‹ Œuvres complétes du seigneur de Brantôme, accompagnées de remarques historiques et critiquesChapitre 63 sur 66 · M. D£ TÀVANKE · texte numérisé non relu

M. D£ TÀVANKE

ordre du col et leluy donna, et le fit ainsy chevallier de son ordre; marque certes très honnorablement acquise à luy, avecques une forme et façon peu veue et ouye de nos pères, et bien différente de celle que j'ay veu depub parmy aucuns de nos chevalliers acquérir par prières, par pour chas, par importunitez, par faveurs d'hommes et de dames, et ampres par sy grande accoustomance le départir aux uns et aux autres, qu'il vint par amprès sy commun et trivial, que , d'autant plus que par le passé il avoit esté honnoré et révéré par toute lachrestienté, jusques aux plus grands roys , princes et. souverains, qui 6'estimoient honnorez et heureux de le prendre et le porter de nos roys en signe de grand honneur, confédération, alliance et amitié; jusques là qu'aucuns de nos* François qui ne le pouvoient avoir abandonnoient leurs femmes, comme on les nxwnmeroit bien , et d'autres donnoient leurs biens, comme fit M. de Chasteaubriant, donnant sa terre et bielle maison de Ghasteaubryand à M. le connestable pour: eet effect ; depuis nous le vismes donner à simples genç et des capitaines* de gens de pied , après les. premières guerres, comme- au capitaine Pasquier et Foissy, dont j'en ay veu à la Court faire de grandes merveilles et esbahyssemens> et en cryer de grands abus et scandales, lesquels pourtant estoient de bons capitaines, qui avoient assez bien servy le Boy aux premières guerres-, bien que Le Foissy avoit esté autresibis pourvoyeur de M* de Nemours, disoit-on. Je ne touche autrement à leurs qualitez et noblesse : mais ce n'est rien cela eocor, il estoit bien employé à- ceuxlà, puisque tel honneur s'acquiert par les armes; nous l'avons, veu donnes à des gefcs,. et jeunes et très vieux

M. DE TAVAWNES. 4^5

que je sçay, qui n'avoient jamais bougé de leur? maisops , depuis quelque petit voyage ou deux qu'ils avoient sorty dehors, et se contentoient de sy peu de choses qu'ils avoient, non pas prises, mais avoient veu prendre. Tels chevalliers j'ay veu, que nous les appellions des advortons, comme n'estans venus £ termes, ny achevez de faire.

Ce n'est pas tout, nous avons veu des conseillers sortir des cours de parlement, quicter la robbe et \e bonnet carré, et se mettre à traisner l'espée et les charger de. ce collier aussitost, sans autre forme d'avoir faict guerre, comme fit le sieur de Montagne, duquel le mestier estoit meilleur de continuer sa plume à escrire ses Essais, que la changer avecques une espée qui ne le suivoit sy bien. Le marquis de Tran impétra du Boy aisément un ordre à un de ses voysins; pensez qu'en se mocquant , car il estoit un très grand mocqueur. Il fit aussy son maistre d'hostel , dict Paumier, de mesme chevallier; sy qu'une fois estant venu à la Court pour les affaires jde son maistre, on le monstroit au doigt, et se mocquoit on fort de luy. « Voylà, dice soient tous, voylà le maistre d'hostel du marquis de « Tran avec son ordre : » dont le pauvre homme en

avoit honte.

- Il y en a d'autres que luy ainsy faicts chevalliers d'aucunes mains, qui ne valoient pas plus, que je nommerois bien; et nous les appellions des avortons et des monstres à la Court, lesquels, ma foy, avoient honte de parestre devant le monde, car je l'ay veu. Une autre pitié plus grande, ay je veu n'a pas longtemps : Un conseiller du siège présidial de Péri gueux, nommé Sauliere, huguenot, qui se fit obtenir l'ordre de Sainct

4$6 M. DE TAVAKNES.

Michel; des longtemps suranné et endormy, que le Roy luy accorda par le moyen d'un sien amy, qui luy fit avoir moyennant cinq cens escus , et ce pour estre exempt de taille ; et sy fut sy insolent et impudent, qu'il le portoit ordinairement pendu au col, comme nous avons veu nos grands le temps passé ne l'en desemparer jamais sur peine imposée du chapitre de l'ordre , ainsy que j'ay veu en faire la réprimande anciennement à aucuns, quand ils l'eussent laissé seulement et desemparé une heure. Cedict conseiller chevallier ne porta guiere cet ordre qu'un an, qu'il mourut au bout; mais s'il eust survescu, je sçay deux gentilshommes antiens et d'honneur, qui, despitez d'une telle irreverance qu'on portoit à cet ordre de le faire ainsy traisner à cet homme de peu, qu'ils avoient faict partye de luy oster du col tout-à-faict en bonne compagnie s'il s'y fust comparu , et le menacer que s'il le portoit jamais qu'on luy donneroit cent coups de bastons. A telles gens, il leur faudroit reprocher ce qui fut reproché en un pasquin à un gentil-homme de bonne maison que je sçay, mais de très mauvaise petite apparance de mine et d'effect ; ce que le pasquin fit ainsy parler ;

Sy je suis de si petite taille , Pour pendre au col ce beau collier , Prenez que d'un homme de paille L'on en façonne un chevalier.

