DISCOURS QUATRE-VINGT-UNIESME
' A&TJÇIi* U
M. DE MOiNTPENSlER. '■•,»
Poi$ que qoqs sommes epcor sur les princes j il pu faut qncor çootir^ier deux, ctparleray de M. de Moi\$pensjer Je premier, M. dé Montpensier, Lo\iys de> Bourbon , fut extraict d? l'estoc de ce grand roy sai.nçt kouys, ainsy qu'il est vray et qu'il en faisoit grande jact^qçe,** t*scha Fort fie l'imite^en l'o^sçrvance de> $ainctere%ion catholique, et en probité de moeurs t^çtf qu'il pouyoiç, bieïTqu il fust homme comjne un autre • toutçgfoiçvil. Vfvoh pfes saintement que Je commun* pour le flœinsle monstrpit il fort p$r apparance; du reste}** pfeîrpwt juger* pui* q*q cela appartient à Dieu de cDfcgppitf f ç la jttste.
Il fut petit fils 4e ce M. de Montpensier, <Jtt médire GiUib^rt 4e Moptpensier > qui fut laissé vice-roy par le roy Charles YUI au royaume de Naples, qu'il garda le rojejix qu'il .pattff. wais après il le perdit par ftujjs
358 M./ DE MOKTPEUSIER.
de secours et d'argent, dont il en mourut de tristesse, autres disent de poyson, autres de sa naturelle mort, qu'il advança des malayses qu'il receut après le traicté d'Atelle mal accomply , comme je l'ay ouy dire audict M. de Montpensier sondit petit fils, dont je parleray maintenant.
Les histoires, tant les nostres que les estrangeres, en parlent "diversement. M. Philippes de Commines y vient au point, auquel je renvoyé les lecteurs, et mesmes quand il parle du traicté d'Atelle, qu'il dict estre le plus ignominieux qui aye esté jamais veu , après celuy des fourches claudiannes du temps des Romains, puis qu'estant encor de reste cinq ou six mille hommes de guerre, tant François qu'Allemans, Suisses, Italiens; ils pouvoient donner une bataille, où, quand ils l'eussent perdue , n'eussent perdu tant de gens de coup de main comme ils en perdirent de pauvreté, faim et misère ; sy que possible l'eussent ils gaignée. Pourquoy non? Les Arragonnois s'en mocquoient fort et s'en mocquent encor, comme je l'ay veu dans Naples sans rire ; mesmes que dans le chasteàu vous en voyez des paintures, qui nous en doit faire mal au cœur quand nous les voyons. Lesdicts Arragonnois et Espagnols disoient, et disent encor, que ce malheur arriva audict M. de Montpensier par une vengeance divine , pour avoir rompu les trefves faictes dans le Castel Novoen sortant par mer, laissant ses pauvres ostages, gens de bien et d'honneur, tels que les histoires nomment, à la mercy du Cousteau de la justice. Que sy Ferdinand fiist esté aussy cruel qu'aucuns de ses prédécesseurs, sans faillir ils avoient tous la teste trenchée p^r juste droit de guerre.
M. DE MOJNTPEWS1ER. '&$$
En quoy ledLct M. de Montpensier fut fortWasmé, tant des siens que des estrangers. .
Ce Gillibert ne mourut sans enfans, car il laissa Louys , Charles et François de Bourbon.
Ce Louys mourut au royaume de Naples, y allant soubs la conduitte du comte d'Armaignac ; duquel Louys on trouve par cscrit que, visitant là les os et la sépulture de son père, et luy donnant de l'eau beniste, il devint sy transy et sy perdu de deuil et de tristesse, que soudain il tomba tout estendu mort sur le tombeau. Je l'ay ainsy ouy raconter à aucuns dans Naples , qui mesmes me disoient qu'il eust mieux valu qu'il eust redoublé son courage pour en faire une belle vengeance, que mourir ainsy, et d'autant plus en fust il esté très honnoré et loué.
M. Charles de Bourbon ne fit pas ainsy; car, tant qu'il prit le party de son roy, il haussa autrement son courage et esveilla ses esprits; car il fut grand ennemy des Espagnols , et en saoriffià plusieurs d'eux sur la me* moire de son père : mais après il lefc ayma bien autant quand il se mit avecques eux, qui luy firent acquérir beau renom et belle mort à la prise de Rome, comme j'ay dict (0. . . • ., ;
Son jeune frère François, très tiraillant chevallier, fut tué à Marignan. * .- , r,
De' toits ces trois enfens venus dudit Gillibert et de Clere ou Clerice de Gonzagues, dont est très grande alliance entre ces deux maisons de Bourbon et Mantoue, la où. ledict M. de Bourbon fut très bien retire et receu c^uand il tira en Italie au service de l'Empe-
C 1 ) Voyez 8oa article ci-dessus, tonte I, discours^x des Capitaines étrangers. (S.)
