HOT DE NAVARRE
et n'oyoit on que presches; non quietast pour cela la messe par beau Semblant.
Je retournois lors d'Escosse, ayant conduit la Rey ne, que moy et mes compagnons, qui pouvions estre environ cent gentilshommes, suivans ML le grand prieur de Lorraine et d'Anvifle. Quand nous vismes ce changement nouveau depuis nostre despart, nous fusmes bien estonnez.
Sur ce, le pape et le roy d'Espagne ne dorment pas, et font tant, qu'ils gaignent ledit roy par belles parolles et offres, et le recompenser de son royaume de Navarre pour celuy de Sardaigne, qui n'estoit pourtant sy grand et riche que celuy de Navarre, en ce qu'il voulust soustenir la religion catholique , et employer sa puissance pour extirper Theresie. A quoy il preste l'oreille très volontiers; car, et qu'est la chose qu'on ne face pourregner? Et pour ce , le sieur Descars, son grand favory , qui estoit très bon catholique , fut envoyé vers le Pape, duquel il fut très bien receu et renvoyé vers son maistre, plus plein de belles paroles et grandes promesses que d'autre chose et presens, toutesfois sy bien gaigné, outre le bon zelle qu'il portoit à sa religion, qu'il reduisist du tout le roy son maistre à la demande du Pape : dont s'en ensuivit la guerte civille, dans laquelle il s'embarqua sy bien, qu'il y estoit plus avant, et en sévérité plus grande contre les Huguenots, que le Triumvirat mesme.
Aussi fit on de luy un pasquin , qu'il n'y avoit rien pire qu'un renégat; et sur ce en alleguoient les renegatz d'Alger et d'ailleurs ; et un autre où ils faisoient une anatomie où ils n'y peurent jamais trouver de
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cœur ny de fiel, y ayant appelle tous les meilleurs me^ decins et chirurgiens de la Francç. Sy estoït il brave, vaillant, tout phrin de courage ; mais il avoit de là bonté , et pour ce on le paignoit ainsy .
11 ne laissa, estant ainsy embarqué en la catholique, à se souvenir de son profit particulier et des promesses qu'on luy avoit faictes; et pour ce depescha le président de Salva, fort digne homme de son estât, vers le roy d'Espagne ; mais de malheur il fut pris et mené à Orléans, où, sans M, le prince, il couroit fortune de la vie, en eschange de l'exécution qu'on «voit faictà Rouan du président Mandreville (0, duquel la mort dèvoit estre expiée par la mort esgalle d'un autre pre* sident.
En toute cette guerre , pour 6y peu de temps que ledit roy la mena comme lieutenant gênerai du Roy, il s'y monstra fort animé, brave, vaillant, courageux, eschauifé, collerè et prompt à en faire pendre, comme j'ay veu ; aussy les Huguenotz l'en hayssoient comme un diable, et le depaignoient de vilaines injures que j'obmetz; car ces messieurs sçavent aussy bien mal dire que bien dire.
Le siège de Rouan se fit, où il n'espargna ses pas ny sa peau non plus que le moindre soldat du monde; sy bien que luy s' appareillant pour aller à l'assaut, moytié mené du brave et généreux courage qu'il a tousjours possédé, moictié d'ambition et émulation qu'il portoit de tout temps à M,, de Guyse, qui en telles factions se hazardoit tousjours des plus advans, comme j'ay dict, estant dans le fossé etprest à monter, ainsy qu'il s'estoit tourné pour pisser (dont il en fut
(») Esmandreville. (S.)
, ROY DE VAVJLA&E. 33)
fâiet une epitapheque j'obmetz par reverance), il eut une grande harqaehuzadè dans l'espaule, mesme coup quasy qu'eut ampres M. de Guy se, dont il tomba à demy et rendit sa gorge.
Aussi tost il .fut jugé à mort par les fchirurgiem et médecins, ainsi qu'après quelques jours qu'on pensoit qu'il en eschapperoit, il mourût repentant (ce disoient aucuns) d'avoir ainsy changé de religion, et résolu de remettre la reformée mieux que jamais, akisy qu'il le manda à M* lé jfriace son frère f>ar un sien maistre d'tostel qu'on appelloitOsquerque* qu'il avoit -envoyé vers, luy le visiter. Gela *e disoit parmy aucuns de nous autres, au contraire du roy Henry d'Angleterre^ qui, sur la findeses joutfs, voulut remettre la religion catholique. Il estoit 'temps vrayeraent, apfes tant de. maux faicts. ■.-,'.•.»