Ce pasquin luy fut donné à Fontainebleau du temps du roy Charles, et à plusieurs autres, pour cet ordre; qui seroit trop long à les descrire.

Voylà comme ce bel ordre, tant bien institué et porté pour les gens d'honneur, fut vilipendé, abattu et traisné vilainement. « Ah ! bon roy Louy* XI , quand

M. DE TÀVÀHHES* 4^7

« tu en fis l'institution tu ne songeois pas à cela; et «c qui te l'eust dict, fust-il esté le plus grand magicien «c et devin du monde, bien que tu creusses fort en telles « gens, tu ne l'eusse jamais creu : et si tu en yeoys ce l'abus du lieu auquel que tu sois, je m'assure que tu « en crevé de despit, sy les âmes généreuses, voyre « autres, ont du sentiment en l'autre monde. Tu fis « cette institution, sy ay-je.ouy dire et leu, sur l'abus « et la grand quantité que tu vis de chevaliers de l'ordre « de l'Estoille , qui eh formilloient par toutte la France , «que le brave roy Jean institua en sa brave maison de « Sainct-Ouan les Paris, l'an i35i, qui estoient tenus « d'en porter l'estoille au chappeau, et au plus appâte rant lieu du manteau , en la commémoration de la «belle estoille qui guyda les roys d'Orient jusques au « lieu de la naissance de nostre Sauveur, avec ces «c beaux mots : Monstrant regibus astra viam. La mice sere et pauvreté des guerres fut après sy grande « depuis en France, que n'en pouvant recompenser ses ce bons serviteurs autrement, on les honnora de cet « ordre, et yen eut sy grand quantité, qu'on nevoyoit c< qu'estoilles devant les yeux, aussy-bien le jour que la ce nuict : et pour ce, ô ! bon roy, tu en abolis l'ordre, ce et en donnas les estoilles au chevallier du Guet et c< ses archers, et au lieu fistes ce beau de Sainct Michel, ce fust ou par humeur ou desvotion que tu portasse à ce ce brave sainct et ange, ou en commémoration du roy c< Charles VII ton père ; mais tu ne l'aymois pas tant ce vivant , qu'après sa mort tu n'en eusse grande souvecenance, qui en portoit l'image en son enseigne, mes- « mes en son entrée à Rouan, à raison de l'apparition ce de monsieur sainct Michel, ce dict-on, sur le pont

438 M. DE TAVAWKES.

« d'Orléans , demandant la ville contre les Ânglois en « un grand assaut qu'ils y donnarent* »

Le collier de cet ordre, qui ne l'a veu jamais sçaura qu'il estoit faict de coquilles entrelassées l'une à l'autre d'un double lacz, assises sur chaisnettes ou mailles touttes d'or, au milieu duquel, sur un roc , y avoit un image d'or de sainct' Michel combattant le diable et le tenant soubs soy. La devise en signiffioit la vraye enseigne de la noblesse des chevaliers, leur vertu, leur concorde, fidellité et amitié. Par la richesse et pureté de l'or est remarquée leur hautesse et grandeur; par les coquilles les esgualitez ou esgalle fraternité de l'ordre, à l'imitation des. Romains de jadis , qui portaient aussy, selon que dictMarc-Aùrelle, des coquilles aux braves pour devises et enseignes; par la double lassure d'icelles ensemble, leur invincible et indissoluble union ; et par l'image de sainct Michel, victoire du plus grand ennemy. Et ces mots pGrtoient : Immensi tremor Occeani (»). Aucuns ont dict que ceste devise estoit de l'ordre de Bourgoigne, comme mieux appropriée, ainsy que les Argonautes firent] adis trembler la mer. Toutesfois, pour l'àmôur des coquilles de sainct Michel, on l'a appropriée à l'ordre de France. Autres disent que celle de pretium non vile laborum ( a ) estoient touttes deux pour Bourgoigne ; autres pour eeluy de la France. Je m'en rapporte aux bons discoureurs.

Il y avoit le grand ordre, qui est celuy que je viens de deviser, qui ne se portoit qu'au jour de Sainct Michel, la grand solemnité de l'ordre, aux grandes festes

(0 C'est-à-dire, la terreur du grand Océan. (S.)

(*) C?est-à-dire, récompense honprable des travaux. ( S. )

