué, je l'euise tué tout roide cependant qu'eus-

« riez tué le vostre. Pour ce coup il faut estre uû peu

«sage; ils n'emportent rien dû nostre, et ne nous

« tueront* jamais. » M. le prince sceut ce traict, qu'il

trouva très beau , en fit toutes les excuses du monde à

M. de Guy se, et que c'estoient de faux rapports qu'on

luy avoit faicts. M. de Guyse ne luy fit autre response,

sinon luy dire : « Quand ce mauvais voudra, il me

« trouvera tousjours. » Aucuns s'estonnarent que M. de

Guyse né le tuast : mais il rçsppndit qu'il estait plus

vangé par sy humble satisfaction que s'il l'eust tué;

par laquelle l'autre raonstroit, ou qu'il n'eust tenu tels

propos, ou bien qu'il s'en repentoit, ou bienn'osoit

faire ce qu'il s'estoit vanté ; aussy qu'il valoit. mieux

songer et adviser à tuer un homme qu'une beste. Force

autres raisons peut il là dessus alléguer, car c estait le

capitaine du monde qui entendoit mieux les querelles

et leurs poinctilles, et qui sçavoit les mieux vuider et

desmeler , ainsy qu'il sceut très bien desmèler entre

luy et le prince de Condé; dont le conte est tel :

Apres la mort du petit roy François II, M. le prince, sorty de prison, voulut quereller ce grand M. de Guyse, et de faict luy en faisoit la mine, pour le sotfb(oitner (f avoir esté cause deson emprisonnement. Ce bruict en couroitfortà la Court; mais jene vis jamais M. de Guyse esténné pour cela, faisant tqusjourS bonne mine, marchant la testé haut eslévée, résolu de se bien baltre si on Fattaquoit. La Beyne mère, très sage et très universelle en tout, avec le conseil advisant que le tout se pourroit tourner en une grande conséquence et dangereux accident, pourchassa un accord entre cf s deux

s5o M. BK «IfTSS.

vaillent princes, pçtr telles ocmditioHs et satiefartio^, §ne «celle de M. le prince fut qu'il dis! et propos que cekiy qui a voit esté cause et motif de sa prison estoit meeckant.M. de Guybç fitrespoaçe qu'il le crdy opinais que cette par aliène luy concefnoit »y touchodt<en rien. Et par ain$y ces deux seigneurs s'emhrassfurent eomm réconciliiez, A(. le grince cotfune estant satisfais, et M, de Guy se cornue ne s'eslant pre'judicié. Sur œ> les uns à la Court (comme je vis) en partaient diversement, selon leurs passions et affections,, et disoient que M. de Gtoyœhky avoitfiàct quelque formel reparti tion^paroe qu'il le prenoitavoir.eetécause desaprison^ m<aislesplj*s clairvoyants et les plus subtils et poinclilleux esprits en matières ckevalleresquesdiww^nt que M* deGïiyse aveit tneseagèment etsubtiUemetttrespçtndu^ fcn mode dVtn seigtoeur très bièm entendu en telles a&tres, ainsy qu'il l'estoit, comme celuy qui voulait dire qu'il *i'y avok nul antre qui euat esté «eus* ny taetif.de cet emprisonnement que luy mesures,, que Ton disoitavoif commis le péché et jaict la faute, pour avoir esté mis é» prison : et par aiasy il y eilt bien là dti big* > «iosy que i'on en duoit è la Courte et qtfil y allait de l'un plue que de l'aratre : or devines le,

J ay yen cb seigneur discourir quolqueMois des querelles et des satisfactions mieux quefj'ay jamais veutaire à seigneur ny à capitaine; sy bien qwesesdéçoas eussent ~ser?y «aux plus grands capitaines. Il ne .se plaisait nullement d'oifencer personne; pu sy , sans penser, HYoi- Jopçottyil le eonten toit, car il en sç^toiç très bien lamaniere: A la : ba tollé de Baety 9 il a voit p*w£P*) enseigne M. de &ai«et Fal # lequel, pour ç'esftr* advancé et paiiy pluatost et pb*s <f*'il ne falloit , M. de Guy se alla