De sorte qu'il ne fut jiâs guierés regretté, car il estoi^ en termes de grouiller : d'autres le regrettarentfbrt) car il estoit tout bon et gentil prince ,«t mesm.es la Beyne mère, qui, tousjours apprdtenwble, ayoft opi~ nion que» comme grand qu'il estoit > il retendit plusieurs capitaines, gentik V>mmes, soldats et autres, qui sans luy fussent de l'autre oostëav^c le prince, qui aymoient mieux estre avec l'aisné et le chef des armes et du nom- qu'avec te cadet, et que, luy mort, à veue (FotiL oorles ierroit tous disparus de l'armée du Roy, et les uà$ après les autres iroient trouver M. le prince: mais M* de Guy se, qui n estoit paoureux, asseurà la Reyne èl ltiy dict : « Non> nota, madame, « n'entrez poinct en telle craincte et appréhension j «car pour moins* d'un rien je vous en relevé.. Là « bande, qui en partira de l'armée du Roy en sera fort
BRAHTOMI. T. 3. ^ 2*
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« petite, ce que je ne croy encore et, si elle en part, « ce sera autant la purger et bien nettoyer , et n'y res* « tera que le beau grain , pur et nç* , ce quj sera le a meilleur pour nous ; car là où il y a des treistres ic et gços doubles tout va mal, et s'il y en reste, je les « tiendray sy de court et les feray sy bien veiller , qu'ils à n'oseront seulement faire trembler une feuiUe d f ar* « bre. »
' le tiens ce conte d'un grand seigneur qui festoit lors présent , et c'estoit en la chambre de là Reyne à son ooucher , qui commença à se rassurer et côngnoistre à veue d'oeil le vray dé ce que luy dict M. de Guy se, qui pourtant?, regretta leddct Boy; car ils estoient cousins germains et grands amys de longue nlain, des que es roy estoit ML de Vandosine, lieiitënant de roy en Picardie, et appelloit tousjours M. de Guy se 'mon corn* pagnon ; cela s'entend quand il estait en $a grandeur : et M. de Guy se l'appelloit monsieur y quelquefois monsieur mon eôtisit\; le roy de Navarre ly appelloit ausey , et quelquesfcis seigneur eoiisinj enfin i sowvent il* se diversiffioiQilt par appellations, comme ijl leur venoit en humeur, ainsy . <fue ije l'^y vtm z ta^ùs quand il vint en sa grandeur de régent il ne l'appellbit jamais que mon compagnon, car on luy donnait la réputation que c'a esté l'homme qui s est plus, perdu en 4af»ros» perîté et faveur de fyrtune , estant devcba fort âfrëgant» pour l'avoir veu , comme on l'avoieveu, fort petit et bas de fortune, bien qu'il* fust très grand en tout, de race, 4e maison, de grandeur, d'auethoirité, de mfeiite, de valeur et vertu, mais: non. de fortune, qu'il eust apires. Au reste, il devint, disqit on, ingrat un peu àitap droict d'aucuns des siens qui ravoife»l»suiv>y ep wm^dvëreité^
et peu vindicatif envfers ceux qui ïuy àvoièut feict du despkisir fctoflkncë, et f avoïerit quiet* potor aïfer *il«leurs; ainsy qu'il fit envers M. de Béauvaie^Nàrigy; uïi très sage, vaillant et brave capitaine f qfci avait eu de belles et grandes charges, et mourut vaillamment (disent les histoires), qu'il a voit poussé et Advancé et feict son lieutenant de gensdarmes quand il esttfit en Picardie, qui le quicta pour aller à M. de Guyse, dont il luy en Voulut mal mortel, jUsques à Fen ménàeer ; ce que l'autre craignit fort quand il vint en aa tegéncëî mais rien pour cela, car plus grands arays que devant; dont je sçây ce que l'on en dict lors à la "Courl: Telle* bontez pourtant sont fort à louer, et telles nonthallances de vindictes très à prisèfr parmy les roys, grinces et grands seigneurs, ainsy que sçayt bien Pensûftre en cela nostre roy d'aujourd'hùy', son 'fils; qui d'autant plus en approche de t)ieu, lequel deffend leS' vengeances; dont j'énefcpere alléguer forcé notables' eient* pies de sa généreuse bonté eti sa vie I*). '
Ori ne donna que ces deux iti à fcé' grand rdf Anthoine, sinon aussy qu'il estôit fort âdtmhé à TiattiôTùr : finais qui n'ont estez les roys et les grande quî h'àyènt aymé lés dames? autrement ils sont dénature* etadon*
nez au grand et énorme vite:
Pour le resté, il eâtoit ttèàtiich né,brâvè et baillant; car de cette râfce de Bourbon il n'y en â pdittt d'&utres, belle àparanëé, beïïé taille, et plus haute de beaucoup que celle de tous messieurs ses frères, la'majestétoutte pareille , la parolle et éloquence très bemnè. Il acquist et laissa après soy une très belle réputation en Picardie et en Flandres, quand il fut lieutenant de roy
(«) On ne Ta £oinf . (S.)