M. DE TAVAttlfES. 4? 9

et magnificences , jet aux enterremens de leurs cornpagnpo^, que le Roy leur dooupit;. Il pouvoit valoir mille escus feu çoijttfi&eucement; mais ils ravalareot puis après, comme >ay veu, et des ariens et des uwh dernes, qui n'eagalloieat rien aux anciens en belle fer çon, ni eu grandeur, ay en poix. G'esttàt i*u saîcrilege que de le vendre ou l'engager j< ce i que depuis jje-fi&J veu observer : et quand un chevallier mourait ^felloit que se» héritiers le Tendissent au Roy , qttii W, gisait garder pour un autre nouveau. Sy un estrauger île nenr doit pour preqdrje un autre party que le stm^ (pl]pit qu'il le renvoyait aussy; aônsy <pie de i^q*Vj temps \n vis faire au seigneur Paule Jourdain Urfcànj feqgfil; quand il prit. eu mariage la. fiHo du .d»e de «Ele* rancç, falut par, conséquent qu'il qukt&sttl'aJUiw^ du Boy II voulut, vendre à l\w^>aas%deuy J d». ftoj* poçr lors à Rome, sou ordre <$*$ laiEoy t Henry luy avqit donnai} le refusa tresb^ojet,lj?ftv >t disai^^ue ce rçestoit ppiftt sa, cterçe, et qujtl ne luf awft. pas doUnçuPui* U l'envoya à M, de Da*,, aiftbassacjwr à, V^wzei; ,qù> il trouvai encore*: moi$to ; .&a# jtaawtt et $pu sQt;vcar> Ue^toit un de$ t Uatil«$;.ftrï\h^gftdeut^ qu'on ait v^U*;Jl le, refusa eucotei mieux v le:pàyantde gvospes iwsftns , . et parlait bien ? àr 'luy. > Enfin, lçdict Pa*d futcotttrainct/rôn^oyor am< Itoy jSa*; un* geafiU hommelt«e& siolamnelleaiettfc, qui l'accepta trea bien , nonluy : pi:oprebiaat ? maisie fit accètpter p&r le chan* celKqr de rontke^/daluy Aifiaortiçlire qwe oëstoitle môindr-e <kiSek)SO^cy« qu'il lejiqnictast,, et son amitié et tout ; qik'il Jtuyi avait idâpàrty .de très ; bon • cœur , , et qu'il s'en passerait dësosmaistf es Lien- En quoy ledicfc seigneur Pàule* eu* tort:, car il? papytrit espouser sa

44° M * M XÀVÀHHM.

dame, et pourtant ne renoncer à l'amitié du Boy, comme fit le duc de Ferrare, qui, espousant par ampres sa fille, ne le quicta comme je le vis , sy ce n'est qu'on tenoit le duc de Fleurence. rçè luy vouloir donner autrement sa dame. Qui veut voyr touttes les loix, cérémonies et ordonnances de cet ordre, qu'il en lise le livre faict, qui est tres^beau.

Le petit ordre se portoit tous jours, comme j'ay dict, et n'y avoit que l'image de sainct Michel tout en or pur ou esmaille, pendu avec un ruban noir; et le falloir porter ordinairement, comme j'ay dict, et ne le désemparer, jamais, fosse parmy les plus grands cornbatz, hattailles et dangers, fust pour en sauver mieux sa vie, sa rançon, ou autrement point : dont j'ay ouy dire du roy François, qui fit une grande réprimande et tancement une fors à un chevallier de son jeune temps, qui, ayant esté pris en un combat, avoit ostéet arraché son ordre tout bellement, et jette et caché, affin que, té recongnoissant pour tel, il ne fust mis à plus grand rançon; disant le Roy que, pour tous les bientfdu monde, il ne folloit cacher une telle inarque d'honneur, mais la faire parestre partout. J'en ay ouy parler d'qn 'qui eu fit de mes me à la battaiUe de Co«trais y et le cacha dans un arbre. C estoit un petit gentilhomme de Xaintonge, nemmé M. des Biaotis, que M. le marquis de Vilars avoit faict et créé tel. Ceste marque estoit telle, «y précieuse et chère, que l'on a vëu plusieurs seigneurs et gentilshommes estre plustost pourveus d'une compagnie de gensdarmes que du collier de l'ordre, voyré l'attendre un très long-teuips après; car ce n estoit pas tout de combattre, et feire quelques petittes prouesses, il en falloit faire à quan-

M. DE TAVAlVNESt 44 l

tité pour le bien mériter, ou bien en foire y ne très signallée, comme celle de M. de Tavannes, que viens de dire; de M. de Bayard, quand il sortit de Mezieres tant bien deffendu de luy ; de ce brave M. du Lude, pour la deffence de Fontarabie, cpmme j'ay dict; et du bon homme M. de Sanssac, quand il sortit de La Mirande ; M. de Montluc, quand il sortit de Sienne, et le duc de Castre , quand il sortit de Parme ; bref force d'autres sans les spécifier, surtout ceux qui avoient soustenu bravement et vaillamment des sièges, à mode des anciens Romains, qui recompensoient et ornoient leurs capitaines qui s'en estoient très dignement et vaillamment acquictez, d'une couronne obsidionalle , qu'on appelloit graminée, parce que gramen en latin est pris en cet endroit generallement pour toutes herbes qui se trouvoient à l'instant, et au sortir, et lesquelles ils pouvoient arracher sur le lieu incontinent au lever du siège; et nonobstant ce, dict Pline, estoit la plus honnorable (et que comme je croy et est à présumer) que touttes; et la civique, faicte de feuilles et rameaux de chaisne,pour avoir sauvé un citoyen romain ; et murale , qui estoit faicte d'or en forme de crenaux de ville, donnée à celuy qui le premier avoit gaigné la muraille d'une ville ; et castreuse , ou vallaire , faicte aussy d'or en manière de paux et pallis , estoit donnée au premier qui entroit dans le camp des ennemis. Celle de laurier estoit réservée et donnée au grand cappitaine , chef, ou empereur, qui retournoi t victorieux d'un grand exploict de guerre, d'une grande conqueste ou d'une grande bataille, de laquelle falloit faire paroistre de compte faict le meurtre de cinq mille hommes pour le moins, morts et estendus sur le champ :

44* *• DE TÀVÀHNES.

et alors, quand il triumpheroit, on Iuy donneroit la couronne 4e laurier simple, bien accommodée. Mais, venant à décliner l'Empire, et les bombances et sumptuositez en vogue, elle commença à se mesler et varier de belles perles et riches pierreries , et puis entièrement changée de laurier naturel en laurier buriné et enlevé en cercle d'or.