36o m. de poanrpExsiEfi.
reur,, int leur sœur et première née, dite Louyse de Bourbon, qui fut femme de Lgmysée Bourbon, prince de La Roche sur Yon, don sortit M. de Montpeasier duquel je parle, et qui le premier a esté duc, et les autres paravant ne partaient que tiltees de comtes. •
^1. le, prince de JLa Bûche sur. Yon 7 dit Charles de Bourbon, et Suzanne de Bourbon (0, dilate madame 4e Rieux, mariée en cette grande maison de Rienx en J&etagn e , . ' ■ >
J'ay veu cette .dame Louyse de Bourbon, que, je dicta cœur à M. de Bourbon , une très .hopirarable^ sage et fcerfueuse dame, qui* a vespu .ceatians,; et sa veillessp estoit très belle» car le sens et ja parollejie luy avoieni point manqué. Le roy François II demeura avec s$ Court trois jours à Champi^Ày; il Fallait veoyr fous les jours en sa chaïqhre (laquelle n'en bougeait pour gon irohecille vieillessèi) pyec tous les princes et grands $e la Court : sy fàisoient les Reynes et mères régnantes et touttes les dames, &t entrait lors q«j voujoit. Tout le «fronde l'arregarddit fort attentivement , et moy aussy bien- que les autres > «jt faus» lWimirioiïs> autant pour sa vénérable vieillesse que pour estre sœur de ce grand M. de Bourbon; et les plus vieux, qui l'avaient veii, nous <disdient »qù«lle ttesçembloit -fort à son frère de visage, et d'autant plus la regarda. on, Jl «e sçàuroifc afaoir plus haut )de tirante mis- qâfcndUa est m^rte* là on le fioy, la Beyne et fous les princes de 14 Court, et d'ailleurs ses alliez^bnvoyarentambafisadfinare .et agents pour; se trouver & sesotitraquesi, .âinây iqu'est) lai cous» toniedeoé faire .pairmy Jes jgmndiL : ': .\ :>n t
(c l ) D^oâi sortit M^ 4e Moul^cBiiièr^w.Jtf^k pwnc©-<k la Rçch'e-sttr Yon , et Suzanne de Bourbon, etc. (S.)
M. DE- MOWTPS1TSIE». 36 1
J'ay fait ceste digression de.geilealpgie, quej'ay apprise niesmes de M, de Montpensîer, pour monter son ^roiofc à aucuns doubteux sur la succession dd M. de Bourbon, laquelle il retira en partye petite à ta fin , avec de grandes peynes et ppôcez, puisque lebiefo a esté confisqué à la courpnrte. *
Il n'en peut avoir grand cas du temps du rcfy Fràn* çois pour la hayne qu'il portait à M. de Bourbon , et que la playe qu'il luy «voit faicte estok fort récente encor, et aussy qij'il estqit fort exacte observateur <fe ses edictz et de ses droicts , car il en pretendoit de treg grands par ceiuy de madame la Régente, dont sourdist le mescontentement et là rébellion dudict M. dé Bourbon. .'
, Du temps du roy Henry, il en eut quelques lipéed par le moyen de madame Jacquette de Longvic, dé la maison» ancienne <Je Givry , issue de celle de Chaalon et des palatins de Bourgoigne. Cette dahte, madame la duchesse 4e Moàtpensier, du temps du roy François, par un moyen que Fon'disoit lors, M. d'Orléans la servant (quel mal po tir cela? M. de Rostàin^ qui vit encor , le sçait bien), eqt grande faveur à la Cour ? mais elle n'y peut rien faive à cette succession, pour la raison que f ay dict ; aussy qu'elle estoit jeune et non sy spirituelle comme elle fut depuis. Dû temps du roy Henry elle eut beaucoup de laveur , car elle devint plus babille et gouvernoit fort la Reyne.
Le roy François II vint à son règne, où elle, peut beaucoup, cpr je l'ay veûe gouverner sy bien le Roy; la Reyne, que j'ay jveu aussy deux fois de mes yeuif que le Roy taisait recommander 1» cause de madicte dame, qui faisoit tout et son m«ry peu, 1 et solliciter
36a M. <DE PONTPEKS1ER.
contre la sienne propre. Cela estoit fort commun à la Court; et sy vis une fois M. le cardinal de Lorraine, de la part du Boy , en parler à messieurs de la Court, qu'il avoit aussy envoyé quérir à son hostel de Cluny lors que le Boy alla à Orléans, et leur recommander le droict de ladicte dame (elle y estoit présente), jusques à dire que le Boy la vouloit gratifier en cela qu'il renonçoit pour sa part et son droict à cette succession, et qu'il n'en vouloit nulle portion ny part, et qu'ils passassent et coullassent cela le plus légèrement pour luy qu'ils pourraient
Pour fin, cette princesse et ce prince et les leurs, les uns après les autres, ont tant travaillé, sollicité et plaidoyer qu'ils en ont eu pied ou oesle, fors la duché de Chastelleraut, que les roys par cy devant n'a voient voulu desmordre et l'a voient mise à leur propre, laquelle depuis donnarent pour appannage à madame leur sœur naturelle légitimée , que nous avons veu long temps appeller madame de Chastelleraud , au jourd'huy madame d'Angoulesme (0.