M. M <WTSE, *$l

à lu/de collere et Juy donna un grand coupd'espée sur sa g^Hade pour le faire arrtster. Gela Juy fascka fort eiluy dict : « Comment, monsieur, ; vous me frap- «pez! vous me Jaictçs tord» m ,14* de Guyse ne s'y amusa pas .autrement, mais aUa am plus pressé. Et comme après la bataille on luy eust dict* que S ai net Fal se reniait aiïencé de ce coup et le voujoit quicter, M. de G^yse dict : « Laisser faire r je Iq oontenteray*» Et le trouvant en la tentedu Roy, il* luy dict devant tort le monde :«c Monsieur de SainctFal. vous vous tenea « oflencé ducoupd espée que je vous donnay hier parce

* que tous vous advanciez trop e il vaut bieq mieux

* que je le vous aye donné pour vaus faire arrester en « on combat où von* alliez tropbazardeusement, que « si je le vous eusse donné pour vous y faire aller et «advancer, en le refusant, poltroanemeat* §y bien « que œ coup, £ le bien prendre* vous porte plus « d'honneur (pie d'oHance ; et vaicy tons ces messieurs «ces capitaine^ qui m'en peuvent astre tesmoîas a (qui admtirare*it;tou6 6es beaux mots et cette belle satisfaction); « per<poy, dict- il, vivons Gomme devant.» Ce qui fut faict. M. de Guyse le dernier me fit ce conte k la Court Lorsque Buasy et Sainct Fal eurent querelle^ son bon homme de pefe Sainct Fal y vint peur assister son fils.

Maintenant il est tempi de faire wtefin à ce discours de ce .grand date <Je Guyse, qui a vescu & est mort (comme j'ay diti) «chargé plus de dettes <et de gloire, qu'il laissa à madame sa femme et à nw^ieuns ses enfans 9 que de ananas* ; car il devait plus de deux cens mille escw quand il est mort , et le retranchement de la despence que madaipe de Gnydc fit fe des eilfans,

l5fc tt. DE GUYSË.

principallement aux deux plus jeunes, M. du Mayne et M. le cardinal de Guyse depuis, qu'il fallut qu'elle les mist au collège de Navarre, où ils demeurarent quelques années pour estudier. M. de Guyse encor jeune pour suivre son Boy et sa Court, il fallut quHl tint train et maison, mais non sy grande comme il a fait depuis, encore qu'il ne se fust acquictéde ses debtes ; car, cinq ans avant qu'il mourut , il me dist qu'il devdit plus de deux cens cinquante mille escus, bien qu'il eust espousé madame sa femme, de la maison de Ne vers, fort riche et belle héritière , et eust redueilly la succession de M. le cardinal de Lorraine son oncle , qu'un cbascun pensoit très belle et bonne ; mais mondict seigneur de Guyse me dist après sa mort, que je Tuy disois et faisois la guerre qu'il seroit à ceste heure fort riche et qu'il payeroit ses debtes aux despenS de sa succession nouvelle , il me jura qu'il luy avoit laissé autant de debtes que M. son père, et pour ce qu'il vouloit vendre du bien pour s'en oster, car elles l'importunoient par trop. Voylè pourquoy il vendit la comte' de Nanteuil ( l'une de ses bonnes pièces ) à M. de Chomberg.

À ce conte ne faut pas croyre que M. de Guyse et M. le cardinal de Lorraine son frère ayent desrobé les finances des roys Henry II, François II et Charles IX, et surtout M. de Guyse, comme l'on a tant cryé en France. Ne faut aussy adjouster foy à ce proverbe, qu'on est allé je ne sçay quellement trouver, que ce roy François (0 disoit que ceux de Guyse mettroient les roys t de France et leurs enfans-en chemise. Je ne sçay sy le Roy Pa jamais dict; mais j'ay ouy

(*> Le roi François I. (S.)

