‹ Œuvres complétes du seigneur de Brantôme, accompagnées de remarques historiques et critiquesChapitre 29 sur 66 · H. L ADMIRAI · texte numérisé non relu

H. L ADMIRAI

glante feste estant venue, M, de Guy se en estant adverty du Boy , et bien aise de l'occasion de venger la mort de M. son père, s'en alla très bien accompagné an logis de M* l'Admirai, qui fut aussi tost forcé. Il en ouyt le bruit, et se douta soudain de son malheur, et fit sa prière à Dieu.

S ni- ce, fiesme, gentilhomme allemand, premier bien suivy monta en haut, et, ayant faussé la porte de la chambre, vint à M. l'Admirai avecques un grand es-r pieu large en la main; à qui M, l'Admirai ayant dict : « Ah! jeune homme, ne souille point tes mains dans « le sang d'un sy grand capitaine , » l'autre , sans nul esgard , luy fourre dans le corps ce large espieu , et puis luy et d'autres le prindrent (M* de Guyse, qui estoit en bas, cryoit : Est il mort? ) et le jettarent par la fenestre en la court, non sans peine, car le corps, retenant encor de cette vigueur généreuse du passé, résista un peu, s'empeschant des jambes contre la muraille de la fenestre à cette cheute ; mais , aydé par d'autres, il fut précipité. M. de Guyse ne le fit qu'arregarder seulement, sans luy faire outrage, tendant à la mort. De descrire les insolences et opprobres que d'autres firent à son corps, cela est indigne de la plume efescriture d'un honneste cavalier : mais tant y a que tels luy firent des injures, des vilenies, insolances et opprobres, lesquels auparavant ne Fosoient regarder et trembloient devant luy. Ainsy yist on jadis devant ïroye des Grecz des moins vaillans braver autour du corps d'Hector mort. Ainsy voit on souvant aux déserts de Barbarie les plus timides animaux braver autour d*un grand lyon mort, gissant dessus le sable, qui souloit estre auparavant la terreur de tout un terroir et de

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toute une grande et parieuse forest. Ceux aussy ( et des plus grands ) qui craignoient ce grand Admirai, et qui à teste basse s'inclinoient à luy auparavant, bravoient et triomphoient très arrogans autour de ce pauvre tronc. Sa teste fut aussi tost séparée de ce noble corps, et portée au Pape , ce dict oh , mais (*) la plus saine voix, au roy d'Espagne, en signe d'un présent fort triomphant et agréable , qui fut accepté cTun visage très joyeux et d'un cœur de mesme. Tant y a que ? ce fut ou l'un ou l'autre qui le receust, il eut grand sujet de s'esjouyr, car ils perdirent un très grand et très dangereux ennemy, qui leur eust bien faict du mal encor sy on l'eust laissé faire.

J'ay ouy conter à un gallant cavallier qui estoit lors en Espagne quand les nouvelles du massacre de Sainct Barthélémy y arrivarent, lesquelles porta un courrier du roy d'Espagne des meilleurs qu'on peust veoir, et s'appelloit Jean Bourachio, qui fit telle diligence, qu'en trois jours et trois nuicts il arriva de Paris à Madrid, et sans dormir; ce que le Roy son maistre admira fort : aussy luy donna il bien le vin, tant pour la diligence que pour les bonnes nouvelles qu'il luy porta.

Ne faut point doubter sy le roy d'Espagne en fut bien ayse, car au monde n'avoit il pires ennemis que M. l'Admirai et ses partisans.

Du commencement il ne peut croire que tous les principaux chefs fussent estez ainsy attrappez, sans la sans la lettre que le Boy son frère luy escrivoit,.cç dîsoit il, qui en faisoit bonne foy. Âpres que le Boy eut bien interrogé son courrier, il l'envoya de ce pas à l'admirai deCastille, qui estoit lors à Madrid, ensemble

10 Selon. (S.)

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la lettre que le Roy luy esariyoit, pour luy feirçpart des bonnes nouvelles qu'il avait reeeu-

Le courrier estait arrivé, il commence à çryer dès la porte et hasse-rcowrt du logis de l'admirai iffueyas, nueyaSj, buenasnuevas (0! et montant en la salle que Vadmiral campençoit k soupper, crya^t encor : £ue :

nos nue vas! fados Iqs, Luteranos* y de. los rn&s principales, ton jnuejtQS, y matados en P%iris mf très dias (2), Et, s'approçhant de Vq4pti*$) il luy {tonna la lettre jque le fioy juy envoyoitj et l'ayant lue il en sceut tout le d^ccmrs, et par le courrier aussy ; et

s'estant tourné vers la ^pompagjgip qui e#oità teble, tf dit : No es cosa mas cietfq que rtodçfi tys principales sonmueftosj, fipp trps , /et VmdomilU (4 appeUoit ainsy Je roy de Navarre, cpmipe^ajtf Je pptit Vendosme; il Jeqr a bien appris depuis à Tappelier autrement) premiers > alqual perdpnç el fiey porlamor fie su mpçea ; al principe de Cwa 1 e'pera 1 anç tan bien, ppr r que es pèno ; por (erçefç el c/xf^e de Montgomery j huyo y se salyo eon unayegQ, f y hw j&twfc léguas sinparav, et #&i se salvo , pej gran miraglo de dia* blo^nodeDiosf?).

Pour lors souppoit avçc ççt ad^içal 4^ ÇastUle le

(0 C'est-à-dire : Nouvelles , nouvelles , bo$nç£ nouyalles ! ($.)

(») C'est-feftre : flqnnes nouvelles! Tous lçs Luthériens , ejt màne les principaux, sont morts et massacrés à Paris depujs trois jours. (S-)

{$) C'est-à-dire : Tï n'y a rien de si certain que tous les principaux sont tnorts, excepté* trois :5e premier, Vandompt, ajiquel lé Roi a pardonné k passe {de sa femme; in : second, te /prince de Cpndé, parce que 4* p?est qu'an enfance*. Jje troisième, lgqorate 4ePAqugommery, qui «'«st sauvé sur une jument par un miracle^ non de Dieu , mais ilù diable , ayant fait soixante-dix lieues Vans s'arrêter. (S.)

duc de l'Infantasque (0, fort jeune prince et peu encor pratiq, qui demanda si ce M. l'admirai de France et tousses partisans estaient chrétiens, qui responditque ouy. Luy après répliqua : Çomo djablo puedeser que, pues que son Pranceses y assj Christianos se maton como bestias W? L'admirai luy respondit: Calla^senor ducque, que la guerra dy Francia es la pax d'Espana,y la pax ctEspana es la guerra dy Prancia con nuestros\doblones (3). Voilà ce que m'en conta ce cavallier, qui estoit lors à la tablç de cet admirai, qui ouyt tout ce dipcoui's-

