M. LE PRINCE
vieilles oongnoissances de ce temps, il les festina très superbement et y fit très bien l'honneur de la maison de France pour son costé, car il estoit très libéral autant' que M. son frère avare.
Au retour de ce voyage il mourut, n'ayant laissé après luy aucuns enfans, en ayant perdu l'un des beaux , gentils et honnestes princes qu'on eust sceu veoyr (M. le marquis de Beau Preau se nommoitil), qui mourut à Orléans ainsy que le Boy et toute sa jeunesse se joûoient à cheval. On dict que le comte de Maulevrier ( J ) le porta par terre et le creva, dont M. son père en eust sy grand despit, qu'il chercha ledict comte long temps pour le tuer, et fut à luy à s'absenter et à se perdre de veuë de luy,» car il luy alloit de la vie.
Toutesfoisle Boy et la Beyne, quelque temps après, obtindrent de M. le prince qu'il oublieroit le tout et ne luy demander oit rien, en ce qu'il ne se monstrast jamais devant luy, autrement il perdroit patience et entreroit ensy grande collere et regret de. son antienne douleur, et ne se pourroit tant commander qu'il ne le tuast. A quoy il ne faillit pas une fois que nous tournasmes de la prise du Havre, que M. le prince, sortant de la chambre des filles, qui estoit en un lieu bas, etle comte y voulant entrer, fut rencontré, et aussi tost mondict sieur le prince mit l'espée au poin. Ce fut à l'autre à avoir bonnes jambes , et par bon encontre va trouver une fuye qu'il contourna plusieurs fois, ainsy que M. le prince le poursuivoit tous jours l'espée au poin; en fin il se sauva galantement, dont il y eut après de la risée parmy nous, songeant a ceste fuitte
- (') Charles Robert de Maulevrier. (L. D») A •
DE Là ROCHE SUR-TON* 38 1
que ledict comte faisoit encor plus valoir quand il la contoit, car c'est l'homme du monde qui est de la meilleure et plus plaisante compagnie. Mais alors, et sur le coup, il n'y avoit pas à rire pour luy , qui gaigna plus en la mort de ce prince qu'en sa vie; car il n'eust fallu qu'un malheur, ou bien qu'il se fust du tout hanny de la Court. Il falloit pardonner à la passion de ce noble père et prince ; car il n'avoit que ce fils, son seul espoir, sa seule joye et consolation, sa seule attente de le veoyr un jour ce que desjà sa jeunesse sy belle et sy accomplie lùy promettoit ; et l'avoir veu mort de telle sorte, c'estoit un grand dommage et pour le père et pour le fils.
Entr'autres belles vertus qu'on donnoit à M. le prince , c'estoit qu'il estoit fort homme de bien et d'hon-* neur, et qu'il ne trompoit point de personnes qui s'adres soient à luy à la Court et ausquels avoit une fois promis : aussy une belle fille de la Court (de laquelle il estoit amoureux, voyre jouyssant)l'appelloitlegrison fidelle , sur l'exemple ou allégorie d'un fort beau cheval grison que le Roy avoit, qu'on appelloit ainsy.
Il estoit brave et vaillant; il le monstra en une querelle qu'il eut contre M. d'Àndelot, très mauvais garçon ; et j'en parle ailleurs (0.
Il estoit très sage et bien ad visé, et avoit un très bon sens, et le tenoit on meilleur que celuy de M. son frère ; aussy le roy Henry le fit gouverneur de Pçris et de l'Isle de France après là bataille de Sainct Quentin, où il le servit très bien et à son contentement et de tout le royaume.
C< ) Tome VI, dans Je Discours sur les Dueb , vers la fin.
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DISCOURS QUATRE-VÏNGT-DEtfXlESME.
ARTIC1E I