M. DE GUTSE. !*53

Jire à madame Dampierre, ma tante, dame d'honneur de la reyne Louise, qui estoit une vraye pancarte des choses mémorables de la Court , avoir ouy dire souvant audict feu roy François ce mot : « Voulez « vous cp*e je vous die, foy de gentilhomme? je ne «faicts point tant de bien à ces princes lorrains «que je devrais; car, quand je pense que le roy « Louys XI les a expoliez des duchez d'Anjou et « comtez de Provence, et autres leurs vrays héritages, « et qu'on leur retient, j'enay charge de conscience. » Cela est bien vray. Voylà donc pourquoy il faut croire, que ce spnt estez les roys qui les ont mis plustost en chemine. Il yen a aussy plusieurs, comme je leur ay veu dire , et veu imprimé, quand ces princes lorrains vindrent servir nos roys, qu'ils estoient fort pauvres, et aussy tost ils s'accreurent de grands biens ; sy ne firent ils pas tant d'acquestz ny sy excessifs comme Ton diroit bien, et comme nous en avons veu de petits compagnons depuis en faire cent fois plus grands qu'eux. De plus, n'eurent ils pas de beaux et bons partages de leur maison , que nous leur voyons encor, et qui est encor le principal bien qu'ayent leurs petits. , enfans ? et leurs acquaitz sont petits, sinon la comté de Nanteuil et de Ghevreuse.

Au reste, quels services ont ils faict à nos roys! desquelles terres et places les a on recompensez pour - Metz conservé, Calais conquis ( sy on ne Ta bien gardé qu'en peut on ipais?), Guynes, la comté d'Oye et Theonville, et tant de sy signalez services, que les grands services que les grands pères et pères ont faicts, comme j'ay dict , et les enfans, comme j'espère dire en leur vie, où je traicteray amplement de ce subjectî

*54 *• M GtJYSE.

Voy la donc comme ces messieurs de Gupe sont estez les grands sangsues des monnoyes de la France Davantage, quel tord tient on à madame de Nemours, fille de madame de Ferme, en partye lieritiere delà duché de Bretagne! Vrayement, èHe en a une 'belle paît! peur tout pottage, elle est madame de Montytrgis; c'est bien loin d'avoir la moïctiéde Bretagne, qui vaut quinze cens mille escus et plus de revenu. Et monument contenta on cette madicte dame Renée de France, pour estre fille d'un grand roy , que de quelque légère somme d'argent pour son mariage, qu'on a veu les dames depuis en France eu avoir eu bien deux fois davantage? Et sy ces messieurs ont un peu agrandy leurs héritages, n'ont ris pas eu de bons gros mariages des dames princesses qui sont entrez en leur maison, comme madame Antoinette de Bourbon, madame Anne d'Est et madame Catherine de Cleves? S'rb ont mis Fargont de leurs mariages à proffit , n'ont ils pas bien feict? n'ont ils pas eu leurs estats et pensions, qu'ils âfvoient très bien merittez pour bien servir leurs roys? Les cardinaux aussy ont eu des- biens d'église beaucoup; et s'ils en ont aydé à leurs proches, que mal? Bref, que les mal passionnez contre cette maison poisent touttes choses, et, comme ily a de la raison et de l'apparence, ils jugeront mon dire très vray ; car je ne le dicta pas de ma bouche seulement, mais de celles de plus grands personnages que moy. Et M. de Guy se lé derrfier est mort aussy endebté, tellement que la ville de Paris , après 6a mort, ayant esgard à ses grands services et "mérites, a promis de payer partye' de ses debtes.

Je ne sçay ce qu'en sera. Mais on dira que' ces debtes se sont faictes pour le basti ment de la Ligue; c'est

M. Wf GOTSE. l55

assavoir, car il y en a voit bien assez «vaut qu'on en eust seulement faict le projet et le plan. Et s'il en a firictpogrla Ligue, et pourquoy la Ligue fat feicte, o*est an autre paire de manches que je coudray en la vie de ce grand duc de Guyae dernier, fils de ce grand (lac de Guyse dont je parle, et avec luy messieurs du Mayne et cardinal de Ckiyse , et deux autres qui moururent jeunes, et mesmeunquelaville de Paris baptisa, et Penjant fta appelle Paris, aux premiers troubles , de la grande amitié -qu'ils portoient au père; et dtaoît on alors de son baptesme ( car j y estois ) que rfB eust vescu lacficté ville luy eust eslargy de grandes libéra- - lttes et entretiens, comme à son bon filleul; votre le vouloit eHe tenir pour fils. M. de Guyse, qui vit au jour- <fkuy , et messieurs ses frères, promettent tant d'eux, que vous dires que cette noble race est fatàJIemeot destinée à totrtte valeur, toutte vertu et tontte générosité, desquels derniers j'espère en parler en la vie de M. leur père. Or je feicts fin. ,