Touchant l'alegresse et la contenance qu en fit le bon sainct pape Pie V (on lepeut appeller ai nsy ) de cç massacre susdit, fay é ouy dire à homme a honneur qui pour lors estoit à Rome, et qui en sçavoit des secrets, que quand on luy en apporta les nouvelles il en jecta des larzqes, non pour joye qu'il pn eust^ comme force gens font en cas pareil , n^ais de deuil : et quand aucuns dé messieurs les cardinaux qui estoient près de luy remonstrarent pourquoy il pleuroit et s'àttristoit ainsy d'unç §y belle depesche de ces malheureux gens, ennemis 4e Dieu et de Sa Saincteté, « Helas ! (ce dict il) « je pleure la façon dont le Rpy a usé, par trop illicite « et deffenduede Dieu, pour faire u^e telle punition; « et qjieie Craintz qu'il en tombera june sur luy, et ne

« la fera gûieres longue désormais! » Comme ce saincf;

(*) Irifantado. (S.)

(*> C'est-à-dire': Gomment diable se peut-il que, puisqu'ils sont françois et 'chrétien*, ils é'aBSoiùmemt ainsi oomoM des botes ?{&)

(5) C'est - à * dire r'I^weuipot, «woijew le duA> i* guerre dp la France es\ la p.aj* de l'J^pftjne» etlagai* 4ç L'fypagne es^ la guerre de la France , à l'aide de nos doublons. / S. )

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homme sceut très bien prophétiser par l'esprit deDieo, que je croy qu'il avoit autant que jamais eut pape. « Je pleure aussy, dict il, que, parmy tant de gens « morts, il n'en soit mort aussy bien des innocens que « des coupables. » Comme il fut vray , mesmes de force bons catholiques, que leurs entremis faisoient accroire qu'ils estoient huguenots. De plus adjouta ce bonj Sainct Père : « Possible qu'à plusieurs de ces et morts Dieu eust faict la grâce de se repentir et de « retourner au bon chemin, ainsy que Ton a veu arec river à force en cas pareils. » Comme de vray, combien avons nous veu depuis force Huguenotz s'estre convertis et faicts bons catholiques ! les chemins en rompent. Voylà le beau dire et la belle prophétie de ce Sainct Père sur ce malheureux massacre.

C'est un grand cas qu'un seigneur simple et non point souverain, mais pourtant d'un très haut et ancien lignage deColligny enSavoye, et autresfois souverains et très grandz, ait iaict trembler toutte la chrestienté, et remplie de son nom et de sa renommée, tellement qu'alors de l'admirai de France en estoit il plus parlé que du roy de France : et si son nom estoit congneu parmy ïes Chrestiens , il est allé jusques aux Turcs ; de telle façon, et il n'y à rien l sy vray, que le grand sultan Soliment, l'un des grands personnages et capitaines qui régna depuis les Ottomans, un an avant qu'il mourust, l'envoya rechercher d'amitié et accointance , et luy demander advis comme d'un oracle d'Apolo; et, comme je tiens de bon lieu, ils avoient quelque intelligence pour faire quelque haute entreprise, que je n'ay jamais pu tirer ny sçavoir de M. de Thelligny, mon grand amy et frère d'alliance, qui fut

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depesché de M. F Admirai, et le seigneur de Villeconnin, à Constantinoble , là où ils ne le trouvarent point, car il estoit desjà party pour son voyage de Siguet, où il mourut. Y oylà quel a esté ce grand Admirai parmy les Chrestiens et parmy les Infidelles.

Je parle de luy en mon livre des Coulonnels plus au long ; et sur ce beau renom il est mort. Quel dommage ! Il y eut quelqu'un qui fit son epitaphe en vers grecz, où il introduict un passant qui s'enquiert et demande là où est le tombeau de ce grand Admirai tant renommé par le monde, qu'il demandoit par grande admiration visiter. Un autre luy respond : «Passant, sans « faire plus grand chemin , tu peux bien ne passer plus « outre, ou t'en retourner en arrière; car tu n'en trou-* « veras aucun icy bas, d'autant que le mondent le ciel « Font pris et l'ont porté ensevelir dans le sein de l'im- « mortalité, où maintenant il gist à son ayse. »

Parlons un peu que devint ce Besme qui le tua. Ondisoit pourtant qu'alors Sarlabous, gouverneur du Havre, se vanta de l'avoir tué. Si c'est la vérité, ou qu'il s'en soit vanté à faux, c'est une récompense mauvaise d'un capitaine envers son couronnel, qui d'autres fois luy avoit commandé. Mais pour le seur ce fut Besme; possible que l'autre luy donna quelque coup, et pour en avoir une divine vengeance. Ce Besme estoit un gentil homme allemand, que j'avois veu d'autres fois nourry page du cardinal de Guyse : N il se mit en telle grâce et amitié de M. de Guyse , qu'il le gouvernoit paisiblement; et pour ce luy fit espouser la fille bastarde du grand cardinal de Lorraine. Je nommerois bien sa mère et cette fille dicte Anne, fort belle et honneste damoiselle, et bien créée en la court d'Espagne, et nourrie

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de cette nostre grande reyné de là, à qui je l'ay veuë; et après sa mort elle s'envint en France demeurer avec la Beyne mère, qui n'en reffusa jamais.

Le roy d'Espagne fut sy libéral à l'endroict de toutes ses filles nourries avec la Rey ne sa femme, qu'entre autres beaux presens il leur donna à chascune trois ou quatre mille escus pour mariage, s'il m'en souvient bien; mais il me semble qu'il y en avoit plus que moins : et ce mariage n'estoit payé ny délivré, sinon lors qu'elles estoient mariées.

Annedoncques estant mariée, son homme se résolut deux ans après d'aller en Espagne, par le moyen de M. de Guyse, tant pour quérir son mariage que pour braver et se monstrer en piaffe devant le Roy et les Espagnols, et dire que c*estoit luy qui avoit faict le coup de M. l'Admirai. (Et quel coup L son advantage, qu'un petit enfant en eust faict autant ! ) Il y va et sans danger, et y fut très bien venu et payé, dont la pluspart de son argent il le mit en pierreries, bagues et joyaux, et babiolles, pour mieux porter son faict, et aussy qu'il sçavoit bien que M. de Guysé l'en décharger oit. Outre tout cela, le roy d'Espagne le gratifia de quelque autre présent, pour la gratification et récompense du meurtre. Pour son retour il fut sy imprudent et perdu d'esprit et d'entendement, ou Dieu, juste vangeur des forfaictz, possible l'aveugla de telle façon, ou son démon malin ou malheureux destin l'y conduisait , qu'il vint passer par le grand chemin des postes de la Guyenne, où les Huguenots avoient bon crédit, lesquels alors faïsôienf quelque petite guerre pour les forteresses petites qu'ils tenoient. Par quoy il fut pris entre Barbezieux et Ghasteauneuf, et mené

DE CUÀStILLON. a 85

prisonnier au chasteau de Boute ville , où commandoit pour lors le sieur de Bertativille , 'qui commande aujourd'huy à Pontz.

