‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 2 sur 92 · CHAPITRE Ii · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ii

A qui parlons-nous dans cet ouvra

Est-ce aux incrédules que nous nous adressons ? Non ; nous l'avons dit dans notre avant-propos, et nous le répétons ici, ce nTest point aux incrédules, réellement incrédules, que nous parlons dans ce livre (i). S'ils veulent rallumer le flambeau de la foi dans leur âme, assurément le feu sacré ne leur manque pas. Quelle masse d'ouvrages n'existe-t-il point contre l'incrédulité ! Qui pourrait compter

(i) Voy. le chap. Des Faux incrédules, page 15.

les livres où les principes de la foi sont clairement établis, et les objections de l'impiété victorieusement réfutées ! Ce ne sont pas les livres qui manqucjit à l'incrédule pour recouvrer la foi qu'il a perdue ; pc qui lui manque, c'est la droiture de l'esprit, ki pureté du coeur, Je désir sincère de connaître la vérité, et la demande faite fréquemment a Dieu du fond de lame pour le prier de dissipée ses doutes. Qu'il se mette dans ces heureuses dispositions, et bientôt il s'étonnera de se trouver croyant, avant même d'avoir ouvert un de ces nombreux volumes qui apprennent à le devenir.

Les hommes à qui nous parlons dans ce livre sont ceux qui croient les vérités de la religion, qui les reconnaissent comme des vérités divines, mais qui, sur tous les autres points, et notamment sur celui de la pratique des oeuvres de la foi, marchent de front avec l' incrédule, et ne diffèrent de lui que par un excès d'inconséquence et de bizarrerie, qui les rend en quelque sorte plus coupables devant Dieu que l'incrédule lui-même.

En effet, je ne crois rien, dit l'incrédule, de ce que la foi propose : par conséquent, je m'abandonne sans remords à mes passions et je jouis de la vie.

Pour moi. dit le chrétien qui a la foi sans pratique, je crois les vérités que la foi propose ; mais à cela près, je ressemble à l'incrédule ; comme lui, je m'abandonne à mes passions et je jouis de la vie. Ma foi. il est vrai, me menace de châtiments terribles si je ne reviens pas à Dieu ; mais, tout en m'inclinant devant ma foi, je la laisse tempêter, et je n'çn recherche pas moins ce qui fomente des

vices que j'aime et des passions que je veux satisfaire.

On le voit, sous un certain rapport, le plus coupable de ces deux hommes n'est peut-être pas le premier ; mais laissant de côté, ou plutôt renvoyant à Dieu l'appréciation du degré de culpabilité de ces deux infracteurs de sa loi, pour ne parler que do leur conduite respective, on peut, ce semble, affirmer que le plus inconséquent des deux n'est pas l'incrédule.

Quoique l'on voie déjà à qui s'adresse notre livre, nous voulons cependant préciser les choses plus nettement encore, afin de faire bien voir les principales classes de chrétiens égarés auxquels, avec le secours de Dieu, nous avons l'espoir de faire quelque bien, s'ils consentent à nous lire. A qui donc parlerons-nous dans le cours de cet ouvrage ?

— - Nous parlerons à ce jeune homme qui a encore la foi, mais qui semble déjà vouloir la contredire par ses œuvres et par l'irrégularité de sa conduite. Le goût de Dieu s'affaiblit dans son âme ; le joug aimable de la vertu commence à lui peser ; les pratiques religieuses le fatiguent ; la société des chrétiens fervents l'importune. Pauvre jeune homme ! il chancelle sur ses bases, et il a grand besoin qu'on l'y raffermisse. Nous tâcherons de le convaincre que la religion seule lui rendra, s'il le veut, l'énergie qui lui manque.

— Nous parlerons à celui qui, tout en ayant la foi, s'abandonne éperdument à ses passions. Choisissant son cœur pour foyer, elles font courir avec impétuosité leur flamme impure dans ses veines ; et pour calmer les flots furieux de cette mer de feu,

sa raison et sa foi semblent impuissantes. Si cependant il leur prêtait l'oreille, peut-être apprécierait-il la sagesse de leurs douces remontrances. Oh ! qu'il a grand besoin qu'on le détache du vice et qu'on le rattache à la vertu ! Nous tâcherons de le convaincre que la religion seule lui rendra ce double service.