A ceste heure ce duché est retourné à cette maison de Montpensicr, laquelle peut maintenant dire avoir congneu la fortune d'une et d'autre façon, car elle a demeuré long temps pauvre ; et disoit on du règne du roy François et Henry au commencement, que M. de Montpensier estoit le plus pauvre prince de toute la France , et il est mort le plus riche après le chef de son nom, qu'est le roy de Navarre, car il a laissé à son héritier plus de trois cens mille livresde rente, et en argent monnoyé et autrement, bagues, joyaux et meubles,
(0 Diane légitimée de France. Voyez son article, tome V, discours yi, article 12 des Dames illustres. (S.)
plus de .trois cens mille escus (ce disoit on à la Court, et comme je l'ouys dire à un grand qui le sçavoit bien) lors qu'il mourut : sy bien qu'on disoit de luy qu'il ressembloit les chevalliers de Malte, qui sur l'aage avoiçnt des biens et honneurs; car de ces règnes là que je dicts il n'eust tous ces grandz biens.
Il ne fut non plus advancé en grades ny honneurs, ny à la Court, ny aux armées, auxquelles pourtant.il se trouvoit près de la personne de son Roy, en simple et privé prince > ne commandant qu'à sa compagnie de gendarmes (le père de Fontaine Guerin, brave et vaillant'capitaine, estoit lors son lieutenant), qu'il avoit tousjours belle et la mettoit tousjours en besoigne, à laquelle il sçavoit tousjours bien commander : que sy elle faisoit une petite faute, il disoit qu'elle avoit faict de la sotte; sy bien qu'un temps cela couroit à la Cour, qu'on disoit : « Vous avez faict la compagnie de « M. de Montpensier ; » qu'estoit autant à dire :>« Vous « avez faict de la sotte. » Il estoit très brave ,et très vaillant prince, ainsy qu'il le fit bien parestre à la bataille de Sainct Quentin , là où il fut pris en combattant vaillamment : il eut pourtant quelque petite charge de régiment au règne du roy François II, pour l'amour des hauts bruicts et crieries qu'on faisoit, que les princes du sang estoient du tout reculiez d'auprès de la personne du Boy, et n'a voient nulles charges, grades ny dignitez. On luy donna le gouvernement de Touraine et d'Anjou, et à M. le prince son frère celui d'Orléans, où fut son lieutenant M. de Scipierre , qui servit beaucoup contre la conjuration d' Amboise. Aux règnes de nos autres roys Charles et Henry, mondipj sieur de Montpensier commença et continua d'avoir force
364 K * DE MONTPEMSU».
grandes charges. Quand la puremierç ^ifeir^-ûiyffle vint , il fut lieutenant de roy- en ttiusoes pa^^^n^ù, 1 le Mans, le Perche, Touraine et; autrui pays cfroehvoysins $ etdà en cette gu'erre, votîlàtrt'-.dfc 4etyt ii&itçP le roy sainçt Louys, son grand mifoueiy contre lè^ Ikfidelles , cestuy cy , disoit on , de tpesnic se» monstrai animé . contre les hérétiques qu'il ♦hpyssô^morteîiement, jusques là, quand il les prenojj; par, c#bmws$tiop, il ne la leur tenoit nullement ,clisftn* q*'à tun hérétique on n'estoij; nullement obligé de %jj$$er sa foy, ainsy qu'il le pratioqua bien Ji l'ëttdroictdu capkaine des Marays, qu'il prit datas le chasteaa* de Rochefort sûr Loyre par honneste capitulation et sui* sa foy, et puis le lit exécuter aupsi tOst> se' fondant $w son apophtegme que je viçns de dire.*; -
Quand on luy amenoit quelques prisonnier^, sy c'estôij; un homme, il luy disoit de pleyn abord S«fale* ment : « Vous estes un huguenot*, mon amy , jç vous «recommande à M. Babelot. » Ce M. Babelot estait un cordellier, sçavant homme, qui le ^dttveçnoif fort paisiblement et ne bougeoit jamais d'auprès dé roy , auquel on amenoit aussi tost le prisonnier, et luy, wi peu interrogé, aussi tost condamné à ihdrt et èxèdité.
Si c'estoit une belle fengne ou fille, îl ne jefttr diaoit autre chose, si non : * Je vous rWommandç t mon «Éguydotf; qu'on la liiy mené. » Ge giiydon estoit M. de Mbntoiron , de l'antienne maison de, l'archeyesque Tui*pin, et en portoit le nom de Turpin;il estoit un très beaç gentil homme, grand, de haute
(0 Montoiron. C'est ainsi 'que he nom se lit dans le Comme*uire qu*a fait M. Godefrqy de la Bibliothèque de "M. de Montpeusier, p, 3o5 de la Description dul'ûe de* Hèmiufchroêitu. (X. O.)