Il fut là gardé long temps prisonnier, dont fut remonstté audit Bertauville ce qu'il vouloit faire de cet homme, et qu'il ne falloifc qu'une heure qu'il se sauvast (comme de vray il fa faillît uhe ibis) , et ail ne pç&voit pas ce qu'il meritoit?

Par quoi, un jour on luy fit acroire qu'il vouloit rohqto-e les* prisons et se sauver, comme de vray< il y eut de l'apparence; il fut tué, et eut ce qu'il avait preste à M. l'Admirai ; et très bien employé, car il es* toit venu trbp hautain et trop glorieux de ce coup, bien qu'il ne fust pas plus mauvais qu'un autre, comme fêle vis au siège de La Rochelle, ainsy que je le veoyois fort eschaulféde retirer M; de Guy se de» coups et hatquebuzades) et lui remonstrer les hazards qu'il cour oit, et lui pour son honneur avec son Uiàtôtsre*

Que sy M. de Guy se (dtsoit on) l'eust voulu croire, il n'ëust acquis la réputation d'estre sy vaillant comme il à esté : et croy que des lors sa conscience l'avoit jugé pour Fadvenir ; car la mort de sy grands personnages est tousjours fatalle à ceu& qui la donnent ou promurent. Plusieurs (comme cèstuy cy) s'en sont ressentis , Ken qu'ils fussent des plus grand», que je ne (firay point. Et sy diray encore plus, que, bien que le roy d'Espagne, le duc d'Albe, lors son lieutenant en Flandres et au siège de Monte en Haynaut, quand cela vmt, furent avec leurs Espagnols très joyeux de cette mort et de plusieurs de ses partizans, si ne l'approuvèrent ils jamais de la façon, et que celasentoit

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plustot son carnage barbare et de Turc, que son Cousteau de justice chrestienne.

Je l'ay ainsy ouy dire à aucuns braves soldats espagnolz, que le duc d'Albe ne fit pa£ ainsy à ceux de la ville Darlem, qu'il fit tous punir par forme de justice : car aussy, pourquoi Dieu Ta il donnée aux grands, si non pour la bien exercer comme il faut, et non pour en abuser?

J'ay ouy aussy dire, que, lors de sa mort, ledict duc d'Albe dict : Muerto V Admirante , perdido un gran capiton por Francia , y gran enemigo por Espana (0.

Or il y en a eu aucuns qui ont voulu dire mondict seigneur l'Admirai n'avoir esté sy hardy et vaillant capitaine comme il a esté sage, prudent et très ingénieux. Appeliez vous point cela vaillant et hardy , qui a donné tant de batailles en son temps, et qui les a fait germer de la façon qu'on les aveues?

Considérons un peu combien, en tant de guerres que nous avons faictes de de là et de çà les Montz, nous avons veu de batailles depuis celle de Ravanne, encore par si longues intervales des unes aux autres, que l'on tenoit pour un grand cas de s'estre trouvé en une bataille ; et y couroit on comme à un jubilé, à l'un pour gaigner le salut de son ame, et à l'autre pour gaigner l'honneur de chevallerie et faire appeller sa femme madame.

Apres Ravanne donc vint celle de Marignan contre les Suisses, celle de La Bicoque , celle de Pavie* après

{') Cest-à-dire : L'Admirai mort, c'est un grand capitaine de perdu pour la France, et un grand ennemi pour FEspagne. ( S. )

M ÇHiâTlLLOlf. 3&0:

cette de Gèvisolles, celle de Ranty, qu'aucuns ont voulu pkntDSt dire rencontre <pie bataille : mai» pourtant ^ là où l'artillerie joue, là uii les deux grand» chefs souk wrains y sont en persoww et eir armes, & e& l'o* combaÉ sy bieu que Furie des avanftgardes est de£* fcàcteet enroutte, cela 9e peut dire bataille, eomnte je tiens de grands capitaines. De mesmes en peut un dure de celle du marescbal d'£stro£ze r qu'aucuns ont tous) ours plustost nommé la deffaicte du naarescbal dlCatrazze qu'autrement, puis lest batailles de Saint Quentin et Gravelines. Yeyea doncques qu'eu s» loagués années, et penny gens si guerriers que les Frafe* çeisi y Espagnols ^ Suisses et Italiens, sy peu de bat* tailles se sont ensuivies et données. Voyez aussy, de Vautre costé , combien M. F Admirai en cinq ou six ans en a donné : celle de Dreux, que j'ay veu comparer aux vieux capitaines à celle de Ra vanne pour avoir «sté très bien débattue et opiniastrée, voire celle des Suisses;; cette de Saint. Denis, avec une poignée de gens, que les Huguenote avaient encontre rieus qui e&* ttene quatre contre un ; celle de Jarnac ou Bassac , oit noua avions des reistrea et autres estrangers, et eu* n'estoienfc que François tons purs ; celle de Monconteor, ou les uns et antres François se tronvarent fort entremealea de grand quantité d'estrangers; et puis cette d'Àjrnel le Duc, qu'en a dit plustost rencontre que bataille.

Et nottei qu'à teuttes ces batailles M. l'Âdmiràl menoit les airantgardes et y estait des premiers aux bazardz et aux coups f dont il en rapportoit des au** eunesde bonnes marques et blessures. N'appelle» vous point celui là vaillant et hardi? Xe ne mets en çtNite

B1À1CTOME, T. 3. 1$

2QO M. LÀDM1R4.L

les fois qu'il a présenté force batailles qui n'ont manqué pour luy à estre données, comme à Talsy , à Pam. prou y à Jazeneuil, à Lodun, qui faillirent pour les accidens et inconveniens que ceux qui estoient de ce temps ont veu aussy bien que moy , et que Ton a escrit, entre autres M. de La Noué, qui en a parlé, et d'autres choses aussy véritables que jamais homme qui en ayt escript, bien que quelquesfois il favorise un peu les siens.

En quel rang mettrons nous aussy la deffaicte de- La Roche la Belle, là où le couronnel gênerai de nostre infanterie fut pris , vingt cinq capitaines des sien» mortz, et quelque huict cens de ses meilleurs soldats* Je laisse à dire à ceux qui y estoient à quoy il tint qu'à ce coup la bataille ne se donnast, ny mesmes au petit Limoges.

