O X. LE PR1WCE DE CONDÉ
et prend en plein jour de prime abbord M. le baron de Terride, vieux, antien, sage et bon capitaine, fort estimé par les guerres passées du Piedmont, avectouttes ses trouppes ; retourne après triumphant à son bel aise, et se pourmene par la Gascoigne comme il luy plaiit, sans aucune résistance : de telle sorte que ce qu'on en disoit on le reputoit plus tost à miracle qu'à autre chose. Je pense bien qu'il y a quelque historien qui en parle, 6ur tout M. de Montluc. J'en ay ouy conter les grands faictz à gentils hommes qui estaient avec ledict comte, que j'escrirois voulontiers, mais on ne les sçauroit croyre.
J'ay ouy conter de l'humeur de ce capitaine , que c'estoit le plus nonchallaiit en sa charge et aussy peu soucieux qu'il estoit possible, car il aymôit fort ses ayscs et le jeu; niais quand il avoit une ibis le cuj sur la selle, c'estoit le plus vigiilant et songneux capitaine qu'on en0t sœu veoyr, au reste sy brave et variant, qu'il assailloit tout, foyble ou fort, qui se presentast devant luy.
Aussy a il faict de belles guerres et y a esté très heureux, comme il fit dans Rouan, là où il tint le siège plus long temps que la forteresse , ne de là place, ne de l'armée devant, composée de sy grandz capitaines les plus grands de la France, ne le requeroit; souslint lesassautz tant qu'il peut, et au dernier, cédant à la fortune et combattant au dernier point, se retira bravement, et non sy à l'haste qu'il cuyda estre pris, et se voulant jetter dans l'esquif de la gallere en laquelle il se mit et tira vers le Havre; mais en chemin, à Caudebec, il rencontra une pallissade qui avoit esté faicte sy forte pour engarder le secours de la mer, qu'à vogue
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rancade il la faussa et se sauva bravement ; qui fut un effort de quoy les bons mariniers des ga lier es s'en esbahirent pour jamais, bien qu'il n'y ait force pareille que d'une gallere vogante à plaine voille et rame de toutte force, Aucuns disoient que c'estoit un miracle; d'autres disoient que celuy.qui avoit eu la charge de faire faire la pallissade l'avoit faicte de cet endroict foyble * parce qu'on le soubçonnoit favoriser ce party. Je ne le nommeray point. Je parleray de ce comte en d'autres lieux, ensemble de ses frères, Gorboson ou Sainct Jean , et le jeune l'Orge, tous braves gentils hommes que j'ay congneu tek, et deux fortz mes grandz amys, et tous de la religion.
Je parleray aussy de plusieurs autres capitaines huguenote Que sy je voulois à ceste heure les particulariser , je ne sçaurois fournir , tant il y en a eu de très bons, et de cheval et de pied , desquels je parle au chapitre des Couronnées (0; car il faut confesser le vray , que Ton y a recongneu de braves et vaillans gens et de bons capitaines ; et sy eii< est venu après les mortz de bons qui ont vescu et vivent depuis et à ceste heurë> comme j'ay ouy dire à gens plus clairsvôyans que inoy. Ils n'ont appris que des mortz, et sy ne les ont nullement surpassez.
Àinsy fut le prince de Coudé accompagné- de ces braves gens, et aiosy luy et M» l'Admirai se sont faicte craindre et ont planté l'Evangille qui b<mvr geonne et verdoyé aujourd'hiiy encores , et sans Jas*quels elle seroit sèche, et de couleur de feuille morte*
Et diray bien plus, que sy tous ces bons capitaines se fussent mis de nostre coste, et eussent? faict pour le
(')TWelV. (S.)