». bE MÛHTPES8IEK. ' 365
taillé^ çt âVeo cela sy bien proportionné dé son inembre. . cjrfoh diàftit estre**deqie*suré et insatiable. Avec cela Tepigcsiôiti linsy £es pattvrçs prisonnières, lesquelles, possible aucunes,' mesmes les femmes , en estaient très ayseset eussent désiré tousjours une telle punition. Quant aux pauvres filles, je croy que le mal leur estait cuysant pour un temps.
Je ne sçay si tout cela est vray ; mais j'estois présent tin jour à undisner de feu M. de Guy se, à qui on fit ce tonte, 'en présence de tixadame de Guyse sa femme , de mademoiselle cfe" ta Mirande et autres damés et filles de la Cour qui estaient à table, ausquelles M. de Guyse leur eri fit la guerre, et ne fut sans rire*Et si ce mot se dit longtemps à la Courparnii les dames et gallans de la Cour, qui leur disoient : « Je me recopimande au guydon « de M . de Montpensièr, »dont aucunes sçavoient laproportjbôet disoient:, ce Ab ! Dieu nous en gard. » D'autres disaient: « Il nous feroit que 1» raison. » Ce guidon fut en ce temps despesché par M. deMontpensiérversleRoy, où il n'avoitguières esté veu; mais je vous asseure qu'il fut bien veu. à la Cour et fort admiré pour sa grande dextérité naturelle, et mesmes des* dames, dont j'en vis aucunes cfui en rioient bien soubs bourré et en disoient bien leur rastellée.
Voylà la punition de ces pauvres dames huguenottes,» Siventéepa&rM.deMontpensier, qui me fait penser avoir esté priée et tirée possible deNicéphore, par M. Babelot, oùildit quel'empereiMrTheodose osta et abolit une cous-* èurae qui estait de long-temps dans Rome, à sça voir que, si quelque femme avoit esté surpriseenadultére,JesRo< fttainsJa punissaient non-par la collision du erimequ elle avait conrnms, mëis par pkis grand embrasement de
paillardise ; car ils enfermoient en une estroitte logettc celle qui avoit commis l'adultère,- et puis après permettoient impudemment qu'elle asstmvist sa lubricité et paillardise son saoul, et d'un chacun qui voudrait venir ; et qui estoit plus vilain et sale, c'est que les compagnons galants et paillards qui alloient , se garnissoient et accommodoient de certaines sonnettes au temps qu'ils avoient compagnie avec la dame, à ce qu'au mouvement elles, faisant un son et tintement, donnassent non seulement avertissement aux passans et escoutansde leur fait et besoigne qu'ils y est oient, mais aussi afin que, par ce moyen et à ce son de sonnettes, fust enseignée cette peine conjointe avec injure et opprobre. Quel opprobre ! dont elles s'en soucyoient beaucoup.
J'ay faict cette digression parce qu'elle m'est venue en main, et m'en fust eschappée une autre fois, et aussi qu'il faut un peu rire quelque petit coup, et n'estre pas si sérieux qu'on ne se jette sur la bouffonnerie et risée.
Pour retourner à mondict sieur de Montpensier, après qu'il eut bien purgé son gouvernement d'Anjou, Touraine et autres, puis par l'assistance aussy que luy firent messieurs de Chavigny et Puy gaillard, deux très bons capitaines, et le capitaine Richelieu, qu'on appelloit le moyne Richelieu, qui avoient tous faict très bien autresfois en Piedmont, et ailleurs faict de très belles preuves de leur valeur, il fut envoyé lieutenant de roy en Guyenne, Poictou, r Âunix, Xaintonge et Àngoumois, où il servit très bien le Roy; et les Huguenotz trembloient fort soubs luy , et eussent èncor plus faict, sans que le roy de Navarre vint à
M. DE MONTPEWSIER. 367
mourir : ce bon homme s'alla proposer en son ambition (car il en avoitsa bonne part, comme ceux de sa sorte doivent en avoir) qu'il tiendroit sa place en France, comme lors premier prince du sang après M. le cardinal de Bourbon, mais son chappeau rouge l'excusoit, qui nonobstant y aspiroit un peu ; et pour ce demanda au Roy son congé, que moitié l'un, moitié l'autre, luy accorda. 11 s'en vint à la Court, disant aux uns et aux autres, quand il s'offroit à eux, ce seul mot : « A ceste heure j'ay moyen de vous tous recong- « noistre et faire plaisir, pies amis; car vous sçavez « bien que le roy de Navarre est mort, (sans dire autre « mot) et que je m'envoys à la Court. » Mais y estant, comme je l'y vis arriver au bois de Vincennes, il se donna garde qu'il trouva sa place prise et qu'il n'en tint autre qu'auparavant; car il avoit affaire à une maistresse femme que la Reyne mère , qui ne vouloit point de compagnon en ce lieu là, etaussy à feu M. de Guyse le Grand, qui s'entendoit avec elle, et qui d'un seul clin d'oeil gouvernoit la France, pour la grand créance ^ qu'elle avoit en luy, et qu'il avoit les forces en main.