Voylà donc comment ce grand capitaine engendroifc les batailles. Que sy les unes venoient à leur perfection et maturité, et les autres non, il n'en pouvoit mais. non plus qu'un père qui engendre des enfans , les uns qui naissent et viennent à bien, les autres meurent aussi tost et ne viennent à profit; ne laissent pour cela à avoir faict leur devoir en la procréation.

Tant d'autres endroits pareilz en conterois je, mais je n'atfrois jamais faict , qu'on pourra bien voir dans les mémoires de M. de La Noue , avec plusieurs autres belles rencontres et deffaictes, dont entre, autres que M. de La Noue taist,en quoy m'en estonne, que j'ay veu fort louer et renommer, quand il deffit et brusla nos poudres lors que le siège estoit devant Bourges , que nous fusmes contraints d'envoyer à la picorée à Paris, dont l'on envoya six canons, poudres et balles

DE GHA8TILLON. aQI

pour tirer quatre mille coups, avec tout le reste nécessaire, accompagné des compagnies de gensdarmes de M. d'Anville, s'il me souvient bien, et de M. de Sipierre, à laquelle commandoit le capitaine Bonnasse, bon et vaillant certes, avec quatre ou cinq compagnie» de gens de pied, tant du capitaine La Chambre, bon soldat et bon mattois, qui portoit ce nom pour avoir este vallet de chambre de M. le prince, et d'autres capitaines. M, F Admirai, en ayant eu ad vis, partit d'Or-^ leans avec cinq ou six cens chevaux, et vous alla raf» fier tout cela en un tourne main près de Chasteaudun» Cependant que l'on s'amusoit à combattre i les charetiers destellent leurs chevaux , couppent cordages, et avec leurs chevaux sauve qui peut et s'enfuyent; sy bien que le tout demeura là *à la mercy du vainqueur. M. l'Admirai, qui voyant luy estre impossible de mener et faire conduire tout cela à Orléans, affin que son ennemy ne s'en prevalust, fit arrenger ensemble touttes les poudres , les balles , les canons bouche contre» bouche les uns contre les autres, et puis fit faire une longue et grande traisnée de poudre; et , s'estant retiré assez loing sur une petite montagne avec sa trouppe^ s amusarent tous à veoir donner le feu à la traisnée y et veoir jouer la grand fougade, qu'on n'en vit jamais une telle ny faire tel bruit ny tintamarre; et le tout s'en alla à tous les diables. Sy ceux de Bourges ne se fussent rendus lors, ils nous mettoient en peine pour les* prendre, à faute de poudres.

Voylà aucuns tesmoignages pour estre asseurez sy M. l'Admirai estoit vaillant et hardy. Et certes il le pouvoit estre, car il estoit issu de très braves et vaillans pères, grands-peres etayeuls; sy que luy les en**

mmm

suivant en ses jeunes guerres , il fil tonsjours parostre son généreux courage qu'il avoit extrait d'eux, ainsy quiïl fit devant; Landrecy et à la hatailk de Cerisolles , q& il fut fort blessé, n'y estant que pour son plaisir, *t en d'autreç endroits où il se trquvoit ordinairement; moj luy ayant ouy dire une fois, que, bien qu'il fast assea favorizrf à la Court à cause de son oncle M. le Gonnestable, jamais il ne se soucioit guieres de s'y amuser, ny on ses faveurs; mais s'aHoit pourmeaer ordinairement là où il avait les coups, (et de l'honneur) k donner.

Àussy eut il Testât de eouroanel fort jeune , et tout pour son mérite : en tel estât ne faut point qu'un poltron y entre; et qui y entre et le fait bien sans reproche r croyez hardiment qu'il est brave et vaillant, ainsy que mondict sieur l'Admirai le fit perestre là et depuis; car enoor en ces guerres huguenottes, il fai- *oit Testât de couronnel tous jours, et sur toufc au siège de Poictiera, qui estoit aussi «scabreux çt dangereux que Fan en ay t guieres veu, pour le grand nombre de grands, braves et vaillana princes, seigoeurs et geatik hommes qui estoient là.

Et sy mandict sieur l'Admirai ne fusfc esté anssy bon homme dq pied que de cheval, je ne sçay que fust esté de son» armée et do son siège ; mais il ne s'y espargna ny aux dangers, ny aux harquebussdea, non plus que le moindre soldât de son armés. Et sy vous diray bi#a plus, car il a esté menacé cent fois tTestee assassine* #4 qu'il y avoit gens attitrés et de touttes parte apposiez ponr oela, dont il en avoit des advis certains, fust à la Court, aux armées, aux villes, ei> ses maisons et ailleurs.; jamai&il a'en monsbra. auaw açmblftnt d'avoir

SB CttASTlLLON. ây3

peur, riy tte s'en accompagna pas plus de coustrilfeuk( I ) pour cela; mate se monstroit sy assuré, qufe bien souvant le troùvoit on quelquefois qu'il n'avoit pas quafré hommes avec hiy , comme je l'ay veu : et quand on luy dïsoit, il respohdôit seulement : te Celuy « qui m'attaquera, je luy Feray aussi belte peur comme « A me sauroit foire. *

Je le vis uiie fois à Moulins lors que Leurs Majestés les accordèrent messieurs de Guyse et luy : je dis ceux tf église, qu'on disoit qulls* faisoient pour tous pourtant, mais non ceux de l'espée. Il y eut un gentil homme italien francise, que je ne nommeray point, le seigneur Jehan Baptiste, qui s'alla excuser à luy qu'on luy avoit rapporté qu'il 1* voulait tuer; il ne S'en fit q**e rire, et luy dire seulement qu'il le pensolt moins de luy que d'homme de la Court pour faire oc coup là; le taxant froidement, par ce mot, qu'il n'estdit ptt assez courageux et attiré pour faire ce coup.

Lers qu'il aBa trouver le Roy à Blois, on luy retaenstra fort la faute qu'il faisoit tf y aller, et qu'on luy donroit la venue. « Rien, rien, dict il, je me fie en « mon Roy et en sa parolle; autrement ce ne serok « point vitre que de vivre en telles allarmes : il Vaut « mieux mourir un brave coup que de vivre cent ans t en petfcr. » On luy en dict tout de mesmes quand il alla à Paris, et dé là trouver le Roy à Sairict Clou, et qu'il tourna encor à Paris : il respondit tous jours de uiesm&s*

Telles démonstrations et appréhensions nulles de danger mënstroient bien qu'il estoit asseuré et hardy.