Mondict sieur de Guyse eut cinq frères, qui furent six en tout, et furent sy bien départis, qu'il y eut trois du mondé et trois de Feglise : les trois du monde forent messieurs de Guyse, d'Aumalle et d'Elleboeaf; lestroiseTegKse, messieurs les cardinaux de Lorraine, de Guyse et Grand-Prieur du bon et sâinet ordre de Hierusalem; tous six fort dignes et excellera en leur» professions.

If. le cardinal de Lorraine fat tenu depuis k création deà cardinaux Yxlu des premiers qui ait esté. Je ne dicts pasqu*aucun deux, ou en saincteté, où en sçavoir, ou en autre vertu et en autre particularité, ne fast pin» que. luy partkuUrerement excellent ; mars

a56 M. Dfi G^rrsfe*

cestuy cy fut fort universel, et pour tout il avoit un esprit fort subtil , bon jugement .et bonne retenti ve. Il estoit de très bonne grâce et belle façon, et d'un très bel entregent, parlant très bien et très elloquamment de touttes choses, aussy bien des mondaines que des divines, très bien entendant les affaires de la France, voire d'autres pays estrangers. Aussy , comme m'a dict autrefois M. de Guy se, son nepveu, c'estoii une des grandes despences qu'il faisoit qu'à sçavoir des nouvelles de touttes les parts de la chrestienté, voire d'ailleurs, et y avoit des gens ses pensionnaires et gagez qui l'en avertissoient de touttes parts. U entendoit aussy très bien les finances, et les sçavoit touttes sur le doigt et où il en falloit prendre, et ezcogiter des moyens pour les affaires de son roy et pour soy aussy, ainsy qu'il le fit bien parestre en la nécessité qui vint à son roy après la bataille de Sainct Quentin. '

On le tenoit pour fort brouillon et remuant, très ambitieux. Que s'il fust esté aussy vaillant que M. son frère (comme il le disoit bien qu'il estoit poltron de nature), il eust remué de grandes affaires et grandes choses. Il estoit fort religieux, et pour ce fort<hay des Huguenotz-, mais pourtant le tenoit on pour fort caché et hipocrite en, sa religion, de laquelle il s'aydoit pour sa grandeur; car je l'ay veu souvant discourir de la confession d'Ausbourg et l'approuver à demy, voire la prescher, plus pour plaire à aucuns messieurs les Allemans que pour autre chose, ainsy qu'on disoit : comme je le vis une fois à Reims, pour une sepmaine saincte, et devant madame sa mère, publicquement, où il le faisoit beau ouyr; car, en cor qu'il fust bien

M. tt'B GUT6E» 257

sçavant r il n'éstùit si profFond en science comme remply d'éloquence.

- Apres le concilie de Trente il vint à Fontainebleau , et pour le premier dimanche de caresme prêscha devant la Roy, la Reyne et toutte la Court, là où M. le prince de Condé estoit grandement accompagné de gentils hommes et autres de la religion. Certainement il le fit beau ouyr , car jamais on ne vit mieux dire ; et lut fort admiré et des Huguenots et tout, qui he pearent trouver à dire sur luy , si non que quand ce vint sur la tentation du diable qu'il fit à Nostre Seigneur Jésus Christ, comme je le dicts ailleurs ('). A ce concile de Trente, cedict cardinal se rendit très admirable à toutte la noble et saincte assemblée qui estoit là, tant en ses harangues, discours, disputes, que responses et arguties ; car il estoit fort prompt, argut et très subtil en ses parolles çt devis (disoit on qu'il avoit un esprit fa millier). Aussy ce grand personnage, M. deBeze, le loua fort, autant par cette belle montre qu'il fit là publiquement, que pour une particulière conférence qu'ils firent. L'un et l'autre ne se pouvoient exalter assez , comme deux braves chevaux qui s'entregrattent l'un et l'autre, non pas comme deux asnes, disoit on alors, car ils estoieût hors de ce pair et de rang, pour estre trop remplis de sciences*