— Nous parlerons à celui qui regrette ses bonnes années ; qui s'avoue à lui-même, s'il ne l'avoue pas aux autres, qu'il ne goûta jamais de bonheur pur qu'au service de son Dieu ; mais qui n'a pas le courage de revenir à la pratique de la religion, quoiqu'il en sente vivement la nécessité. Il n'a presque plus la force de vouloir ; du moins, il n'a plus la force d'exécuter ce qu'il veut ; un poids énorme l'entraîne en bas, c'est le poids de ses vices ; une puissance supérieure l'attire en haut, c'est la grâce divine ; mais, cette grâce, il l'affaiblit chaque jour par l'abus qu'il en fait. D'où donc viendra la force à cet homme épuisé ? Quel ami lui prêtera le secours de son bras ? Nous tâcherons do le convaincre que la religion seule peut remplacer sa faiblesse par une force invincible.

— Nous parlerons à celui qu'enchaîne le respect humain. Il a honte de lui-même ; il rougit de sa conduite quand il voit qu'il méprise Dieu et sa loi pour plaire à un libertin ; il sent vivement combien il lui serait glorieux de marcher tête levée dans la voie que sa conscience lui trace ; mais tout est inutile : l'orgueil est plus fort que l'Évangile ; la raillerie de l'impie fait plus d'effet sur lui que les foudres d'un Dieu. Qui lui donnera le courage dont il sent le besoin ? Nous tâcherons de le convaincre

que la religion seule, s'il écoute sa voix, le vrera de son triste esclavage.

— Nous parlerons à celui qui, pour se tranquilliser dans ses égarements, prend le masque de rincrédulité, quoiqu'il ne soit nullement incrédule au fond. Sa foi gtne sa passion, et il ne peut satisfaire celle-ci sans froisser celle-là, il ne serait pas fâché de se trouver quelque jour incrédule. Pour en venir là, il s'exerce à la pratique de cette incrédulité qui lui promet la paix dans le désordre. Il en prend le ton, le langage, les allures. et finit quelquefois par se persuader qu'il est enfin délivré de sa foi et des sombres terreurs qui raccompagnent. Il n'en est rien ; elle est notablement affaiblie, sa foi, mais elle n'est pas éteinte. Qu'une maladie grave survienne tout à coup, et voilà les passions en fuite, et la foi qui réparait aussitôt avec son flambeau; Mais, hélas ! que cet état est triste, et qu'il est à plaindre l'infortuné qui s'y trouve ! Nous tacherons de le convaincre que la religion seule lui rendra la lumière.

— Nous parlerons à celui qui semble disposé tous les jours à se donner à Dieu, mais qui, voulant terminer les affaires du temps avant de s'occuper de celles de l'éternité, renvoie toujours à un avenir qui n'arrive jamais la réalisation de ses pieux projets. Que le nombre est grand de ceux qui se conduisent ainsi ! Jouets éternels d'une aveugle présomption qui leur fait voir, dans un lointain vague et indéterminé, des circonstances plus favobles à leur conversion, ils passent leur vie presque entière sur le bord de l'abîme, et se réveillent quelquefois subitement dans ses profondeurs. Nous

— lu —

tâcherons de les convaincre que la religion seule peut les préserver du malheur éternel qui les menace.

— Nous parlerons à celui qui a fait cent fois l'épreuve de la vanité des plaisirs du monde. Son cœur en est sature ; et, comme il arrive toujours, la satiété a produit le dégoût : il est blasé, ce cœur ; le monde depuis longtemps n'a rien à lui offrir pour lui procurer une jouissance de son goût ; r ennui le saisit, le honneur lui échappe, la tristesse le ronge. Hélas ! il ne voit pas. cet infortuné, le Dieu bon qui. touché de sa misère, lui tend encore les bras et soupire après la possession de son cœur, quoiqu'il ne soit que l'ancien foyer des passions et ïe reluit du monde, oui donc lui fera goûter sur la terre les douces consolations que le I i- i lui propose ? Nous tâcherons de le convaincre que la religion seule peut lui procurer le bonheur qu'il désire.

