DISCOURS SOIXANTE-WX-NEUVIESME
M. I/ADMIRAL DE CHÀSTILLON.
Ma^wtenawt il me faut parler d'un très grand capitaine s'il en fut oncques, M. l'admirai de Chastillon , et l'opposer à ce grand duc de Guy se, afin qu'on en congnoisse mieux la valeur de l'un et de l'autre : ny plus ny moins qu'un bon lapidaire oppose deux beaux diamans l'un contre l'autre pour mieux les apprécier, de mesme en fais je de ces deux grands capijtaines ; non que l'invention en vienne de moy seul, m^is d'autres que j'ay veu en faire comparaisons, qu'ils trou voient assez approchantes, fors qu'ils disoient M, de Guyse l'emporter au prix; et disoient aussy quele plus beau que M. i'Ad-
(») On n'a ni celte guerre ni cette vie. (S.)
DE . CHASTILLOH. *&5>
mirai avoit faict en sa vie avoit este contre son Dieu, sa religion en laquelle il avoit esté baptisé, sa patrie, et son roy naturel; les actions de M. de Guyse toutes au rebours. Mais pour cela M. l'Admirai n'en a laissé la qualité et le tiltre de grand capitaine ; car des empereurs romains il en est sorty de plus grands capitaines payensque chrestiens , et rebelles sur leur patrie, voire d'autres nations, pour avoir faict telles fautes.
Ils furent tous deux en leurs jeunes ans , sur le déclin du règne du roy François I , et assez advant dans celuy du roy Henry, sy grands compagnons, amis ei confe* derez de court, que j'ay ouy dire à plusieurs qui les ont veus habiller le plus souvant de mesmes parures', mesmes livrées, estre de mesme partie en tournois, combatz de plaisir , couremens de bagues, mascarades et autres passe temps et jeux de la Court ; tous deux fort en jouez et faisant dés follies plus extravagantes que tous les autres; et sur tout ne faisoient nulles follies qu'ils ne fissent mal , tant ils e&otent rudes joueurs et malheureux en leurs jeux. *
Sy euréut ils, durant le règne du roy François, quelque petit différend ; car M. <te Guyse fut mal content de luy d'un conseil qu'il luy demanda sur un mariage que je ne diray point (0, que M. l'admirai luy
(*) C'étoit celui du duc d'Aumale ayec Diane, fille bâtarde du roi Henri II et de la duchesse de Valentinois (0. (L. D.)
(*) Tout cela est fort lirouillé. Il ne s'agissoit nullement la du mariage de cette Diane , ma if de celui de Louise de Bresé , seconde fille de la duchesse de Valentinois j non arec le due d'Aumale , n'y en ayant point - encore alors , mais aVec Claude ', marquis du Maine , second frère de François comte d'Aumale , depuis dnc de Guise, et depuis lui-même duc d'Aumale ; et ce fut ce mariage dont M. de Otattllon ta cli* de dissuader le comte .d'Aumale, qui le trouva fort mauvais ensuite; L'auteur de la dernière Vi* de V Admirai, da Coligni, s'est imaginé à peu près de ineme qu'il s'agissoit là du mariage du comte d'Avmale, qu'il fait prince de
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.dissuada et luy dict trop honnorable pour, luy, et qu'il « valoit mieux (usant de ces mots) avoir un « pouce d'aucthorité et de faveur avec un honneur, « qu'une brassée sans honneur. » M. de Guyse disoit qu'il ne luy a voit pas conseillé en compagnon et amy, mais en celuy qui estoit envieux de son bien et de sa bonne fortune que son mariage luy eustpeu apporter. Mais ce différend dura peu, et pour ce furent anays comme devant.
«Mais quel changement vint il après de cette grande amitié! Il s'en conceut une partie le soir de la bataille gaignée à Banty > dans la chambre du Boy et devant luy, qu'ainsy qu'ils en discouroient devant le Boy, M. l'Admirai (comme possible envieux de la gloire et fonceur qu'il avoit ce jour acquise ) luy répugna sur un petit ;poinct .que dict M. de Guyse ; sy bien que M. de Guyse luy dict: « Ah ! mort Dieu ! ne me veuik <c lez point oster mon honneur. » M. l'Admirai luy respondit : « Je ne le veux point; » et M. de Guyse replicqua : « Aussy ne le sçauriez vous. » De sorte que le Boy , voyant les choses pour aller plus ad van t, leur commanda de leur taire et d'estre bons amys : ce qu'ils furent, mais non comme auparavant et soubs quelque faux beaux semblans. Et puis la prise et emprisonnement de M. d'Andelot, avecques autres envies ambitieuses, alluma mieux le feu de la hayne, qui a duré jusques à leur mort.