(J) lises càusùlleux , oa plutôt coût illier s; de coutiUarius, valet qti porte la lance de l'homme d'arme*. (L. D.)

2194 M * l'admirai,

J'en ay veu après luy venus en telles charges, qui en ont bien eu d'autres, apprehendans et fuyans les présences des roys comme diables, et non cet Admirai.

Aussy ay je ouy dire à M. de La Brosse le bon homme, l'un des bons, sages et vaillans chevaliers de son temps, comme je dicts ailleurs, qu'un jeune homme qui est né courageux et hardy, et qui a feict parestre son courage et valeur en la chaleur de sa jeunesse, il ne le perd jamais, quelque vieil aage qu'il face, si ce n'est par une grand disgrâce : mais, s'il ne l'a esté en jeunesse, qu'il ne pense pas que l'aage luy apporte la hardiesse, non pas mesme la praticque des ,prmes, sy ce n'est paf grand hazàrd et fortune.

Et de faict, qp jour jeçtois en une bonne compagnie avec feu M. du Gpa; on vint à parler d'un seigneur que je ne nommeray point , qu'on le fit brave et vaillant. « Comment, mort Dieu (dict M. du Gua)! voulez- * vous qu'il soit vaillant et hardy sur son aage, que fc jamais il np 1'^ esté en sa boitillante jeupesse, et qu'à « ceste heure le pommanceufent e{, l'apprentissage n'en « est nullement bon? » De cas il y avoit avqc nous un grand philozophe medecif) qui confirma son dirç, et dict qpe la raison naturelle y estait toute pprpnptpirç, d'autant que le sang bouillant et cfyaùt qui çsf. e^ un jeune homme le rent hardy, prorqpt et actif çf tout ardent de valeur; et ayant pris delà jeunesse, et de bonne heure, de se remuer, tourner, virer et exercer, et le continuer, il ne se peut arrester en son lieu ; mais çeluy qui est sur l'aage et n'a pqinj encore rçmué son sang, mais laisse' en son estre premier, il est bien mal aisé, estant ainsy arresté et pris sa place fixe, qu'il l'en puisse oster ou faire un nouveau. D autres raisons phi-

DE CHJUT1LLOH. *g5

bsophales apporta il, que je ne veux de me défier er en cet art

Voylà donc comme M. l'Admirai a peu -estre tous* jours. courageux, et en toutes saisons de son aage, puis que de bonne heure il commença et continua à esmoutoit son sang et son courage. Si faut il pourtant ad* rouer que , s'il n'eust conjoint avec sa valeur des artifices , astuces et ruses de son grand esprit et jugement, qu'il n'eust faict et parfaict les grandes choses qu'il a firictes, tesmoings les grandes entreprises qu'il a fàictes et conduites par son bon sens : et là où. il ne pouvoit foire venir la peau du lion, il y appliquoit très bien celle du renard, et sur tout en ses pertes de batailles; car , tant qu'il en a donné, il les a touttes perdues; mais c'estoit lé capitaine du monde qui se sçavoit aussi bien relever de ses cheuttes et pertes, et pour les* quelles jamais ne perdoit cœur ny s'en ravalloit, que pour une perdue il ne tourhast aux autres.

Je luy ay ouy dire que les plus grandes pey nés qu'il a eu jamais en ses armées, et qui peuvent estre à un chef desnué de moyens , estoit à contenter les reistres ; et à la dernière paix qu'il fit, il jura, et me le dist à moy une fois à part, que le plus tard qu'il pourroit, voire que bien forcé, il ne tourneroit jamais plus en ces guerres civilles ; et, s'il estoit sy malheureux qu'il y retournast, qu'il feroit la guerre d'autre feçon qu'il n'avoit faict, qu estoit ne tenir plus ses grandes armées en campagne , et sur tout ne se chargerait jamais d'une sy grande trouppè de reistres, qui plustost dônnoît 1^ loy qu'elle ne la rècevoit.

Si eut il pourtant ce jugement subtil, qu'il les sceut avoir et traicter mieux qu'homme dp monde ny que.

a$6 m. l'adicixax

capitaine aye faict my fera, sans moytens. Apres la bataille de Dreux, Ton voulut praticquer les siens, je le «ça y; il les retourna à Orléans, ci là leur donna tant 4a bec et de Foesle (comme Tan dict), qu'il leur fit laisser la piuspart de leurs ebariete dans Orléans et les taaisna en Normandie; lesquels pourtant, en ayant perdu une grand part dans le Portereau , et en ayant seeu nouvelles, et pour ce désespérez, il les amadoua, les content* et les plastra si bien et beau, qu'ils ne l'abandonnarent jamais et le servirent jnsques à la paix fakrte. .

Apres la bataille de Moncontoor , ainsy qn'il vit qu'an les a voit à demy gaignez , «t que <desjà Marilluc, intendant des finances , estoit arrivé il Limoges, à Peligueux, avec force finances, comment il les détourna de cette proye subtile et les deslogea de laXainctoage? car , leur faisant croire force belles choses, il leur fit faire en trois jours trente lieues fort grimées. La première journée leur fut de Barbezieux à Branthorae et à l'entour, là où il y a douze à treze lx>nnes lieues ; le lendemain à Montignac, où il y a fcmet grandes; et le lendemain «en fit autant par de là la Duurdoigne; sy qu'en «es trois jours il lenrfit faire ces trente lieues, et leur fit passer les rivières de la Drone, de Flsle, de la Veeere, *et de la Dourdoigne, et grosses rivières, tant de leur naturel que pour les pluyea de l'hyper, desquelles «lies festoient enflées beaucoup* Teltes taattete* les baissèrent de telle &co», qu'on les suivoét parlespistes de leurs chevaux lac, boiteux, qu'on trou* voit par les chemins si très tant, que la pluspart, et eux et les paysans mesnves, les laissoient è l'abandon, pour les vepir en tel estât.

PS CHASTILLOV. . %ff)

■Qui aura va* ce marcher trouvera un grand, mi *« racle que M. J'Admirai peast réduire ces messieurs le» rostres à un tel, voire extravagant, devoir de guerre. àussy le» ayant par de là, il les en sceut taes bien remercier et recompencer de mesmes ; car, après avoir joia&t lesforcas des vicomtes et de AL le comte de Mon tgoaraery ,tearaaatvktolriettx<de JHa vaarainsct d'Oilet, il le» vous pourmena an ce bon pay s d'Àgenois^ se dor> omis des aises et des moyens jusques à ta gorge.