— Nous parlerons à ceux qui sont malheureux. souffrants, humilies, abandonnés de leurs amis, trahis par la fortune, victimes de l'ingratitude ou de la calomnie ; à ceux en un mot pour qui la vie est un poids accablant, et. disent-ils, un malheur sans remède. Sans remède ! pauvres affligés ; ah ! vous avez donc oublié cette religion sainte, qui n'est jamais plus belle qu'en face de l'infortune ; vous refusez donc de prêter l'oreille à la voix si bonne et si tendre de Celui qui vous dit avec tant. d'amour : Venez à moi vous qui êtes dans la peine ;

: à moi vous qui êtes aeeahh's, et je vous soulagerai. Prenez irwn jowj sur vos épaules, et vous trouverez le repos... Car mon joue/ est doux et

mon fardeau léger. Qui rappellera ces divines paroles à l'affligé que la douleur consume ? Qui soulagera son cœur du poids qui l'oppresse? Nous tacherons de le convaincre que la religion seule peut remplacer ses peines par un bonheur solide,

— Nous parlerons à cet homme frivole que le prestige des vanités mondaines éblouit, que le tracas du monde étourdit et absorbe, et qui ne peut souffrir ce qui s'offre à lui sous un aspect sérieux et réfléchi. Ennemi déclaré de tout ce qui l'embarrasse, il se lance dans le tourbillon des plaisirs pour se dérobera l'ennui qui ne manquerait pas de l'atteindre, s'il faisait seulement une halte d'un jour dans la voie qu'il s'est tracée. Plus léger que méchant, plein de respect au fond pour une religion qu'il croit véritable, et à laquelle il espère bien demander plus tard des consolations pour ses vieux jours, sa vie s'écoule dans une oisiveté déplorable ; il court, au point de vue du salut, des dangers qui le feraient frémir si sa frivolité lui permettait d'en mesurer l'étendue. Qui donc lui persuadera, sans le fâcher, qu'il est indigne de l'homme, et surtout du bon chrétien, d'adorer la vanité, et de livrer au monde un cœur sur lequel Dieu seul a des droits inviolables ? Nous tâcherons de le convaincre que la religion dissipera ses ennuis et lui fera goûter des joies ineffables.

— Nous parlerons à cet homme grave, doux, aimable, généralement estimé , bon père , bon époux, ami dévoué, orné de toutes les vertus morales, qui n'a presque rien à changer dans ses habitudes pour devenir un parfait chrétien, et duquel chacun dit : Il ne lui manque que la pratique.

Qui n'a pas connu, qui ne connaît pas autour de soi des hommes de cette trempe ? Leur éloge est dans toutes les bouches ; on s'évertue à chercher ce qui peut mettre obstacle à leur conversion ; leur foi n'est nullement altérée; non-seulement ils ne disent pas un mot qui la blesse, mais ils sauraient imposer silence sur-le-champ à ceux de leurs inférieurs qui oseraient l'attaquer en leur présence,, et cette foi qu'ils vénèrent dans leurs discours et dans le fond de leur âme, ils la trahissent impitoyablement dans leurs œuvres. Comment ne voient-ils pas l'inconséquence de leur conduite, et les déplorables résultats que cette inconséquence peut avoir ? Nous tâcherons de les convaincre que la religion seule peut mettre un terme à cette inconséquence et que, sans elle, ils courent à des abîmes.

— Nous parlerons à ceux qui s'exagèrent les difficultés d'une vie chrétienne ; qui ont de vieilles préventions contre la religion et ses pieuses pratiques ; qui se figurent que s'ils reviennent à Dieu, on exigera d'eux mille choses dont la seule idée les importune. Mous et trembleurs par nature, ils reculent devant une gène, un embarras, une contrainte, un sacrifice, un effort vigoureux, comme si c'étaient autant d'effrayants fantômes ; et pourtant ils gémissent de ne pas obéir aux inspirations de leur foi. Ceux-là encore ont évidemment besoin qu'on les désabuse et qu'on les éclaire. Nous tâcherons de les convaincre que la religion mieux connue dissipera les injustes préventions qui leur font ombrage.