Nostre ordre de Sainct Michel alla au* contraire en diminuant et amoindrissant et déclinant. Le roj Louys, quand il l'institua, il n'en avoit ordonné que trente six pour nombre accomply, et sur l'heure n'en fit que quinze. Mais il s'en est fait tant et tant depuis nos roys derniers, qu'un chacun se commença à le desdaigner, tant jadis estimé et honnofé; sy qu'on n'en vouloit plus, fors un grand prijace qui ,\it en cor anjourd'Uuy, qui le voulut prendre sur le pjjas grand declin. Ainsy qu'un jour M. d'Estrozze et moy lui en faisions la guerre , il nous dict : « U me faschoit de veoir « mes armoiries sur ma vaisselle d'argent, et les coûte vertes de mes mulletz touttes plaines et sanse$tre en- « tournées, qui n'avoient nulle grâce; an lieu qu'à oeste « heure il les fera plus beau veoyr avecce bel ordre et « sa bordure. »

Nostre roy Henry III s'en fascha et de veoyr force petits gallans ses compagnons et confrères. Il institua donc celuy du Sainct Esprit, quasy en messie forme pour les cérémonies que celuy de Sainct Michel. Ce fut une croix d'or faicte comme celle des. chevaliers de Malte , avec un Sainct Esprit en foi me de colombe dessus, portée aveçque6 un ruban bleu, et sur le manteau et cappe une croix de forme pareille, en hroderiç cousue et attachée.

M. DE TÀVA.NNES. 44^

Force gens trouvarent au commencement cet ordre beau ; mais après aucuns le descriarent, quand ils virent le grand ordre enrichi de chiffres seullement d'aucuns gentils hommes ses favorys et dames, que ne diray point; et sur tout s'escandaliserent que ledict ordre, ayant esté faict en l'honneur du Sainct Esprit , et se devoit solemniser et célébrer le premier jour de Fan et le jour de la Pantecoste, qui ce jour pourtant ne fut jamais solemnisé, accompagné de choses prophanes et peu décentes, disoit-on; ce qui donna pourtant à parler à aucuns, et dire qu'il ne se devoit introduire pour abolir l'autre beau et sainct de Sainct Michel.

Aucuns disoient qu'il l'àvoit exprès introduict pour congnoistre l'extraction et la noblesse de plusieurs qu'il faisoit chevalliers, que pour autre raison; dont un que je sçay s'en doubta, qui estoit grand et bon compagnon i qui ne se sentoit pas tant extraict de la coste de sainct Louys, ny du sang d'Acre, qu'on diroit bien. « Ah! mort Dieu, dict-il, vous diriez que le Boy a ins-* « titué cet ordre exprès pour l'amour de moy, car il a double un peu de ma noblesse; mais, par Dieu, je le « tromperay bien. Je luy feray tant de tiltres faux, et « les luy supposeray, et les feray escrire sy bien et sy « dextrement par de bons escrivains antiques, et en « parchemins si vieux effacez, et lettres aussy sy me- « nues et mal lisables, qu'on les prendra plustost pour « des pieds de mouche que pour escriture, que luy et « ses inquisiteurs y perdront leur latin , leur science « et leur lecture. » Ce qu'il fit , et y fit coucher et escrire dedans une sy haute extraction, qu'ils ne sceurent dirent autre chose, ny le Roy et tout, sinon qu'il estoit

444 Mt DE TÀYAlVIfES.

digne d'estre chevalier, s'il ne tenoit qu'à la noblesse , et qu'il fust passé.

. Un autre chevalier esleu, point françois, maisestranger, fort innoble, que je nommerois pour un double, car il ne me sçauroit battre, fit bien pis pour prouver sa noblesse. Il envoya quérir en sa ville de Fleurance et son pays, plus de six charges de mulletz de 1 tiltres et pancartes, qu'il emprunta des principaux et nobles de sadicte ville et pays , et les fit venir , et les présenta à messieurs les inquisiteurs de noblesse à ce destinez ; et quand il fut devant eux, il leur dict et remonstra que, mais qu'ils eussent bien veu et revisité tout cela, qu'ils ne sçauroient nyer, ny que dire, si-non qu'il ne fust très-noble. Messieurs les inquisiteurs furent sy confondus d'une sy grande milliasse de parchemins, qu'ils ne sceurent jamais par quel bout s'y prendre, et furent contraints de dire et représenter au Roy que, pour tout l'or du monde, ils n'y sçauroient vacquer, et qu'ils s'y romproient la teste et leur entendement) et qu'il y en auroit assez pour six ans pour messieurs de la chambre de ses comptes à y adviser et feuilleter; par quoy qu'il valoit mieux qu'on le passast comme on faict les maistres es artz en la rue au Ferre, un qui ne sçavoit guieres, et que les docteurs passent aysement pour un friant disner et bon vin doctoral r « Par-quoy, dirent-ils, de ce bon chevallier que l'on <t»crye fort par trois fois vivat et bibat. »

