ANTOINE DE BOURBON
Le roy Henry mort, et le roy François venu à la couronne, l'on eut quelque petit soubçon que ledict roy de Navarre sçavoit quelque chose de la conjuration d'Amboyse , d'autant que les principaux conjurateurs estoient de son gouvernement , voyre aucuns de ses vassaux et serviteurs. Toutesfois, cette raison estoit foyble, mais bien forte celle qu'ils estoient de la religion, que ledict roy soubs main tousjours embrassoit et favorisoit, ainsy qu'il le fit parestre fort à descouvert quand le roy Charles vint à la couronne , et qu'il fat régent par la menée des Estate, par un edict faict qu'on n'eust plus à parler de la conjuration d'Amboyse, ny en rechercher ceux qui en estoient soubçon nez; dont j'en vis aucuns Huguenots qui en estoient bien ayses, que je congnois, et dire ces parolles : « Or, hier « nous n'estions pas de la conjuration d'Amboise , et ne « l'eussions pas dit pour tout l'or du monde ; mais au- « jourd'huy nous le disons pour un escu, et que l'en- « treprise estoit bonne et saincte. »
L'innocence de M. le prince fut publiée avec l'edict de juillet. Le colloque de Poissy ampres se moyenna par ledit roy deNavarre ; et ce fut luy qui à ses propres coutz et despans, disoit on, envoya quérir les ministres estrangers pour s'y trouver : et fut un gentilhomme qui estoit à luy, et s'appélloit M. d'Estourneau, mon voysin et bon amy , qui les alla quérir et les mena en France; depuis il est mort maistre d'hostel du roy d'auj ôurd'huy . Et furent lesdits ministres retournez par ledict gentilhomme qui m'a tout conté, très contentzet bien salarizez de la bource dudict roy.
Ce ne fut pas tout; car il fit faire et publier l'edict de janvier, et rien ne voyoit on à la Court que ministres,