Je n'estais point lors à la Court ny en ce colloque ; car j'estois allé conduire la réyne d'Escosse; mais je sceus à mon retour à la Court qu'on le disoit* Ainsy le grand cardinal, non seulement en ce colloque fit fort parestre son digne sçavoir et sa grande éloquence, mais en plusieurs endroicts et ambassades qu'il a faictes vers

(') Discours sur les sermeiis et juremens espagnols, tom. Vï. (0.) BaurTOME. t. 3. 17

»5& M-. M GUTSE»

les papes, les potentats et republicque d'Italie, vers le roy d'Espagne, aux congrégations des prélats, colloque de Poissy, aux mercuriales es cours de parlemens, aux grandes assemblées et recueils d'ambassadeurs ) bref, en une infinité d'occasions belles, grandes et bonnorables, cet homme s'est rendu sy excellent, qu'il s'est acquis le nom de la perle de tous les prelatz de la chrestienté en tout en son vivant.

Et s'il estoit sainct (qu'on ne trouVoil pourtant trop consciencieux), il estoit bien autant mondain en ses jeunes et beaux ans; aussy a il eu de très bonnes fortunes que je dirois bien. Parmy la mondanité, il avoit cela qu'en sa prospérité il estoit fort insolant et aveuglé, n'arregardant guieres les personnes ny n'en faisant cas, mais en son adversité le plus doux, courtois et gracieux qu'on eust sceu veoir ; sy bien qu'il y avoit à la Court l'une des filles de la Beyne, qui se nommoit madamoiselle de La Guyonniere , depuis madame de Lignerolles, qui luy en faisoit souvant la guerre ; car quand il estoit sur le haut bout il ne faisoit cas des personnes, ny d'hommes ny de dames; et quand il estoit sur le bas, ilrecherchoit et les uns et les autres, sy bien que c'estoit la mesme douceur et humilité. Et si tost que madamoiselle de La Guyonniere le voyoit venir t elle, qui estoit très habile fille, belle, honneste, et qui disoit bien le mot, luy en faisoit bien la guerre,' et luy disoit : « Monsieur, dictes le vray , n'avez vous pas eu « annuict un revers de fortune? dites le nous; autre- « ment nous ne parlerons à vous , car, pour le seur y « vous en avez eu. »

Pour faire fin, ce cardinal a esté un très grand personnage en tout. Il mourut à Avignon empoisonné ,

M. bE guyse. ï5q

sy nous voulons croire la Légende de Suinct Nicaise. Pour quant au cardinal dé Guyse, ayant employé sa jeunesse plus en plaisirs et délices de la Court, il ne peut nullement approcher de M. le cardinal son frère 5 mais sur ses vieux jours il se mit aux affaires, et est mort en réputation d'un très habile prélat, et qui avoit (contre toutte l'opinion vulgaire) aussy bon sens et jugement sollide que son frère, et qui, avec sa lentitude et son garde façon , avoit d'aussy bons advis etdonnoit d'aussy bons conseils qu'aucun quifiistparmy les affaires et conseils du Roy ; et c'a esté sur luy seul ; Tunique et le phénix que le proverbe du feu roy François a eu praticque, qui disoit que les princes lorraine ressembloient les coursiers du règne de Naples, qui. estoient longs et tardifs à venir, mais , venant sur l'aage, ils estoient très bons (0. Celuy là seul prince, donc a fait ce proverbe; Car, tous messieurs ses autres frères et nepveux que j'ay vus , sont estei très bons en leurs jeunesses, très braves, très courageux et très généreux ; bref, tels en jeunesse que' sur l'aage , et tels sur l'aage qu'en jeunesse, comme j'ay veu' M. le grand prieur, dont par ci devant j'ay parlé ( 3 ) , et aussy M. le marquis d'Elbœuf, lequel a suivy en touttes les guerres M. son frère. Il ne faut point demander sy , ayant appris de telles belles leçons d'un tel maistre et frère ,* s'il n'a esté un très honneste, brave et sage prince, comme je l'ay veu. Aussy avoit il bien un très honneste gouverneur, qu'estoit le jeune Bancé de Ghampaigne, qu'on appelloit Contenan, qui le gouverna très bien et très sagement. Entr'autresperfec*

