‹ Œuvres complétes du seigneur de Brantôme, accompagnées de remarques historiques et critiquesChapitre 47 sur 66 · M. LS -OITC DE NEVERS · texte numérisé non relu

M. LS -OITC DE NEVERS

^Empereur n'a jamais peu advanoer ny enjamber sur son gouvernement ; mais luy souvant gaignoit sur sesv terres. 11 accompagna au$sy M. de Guy se, et l'assista bien à la prise de Theonville.

Bref, ce prince a esté tant qu'il a vescu très utiUe à son roy ; aussy estoit il très sage et très bon. capitaine. 11 ne* pouvoît estre autrement , estant issu de cette grande maison de Cleves, où, il y a eu de tout temps de très bons hommes de guerre et grands capitaines, comme de fraiz fut son. grand père messire Engilbert de Gleves , qui accompagna le roy Charles VIII au royaume de Naples, et qui fut l'un des conducteurs des Suisses à la bataille de For noue, qui les y fit sy bien et sy vaillamment combattre, luy à la teste > comme gentil prince et vaillant couronne]. > {

Luy et son fils n'estaient que comtes d'une des nobles, et grandes comtes de France, et M. de Revers, François de Cleves, duquel je parle, eu fut le premier duc, qui certes moiistroit bien qu'il estoit issu d'une trèsgrande et très illustre maison, car il estoit très grand, très riche et très opulent, et avec cela très magnifique, splandidé et très libéral s'il en fut onc, despensant fort» tenant grande maison. tous j purs à la Court et aux armées, un très beau et fort paisible grand joueur» ne se souciant point de l'argent, et toutegfois sa maison tpnt bien réglée et allant tant bien, que nul n'en partait mal . content : et paressoit bien par ses grandes despences qu'il ■ y avoit un grand fondz en cette maison , comme depuis il a apparu au partage de mesdames ses filles : avec tout cela un très homme de bien et d'honneur, et nullqnient coquin, ny pressant demandeur après son roy; car, tk ce que j'ay ouy dire à ce grand

3£ê M. IJ5 DUC DE »EY£&S*

M. Viginaire, son secrétaire et grand favory, il s'est peu ressénty des grands biensfeits de ses roys.

. Il espôusa en secondes nopces madame d'Angnyen, sa cousine du costé de sa feu femme * et qui estoit aussy cousine de feu M. d'Ài^uyen, car elle estait flUe de M. de Sainct Paul et de madame de TeuttevilleO), héritière. Il n'eut d'elle aucune liguée, mais elle eut de hiy un bon advaotage de sa maison. Il mourut de sa belle mort, et laissa son héritier M* le comte d'Eu, que nous avons appelle ainsy, etpnûs M. de Ne vers, car il ne survesquit guiereq son père : il mourut à la bataille de Dreux -par un très grand inconvénient; csr, ainsy qu'il aUoit à la charge avec M. de Guy se , il y avoit près de luy. M. BJanq 0»), enseigne de M. de Guy se, qui, tenant son pistollet couché sur te devant de la celle de son cheval, M. de Nevers luyrdtct*: % Mon <c compagnon , tenez vôstre pistollet haut , car s'il desr «c lâche vous m'en ckuinerea dqns la cuisse, à II n'eust pas plustost dict ce mot, que le pistollet se dèslascha et luy donna le coup qu'il craignait.

Si ne laissa il de combattre de toutte furie et désespoir; mais il fallut de la douleur qu'il s'aliast faire penser : après il mourut, dont ce firt un très grand dommage, cir il n'eust rieadea à ses braves, predeces* seurs , ainsy qu'il le promettait, par sa belle lagon» et par la praticque de guerre qu'il avait ]k fhic^e»; car,* n'ayant pas quinse 4^s i il fit le voyage de VL de Guyse enltalye, en charge de deu3t cens chevaux légers, de laquelle il s'en acquitta tpefe dignement, et puis la continua aux autres guerres jusque* à la paix faicte.

t 1 ) Estoutcviile. (S.) — (f) M. de Thou, Ht. 34, nomme Des Border *eki <pi tu» imprmdettifttiit lq da» de New*. ( h. D» )

M* LE DUC DE JÎEVEftS. 3^7

C'estoit Je plus beau prince , à mon advis, que j'aye jamais veu yt et le plus doux et le plus aymable. Noue le tenions tel parmy nous.; et lors qu'il 3'en alla espouser madame sa. femme en Espagne, fille à M. de Mont* pensier , il y fut aussy tout tel estimé et admire', autant de ceux de la Court que de tout le pays.