M. le mareschal de Biron, le bon -homme, fit bien mieux , car il n'apporta que cinq ou six tiltres fort antiques, et les présentant au Roy et à messieurs les commissaires et inquisiteurs : « Sire, voilà ma noblesse

M. DE TAVABUNES. 44^

« icy comprise »; et puis, mettant la main sur son espée, il dict : « Mais, sire, la voycy encores mieux. »

Un autre gentil homme, que je sçay, ne fut en grand peiae de prouver tant sa noblesse, bien certes qu'il fust noble, le doute ne s'en peut faire. Il avoit demeuré douze ans sans Venir à la Court, bien qu'il ne fust loing de Paris que sept ou huict lieues. Il y arriva au bout de ces années, sur le poinct que le Roy projectoit son oi> dre et qu'il s'estoit mis en verve d'aymer de beaux petits chiens de lyons et turquetz et autres. L'on dict au Roy, et lui en fit on grand cas , que ce gentil h<4mme avoit deux turquetz, les plus beaux qu'on sçauroit veoyr au monde. Le Roy les voulut veoyr, et les trouva encores plus beaux qu'on ne les luy avoit faicts, et pour ce les luy demanda, qui en recompense le fit chevalier de ce bel ordre. Voylà un ordre bien donné et posé , pour deux petits cliiens ! Tant d'autres pareils fatz contes apporterois je pour monstrer les abus de ces chevalliers en leurs eslections, que je n'aurois jamais faict.

Or le Roy, comme le roy Louys XI, avoit résolu et arrestédë n'en faire' que quelque certain petit nombre, ' comme de vrai pour le commencement je croy qu'il n'en fit que vingt ou vingt deux. Je les nommerois bien si je voulois, encor que je n'y fusse pas, car j'estois avec la Reyne en Gascoigne, et dirois voulontiers ce qu'elle m'en dict à moy indigne, et comme reprouvant cette nouvelletté, pour avoir quicté l'ancienneté qu'il ne falloit perdre pour estre sy noble. Ledict Roy ne tint pas son arrest et resolution , car assez peu de temps après il rompit le pas et passa plus outre ; sy qu'ayant appelle à cet ordre son premier maistre d'hostel et son premier escuyer, il s'en fit un pasquin à Ja Court, qui

446 M. DE TAYAN2VES.

dict que cet ordre ne valoit plus rien, puis qu'il estoit sauté et venu jusques à l'estrille et l'escurie, et à la broche delà cuisine; entendant Liancourt, son premier escuyer, et Combaut, son premier maistre d'hostel. Tant d'autres en a on veu charges de cette croix , que plusieurs que nous estions à la Court des plus fols, qui nous en mocquions à plaine gorge , nous leur en faisions la guerre, et leur disions, aux'uns qu'ils avoient esté en très mauvais estât quand ils receurent cest ordre ; et à d'autres on leur disoit : « Quand vous l'avez « pris, n'avez vous pas profferé en vostre ame mesmes ce paroles comme quand vous recevez à Pasques vostre « Créateur, Domine, non sum dignus? » Aux autres on disoit : « Ne sentez vous pas vostre conscience ce chargée de prendre et avoir ce qui ne vous appartient « pas? » Aux autres encore pis : « Et si vous ne l'avez gaice gnée à cette heure vous le gaignerez quelque jour^ ce- « pendant il se faut accommoder au collier comme un « cheval à la charrette, devant que le mettre à tirer. » Aux autres on disoit : « Vous portez vostre croix selon « vos mal faicts. » Aux autres : « Vous la portez avant « le temps. » Aux autres : « Vous n'estes pas assez fort « pour porter ce collier; baillez le à un autre qui le ce portera mieux que vous, ou bien à moy . » Aux autres : <c Ne sentez vous point qu'il vous poise trop, comme à « un asne son bas? » Aux autres : ce Quelle sotte hure meur a pris au Roy de le vous donner?» Aux autres : c< Le Saint Esprit descend sur ceux qui luy plaist, aussy ce bien sur les bons que sur les mauvais, aussy bien sur « les poltrons que sur les vaillants, aussy bien sur les <e asnes que sur les chevaux , aussy bien sur les pauvres ce que sur les riches, et aussy bien sur les sots que sur

M. DE TAVANXES. 447

ce les habilles; il y parest en vous. » Aux autres on disoit : « Vous ne pouviez voiler auparavant , il faut « bien à ceste heure que ce Sainct Esprit vous porte « partout et que nous monstrez le chemin à la guerre; « mais cette colombe que vous portez est poltronne de « nature , elle ne vous y portera jamais. » À autres on disoit: « Qui. eust jamais pensé que cette croix eust « passé si facilement par le cul pour venir se pendre « au col ? » Aux autres : « Il est croisé comme un « oyson de Mars , aussy est il vray oyson > » Tant d'autres brocardz et sobriquetz pareilzà ceux cy disoit on, et encor meilleurs, sy j'y voulois songer, que je u'aurois jamais faict , lesquels n'osoient rien dire ny quereller, estant leurs querelles injustes.