( z ) Ce proverbe a regardé originairement les chevaux de Cappado£e, (L. D.) — ;(») Ci-dessus , discours lïxvi. (S.)

260 M. DE GUTSE.

tions qu'avoit ce prince, ildîsoitfort bien et estoit fort eloquant,et fort homme de bien : et peu a il faict déplaisir à personne, fors une fois au chevallier de Tenance, très brave et honneste gentil holiime , et vieux serviteur de leur maison , et sur tout de feu M. le grand prieur son frère, qu'ilfit mettre sur un léger subjectàla chaisne , et aussi tost la barbe raze, lorsque le Boy estoit à Marseille ; ce qu'il ne trouva bon, et plusieurs de la Court.

Il laissa un (ils et une fille de madame sa femme, héritière de la maison de Rieux. Le fils est aujourd'huy M. le marquis d'Elbœuf, un très bon prince et d'honneur et de vertu. Il fut faict prisonnier à Blois , au massacre de M. .de Guyse, et donné à M. d'Espernon pour en tirer rançon , ce qu'il fit ; et la sœur est madame d'Àumalle , une très belle et honneste princçsse.

L'autre sixiesme frère de messieurs de Guyse a esté M. d'Aumalle, faisant le troisiesme, qui a esté un bon capitaine > mais pourtant le tenoit on malheureux; et n'a point donné pourtant de subject de luy donner cette qualité, comme la defiaicte que fit sur luy le marquis Albert de Brandebourg (le grand ennemy des evesques etprestres), qui luy survint par trop de courage et de valeur ; car, n'estant à demy sy fort que ledict marquis, qui avoit près de vingt mille hommes, le chargea et le combattit bravement; mais il fut deffaict, blessé et pris prisonnier, et avec luy ce brave seigneur M. de Bohan mort, dont certes fut fort grand dommage, car il estoit un très bon et vaillant seigneur et capitaine, et très bon serviteur de roy. Aussy avoit il cet honneur de luy appartenir, car le comte Jean d'Angoumois avoit espousé une fille de Bohan, qui fut

H. DE GUYftB. »ftl

grand mère du roy François. Ledict M. de Rohan fut tué fort misérablement par deux soldats, lesquels, ayant tous deux contention qui Favoit pris et à qui ilseroit, tous deux de despit le tuarent, pour n'estre ny à Fun ny à Fautre, bien qu'il leur dist et cryast qu'il y. eh avoit assez pour eux deux et pour les faire riches à jamais de sa rançon. Cela arrive souvant en guferre : enquoy ceux qui la pratiquent doivent bien avoir esgard et de la prévoyance. Force autres grands seigneurs et gentils hommes de marque fiirent tuez en cette deffaicte; dont fut grand perte pour le Roy.

Voylà qui donna le titre premier de malheureux «à M. ct'Àumalle, car, en sa charge de colonel gênerai de la cavallerie de France, et en tous \es combats qu'il y a faicts, il y a esté heureux. Fut heureux aûssy en su charge de lieutenant de roy en Piedmont^ et meft&efc enlaprisedeVulpian. Fut heureux aussyuu retour du voyage d'ftàlife de M. son frère , dont il retourna par les Grisons fort heureusement touttes les troùppes saines et sauves, sans y faire leur cltaetiera Bref; en plusieurs belles factions il a esté fort heUfeufc.

En nos guerres civilles il fut un peu malheureux à Rouan, qu'il assiégea premièrement, et le fallut desas*» siéger quelques mois après, pour n'avoir qu'un petit camp pour entourer et assiéger cette grande placé. Il fut au6sy malheureux à la bataille de Dreux; car pour* tant, après avoir bien soustenu avec M. le connectable j avec qui il estoit à la bataille, la charge, et bien corn-* battu , fut porté par terre, et eust une espaule rompue : aussy M. de Guy se le loua fort là.