Joinville; et là»dessus il forme, pages io3— 109, un épisode romanesque lont-àf ait digne du reste de son ouvrage , rempli d'ailleurs d'anecdotes de pareille espèce. Diane , baLarde de Henri II, n'éloit point fille de la duchesse de Valentinois, mais d'une demoiselle de Coni en Pie'mont ; et , après avoir épousé en pif auères noces Horace Farncxe duc de Castro, elle épousa c-n secondes François, fils aîae du conactable de Montmorency. (S.)
M. l'Admirai a dict à un homme qui me l'a dict, qu'il ayda fort à M. de Guy se à le faire aymer à M. le Dauphin, lequel avoit eu force favoris, mais les principaux estaient Andouin, Dampierre, Sainct- André, Chastaigneraye, Chastillon et Descars. Andouin fut tué devant Landrecy, et fort regretté de son maistre. Dampierre fut disgracié et chassé hors de la Court, par la menée de M. de Chastillon, qui surprit et intercepta quelques lettres qui faisoient contre son maistre et madame de Valentinois que le Roy aymoit; si qu'il fut chassé de la Court pour n'y tourner plus.
On trouva fort estrange ce traict ingrat de Dam-* pierre ( il faut que j'en parle ainsy , bien qu'il fust mon oncle ), qu'on ne faisoit que venir de le sortir des escolles de Paris, et n'avoit rien veu encores de guerres. M le Dauphin le prit à luy , et en telle amitié, qu'il luy fit donner une compagnie de cinquante hommes d'armes, et le fit son premier gentilhomme de sa chambre, non sans giande envye de plusieurs autres qui lemerittoient mieux que luy. Ainsy trahist il son maistre. Il avoit espousé. ma tante, mais, s'il fit ce coup, je ne puis que je ne le blasme et que je n'en die le vray. Le seigneur Descars se trouva aussy embranlé avec luy , lequel fut aussy disgracié.
Mon oncle de La Chastaigneraye ne fit pas ainsy , car il fut très ferme et loyal à son maistre en la querelle qu'il prit et espousa pour luy contre Jarnac, parce que ledict Jarnac, testant vanté d'avoir couché avecques une dame sa proche et belle mère, et l'ayant dict à M. le Dauphin, il le redict à d'autres. Jarnac, le sçachant , dict que quiconque l'avoit dict qu'il eust dict ou s'en fust vanté, qu'il avoit menty. Mon oncle, eu-
a68 m. LADMIRAL
rieux de l'honneur de son maistre, et le voyant en peyne, car il craignoit que le Boy tentast, -d'autant que ledict Jarnac ayoit espousé la sœur de madame d'Estampes, favorite du Roy, prit le desmenty pour son maistre sur luy , et dict qu'il l'a voit dict à luy mesmes, et qu'il le combattroit là dessus, comme il s'ensuivit ( j'en parle fort au long ailleurs ) (0, et mourut sur le poinct et sur le règne que son maistre l'eut faict très grand. >
Messieurs de Chastillon et de Sainct André restarent seuls favoris, lesquels pourtant, du temps du roy François, eurent quelque picque qui ne dura guieres.
M. de Guyse, encor qu'il fast un jeune prince, beau et de bonne grâce, très adroict et très bon homme d'armes, qui se faisoit fort, valoir aux tournois de la Court, il s'accosta de M. l'Admirai , jurarent ensemble amitié telle que j'ay dicte, qui dura bien quasy cinq à six ans: et pour ce , dict on, et M. l'Admirai l'a dict à homme qui me l'a dict , mondict siéur l'Admirai le fit aymer à M, le. Pauphin, de telle façon que l'on l'a veu : depuis et ampres ( comme j'ay dîct ) les haynes se semarent enti'e eux deux, mais non tant que M. l'Admirai n'advertist, du temps du roy François II > madame de Guyse, qu'il y avoit encores une conjuration secrette contre M, de Guyse et sa vie, et qu'elle y prist garde et l'en advertist.