Voylà donc l'abus de tel ordre en ce grand nombre de chevalliers, tant de ceux qui l'avoient mérité, que d'autres point. Aujourd'huy nostre Roy s'est mis à faire et suivre le cours de nostre feu, dont aucuns sont eslus selon sa volonté; autres par prières, faveurs et importunitez ; autres par services, faicts et mérites; autres délaissez, desquels l'honneur est aussy grand, ou plus : sy que l'on peut dire d'eux comme l'on dit de Scipion : « Pourquoy n'a t on érigé des statues à « Scipion comme à beaucoup d'autres? » Il vaut mieux, dirent aucuns, que l'on demande cela, que si on de* mandoit : « Pourquoy luy a on érigé? » Ainsy peut on dire aujourd'huy de plusieurs : « Pourquoy n'a un tel « cet ordre , qui l'a mieux mérité que tels et tels? » La gloire leur est plus grande par telle demande.

Ce conte icy, et plus. J'ay ouy dire que dernièrement à Boiian que le Roy y estoit, un jour estant à la chasse , vint passer un chevallier du Sainct Esprit parmy les

448 M. DE TAVÂNHE5.

pages qui sont au relais, lesquels de tout temps ont possession de faire la guerre aux passans parmy eux, mais non sy cruelle ni sy scandaleuse comme ils firent à ce pauvre hère de chevallier spirituel; car ils le depouillarent et foùettarent à belles verges, qui ne s'en osa après vanter ny plaindre. On le dictau Boy, qui en fut fort fasché et eolleré; mais pourtant il en fut ry de veoyr ainsy cet ordre mal mené. Pour fin, sy Ton continue à multiplier tant cet ordre, je croy qu'on sera contrainct d'en faire banqueroutte comme des autres, et en invanter un nouveau.

Gegrand roy d'Espagne nefaict lictiere ainsy du sien de la Toison , car il le despart par compas à ses grands capitaines qui l'ont bien servy. Ainsy le mot de la devise porte : Pretium non vile laborum (0. Aussy ceux à qui il le despart le portent la teste haute eslevée,' et le monstrent à plain, pour l'avoir très bien mérité : et le nombre n'en fourmille point tant par tous ces pays comme il faict au moindre coin de la France. Mais, ce dira quelqu'un, aussy n'a il point tant de bons capitaines comme en France, et que ses guerres de Flandres et d'ailleurs en ont purgé ses pays, comme l'hyver purge l'air des mouches d'esté : certes il en a perdu et en perd tous les jours, et de très bons; mais aussy on en trouve en France force, dit on, mais, comme dict l'Espagnol : Superiores en numbrey inferiores en valor ( 2 ). Je m'en rapporte à ce qui en est.

Cet ordre de la Toizon fut institué par le bon duc Philippe de Bourgoigne, qui est certes très beau, et le faict moult beau veoyr, tant le grand que le petit

(') C'est-à-dire, récompense honorable des travaux. (S.)

0) C'est-à-dire, supérieurs en nombre , mais inférieurs en valeur. (S.)

M." DE 'tàVÀNNES. 449

Le grand collier fut composé de sa déVi§e dii fusil avec la toison d'ôr, revenant sut- le devant en 'i&iitâtion de celle que Jasonavec ses vaillants Argonautes èïi 'Colchos alla conquester, représentant la vertu tant ay mée de ce prince , qui en emporta le nom » de bonté ; et àussy ' lie fit ilpou* Fhonnéur dé TEglisé, (faisant ses chevalliers dés plus bravas et vaillahtS, et satis reproche des siens, pctar la maintenir'; et, pour un grand cas, ri donna cet ordre à son fils, comte de Charolois,* dans le'bèrcfeâu, (jûi lé fit' bien valoir tfepftiîs , à mon adtas. Àinsy Fescritèàu de son toiAbèau eh estr -*'

' . Pour maintenir l'église, .estant de,Dieumrâon,

J'ay mis sus le noble ordre que Ton diçt la Toison. '

• ' '• ■' ■ '• •- :':' i i : ino) ;;;> .-j- : - ; ; i j. '.. . .

Là âëvize du fuzil est tr^'brflfe, et* qui porte ^ccs' mots de grafadë' valeur et vertu, 1 qtti'sfeht; >Jhtte fem> quàm [fèamma mtûtft (*> i mttU très* J^uk^feÉ. de* boni enseignement à nos braves 1 princes i ,steigneurs; ; geiAil5 hommes et atitres, qui bravent, menassent, se { vantenty et rien- puis après. 11 vaut Mieux! frapper avant et mbns* trér J sa Vallëur ! prtP Teflfeet r q#e par lcis'paroilésy ainsy » quefaict ! le^fti^il,'qui frappe avant qm faire flambe.

Or, tout àinsy que'cètté'Toison fut inventée» pour un beau' et saînct &uvré'1tetftuews^ vousiiiriez que puis âpres elle fut feriî Àialheûbeuseet ft^alle à cette maison de Bourgorgnëpbur quant àïendfôièttle be brifoe^ Charles, duc dé Bttùrgoighe> ^0n»rilâVpotir^vdirÀaJes|)oùsé'. la querelle du' comte Bôumfond' contre 'tap Susses \ âiisqùëlé appârfendiètit éèr&inies ohàrrettéefrde toisons et peaux dé tiaôutdns desquelles il s'estOrt sàisy ; dont s'eti ènsûiVit sa totale infortune à'Murat et ©ransbn, et

('} C'est-à^clire 1 , ttfrappé avant que la flfefmme paroisse. ( S. ) 91AFTOMK. t. 3. 39