Qui east jamais <xn qu'après une telie bataille de Montcontour perdue et sy grande desroute, ce oupi* laine «mat peu «y bien se remettre? il ma sembla que je vois,Brutte et jGassie qui sortirent de Rome, qui l'un par une ponte , qui par l'autre, comme gens perdus et vagabonda , et en moins d'un an mirent «ne armée de cent teille hommes «ut pied et livrèrent la bataille de Philippe*.

Ce ne fut pas ton», car il alfa devant Tboloze ïaire é* beaux feu* et apprendre à messieurs de la ville ^ et surtout à messieurs de la Court , de mettre de l'eau; dan* leur vin et n'aller si viles en besoigne, où leur eallare et aniarosùé par trop desreglée les oonduiaoit sans nulle considération ; car, quiconque portoit le nom de Hugueiaet, aussi test pris, aussi tost pendu, jascpaesàan fort homerte gentil homme de la religion, nomuaé Sapin > qui estait allé , de la part du Roy 4t du prince de Condé , pour porter Fediot de la pat* de Chartres 5 ils le firent, auastaost venu, aussi tôst esecafter ; et qui fut un atte fort vilain , puis qu'il vefcoit de la part du Roy et <&at<gé de ses lettres, et de viéMer ainsi un droict de paix. Cela n'estoit pas beau ; assurée vous qu'ils eH payèrent bien la meneatre et

298 X. LADM1EAL

penderie , car il n'y eut maison de tons ces messieurs qui ne fiist exposée au feu. Ainsi M. l'Admirai les pot liça; car, comme je luy ay ouy dire, qu'il faut aussi bien establir la pollice par le mal comme par le bien.

Apres donc s'estre bien chauffé le long de ces beaux feux , il knena son armée en Languedoc, et de là envoya quelques unes de ses trouppes saluer un peu la plaine et belle vallée de là comté deRossillon ; si qu'aucuns gentils hommes s'approchèrent presde Parpignan; mais ils ne le firent qu'adviser et guigner de loing, comme fit jadis ce roy d'Angleterre Hierusalem; ce que les Espagnols n'eussent jamais peu croire , que le Hugnenot fust allé pluma: la poulie en leur pays.

Cela faict, allèrent en Dauphiné, Vivarez, et s'y pourmenerént, ayant plus souvant la baguette en la main que l'espée, la pistolle et l'harquebuze, fors qu'à René le Duc, où se fit cette rencontre, qu'on nommera bataille si Ton veut , puis que je l'ay veù à aucuns ainsy appeller.

Cependant la paix se fit, par laquelle messieurs les reistres furent très bien payez aux despens du Roy, et fort contents de M. l'Admirai, et lùy promettons un aube retour pour ce mesme prix quand il les employeroit : et s'en retournèrent , portons un tel renom de M. F Admirai par toutte l'Allemagne , qu'il en resennoit bien autant qu'en France.

Voylà comme sagement ce grand Admirai gouverna et ferra fort doucement ces messieurs les reistres, sy mal aysez à ferrer : et notiez qu'avec leur rude et barbare bizarrerie, ils luy portaient sy grand respect, qu'Us ne faisoient jainais chose insolente et hors de devoir j

de chàstillow. %gg

que; quand 1 il leur remonstroit, ils s'en corrigeoient et luy obeyssoient, voire le craignoient ils.

Pour quand aux François; parmy eux il se sçavoit sy bien faire craindre, que vous eussiez dit que c'estoit un roy, jusques aux grands. .

J'ay ouy faire un conte qu'après le siège de Poictiers plusieurs gentils hommes qui s'estoient retirez de l'armée, et s'estoient allez raffraischir en leurs maisons ou aux villes , quand ils le vindrent retrouver après la bataille de Montedntour, il parla à eux, ne faut point dire comment, et les taxa et tança comme s'ils fussent esté à ses gages.

Il y eut le sieur de Genlis le jeune, qu'on appelloit Y yo y> qui. avoit la teste près du bonnet, qui voulut parler pour tous : « Et mort Dieu ! dict il, monsieur, « qui eust jamais, pensé aqssy que vous eussiez donne « la bataille si légèrement? — Comment, dict M. l'Ad- « mirai, et petit capitaine de merde, osez vous controller « mes actions?* Etçur et luy voulut donner de l'espée, mais il en fat empesché et prié de luy pardonner; ce qu'il fit après qu'il luy eut fait toutes 'les humbles excuses et satisfactions qu'il peut : et sy estoit gr^nd et de bon lieu, et sy avoit commandé à l'artillerie devant Poictiers, et sy depuis ne cessa de le rechercher et honnorer edmme son roy ; anssy luy donna il la charge de mener, ses, trouppes en Flandres, qui furent defiaictes et luy pris.

Voylà comment cet Admirai sçavoit régir ses gens, qui ne luy dévoient ny cens ny renies, et rien qu'une salutation ; car ils n'estoient ny ses subjeetz et vassaux, ny ses stipendiez, ny ses mercenaires : et tputesfois, quand ils estaient en sa présence, un seul petit mot de

3ot) M. t\t>MÎRÀX

courroux les estonnoit, et en absence son seul signet leur faisoit faire ce qu'il vouloir tant il *vOit pris une habitude de leur imperier, qu'il sembloit quelle luy ftisft née et que ses partisans !fe luy défissent.

Pour quand aux soldats et attire menu peuple defc siens, s'ils delinquoient par trop, ils les sçavottbien fchastier; car il a voit estétorfte sa vie si grand poirtiq de guerre, qu'encor qtfil eust affaire de gens, il ne leur pouvoit permettre le vice; et de tous tofiftqu'ik estaient, il estait très aymë et honnore, que quand ils a voient une parole de privante de luy ils s'en tenoient aussy contents comme s'ils l'eussent eue du Boy.

Àussy quand une telle acbordunce règne entre le chef et les membres, ils Sont invincibles; cotinmetant qu'il a vescu ses gens ont feict de plus feeaufe exploicts de guerre qu'ils n'ont faict jamais après : et quand il mourut ; ils demeurèrent sy esperdus et estotmes, que les plus obstinée e*i leur relligion te changèrent sou* dain , si non de ceettr, pour le t&oihs par apparence ; et la pktspart deè ptas gallands d'eux d'àli>rs vindrent à La Rochelle rendre rhuibilkttio* à Monsieur , frêne du Boy , comme j'ay veu ; et nonobstant qu'ils ayeot depuis esleVé là teste , sy regrettent ils tousjours et grand Admirai et le treuveftt à dire.