Toutesfois il sembla (et le disoit on) que mondict sieur de Montpensier en fist du malcontent, et voulut induire M. le cardinal d'en faire de mesme, car ils-ne bougeoient d'ensemble ; mais on leur donna à tous deux cette petite souppeàla gorge (ainsy parloit on), qu'ils seroient les chefs du conseil. Et sur ce encor la Reyne les sceut bien mener et plastrer, qu'ils se sentirent encore très heureux de ce petit morceau. Ceux qui estaient de ce temps, et qui ont veu ces misteres comme
308 M. DB MOH9PBNSIEA.
moy^ se souviendront bien sy je dicts vray ou non, car y&y veu tout cela àossy bien qu'eux.
» Les seconds troubles vindrent, où M. de Montpenster fiit, ordonné du Roy, avec M. de Nemours, de mener l'avantgarde , qui fut autant que s'il ftrst esté lieutenant de roy ailleurs, voire plus là où est la personne de son roy ou de M. son frère, qui le représente en tout, et tel que celuy là, car il n'y en eut jamais en France qui ayt eu telle auctorité.
Les troisiesmes troubles s'ensuivirent par ampres coup sur coup. Il fut lieutenant de roy, et à luy ne firent nul scrupulle d'obeyr les plus grands et bizarres capitaines d'alors, comme messieurs de Martigiiés, de Brissac et d'Estrozze. Ce fut lors qu'ils deffîrent les Provençaux 1 en Perigord, qui fut une deffaicte de grande importance pour les Huguenotz. Cela faict, il s'alla joindre avec M. nostre gérerai vers Chastelleraud ; et bien luy servit d'estre bon et sage capitaine, de foire bonnes et longues traictes potir cela, car messieurs le prince et l'Admirai le suivirent de près pour se ipettre étitre deux , et empescher leur assemblement*
M. de Montpensier m«noit tousjours l'advarttgarde,
ètt il éstoit tousjours fort honnoré des nostres et redoîibté des Huguenotz , car il ne parloit que de pendre, comme il fit à Mirabeau : et s'il eust esté creu, il ne s'en fust guieres escbappé d'eux ; mesntes à ce grand M de La Noue, et qui meritoit toute courtoisie, lors qu'il fut pris il ne se peut garder de luy dire : « Mon <t étoy, vostre procez est faict, et de vous et de tous <t Vos compagnons; songez à; vostre conscience. » Mais M. de Martigues vînt là, qui le sauva, .comme je diray ailleurs.
M. DE MOaTPEJfSIER. Jgg
Les quatriesmes guerres s'esmeurent. M. de Montpensier fut encor lieutenant de roy ; car il ne reffusa jamais de ces commissions, pour la hayne qu'il portait aux Huguenote, et pour le sainct zelle de sa religion. Il vint en Poictou , où il trouva de l'affaire et un homme que je viens dire, M. de La Noue, qui luy en donna bien, et mesmes au siège de Fontenay et Luzignan, qu'il prit pourtant à la fin : aussy avoit il de bons capitaines, et de cheval, comme M. de Chavigny, M. du Lude , gouverneur de Poictou , PuygaiUard et autres, » et de gens de pied, maistres-de-camp messieurs de Sar*. riou , de Bucy et Lucé.
Le siège de Luzignan fut fort long et de grand combat : j'en parleray possible ailleurs. Il fut pris, et, pour éterniser sa mémoire, il pressa et importuna tant le Roy nouveau venu de Poulloigne, qui le voulut en ce, gatifier, qu'il fit razer de fonds en comble ce chasteau, sy admirable et sy ancien , qu'on pouvoit dire que c'es* toit la plus belle marque de forteresse antique, et la plus noble décoration vieille de toute la France , et construîcte, s'il vous plaist, cj'une dame des plus nobles en lignée, en vertu, en esprit, en magnificence et en tout, qui fust de son temps ,fvoire d'autres, qui estoit Merluzine, de laquelle y a tant de fables; et, bien que soient fables, sy ne peut on dire autrement. que tout beau et bon d'elle ; et , si l'on veut venir à la vray e vérité, c'estoit un vray soleil de son temps, de laquelle sont descendus ces braves seigneurs, princes, roys et capitaines portans le nom de Luzignan, dont les histoires en sont plaines , ceste grande maison d' Archiac en estant sortie à Xainctonge et Sainct Gelais, dont les marques en restent très insignes.
BRAVTOME. T. 3. 2 <
$70 M. MB MOiHTPEA'SIfilfc.
Lors qbe la Reyne mère fit la trefve avec Monsieur, frère du Boy , à Jazeneuil) que Monsieur estent à Saint- Melant (j'estois lors arec elle, messieurs d'Estroze, de Grillon» Laussac et La Rochepouzay ; il n'y avoit que nous quatre de courtizans avec elle ) , l'emy e luy prit, en s'en retournant à Poictoers, de s'eslbigner ub peu deson cheiriin, et passer à Luzignan pour en voiries ruyncB.