M. l'Admirai ne voulut donner tel advis à M. de Guyse luy mesme, comme j'ay ouy dire, affin qu'il ne pensast que, pour tel advis, il voulust regaigner son amitié et faire du bon et officieux compagnon ; mais
(0 Discours sur les duels', tome VI. (S.)
DE CHASTILLOH. 269
il le voulut adresser à madame sa femme. Et cet advis fat donné ampres la, sédition et conjuration d'Amboise , qui estoit pour la seconde ; car M. l'Admirai oe sceut jamais ladicte conjuration d'Amboise, à ce que j'ay ouy dire à aucuns des plus anciens de la religion, et aussy à La Vigne, vallet de La Renaudie, qui eç sçavoit tout le secret. Ou ne la luy voulut jamais conférer, d'autant que les conjurateurs le tenoientpour un seigneur d'honneur, homme de bien, sage, meur, ad visé, poli tiq, brave censeur, poisant les choses et aymant l'honneur et la vertu, comme il avoit tousjours faictparestre par ses belles actions passées; et pour ce les eust bien renvoyez loing, rabrouez et reculé le tout, voyre aydé à leur courir sus. Il n'estoit pas lors à Âmboise, mais ouy bien M. le cardinal son frère, lequel je vis fort animé et colleré contre ces entrepreneurs, et aussy eschauffé à les faire pendre et faire leur procez , que tout autre ; voyre luy mesme je le vis sortir courageusement sur La Motte aux Gonnils , ce jour qu'ils vindrent se présenter là auprès.
Il avoit raison de s'en formalizer ainsy , et M. l'Admirai de n'en avoir rien sceu ny s'en estre meslé le moins du monde; car c'estoit le plus meschant, vilain et détestable acte qui fust jamais; car, quelque belle palliation, couverture et couleur qu'ils luy purent donner qu'ils n'en vouloient qu'à messieurs du Guyse, d'autres disoient qu'ils ne vouloient que présenter une requeste au Roy , s'ils fussent venus au bout de leur dessein et fussent estez les plus forts, ne faut point doubter que le Boy eust passé comme les autres, ainsy que La Vigne luy mesme me l'a dict , et d'autres aussy.
27O M. LÀDM1RÀL
Le premier discord qui entrevmt entre M. dé Guysc et M, F Admirai pour la religion , ce fut a Fontaine- 1 bleau, quand le roy François II y fit assembler une petite forme d'Estatz , et que M. l'Admirai présenta re-> queste au Roy pour ceux de la religion, demandant liberté de conscience, et qu'il parloit de la part de cinquante mille hommes; que M. de Guyse ne se peut contenir de collere, qu'il ne dist qu'il en meneroit contre eux cent mille bons catholiques pour leur rompre la teste, dont il seroit chef. Le roy François vint à mourir là où M. l'Admirai commença à entrer en vogue autant que jamais, par le moyen du roy de Navarre, qui sentoit de la religion et qu'il possedoit fort, et M. le prince aussy, qui estoit son nepveu*
ayant espousé sa niepce, fille à madame de Boye sa
sœur.
M. l'Admirai prend ce grand appuy pour non pas seulement appuyer sa religion, .mais pour la hausser bien haut, ainsy qu'il y parut de cette mort jusquesà la première prise des armes; et le tout fut par les menées artificieuses et gentil esprit de M. l' Admirai, qui conduisoit et gouvernoit tout à la Court lors que l'edict de janvier se fit, comme je vis moy mesme.
Voylà donc la religion sy haussée, sy bien releve'e et fortifiée, qu'à cette prise des armes première tout à coupquasy touttes les meilleures villes de France furent surprises par ceux de la religion; 'qui fut un très grand cas : mesmes Paris estoit en danger, sans les venues et secours de messieurs le Connestabley de (Juyse et mareschal de Saint André.
Thçulouze aussi, qui est après Paris la plus ferme catholique, et la plus remplie de catholiques qui soit
m France , fut prise; et, sans M. de Boyjourdan l'aisné ('), très brave et vaillant gentil homme, nepveu de M. le mareschal de Termes, et autres vaillants et braves gentils hommes gascons, que M. de Montluc raconte, elle estoit huguenote comme les autres; car' elle fut prise vingt heures, et puis recouverte par les armes et la conduicte belle dudict Boyjourdan et aucuns braves et vaillants de la ville.