Ce fut très grand perte de ce prince. Jl laissa, son jeune frère, que nous appelions le marquis d'isbe, son successeur et héritier, qui mourut aussy fort jçune, et avoit espouaé mademoiselle de Bouillon, une très belle et bonnes!* princesse, et qui Test encor telle, bien qu'elle s'adyance sur L'aage ; mais il ne luy faiçt encor es aucun tort à sa beauté.

Ce prince* , qui a appeloit Jacques de ÇJeves, s'il eust vescu , bien qu'il fust de toyble habitude , sy promettoit il beaucoup de soy, car il avoit en luy beaucoup de vertu. Tous ces deux messieurs de Nevers frères ne demeurarent guieres possesseurs de ces belles terres et grands biens que M. leur père leur laissa; car, estaw ainsy morts jeunes, ils les laissèrent à mesdames leurs sœurs , qui furent mesdames de Nejvers, de Guyse et princesse de, Coudé , trois princesses aus&y accomplies de* touttes les beautez de corps, à moja gré, comme d'esprit qu'on ait point veu,; sy bien, quand qoua parlions. à la Court de cçs trois princesses, bien &ouvant «nous les disions les trois, grâces de jadis, tant elles en avoient de ressemblances , et^ comme de raay, je les ay veues très belles , très bonnes et t#e& aymables. J'espère en parler ailleurs au traieté que je feray de» dames (*).

(0 Voyez le Tome V, discours y, article 4 » où il ne dit que detia m* et CKthejriof dfi Ctëres, femme da jfowy i* dna dt Oui*. (S.)

348 M. LE BUC I>E KEVERS.

' Le sejgneur Ludovic de Mantoue espousa mâdamoy selle Henriette de Nevers ou de Cleves, fille aisnée, et pour ce la duché luy escheut et ledit seigneur fut duc de Nevers. Il avoit esté nourry du roy Henry près M. le Dauphin et en sa court, sy bien qu'il fut très bon et loyal Frapçpis, de telle sqrte jqu'estant pris forl jeune à la bataille de Sainct-Quçntin, où il combattit très vaillamment et acquit beaucoup de réputation, le seigneur^ Ferdinand de Gonzague son oncle, après l'avoir fort caressé, luy dict qu'il falloit désormais tenir le party du roy d'Espagne, qui luy laisseroitsa rançon et luy feroit de très beaux advantages. Il luy respondit qu'il avoit la croix blanche .sy gravée dans son cœur, à cause de la belle nourriture qu'il avoit eue du roy de France et le bon traictement qq'il en Yece» voit ordinairement, qu'il ne sçauroit faire. De telle response si généreuse son oncle l'en estima davantage.

Tout jeune qu'il estoit, il a tousjpurs promis qu'il seroit un jour grand capitaine. 11 estoit de son naturel fort froid et modéré, et n'estoit nullement esvanté, comme plusieurs jeunes gens de sa voilée. Mais pourtant, quand il se feisoit quelques belles party es, ou de cheval ou de pied, il eu estoit tousjoçrs, et sy&en acquittait très dignement, et sa p*rtye paroissoit fort, comme il fit à Bayonneen plusieurs èndroicts, comme je l'ay. veu fyien fort parestre, car il estoit fort adroict à tout; et. avoit avec luy tousjours une belle suitte de gentilshommes ,;tant de ses vassaux que de la Court, et de ceux qui avoient suivy messieurs ses beaux frères. .

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