Certes elle lôs y vit, et qui luy toucharent, fort au coeur; sy que Ton vis eu parler fort tendrement, et dire ces mots : «Hé! felloit il que sy belle, forte et « noble place, à^l'appetit d'une certaine opiniastreté mal et à propos de M. de Mo ritpensier, soit estée ainsi ruynée « de fotofc en comble ï Que quand le Roy mon fils bien « qu'il y eost esté eri personne, et qu'elle luy eust feict «telle résistance, il ne l'eust jamais voulu faire abattre, <t Je m'en assure ; pour le moins ce ne fiist pas esté par «mon conseil, car c'estoit la perle antique de toutes <t ses çiaisone, et le- plus bel ornement qu'on y eust
* sceuveoyr. Jamais ne l'avoir veue, dict elle, si non et lors- qu'estant bien jeupe j'y passay au voyage de Parà pignan; mais, pour ma jeunesse d'alors, je n'en avois <r jamais cotieeu l'impression de sa beauté et grandeur *• comme je la comprehds encor par sa ruyne i que sy «r jeTeusseeue sy bfeti empreinte en mou esprit comme « je l'ay, je vous asseure que le Roy mon fils n'eist
* donné jamais à M. de Mbntpensier le congé de l'ab*
* battre à l'appétit de sa passion , et jamais Chainenrad ce n'eust triu*n£hé desy noble et riche despouille pour k bastir et agrandir & petite maison de Marigny. » Car H faut nottefr que le Roy en donna touitte la ruyne audit sieur de Chameraud, qui avoit esté sou enseigne de
gensdàrmes quand il estoit Monsieur , dont i| en a foit bastir une très belle maison , qui n'est qu'à deux lieues de Ltrzignan, qui s'appelle Marigny.
Yoylà ce que j'en vis dire à la Reyne, qui se pourmena, advisa partout, et s!y amusa sy fort, que, bien qu'on hiy dist qu'il se faisoit tard et n'arriveroit qu'à la nuict noire à Poictiers , comme elle fit , n'en laissa «a contemplation.
Je la vis aussy fort blasmer le sieur de Saincte So~ line , qui l'avoit laissé prendre et perdre en estant capi* taine, et en avoit achepté la capitainerie du sieur de Vigean, que luy et ses prédécesseurs de Ja maison du Fou avoient gardé plus de six vingts ans.
Car on disoit que ledit Saincte Sollîne , aymant un peu trop l'avarice , n'avoit leans qu'un pauvre vieux morte paye, qui se laissa surprendre : que s'il n'eust ouvert la porte et l'eust bien fermée seulement, et ne parler à personne , cette place estoit imprenable à tout le monde.
Voylà la pitié et ruyne de cette place. J'ay ouy dire à un vieux morte paye, il y a plus de quarante ans, que quand l'empereur Charles vint en France, oii le passa par là pour la délectation de la chasse des dains, qui estoient là, dans un des beaux et anciens parez de France, à très grande foyson, qui ne se peut soûler d'admirer et de louer la beauté , la grandeur et le chef d'eeuvre de cette maison, et faicte, qui plus est, pai une telle dame, de lacpielle il s'en fit faire plusieurs contes fabuleux, qui sont là fort communs, jusques aux bonnes femmes vieilles qui lavent la lexive à la fontaine, que la Reyne mère voulut aussy interroger et
ouyr.
. Les unes luy disoient qu'ils la voyoient quelquefois venir à la fontaine pour s'y baigner, en forme d'une très belle femme et en habit d'une veufve ; les autres disoient qu'ils la voyoient, mais très rarement, et ce les samedis à vespres (car en cet estât ne se laissoit guieresveoyr), se baigner moictié le corps d'une très belle dame, et l'autre moictié en serpent; les unes disoient qu'ils la voyoient se pourmener toute vestue avec une très grave majesté; les autres, qu'elle paroisjsoit sur le haut de la grosse tour en femme très belle et en serpent; les unes disoient que, quand il devoit arriver quelque grand desastre au royaume, ou changement de règne, ou mort et inconvénient de ses pare ns, les plus grands de la France, et fussent roys, que trois jours avant on l'oyoit cryér d'un cry très aigre et effroyable par trois fois : on tient cestuy cy pour très vray ; plusieurs personnes de là qui l'ont ouy l'assurent, et le tiennent de pères en fils; et mesmes que, lors que le siège y vint, force soldatz et gens d'honneur l'affirment qui y estoient; mais surtout, quand la sentence fut donnée d'abattre et ruyner son chasteau, ce fut alors qu'elle fit ses plus hautz crys et clameurs. Cela est très vray, par le dire d'honnestes gens. Du depuis on ne l'a point ouye. Aucunes vieilles pourtant disent qu'elle s'est apparue , mais très rarement.
Pour fin et vraye vérité finale, ce fut en son temps une très sage et vertueuse dame, et mariée et veufve, et de laquelle sont sortis ces braves et généreux princes de Luzignan, qui par leur valeur se firent roys de Cypre , parmy les principaux desquels fut Geoffroy à la Grand Dent, qu'on voyoit représenté sur le portail de la grand tour en très grande stature.