De spécifier par nom les villes qui furent lors surprises , ce seroit chose superflue j car je me souviens que> lors de cette grande esmeutte et sédition, quand on demandoit quelles villes est oient prises et quelles villes tenoient pour les Huguenots, on disoit: « Maisdeman- « dez qui sont celles qui ne tiennent pour eux.» Et de , toute cette grande et admirable et incredulle entreprise fik le seul autheur et conducteur M. l'Admirai. Par là on peut congnoistre quel grand capitaine c'a esté.
J'ay ouy conter que le prince de Parme dernièrement, quand il eut entendu la grand révolte que feu M. de Guyze fit de tout le royaume de France, et mesmes de la ville de Paris, en ces barricades qui en moins d'un rien furent faictes contre le Roy, qu'il dict et avoua que M. de Guyze estoit le plus grand capitaine aujourd'huy de toute la chrestienté, par une sy soudaine révolte et desobeyssance ainsy faicte tout à coup contre son Roy. Je croy que dans son ame il eust bien voulu ou peu en faire de mesme au Pays
(0 Ou Bazordan. Il fut tué au siège de Montauban le a a octobre i56a. UnBoisjourdan, officier de la garnison de Trêves, fut décapité en 1675 à Metz, pour sédition contre le maréchal de Créqui , enfermé dans Trêves , et qui ne vouloit pas rendre cette place que les Allemands assiégeoient. (L. D.)
a-ja M. LÀDMl&AL
Bas , pour s'en rendre le maistre et en despouiller le roy d'Espagne , et puis après porter le titre luy mesnie qu'il bailloit à autruy , bien qu'il le portast dUUeurs. ' Voylà donc pourquoy nous devons tenir M. l'Admirai très admirable et un très parfaict capitaine, d'avoir bandé contre son propre Roy son royaume, et l'avqir luy mesme ainsy soutenu et maintenu par ses armes sy bravement, et par son esprit, menées et conduictes sy sagement. J'ay ouy dire qu'un jour luy devisant familièrement avec M. le mareschal d'Estrozze sur la grandeur et splandeur du royaume de France, et que malaisément se pourroit-elle ruyner ny esteindre , et par quel moyen pourtant cela se pourroit faire , M. le mareschal luy respondit qu'il n'y en avoit d'autre que de lui faire changer de religion et introduire une nouvelle, affermant que les changement de religion font perdre les royaumes plus que tous autres moyens et invasions, artifices, ambitions, dominations, nouvelles libertez, ou soulagement de tailles et eslevation de peuples sçauroient faire , ny nouveau prince.
Et c'est ce que dict une fois un certain ambassadeur du Pape au roy François, qui , se plaignant et se mescontentant du pape Clément pour quelque chose, il luy dict que, s'il ne le contentoit, il permetfïoit la nouvelle religion de Luther en son royaume, aussi bien qu'avoit faict le roy d'Angleterre. Cet ambassadeur luy respondit franchement : «Sire, vous en serez marry le « premier, et vous en prendroit très mal , et y per- « driez plus que le Pape ; car une nouvelle religion « mise parmy un peuple ne demande après que chan- « gement du prince. » A quoy songeant incontinent
DE CHJLSTILLON. 2Jt^)
lé Roy , il embrassa lédict nonce, et dict qu'il estoit vray , et l'en ayma tous jours depuis de ce bon ad vis. Voylà pourquoy le grand sultan Soliman défendit celle de Luther comme la peste , se fondant sur ces mesmes raisons.