45o M. 0¥ TAVÀ#H8$.

pui* ctevantfïajacy. Ainsy d'un costé )* Toiçoniennoblit

et illustra gra^deipem cette ma json, > et de l'autre la

toison et pçm 4e mouton la, ruyoa , non pa* du tout

ny pour u* loflg tewpa, car Alaxi^Uian^ empereur,

ayatft 4êf*Qi)$é, l'héritière, 1# remît , et puis après, ses

vaillant $t|Çces$erçrB <p?t çufc^qqoiqp, de peyne à msàn-

tenir leur&swqessio^p^^ uous;

mais, ftu^iy il* npijs on ont bien autant donn^ voyre

plus * çl **s ç<?jjr$ * par fWpre*, 1* mort fa 4uc Obvies >

voutoroat aiissy * câjam? fôs t^rea et. wnvçr^inete^

débattre l'ordre de Ja ToiflfPM, oMçw W Qtfcyr 1* droiqt

et la puissance d'en conférer l'ordre, puis que le tout

avoit failly en îa'fîflp Marie de Bourgoigne, et qu'ils

estoient les chefs de tout; mais ampres ils advisarent

qu'il 0'«s|oiipasbiçni$«lln* 4f 30 ron4fle?obe$ 4* l'ordre

diiv xasaaJV nyî fcnwintewr^y cpplwer j parq^py ife

laissarent laie tout* coiame chose #mja*W#û> advenue»

cdntarçdue ny sw&ée aefcleswtf, et gar^a^ent k leur

de Sainct Michel, eh s'y arresta*ant çw^me çn une

très belle ijirâtutiftt, q^po^sibW^s.r^^^ant qu'ils

v?endrç>nt pairampr^n'eft exwgpt0r<¥ftt?ny, iflvapt<*ronl

de pliiâ beau^ s(wfc par ewiatHutipm^ forw^s > reig}eaet

œrenaoïjies^ que pour l'ordre et babitç,,^ w$>prfees,

que j'ay ouy diseàplusiôura *MW*f tàjwinçfipàUtyçnt

à feu. M. de i*aosao, qui etfoit; m» tiçtt Wgisfc? dp&

aDtiqiaiUz de la Ctairt e*de feFrAW^:, qp# cejuy du

Sain et Esprit, tmt e©(^9rdre, qp'an ^a^tfla^ oiestpit

que q,uincajlUïte et UUfarkiaii $91*4? q?fay <L?,$ainçtr

Michel* po^u^Mès-btflte prftçfô efc gtfftqqede la

gi?anûle noblesse, vertu dt valeur <te Vwd^e 4^ §aiuqt

Michel Faut considérer se^q>?P< WW^» de brave*

empereurs, voys* ^a^$ princes, sçjgflqurs et vaillants

M. DE TAiVAWJtES. ^S ï*

capitaines en sont estez décorez et 4e «sotit estime» très bonnorez de le porter , depuis» 1& première institution du rby Lorays XI, jusquds au nouvel ordre du Sainct Esprit, et comment ils Font porté en très grand honneur ât révérende y au lieu que celuy du $ain£ Esprit n'a esté traisné et charié que psar personnes la pla$< grand part plus basses que hautes \ &y que, -sans* nr'amu&er à raconte* le» .plus grand» personnages et. lés > eepecifSeiyqui, ont prisé tant celuy de Sai&ct Michel, vous avez eu Maximilian empereur, ce grand Char les, Ferdinand son frère, et Maxknilian son nepveu, et pirâl&grÀnd Philippe, roy des Espagaes, qui valeitj bien un eiàftefeur ; les r roys d'Angleterre Henry , Edbiiard ,.la reyne Elisabeth , le roy d'Escossé Jacques-, et quelques autttes ; de plu» àussy tantde grands princes et .seigneurs de Savoy e, de Ferrare, de Mantoue,. d'Italie et d'Allemagne; bref, un nombre de tels etsy remarquables chevalliers, et fcatat aûssy de vaillans et braves grands capitaines, que sf j.è les voulais nonv b»er le? utos après les au*res, comme je pojurow bien faire, le papier me faudrait plus que Imiys illu&GreSv vsèms, puftaat de ceux de nôsfere nation que desesftran» gère yauir*»g desquels toi! né mf en sçauroittan* meftrer de ceux du Sftiatt Esprit et leur cordon bleu y qui pa-> rtessent ptei> ou rien au prix dés amtres; nota ? que je> veuille dicfe njy afibooer que de? braves et gitarids »à*t goeturs et liarllani qapUainies ne l'ont porté et*, s f 4ip sont chargés,) mais ils her contester que* de -noltref seule nationy et noh les esferangers, comme de xsrdinfcéi qu'ils n'eu eussent faict de cas, pour ne le trouver beau» By bien oonj?enant,etqu ils en aboient descouv^rt Fins** titution peu honnorable au prix des autres antiens:

452 M. DE TÀVÀNNES.

encor plusieurs braves et grands de nostre nation l'ont quicté et mesprisé, comme messieurs de Guyse, mais, je crojPy plus pour la hayne. qu'ils ont porté à l'instituteur que pour autre sub je et. Il louoit fort empres celuy de la Toison, et puis celuy de la Jarretière,, comme certes ils sont très beaux et riches, et .en faict. bon vçoyr les chevalliers vestes et en leur haut appareil, comme je les ay veus tous en ma vie; et en y songeant encores j'en entretiens ma pensée et mon contentement.