Je n'ay v guiere veu de personnes qu'ayent veu ce chasteau en son lustre et splandeur, et puis en sa mémorable ruyne, qui ne maudit M. de Montpensier et son opinjastreté folle en cela : sy que les roys ses enfans ( disoit ladicte Reyne) n'en avoient tant faict envers les villes qui avoient tenu, eux presens, contre eux, et ne les avoient desmolies, et luy avoit voulu faire plus qu'eux et se faire craindre et respecter.
Aussi tint on de ce temps là que ce prince susdit ne l'emporta guieres loin qu'il n'en eust une estrette bien sarrée ; car le Boy le voulant continuer en sa charge de lieutenant gênerai , et l'envoyer en Xainctonge et aux isles pour achever ses conquestes et l'y faire obeyr , il n'y voulut point aller; ains, voulant passer son ambition plus avant, ce luy sembloit, il sçait comme le, Roy s'achemine à Reims pour s'y faire sacrer , il s'y achemine aussi poijr s'y trouver au sacre, et là y tenir le premier rang après Monsieur et le roy de Navarre, et l'oster à M. de Guyse qui estoit là avant luy. Mais à quelles journées et en plain hiver! les plus grandes que j'aye jamais veu faire ; car lors le Roy m'ayant envoyé vers M. de La Noue à La Rochelle, et m'en retournant en poste le retrouver, je treuve mondit sieur de Montpensier à Bloys , ainsy que je courois et luy à ses journées; il arriva le soir à Paris, que je n'y estors arrivé que le matin ; et comme j'estois allé veoyr madame de Guyse, qui estoit lors en couche, et que je parlois à elle, nous nous donnasmes la garde que nous vismes M. de Montpensier sur les bras, dont je fus fortestonné pour l'avoir laissé bien loing : marche de mesme de Paris à Reims.
Ayant esté adverty de son intention à vouloir tenir
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le rang audict sacre, et entendu M. dp Guy se aussy, qui ne luy vouloit pas céder ny perdre le sien , et mal ay sèment souffroit passer telle paille par le bec ( car il eust fallu que ce fust esté, ou Dieu ou le diable), commença à rentrer en collere et rumeur, et protester que sy M. de Montpensier s'hazardoit le moins du inonde de vouloir esjamber sur sa dignité, qu'il luy fairoit autre tour que ne fit Philippes le Hardy, duc de Bourgoigne, à l'endroict de son frère; car il le prendrait par le collet, et le chasseroit de là et le jetteroit par terre, ou possible feroitpis, selon que la collere le dominer oit, tout son beau frère qu'il estoit: car en cela ce sont les premiers anciens pairs de France qui tiennent lieu et rang là, non pas les princes du sang «y autres. Je vis le Roy , la Reyne et toute la Court esmeue bien fort pour tout cela, et à trouver remède pour y pourveoyr; mais on n'en peut trouver aucun, pour la brave resolution de M. de Guyse.
Ce fut donc à opiner et arrester du tout de mander à M. de Montpensier de ne se haster point tant à venir. Nonobstant, il vipt près de deux lieues de Reims, résolu de passer plus outre. Mais, ayant bien sceu au vray
la resolution de M. de Guyse, et qu'il y auroit du bruict et de la batterie , et n'y fairoit bon pour luy, et que le Roy luy manda qu'il avoit peur de quelque grand scandalle, ce fut luy qui s'arresta tout court, et ne se trouva au sacre qu'il avoit tant abbaye dès la prise et ruyne de Luzignan , qui luy fut possible malencontreuse en cela ( ce disoient aucuns ) , et que madame Merluzine avoit là beaucoup opéré.
Il en couva pourtant en son ame un grand despit et extrême colère contre M. son beau frère ( mais
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cela s'acooiria après) , et très grand mescootostemetit contre le Roy : et quelques mois après, Monsieur ayant pris les armes pour estre malcouient et mal traicté du Roy , Sa Majesté luy voulut donna* sa lieotenance-generalle contre Monsieur; mais il la refusa tout à plat , disant ne vouloir aller contre le fils et frère de ses roys, et que «nondict sieur avoit quelque occasion de $e mescontenter et mutiner , et qu'il le fallait appaiser et contenter. A quoy il poussa sy bien avec la Reyne , que l'accord se fit et trefves forent accordées à Jazeneuil, entre Sainct-Mexant et Poictiers : et luy furent* accordées force villes et places pour sa retrajcte, cependant à quoy mondict sieur de Montpensier travailla fort pour l'y faire entrer et ses gens, et prkicipailemont à Àngoulesme, où il receut un affront que je diray ailleurs. Àinsy, M. de Montpensier se lia les bras contre Monsieur et ses gens et les Huguenote qui tousestoient avec luy et l'avoient esleu leur protecteur : ce qu'on trouva à la Court et en France fort eôtrange, que ceiuy qui avoit esté sy grand enneray et le fléau des Hugùenotz, maintenant il en estoit à demy apuy at soustient ; ce qui fit penser et dire à aucuns qu'il se laissoit plus dominer à son mescontentement et à son ambition qu'à sa religion , ce que n'eust pas fait son grand patron, le roy sainctLouys, avec les Sarrazins, disoit on.