J'ay usé de ce mot de mince, puis qu'il s'use aujourd'hui; mais j'ay veu, à mon advéhement à la Court, que l'on n'en usoit si non d'ambassadeur du Pape; et quand ce nom de nonce Ait introduict) par dérision on disoiti « Voylà l'once du Pape* » Et certes plusieurs ne goustarent bien ce mot du cômmancement , comme autant vaudroit qu'on dist le messager du Pape comme nunce ; car nuncius en latin n'est autre chose à dire que messager : et par ainsy, ces beaux pindariseurs cîe mots, pensant faillir ou ne dire pas bien quambas* sadeur du Pape, allarent trouver le nonce du Pape , que (comme j'ay dict) au commencement que ce nom fut introduict parmy les dames, filles et cavaliers dé la Cour, disoient souvant par derrisiort, quand l'ambassadeur ou le nonce du Pape arrivoît en la chambre du Roy et delà Reyne, disoient : « Gare l'once du Pape qui « arrive. » Sur quoi, feu M. de La Fayette, qui rencontrôit des mieux, bien qu'il begueyast un peu , dict une fois i « Par Dieu (dict-il), Ton changera tant ces « noms d'ambassadeurs et de nonce du Pape, qu'à la « fin ou viendra dire : Voylà l'ange ou l'anonciateur, « ou le précurseur du Pape, qui vient parler au Roy « et à ia Reyne. »
Or, pour revenir à M. l'Admirai, il prit si grand goust à cette noix que lui donna M. le mareschàl de d'Estrozfce , qu'il ne l'en dégoûta jamais jusques à ce
BRJ.ITOHE. t. 3. 18
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qu'il eh éûst faict et Véû l'experiaiiee : et pour ce , àuëufis ont voulu dire qu'il avoit plus d'ambition que àé religioh, et Ses actions ont plus tendu à l'un qu'à l'autre. Or je lie sçâis ce <jù*il eu pouvait avoir dans Famé pour cçla; mais le zèle et la dévotion qu'il a porté tousjours à sa religion, et Comme 11 l'a bien embrassée et servie, font fojr de tout, et, qui plus est, lfes paix qu'il a faictes ; car âUési tost que le ftoy leur accordoit, et à ses paftisahs, l'exercice de leur religion, .le voyîâ qui méttoit aussi tosï lés armes bas, sans retenir une seule ville pour sa seureté, et les rendoit aussi tost t Ouïtes; ce que riront faict les autres qui ont commandé après luy : et quand on lui dïsôit pôurquôy il n'en retenoit aucunes pour soy et de tous eux, fl respondoit qu'ils ne sçauroient se rendre plus coupables <jue de cette façon de tenir les villes âînsy du Roy , et que, puisqu'il leur permettoit ainsy la liberté de leurs consciences et l'exercice de leur religion , que vouloient ils davantage ?
Aux premières. et secondes guerres, il rendit tout aussi tost Orléans, qui leur avoit esté tant bonne et tant propre nourrice ; et plusieurs luy cryoîent pourquoy au tnoins il ne reservoit cette ville pour sa seureté, et qui estoit sy proche de sa maison. Il reûdit, aux trbisiesmes troubles , Angoulesme de mésmô , que les Huguenots dePoictou, Ango'umois et XainCtonge, qui en ont esté la fremilliere ou pépinière , tousjours criarent fort après lui, et le priaient fort instamment de ne la rendre, voire qu'ils voulurent mal mortel à M. de Sainct-Mesme, sage et bon capitaine, qui l'avoit rendue si facilement et ne l'eust gardée pour eux.
Mais ce grand Admirai estoit sy grand, sy craint,
DÉ CHÀSTILLOIf. 175
sy redoubté, et avoit pris telle créance et pouvoir sur ses partisans, qu'ils n'eussent jamais ose lé moins' du inonde contredire à ce qu'il avoit une fois dict et arresté; et aussy qu'il sefondoit tousjours sur ce grand poinct de la religion : « Car, disoït il, puisque nous « avons notre religion , que nous faut il davantage? » î)ont par là cognoit on combien il estoit plus homme de bien et religieux qu'on ne pensoit Àussy telle bonté le fit perdre ;cdr, s'il sefust reservédé bonnes villes, 0V1 eust dix fois songé à le faire mouriK Bien est il vray qu'il a esté fort ambitieux pour son Boy , et fort songeant et tendant à le faire grand; car il me souvient que lors qu'il vint à la Court, où il mourut, le Boy estant: à Saint Clou au mesme logis là où là conjuration fut faicte contre luy et puis en nostre rôy Henry troisiesme, fut tué après la mesme le grand autheur et fauteur de la conjuration, et la Beyne y fut malade, un matin qu'elle avoit pris médecine, M. l'Admirai entra dans sa salle, où il nous trouva, M. d'Estroàze et moy, tous deux tous seuls : ainsy . qu'il frappa à la porte de la chambre de la Beyne pour y entrer, une de ses femmes de chambre, qui estaient quasy toutes hugû en ottes, au moins lés principalles, lùy dirent que là Beyne h'avoit encor rendu sa médecine, et qu'il atteridist un peu ; ce qu'il fit, et se mit à pourmener avec nous et nous discourir dés affaires de Flandres, qui alloient bien à cause des villes de Vallanciennes et Montz surprises, dont il en avoit une joye extrême; et puis nous parla de nostre embarquement que nous allions faire en Broiiage, et des çommandemens qu'il avoit faicts aux portz de son admirante de nous assister du tout. « Or ,
« dict il, Dieu soit lôué^tout va bieii ; avant qu'il soit
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a long temps nous aurons chassé l'Espagnol du Pays « Bas , et en aurons faict nostreRoy maistre, ou nous « y mourrons tous, et moy mesmes le premier; et n'y ce plaindray point ma vie sy je la perdz pour ce bon a sujet. » Etpource, vouloit il fort que M. d'Estrozze rompist son dessein d'aller vers les isles du Pérou, et allassions fondre par mer en Flandres, et luy viendroit par terre ; si bien que, sy nous nous entendions ainsy, tout ir oit à souhait: et de rechef nous envoya en Broùage un très habile gentil homme des siens pour nous prier encor de nous y acheminer, et lui qui commançoit à partir. A quoy nous fusmes esbranlez; mais nous nous donnasmes la garde qu'au plus beau de nos belles resolutions et déterminé partement la mort malheureuse entrevint de ce grand capitaine.