Il faut cfue je die ce mot, et puis plus. Lors que le roy de Poulloigne s'en alla en son royaume, traversant F Allemagne, il commença par les terres de ce grand comte Palatin (grand l'appelle je tel, cm* il estoit très grand en tout), qui le récent très honnor»ble»ent, comme à luy appartenait. Un jour entre autres il le mena, avec déni ou trois des siens (fe croy que le gros Villeclar en estoit un, et M. de Gua), dans son

D£ CttÀSTlLLQN. 3oi

çatHuet, 1> oà , de prime aspect , i\ vit le portraict de, feu M, r Adwiral, tout de son haut et fort au naturel* Le comte luy diçt : « You* çoçgnoissez bien cet homiue* f moi&îeur >. v«m& avez foit mourir en luy le plus grands « capitaine de ta çtwestjieuté : et ne le deviez pas, car « il voua 9* f$ûct et. au Roy de très grands services . * Aiors le ïtoy luy aMap^Uier W uiewtrele mieux qu'il peut et ^e pta$ doucement, et que c'estoit luy qui le* vouloit faire tous utouri?, et qu'ils l'avoient prévenu. M. le çaoate rç$p#udit seulement : « Nous en, sçavon* % toute l'histoire» «konsieur; » et puis sortirent du ca<* bijpeV ft{ais je tjtens dç très* bon lieu que le Roy fut est?nn£ quand il vit çg jwwtraict et ouyt les parolles de, l'autre t et tutra, en» appréhension que ce jeu fust esté faict à poste pour luy donner quelque estrette.

Voylà la r«p«Mti(W <p*e donna ce courte Palatfn à M. r^dtoHraL Et certes il esteât tel» quand on considm tw* se* uobtas feicts, que sy ,. connue jay dict cy devant, M. de Guyse ayt esté un fort universel capitaine, oestuy cy Va esté ausay , et potur cheval et pour pied r ainsy qu'il le monstra ( comme j'ay dict sur la. fin ) eneor au siège de PoictLçrs, où il monstra euçor des vieux coups d escrime du temps qu'il efctoit couroa»el, et ppur cheval, et. pour vivres» et pour finances, et pour a&tilfcri*.

Enfin pourda^t ( je lairay à plu» spirituels que gioy à parfais fet cQ^araigon d'eux deux ) M. de Guys* eut une chose phi* que luy que je *e diray

pwrt.

Sy M. 4e Guysa fut aue$y etaqu**** Mv r Admirai Testai^ ausey; mai? il estoit plu * savant que luy r car il entendoit et parlait fort bien latin , comme, je l'ay veu;

3 02 If. L*AJ)MIRÀL

car il avoit estudié, et lisoit et estudioit tousjours, quand il pouvoit et estoit hors d'affaires : et fat trouvé après sa mort un très beau livre , qu'il avoit luy mesme composé, des choses plus mémorables de son temps et mesme des guerres ci villes; il fut apporté au roy Charles, qu'aucuns trouvèrent très beau et très bien faict, et digne d'estre imprimé; mais le mareschal de Raiz en détourna le Roy, et le jetta dans le feu, et k fit brasier, envieux du proffit et récréation que le livre eust peu apporter au monde, ou envieux de la mémoire et gloire de ce grand personnage : ce qu'il ne devoit, puis que l'envie ne règne que parmy les pareilz , et qu'autant de semblance ( disoit on ) y

avoit il comme d'un asne à un noble cheval d'Es-

pagne.

Or, c'est assez parlé de ce grand capitaine ; j'efi parle ailleurs au livre des Couronnels ( ! ) , comme je feicts de M. d'Àndelot son frère, ejt en parleray en plusieurs autres endroicts où l'occasion se. présentera.

Si faut il qu'advant je finisse ce long discours, je fasse encore ce petit sur la callumnie et coulpe grande qu'on a tant donné à ce grand M. l'Admirai d'avoir esté cause, par sa guerre ci ville, de la ruine et pauvreté de la France ; ce que trouvarent une fois tout au contraire deux grands personnages, l'un de guerre, et l'autre d'Estat, et très bons catholiques, que j'ouys un jour discourir à la Court dans la chambre de la Reyne-Mere/que, tant s'en faut que cette guerre eust appauvry la France, qu'elle l'avoit du tout enrickie, d'autant qu'elle descouvrit, et mit en evidance une infinité de trésors cachez soubs terre , qui ne servoient

(•) Tome IV.

DE CHA3TILLOV. 3*$

de rien, et dans les églises, et les mirent si bien an soleil et convertirent en bonne et belles monnoyes à si grand quantité, qu'on vist en France reluyre plus de millions d'or qu'auparavant dfi millions de livres et d'argent, et parestre plus 1 de testons neufs, beaux , bons et fins , forgez de ces beaux trésors cachez, qu'auparavant n'y avoit de douzains ; tesmoin un seigneur de par le monde , qui des reliques de Sainct Martin de Tours, et barres d'argent, données par le bon roy Louys XI, en fit une grande barrique de testons : et tant d'autres seigneurs et princes en firent de mesmes d'autres trésors et relicques ; le tout forgé pourtant au coing et effigie de nostre petit roy Charles IX, qui pour lors regnoit. Il en parest encor force beaux et bons. Je ne veux pas dire pourtant que ce fust beau et licite de despouiller ainsy les églises pour en yestir et enrichir les particulliers. Toutesfois, le roy Charles ou Louys d'Anjou, premier luy fut accordé pour lors par le Pape de prendre les reliques de son reaume, pour en faire son proffit et pour les fraiz de là guerre. Voyez Y Histoire de Naples.

Ce n'est pas tout : les riches marchands, les usuriers, les bancquiers et autres racquedeniers , jusques aux prestres qui tenoient leurs escus cachez et enfermez dans leurs coffres, n'en eussent pas fait plaisir ny preste pour un double, sans de gros interestz et usures excessives, ou par achaps ou engagemens de terres, biens et maisons à vil prix ; de sorte que le gentilhomme, qui durant les guerres estrangeres s'estoit apauvry et engagé son bien , ou vendu , n'en pouvoit plus et ne sçavoit plus de quel bois se chauffer ; car ces maraulz usuriers avoient tout rafflé : mais cette

3û4 »• i,*ÀBIIïIlÀfc

bonne guerre ci ville (ainsy l'appelaient 9s) 1« re* taura et mit an monde ; sy bien que j'ay Te» tel gentilhomme, et de boa lieu, qui paradvant marchant par pays avec deux chevau*> et le petit Wquaâs , il m ?* monta sy bien, qu'on le vist^ durant et apeee la guerre civilky marcher par pays av.ee les si» # sept bon» chevaux, et hrave comme le hasiard de h&pé, et aiaay des autres , tant dfua party que d'autre : et avoir ainsy continué eft rachapte leurs biens, voire aquesté et augmenté les ranconoemens que Ton faascut 4a ces gras usuriers milords, quand ou les tenofc ufte fois, leurfoaoient bàw* sortir de par le diable leurs beat» escua 4e kurs. bourcea en despit d'eux,, et fusaent ils onsevrw dans, le* os de leurs jambes.