— Nous parlerons à celui qui se rassure au mi-

lieu de ses désordres, en pensant au bien qu'il fait' aux malheureux qu'il soulage, aux bonnes œuvres qu'il alimente , aux vertus qu'il pratique , ne croyant pas que Dieu le laisse mourir en état de réprobation après une vie qui lui semble si bien employée. État dangereux, plus dangereux quelquefois que celui d'un homme perdu de vices, qui, ne trouvant d'assurance d'aucun coté, ouvre enfin les yeux sur sa grande misère, et par un généreux effort s'échappe de son abîme. Qui l'éclairera sur les tristes effets de cette présomption qui l'aveugle et l'endort ? Nous tâcherons de le convaincre que la religion seule lui rendra la lumière, dès qu'il lui permettra d'approcher son flambeau.

— Nous parlerons à celui qui observe les lois de l'Église les plus incommodes, le jeûne, l'abstinence, l'assistance à la messe, tout, excepté la confession qui est son épouvantail, et à laquelle il ne peut se déterminer, quoiqu'il en reconnaisse la nécessité indispensable. Sans attendre qu'on l'accuse, il s'accuse lui-même ; il reconnaît son inconséquence ; il ne se dissimule pas les tristes effets qu'elle peut avoir ; il est rongé de remords ; le temps pascal surtout le bouleverse ; quand il voit la table sainte assiégée, et assiégée par des hommes qui, autrefois bien plus éloignés que lui de la religion, jouissent maintenant des doux fruits de leur courage, il s'indigne contre sa lâcheté, et cependant sa lâcheté persévère. Nous tâcherons de le convaincre que la religion seule lui rendra la paix, et que la confession, qui l'épouvante, sera pour lui la source des joies les plus pures et des consolations les plus délicieuses.

— Nous parlerons à celui qui est abattu, découragé, presque désespéré, parce qu'il a déjà fait quelques tentatives infructueuses de conversion. Il s'était figuré qu'un homme converti était un homme impeccable ; il avait congédié ses passions, comme si jamais elles n'eussent dû visiter de nouveau leur ancien maître : il avait fait à Dieu des promesses qu'il lui semblait impossible de violer jamais, et tout plein de ces beaux sentiments, il conduisait paisiblement sa barque au milieu des écueils. sans songer seulement à s'en préserver. Uu'e'st-il arrivé ? Hélas ! on le devine, il lui est arrivé ce qui arrive à l'imprudent nautonnier, qui ne soupçonne le danger que quand il en est la victime ; il a l'ait de nouveau la triste épreuve de sa faiblesse ; à la voix doucereuse de la passion, il a répondu par un sourire : sa barque s'est brisée, et le voilà, pauvre naufragé, pensif et désolé sur le roc où la vague l'a poussé. Qu'il serait bienvenu celui qui lui tendrait une main secourante, et qui. changeant subitement ses dispositions, bannirait de son coeur le sombre désespoir pour y faire rayonner la divine espérance '. Nous tacherons de le convaincre que la religion, bien comprise, lui rendra, s'il le veut, confiance et courage.

— Enfin, nous parlerons à ce vieillard endurci, qui ne tient à la vie que par un fil dont la rupture est imminente, et qui menacé chaque jour de comparaître au tribunal de Dieu, ajourne encore indéfiniment la conversion dont tout lui démontre pourtant la pressante nécessité. Est-ce la foi qui lui manque ? Non ; quoiqu'il l'ait contredite toute sa vie et qu'il ait mille fois mérité de la perdre, elle

est encore là : mais, hélas ! que sa lumière est pâle î que sa voix est faible î que son action est peu sensible ! Pour ranimer cette langueur, que faut-il ? Il faut ce qui manque souvent aux hommes endurcis de la dernière heure, c'est-à-dire une voix amie, qui électrise rame engourdie de ce vieillard qui va périr, si quelque éclat de tonnerre ne lui inspire une salutaire frayeur. Nous tacherons de le convaincre que la religion seule est cette amie fidèle qui peut, en un instant, le soustraire à l'abîme qui menace de l'engloutir.

Oui, nous croyons, avec le secours de Dieu, pouvoir être utile aux diverses classes de chrétiens abusés dont nous venons de faire rénumération rapide. Puissent-ils ne pas mépriser le moyen de salut que la divine miséricorde leur propose ! Puissent-ils mettre enfin d'accord et faire marcher de front — la foi qu'ils- possèdent — et les œuvres de la foi qu'ils négligent !

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