Mort malheureuse la puis je bien appeller pour toute la France, veu les maux qui depuis s'en sont ensuivis et s'ensuivront encor ; car que pouvoit le Roy souhaitter davantage et de meilleur, que se deffaire de telle façon d'un si puissant ennemy ; puisque dans son ame il le tenoit tel, bien qu'il luy montrast beau semblant; il s'en alloit de son royaume et luy emmenoit vingt mille hommes de ses partizans, et, Dieu sçait, des meilleurs; et luy alloit conquester tout un pays aussy grand qu'un royaume, et le luy approprier; car pour soy il n'en vouloit point : c'estoient abus, ny qu'il se voulust faire roy de France; il en eut autant (l'envie et de souhaist que moy. Mais bien desiroit il avoiï une grande charge soubs son roy, tenir près de luy le rang qu'il merittoit et avoit tenu d'autrefois près de son grand roy Henry , estre son lieutenant gênerai en sesconquestes, et en estre gratiffié de quelques biens,
DE CHÀSTILLÔK. 27 •][
comme de raison : et se fUst il ainsy mieux maintenu etagrandy, et se faict craindre, soubs l'aucthorité d'un tel roy son maistre, que s'il eust voulu le tout s'approprier à luy et s'en faire souverain ; il eust eu de la peine grande et du danger pour longuement garder ce tiltre et prééminence. Et voylà ce qu'il vouloit; car je le sçay d'un bon lieu et d'un homme qui le sçavoït et tenoît de luy : et voilà ce que le Roy luy devoît accorder et permettre de laisser: faire, et purger son royaume de gens qu'il n'aymoit pas, sans se souiller les mainfr (Tun très ord massacre ; ainsy que fit Bertrand ' du Guesclin, ce grand capitaine, quand il purgea la France de ces meschans garnimens et faictz-neans de guerre , et les emmena avec luy. Cëstoit un Vray et pareil moyen de se deffaire ainsy des Huguenots ; et -ce fat ce que M. l'Admirai sceut bien représenter aii Roy , quand il luy remonstra qu'il fàlloit faire la guerre au roy d'Espagne, ou qu'il se résolue d'avoir ehcoî* fa guerre en son royaume; dont aucuns dû conseil en furent si escandalisez, qu'ils commariçarent'll crier sourdement : Toile , toile, chicifïge , blasph'ëihavhWX et en firent un grand bouclier et en lèvâredt , la* bannière. Mais ils rie le prind'rent pas du bon biàys qû*il le fàlloit, pauvres gens qu'ils estaient; car M.- l'Admirai voy oit bien le naturel de ses Huguenots, que s'il ne les occupoitet amusoit au dehôrëyquë "pour -le seur ils recommenceroient à brouiller au dedans, tant il les cognoissoit brouillons , reinuans , fl-etillans et amateurs de la picorée. Je' sçay ce qu'il m'en dict une fois à La Rochelle que je Festôis allé veoir, et mourut un an après ; et nie faisoït cet honneur de discourir avec
W C'est-à-dire : Otez*le , dtez-le et le crucifiez, il a blasphémé. (S'.)
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moy , bien que je ne fusse de son party et fusse encor jeune et fort incapable de ses secretz; mais il m'aiiuoit,.car je luy estois fort proche, à cause de madame sa femme.
