‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 1 sur 92 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Eut général de cet ouvrage.

Nous entreprenons, ave€ l'aide de Lieu, une tâche bien glorieuse cl bien difficile..

Elle est glorien.se ; car nous ne nous proposons rien moins que de sauver nos frères d'une ruine éternelle, et de leur procurer une immensité de bonheur dans le sein de Dieu.

Elle est difficile ; car ceux que nous voulons sauver ne veulent pas qu'on les sauve : ils veulent se perdre tout à leur aise, comme ces infortunés qui, ayant résolu d'en finir aree la vie, s'indigneftt

contre ceux qui les retiennent, quand ils s'élancent dans le gouffre qui va les engloutir.

Oui donc, notre tâche est glorieuse et difficile tout à la fois.

Le pécheur qui veut se mettre au large et ne rien refuser à ses passions, commence par lutter vigoureusement contre ses premiers remords, qui sont toujours les plus poignants, et, à force de pécher, il parvient bientôt à en émousser la pointe. D'un autre côté, quand il veut rompre avec Dieu et renoncer à son service, la foi vive qui rayonne dans son âme, et qui lui montre là un horrible chaos, ne s'accordant nullement avec des passions qu'il a résolu de satisfaire, il en affaiblit la lumière et la réduit à l'état d'étincelle ou de simple lueur ; puis, quand les ténèbres le favorisent, quand il n'est plus ni stimulé par sa conscience, ni éclairé par sa foi, il se sent comme soulagé, d'un accablant fardeau, et se réjouit de marcher joyeusement et sans entraves dans la triste voie où ses passions l'introduisent. Réalisant parfaitement en sa personne cette parole de Jésus-Christ : « Celui qui fait le mal a horreur de la lumière, » Qui malc agit, odit lucem, il fuit comme une ennemie déclarée cette lumière qui lui découvre des abîmes, et se replonge aussitôt dans ses épaisses ténèbres.

Les choses étant ainsi, et elles sont certainement ainsi, il est aisé de comprendre que tout ce qui réveille le remords ou ravive la [foi ne doit pas être du goût de ces infortunés. Aussi, voyez comme ils fuient tout ce qui pourrait ranimer leur foi, ou exciter en eux de salutaires remords, lis Craignent -un sermon; ils bâillent sur un bon

livre ; ils évitent une conversation pieuse ; ils reçoivent mal un sage conseil ; ils renoncent à la prière ; ils s'éloignent de la source féconde des sacrements ; ils s'affligent presque de la conversion d'un ami. Chacune de ces choses portant en ellemême des germes de remords et des étincelles de foi, le pécheur, qui craint par-dessus tout ces remords et cettefoi, évite avec un soin extrême tout ce qui est de nature à les raviver dans son âme.

Quoi qu'il en soit des autres, nous prions, nous supplions ceux de nos lecteurs qui ont daigné jeter les yeux sur ces premières lignes, de lire celles qui suivent jusqu'à la dernière. Nous irons puiser jusqu'au fond des entrailles de la divine miséricorde les moyens les plus sûrs de les rendre heureux en ce monde et en l'autre : nous dissiperons les préventions mal fondées qu'ils peuvent avoir contre une religion qu'ils ne connaissent pas. ou qu'ils connaissent mal ; nous leur montrerons qu'on peut servir Dieu sans être sauvage, et qu'une vie vraiment chrétienne est une source ineffable de jouissances pures et de consolations abondantes. Si nous leur demandons quelques sacrifices, serontils assez lâches pour refuser de les faire ? Hélas \ le plus grand de tous n'est-il pas celui de la vie, et ne faudra-t-il pas bientôt qu'ils se déterminënl ;i ce pénible sacrifice que la nature abhorre ? Quand le moment de le consommer sera venu, quelle joie délicieuse ne goùteront-ils pas si le charme d'une vie chrétienne qui précéda leurs derniers moments, adoucit la rigueur de ce coup décisif et enlève à la mort même toute son amertume !

Encore une fois, daignez donc nous lire, vous

sous les yeux de qui ces premières pages seront tombées par hasard.

- Si ce que nous vous disons n"est pas vrai, vous

jetterez de côté nos mensonges qui, en effei, ne

oront que le mépris ; mais si nous ne vous

niable, rien que de juste

et d'exact, pourquoi ne feriez-vous pas à la vérité

le, gracieux accueil quelle mérite? et si ces véri-

déjà respectables en elles-mêmes puisqu'elles

des vérités, sont de nature à vous toucher

d'une manière toute spéciale, parce qu'elles vous

mènent droit à une application pratique dont vous

un immense besoin, pourquoi voudriez-vous

les repousser et vous priver de réminent service

quelles peuvent vous rendre?

Etre ennemi de la vérité en général, c'est odieux , et nul n'oserait avouer qu'il en est là ; mais être ennemi d'une vérité qui nous est infiniment utile, et même absolument indispensable ; d'une vérité

ts les plus chers et les plus sacrés, convenons-en, c'est déraison, c'est

lit, dit Bc sommes

> faits pour nous nourrir de la vérité ? C'est d'elle » que doit vivre l'âme raisonnable : si elle quitte :■• cette nourritui e, elle perd sa substance

» ei sa I it languissante et exté-

iée : d'abord, elle ne peut plus voir qu'avec » peine ; ensuite, elle ne désire plus de voir ; en- » fin, elle ne hait rien tant que de voir... » ainsi que sont les pécheurs. »

Ne reculons donc point devant la vérité ; ayons le courage de la regarder en face. Si sa lumière

nous importune, concluons à coup sûr que nous en avons, par cela même, un pressant besoin. Si quelque chose nous dit au fond de Tàrne que cette vérité est une ennemie dangereuse dont il faut repousser ou même éteindre la lumière, faisons taire cette voix carverneuse du mensonge, et, au lieu d'éteindre le divin flambeau qui nous est présenté, tenons à honneur de le prendre pour guide ; soyons enfants de lumière, selon le conseil de Dieu même ; rougissons d'être enfants de ténèbres, et ne prenons jamais rang parmi ces hommes lâches et frivoles auxquels David disait en soupirant.: 0 enfants des hommes, jusqu'à quand aurez-vous un cœur pesamment incliné vers la terre ? Pourquoi poursuivez -vous la vanité et embrassez- vous le mensonge ?

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