Et voylà comme la brave noblesse de France s* restaura pair la grâce ( ou la graisse, pour mieux dire > dn cette bonne guerre civille. Force honnestea garo anciens, qui estaient de ces fcemçs comme moy» 9» sçauroBt bien que dire, s ils eu veulent bien faire la recherche et la reveue, et eu toucher la veriW sans passion.

, Ce n'est pas tout ; car nostre roy Chaule*» qui avoit tant da debtes sur les bras, et qui devoità Dieu et au monde , à cause de celles grandes des roys son grande père et. pere^ estait <au tapis et au safran sans cette bonne : guerre , qui luy eu rapporta de bous profficU et esmolumens, à cause de ces découvertes de trésors* et des vendrions et aliénations des reliques, joyaux et biens temporelz de l'église ; le tout pourtant par la permission du Sainct Père , dont il en tira de grand» deniers, desquels toute la France s'en repentit , et priaapalleraent. tes gentilshommes, dont je viens parler.

DE CHÀST1LL0N. 3o5

et les gens de guerre , tant des ordonnances que des cens de pied, qui, point avares, mais nobles despensi ers, prodigu oient l'argent, qui ça, qui là, enbelles despenses et braveries, sans Fembourcer.

Et qu'ainsy ne soit, nous voyons aujourd'huy en là France plus dédoublons qu'il n'y a voit il y a cinquante ans de petite pistolletz, comme j'ay veu, et pareillement plus de testons que de douzains , comme j'ay dict.

De plus, qui est un cas estrange , que Ton considère et que l'on le recherche, on trouvera que quasy toutes les bonnes villes de la France qui se sont ressenties par ces guerres de pillages , de sacz et de rançonnera en tz, sont aujourd'huy plus opullantes et riches que les autres, bien qu'il n'y en ayt guieres de pucelles ; jusques à la bonne ville de Paris, qui n'agueres estoit sy pauvre et abbattue qu'elle n'en pouvoit plus, jusques aux plus belles femmes qui donnoient à .... pour du pain; on la trouvera aujourd'huy plus superbe, plus riche et plus magnifique que jamais, et n'y trouve l'on rien à dire de touttes choses, qui affluent et abondent jusques à estre saoule, si elle ne veut estre insatiable, comme je croy qu'on ne la sçauroit pas saouler.

Je me souviens qu'aux premières guerres que nous prismes Rouan d'assaut, elle fut pillée l'espace de deux ou trois jours à. discrétion. Quand le Roy alla quelque quinze à seize mois après pour reprendre le Havre , il y passa dedans avec toute sa court et aucunes troupes de son armée, l'on n'y trouva rien à redire pour le sac ; et vis laReyne mère s'en estonner, tant elle s'estoit bien remise, et autant ample et opulante que devant, sy qu'il ne nous y manqua rien.

mahtomï. t. 3* ao

3<)6 M. L AOMIRA.L

J'ay veu la ville d'Augoulesme, pillée et repillée par deux fois , à la première et troisiesme guerre, moitié par sac, moitié par les grandes et grosses garnisons qui logearent dedans, des Huguenots et d'autres, aussyde celles des Catholiques par- ampres de me&mes; bref, je l'ay veue fort abatue et apauvrie; elle est aujourd'huy, à ce qu'on dit, la plus pecuiûeu/se ville de nostre Guyenne après Bordeaux et La Rochelle, ce qu'au ne croyroit pas.

Et la. ville dp Perigueux , quoyqu a esté pillée des Huguenots l'espace de cinq à six ans, au^ofurd'liuy oa n'y treuve rien à redire qu'elle nesoitaussy riche, voire plus que jamais. Tant d'autres villes en conterois je } mais j'en laisse la curiosité à plus entendes que moy.

Bref, il faut dire de la France ce qtte disoit ce grand capitaine Prospère Colonne de la duché de Millan , qui ressembloit une oye bien grasse, que, tan£ plufc on la plumoit, tant plus la plume luy rêve noit. La cause donc en est deue à cette bonne guerre civille , tant bien inventée et introdnicte de ce grand M* l'Admirai*

Ce n'est pas tout, les gens-d' église, lesquels cryoiedt le plus après les HuguenoU et leur guerre , y ont gaigné autant que les autres; tesmoins les trésors et richçs reliques qu'ils ont vendu soubs main, en faisant accroire que les Huguenotzles avoient prises par force , aucuns autres fouillez en terre, qu'ils avoient cachez, et donnoienjt à entendre qu'ils avoient t*nt desrobe, et non tant certes queux mesmes s'en estoient secrettement accommodez*

Et sy par la dispense du Pape et volonté d* Roy en ont vendu, s'ils en vendaient pour cinq cens escus, en vendoient pour mille, faisant acraire qu'ils tl'en

DB CHASTILLOIT. 3o7

avoient pan tirer davantage des orfèvres, changeurs i marchands et revendeurs, qui possible estaient nucts à la poste des vendeurs.

Le trésor de Sainct Denis en faict foy, qui fut estimé de l'empereur Charles, quand il le vit sy riche et grand, en sy grande admiration, qu'il le dist estre bastant pour payer deux rançons de roys, y ad j ou s tant le crucifix d'or. Du depuis, on vist tout cela deffiguré et dissemblable an passé*

Davantage, comment ont ils fait leurs orges, ces messieurs du clergé de France, en l'alliennation des biens temporek , que pour cinq cens escus de taxé ils en vendoient pour nulle > allant en augmentant tous»* jours au plus haut sans abbaisser ! Et pour le département des décimes, comment s'en sont ils déportez 4t enrichis, les haussant sy haut, soubs excuses, prétexté et licence de la guerre et de ses frais, que le proffit leur en redondoit plus grand qu'à celuy du Roy et dé ses finances! Et jamais décimes ne montarent sy haut; non pas du règne du roy Henry, qui les mit pour une fois, à sa grande nécessité, à cinq et sis décimes, que l'on a veu depuis taxées sy excessivement, que les pan* vres petites abfreyes, petits priorez et cures, sont sy pauvrement devenues, que les possesseurs d'aupara* vaut ont estez contrainctz de faire cedo bonis (0 , et qnîcter tout à plat; et le tout, par l'avarice et l'enrichis* sèment de messieurs les gros, grands et gras, pourveus de grandes dignitez et grandes prééminences, jusques a leurs facteurs, collecteurs, ramasseurs et receveurs des décimes , qui s'y sont estrangement enrichis*

(0 C'est-à-dire : Gestion de Même. (8: )

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