Le $çay bien aussy ce que m'en a dict M. de la Noue, lequel, tant qu ? il a peu, f éprit les erres de M. l'Admirai pour jecter la guerre du dedans au dehors, ainsy .qu'il a faict parestre par le Içng séjour qu'il afeict en Flandres; car il m ? a juré cent fois qu'il n'y avoit rien $u jnonde qu^il détestait tant que la' guerre eiville, et que ;M. l'Admirai la detestoitbien autant , et que jamais plus il n'y r/etournerçit que pay force.
,\ Le Roy: flonp,, ne sexpul^nt servir c}e luy en sy bonne affaire , fust, ou de luy niesme ou de plusieurs dé «on conseil,, persuadé de le faire moujir ; et pour ce fut attitré le sieur de Montravel, qui avoit tué pax#Yant,M. de ^opy^.son maistre., qu'on appeloit le tueur du fioyïpixte tueur aux gages diiRoy; lequel, ainsy que. M< . XAtfimiral $$> rejtirbit en sop lqgis, et estant devant ççlny du chancelier j, led jet Montravel , ckihé ^WWfrPÇSK* .fî'un ^eçc^ petit logis qui ^stoitjà près, tira à mpjxflict, sieur l'A^flaif al une harquebraadpaubras, ainsy qu'il lisoit^ne lettre en marchant. ' -.-y, .. • .-. , ' *;:; f • . ;
M< l'Adulai se, senjpnt. jb,fôsséj . il ne djct autre chose , si pprç, que^ ; c< le coup yfônjde là,» j et se retira en son logis, .ft.ftej&t aqwkjnerçejtf penser., ^ Bpy et toutte sa court, tanto^s Catholiques qu e cjes Huguenots, fut fort troublée, mais plus les Huguenots, qui usarent des.pqrolles et menacespar trop insolentes, qu'ils frapperaient, qu'ils tu soient; ce qui causa la mort de tyL l'Admirai, non qu'il fiist mort de son coup , car ce ne fut rien
D3 CHASTlLLÇjr. 2Jg
esté , ntfjs [quVrç la luy prpcura , veu les menaces y e% pour ce, le massacre gênerai de 1$ Saippt Barthélémy fui arresté et conjura Jç m'çn rapporte à ce qui çif ,e§f f Il n'y ep a aucun qui le $çf*?fo ffifcux ^PV^hlI que le inaresdhai de Reta, le premier çt pnççipa|n^ T theur et conseiller du faict, lequel est encqr yivjip} , car tQW tes Patres sont inorft p^r pension <%jne,
P ui $ ;<$¥? Dieu W JWP* W W -ÏW ^ ¥BS Ff»P»Wte de quelque çrç^uxe quq ce soit,' car ella çsf f^ip|p 343
sembl^nce. kedit > wrçpcfyal n'esf p^s n*qrt ençQyefrj
mais il y a près fa vingt i*n$ qu'il est sy ml fflinj
que $a vie ne s'agpeUç , paf yfe » mai§ pfci&tP$
martre, ...-..•>?•..
M. FAfî^iir^l pstajtf, ble&té> frij fort bjep, reçpgnau des meçteçiitë et cjjirufg^jps <ju ftyy, # Qtëf W9 4e #4 grand personnage maistre Amhroy&e Ç J ajréj son pp-e* mier chirurgien, qui estçij; fprt hugpyenot* et, y fej#itf tous envoyez du Roy. Il fttf flupsy vis»té ^ tfoy, <mi jura fit renia qu'il vpugprpit ça bl^sijre, ç{ qu'il prisf courage", et qu'il cougnqisfcçoitç&u^i^fcela luy tpfl> choit, La Revne aussy le fujveçir^et Jeuj; dkt à,par$ à tous dpux dfi grands (îhfl^, 4i<* on r .tf Jeiip rfftlft dç^çu^s secrète, qui teuffoiçpt tpu* à Jour gyaijd^Hf : et spp djspouri dura forj long Jewpp, qui fijt enfcçqty fort attentivement de J^fis ^) este 2 » , . pi i^qnstrar^ç} grapd carence rar l'e^ter^r.qii'çU^s le goustpiçpj. j mais tpiit ce be^u sçmJJant tourpij après k mal, dorçt l'on. s's&onpa fojt conjure 1*0^$ M ajeste* pppvoien* joue?, un. tel rpaje 4Însy çnunasque'^y auparavant elle* avouent résolu ce massacre. ■•■.••
I/^eurç donc de Ja nuict et des matines de cette $an*