Voylà comment il fut-heureux et malheureux ; voylà

46S M.iDE OUYèEv

comment aussy, non luy geul, mais leg grands capi* taines, sont. favorisez du ton heur et assaillis du malheur : autrement ne sçauroient e$tre bons capitaines et grands s'ils se sentent tousjours de la bonne fortune de Mars. Pour assurer mondict seigneur d'AumaUe grand capitaine, il ne faut que le seul tesmoignage de •M. de Guyse son frère, quand à sa mort il dict à la .Reyne de remédier à sa place r et d'y mettre un chef .digne pour y commander et en son armée/ et qu'il n'en sçavoit point un plus propre que M* d'Aumalle son frère* qui la serviroit très bien et le Roy; car je l'puys: ce qu'elle fit, et l'envoya aussi tost quérir en sa . jnaison d'Anet, où il n'estoit pas encor bien guery de ,6a roupture, d'espaule; et arriva à Orléans, et eut la charge absolue désarmée, (bien que M. le mareschal ,de Brissac yfust), et poursuivit les desseins, pour sy peu qu'il y fut, fort bien , de M. son frère; mais aussi tost la trefre survint, et puis ampres la paix. , Il vint quelques années après mourir au siège de La Rochelle, estant donné à Monsieur , frère du Roy, pour principal du conseil; car il s'entendoit bien aux sièges des villes, et h les bien reçongnpistre, retrancher, battre et assaillir, et y avoit l'œil et le jugement très bon : aussy tout le monde luy defïeroit en son opinion , d'autant qu'il n'y a voit nul là qui le surpassast, bien- qu'il y -eust de grands princes et capitaines; mais ils n'avoient pas veu ce qu'il avoit veu, car il avoit veu nos guerres > et bien praticquez, et celles d'Allemagne qui se firent parmy les princes et evesques de là, où.le marquis (0 le menoit tousjours avec luy comme son

(0 Albert de Brandebourg. Voyez ci-dessus page ado. (S.)

». DE GUTSB. »63

prisonnier, ne sçachant le mettre en plus seure garde qu en sa compagnie , comme je luy ay ouy dire qu'il y avoit beaucoup veu et appris*

Estant, donc devant La Rochelle, il n'y demeura guieres qu'il n'y fu&t tué, et non sans l'avoir souvant avant présagé, comme je luy ay ouy dire : « Voicy le « lieu où je mourray . » Son démon possible luy faisoit dire, ou. qu'il sentist en sa conscience je ne sçay quoy pour avoir çsté un peu trop cruel (disoit on) au mas* sacre de Paris, sur les Hugnenotz, qu'il espargna peu, k ce qu'aucuns disoient , encore qu'il ftist homme de bien et d'honneur; mais ils luy avoient tué son frère. Tant y a, ainsy< qu'il fut tiré un coup de la grande et longue coule vrine qu'on appelloit la Fâche , et venoij par flanc , ayant percé un gabion, la balle toute morte luy vint donner par le corps sans luy foire blessure, si non le meurtrir et l'estouffer ; et ainsy mourut avec un grand regret de tous les nostres, et une joye extrême de tous les Huguenots, qui ne l'aymoient point^ pour la raison que je viens de dire.

Le jour qu'il mourut dévoient encor dî&rer les trefyes qui estoient faictes pour quatre jours ; mais lé matin duquatriesmej ourM. de Bouillon, son nepveu,la rompit par quelques quatre ou cinq voilées de canon, dont ils en voyoient un beau coup et belle mire. Aucuns disoient que M. d'Àumalle son oncle luy avoit fàict faire , et ce pouvoit estre ; autres , que M. de Bouillon le fit de soy mesme et propre mouvement. Je sçay ce qu'il m'en dist, car il m'aymoit fort. Tant y a . que les trefves violées ( et mal à propos certes, puis qu'il n'y avoit qu'un jour à les garder ; car enfin il

Page 1