Celuy de l'Annonciade de Savoy e est fort beau, aussy et va après tous, encor qu'il soit le plus ancien de tous, car il fut institué par le comte Amé cinquiesme du nom. La devise duquel ordre est d'un collier d'or. à quatre lettres, entrelassées de lacz d'amours, avec l'image de la salutation à la Vierge Marie. Lesdictes quatre lettres sont F. E. R. T. , qui valent autant à dire : Fortitkdo ejus JRhodum tenait ('). L'occasion en fut que ledit Amé, estant devant la ville d'Acre, il y conserva $y bierç une fois en un combat les chevalliers de Rhodes, y faisant comme l'office de grqnd maistre, que depuis fut. par le grand maistre octroyé et prié de porter les armoyries de la religion, qui est Ja croix, commp<Je faict la maison » de Savpyeîkep'orte encor, crçr avant, elle portoit celles de Saxe;, dont; elle est issue. Autres disent que ce fut devant Bfoodes mesn&e; qui est le. plus vraisemblable, .puisque la devise le porte v làdù il combattit sy vaillamment contre les Infidelles, que sans luy ils preboieiit la ville et mettaient les chevaliers à néant; dont le grand maistre le récompensa par ce don et octroy d'artqoyrîes,qii£ luy et sa

. (0 C'estrà-dir ey «a yalteur «maintenu Àfebdes. (S.) <

M. DE TÀVÀNNES. 4^3

maison porteroient à perpétuité ; ce que depuis ils oftt faict, comme de vray le subjeçt^n est très beau et' tires remarquable. Et tournant de là, il institua cet ordre dont il en fut le chef, et fit quatorze chevalliers très nobles, et luy fa i soit le quinziesme; ausquels il donna à chascun son collier dételle devise, lequel est très beau, comme je l'ay veu porter à M. de Savoye et à M. de Nemours le dernier.

Le bon et brave roy René de Sicille institua aussy en son temps Tordre des chevalliers du Croissant, auquel estaient escrits ces mots : Los en croissant; inférant par là que non seulement en vaillance et bravelé, mais en touttes vertus et renommée, il falloit toujours aller en croissant : et son hermite s'appelloit Croissant. Les noms des premiers instituez, ce sont ceux du temps de nos pères, avec leurs armoyries en l'église xle Sainct Maurice d'Angers, en une chappelle qu'on appelle la chappelle des Chevalliers. J'ay ouy fort estimer à aucuns vieux cet ordre et la devise.

Il faut finir ce discours , Jque je n'ay faict sy long comme je l'eusse voulu; mais possible l'ail ongeray- je en la vie du roy Henry, grand instituteur et fondateur de celuy du Sainct Esprit : cependant il m'est aysé à pardonner sy j'en ay faict cette digression , qui m'est venue en fantaisie , pour monstrer en passant l'abus de nos ordres d'aujourd'huy et sa grand gloire et vertu du temps passé. * *

A propos de M. de Tavannes, lequel je reprens encor pour dire que , quand il eut l'Ordre de la façon comme j'ay dict, la renommée en fut grande par la France, et luy en fut que très honnoré, et continua tous jours à très bien faire et à gouverner très bien et très sagement son gouvernement de Bourgoignesoubs

4^4 M. ï>£ TÀVAJK2V£f.

M. de Guyse, durant lès guerres estrangeres et civilles. Et les secondes venues, il fut depesebé avec M. Baumalle et M. de Guysç, qui estait lors foii jouvenet/pour empescher. M. le prince de joindre ses reistres à Mouzon, et de rebrousser ampres vers la France; mais ils ne peurent, et pour ce retournèrent trouver Monsieur à Troyes en Champagne, comme je les vis estonnez. Peu d'exploictz se firent beaux, sinon le siège de Chartres, où la paix se fit, qui ne dura guieres, comme j'ay dict, sur laquelle on voulut prendre subject de prendre M. le prince en sa maison des Noyers : et disoit on lors que c'estoit M» de Tavannes qui en avoit esté l'inventeur ; mais pourtant, pour un habille capitaine, il ne fut là secret, car lettres furent interceptées, qu'il escrivoit et mandoit : « Je tiens la beste dans les toilles, « hastez vous et envoyez des gens, » qui ont estéarrestez, qui estoient le régiment de Gouast et autres: ce qui fut cause que messieurs le prince et Admirai deslogearent sans trompette et vindrent en Guyenne, là où Monsieur fut depesché, et ledict sieur de Tayannes donné à luy par la Reyne mère pour le chef de son conseil, laquelle l'gymoit et le tenpit pour le plus grand capitaine de France, et fort ennemy du prince, lequel, après sa partance de Noyers, M. de Tavannes y vint, prit la maison et de très beaux et riches meubles de leans, tant de luy que de la princesse sa femme, entr'autres de très belles et riches robbes, dont entre icelles en furent deux cogneues aux nopees du roy Charles sur. une dame que je ne nommeray point : c'estoit sa femme,. pour direvray; qu'on trouva chose peu belle et de guieres bonne grâce de se charger ainsy de telle despouille en telle assemblée, et s'en piocqua-t-on fort.

Page 1