11 en bailla un pareil exemple lorsque M. de Nevers et luy eurent une grande querelle pour quelque parolle que M. de Nevers avoit dict en secret de Monsieur, frère du Roy, à M. de Montpensier, à cause de son mescontentement et eslevation, qu'il alla rapporter à Monsieur; dont Monsieur en voulut estre esclaircy
et en avoir raison. Mays M. de Nevers hya les avoir dictes , et donna quelque desmenty en l'air; dont s'ensuivit une grosse querelle , et à qui* feroit plus d'amas de ses parens, amis et serviteurs. Sur quoy le roy de Navarre s'envoya offrir à M. de Montpensier avec tous ses Huguenotz, que M. de Montpensier , sans aucun respect de sa religion, contraire à la huguenotte, accepta très voulontiers et fort librement. Il y avoit de l'autre costé M. de Guyse avec tous ses bons Catholiques (je sçay bien que m'en dict un jour M. de Guyse): sy bien qu'il y eust eu du combat et de la tuerie sans la deffence du Boy qu'il leur en fit, et l'accord qu'il en traitta après.
Voilà ce qu'on en a plus voulu objecter à M. de Montpensier, de s'estre voulu ayder des Huguenots, et aussy qu'il traicta et fit la paix avec le roy de Navarre et les Huguenots lors que nous avions le siège devant Brouage.
Ce bon et grand pripce faisoit estât et grand gloire < comme j'ay dict ) d'estre descendu de l'estoc de ce grand et bon roy sainct Louys, et s'efforçoit fort à Fimitter et se façonner à ses bonnes et çainctes mœurs et belles dévotions.
Il avoit certes raison, car de plus beau modelle et patron n'eust-il sçeu choisir ou trouver pour s'y conformer, non à celuy du duc Charles d'Anjou, roy de Naples, son frère, qui pour valeur n'en cedda rien à sQn dict frère, mais le surpassa bien en toutte cruauté , tesmoin celle qu'il usa envers le roy Manfroy et Conradin, après les avoir desconfiz en batailles, et envers les prisonniers qui y furent pris, tant seigneurs, gentils hommes qu'autres , les uns massacrez , les
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autres les yeux crevez } les autres morts en prison misérablement de fain et de vermine , jusques à la reyne, femme de Manfroy , et ses enfans, morts ainsy en prison. Voyez Y Histoire de Naples, et autres qui en content assez à mon advis de ses cruautez. Âussyj ne les porta il guteres loing; car Dieu , juste vangeur des cruautez ? luy en rendit de bonnes et cuysantes en durs chastimens, comme les vespres siciliennes, où tant de braves et généreuses âmes en partirent, jusques à une infinité d'innocens , son armée de mer deffaicte par trop desastreusement ; son fils y prist cependant son deffy contre le roy d'Àrragon , et puis de despit et tristesse il mourut. Il y avoit bien du subjet ; de .sorte que j'ay ouy dire dans Naples à de grands personnages discourans de luy , que bien luy a servy d'avoir eu un frère si sainct et homme de bien que son frère le roy sainct Louys , car sans luy et ses intercessions ils le penseroient damné en enfer; et ainsy me disoient ils qu'il faut que d'une race qu'il en sorte des uns et des autres , comme faict un potier, qui d'une mesme terre et arzille faict des pots et des vases , les uns pour l'honneur et la beauté, les autres pour l'infamie et la salauderie.
Ainsy me parloient ces grands personnages à Naples , pon qu'ils ne me l'exaltassent grandement , comme de vrayeily avoit un infinité de subjectz, mais par sur tous la reyne sa femme, madame Beatrix de Provance, qui le fit bien valoir , jusques à vendre ses plus précieux joyaux pour luy faire avoir une couronne : j'en parle ailleurs.
Pour fin, ce grand prince a esté très brave et vaillant , et qui a tousjours très bien faict où il s'est trouvé,
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et est mort en réputation d'un bon et sage capitaine, et laissa après soy un très brave et vaillant fils , M. de Montpensier, que dn temps du père nous appelltow le prince Dauphin , duquel j'espère en parler en la m de nos deux roys derniers, ensemble de M. de Montpensier d'aujourd'huy, qui, tout jeune qu'il est, a faict tout plain de belles preuves de ses armes et courage, ainsy qu'il parest aux belles et honnorables marques qu'il a receu d'une grande hârquelrozade au visage, sans autres grands combatz, rencontres et siegefc qu'il a desjà faicts en un sy bas aage, que c'en est une chose très estrange; outre plus, que c'est un très bon etgracieux prince, vraye semblance de ce bon rôy saioct Louys, autant en bonté qu'en valeur, comme j'en par* leray ailleurs.
ARTICLE II