‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 13 sur 92 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Dieu créateur. — Bienfait de la création. I. — Un mot sur la création en général.

Création ! quel mot ! N'être rien, et devenir quelque chose ! Etre perdu clans je ne sais quel abime que Ton nomme néant, ou plutôt, car toute autre expression est inexacte, n'être rien, encore une fois, et devenir quelque chose ! Apparaître subitement au milieu de milliers d'êtres variés à l'infini sous le rapport de la forme, du fond, de la durée, de la destination, de l'intelligence, et s'interrogeant tous en quelque sorte pour essayer de

découvrir la grande et mystérieuse cause de leur production ; quel spectacle !

C'est celui que m'offre l'univers. Et Lieu est là, au centre de son œuvre, contemplant son œuvre, perpétuant son œuvre, tirant incessamment sa gloire de son œuvre ! Dieu est là ! présent partout, connaissant tout, pénétrant tout, oui tout, la matière et ses plus imperceptibles molécules, l'intelligence et les mille et mille pensées qui se forment dans l'esprit de chaque créature humaine, sur quelque point du globe qu'elle soit placée. Dieu est là î Créateur unique, Moteur universel, défiant l'homme qui se glorifie le plus de l'étincelle de science qu'il lui a donnée, d'expliquer en dehors de sa toute-puissance, un moucheron, un brin d'herbe, un grain de sable, un atome quelconque. Dieu est là ! redisant à l'homme orgueilleux ce qu'il disait autrefois si noblement à Job : « Où étais-tu quand je jetais les fondements de la » terre ? Dis-le moi, si tu as l'intelligence. Qui en » a établi les mesures? Le sais-tu? Qui a étendu » le cordeau sur elle?... Qui a renfermé la mer » en ses digues?... C'est moi qui lui ai marqué » ses limites, et j'ai dit : Tu viendras jusque-là, » et tu n'iras pas plus loin ; ici tu briseras l'or- » gueil de tes flots. »

Qu'il est puissant Celui qui, par un seul acte de sa volonté, a produit, sans le moindre effort, cette masse impondérable de matière dont l'idée seule écrase notre esprit, que nous nommons le globe terrestre, et qui n'est pourtant qu'un point au milieu de ces corps bien autrement considérables, qui roulent dans l'espace sans se choquer jamais,

dirigés qu'ils sont dans leur course rapide par le souverain Être qui les a faits ce qu'ils sont !

0 homme, que tu es petit au milieu de ces masses énormes ! ô homme, que tu tiens peu de place au milieu de ces innombrables mondes qui t'environnent. ! que tu es faible et impuissant, toi qui ne peux tirer quoi que ce soit du néant ! car il serait puéril de parler de la reproduction de l'homme par l'homme, ce qui n'est autre chose que la création continuée par Dieu, qui, pour prolonger son œuvre se sert de l'homme comme d'un instrument aveugle. Encore une fois donc, 6 homme, que ta puissance est bornée, toi qui ne peux pas, avec tous les efforts de ta volonté, donner l'être, je ne dirai pas à un chétif vermisseau, car il est lui-même un monde de merveilles, mais au plus imperceptible atome de la plus vile matière !

Yeux-tu faire l'essai de ta force, ou plutôt de ta fail desse? Eh bien! à l'œuvre : fais le vide complet dans le creux de ta main; tends toutes les fibres de ton cerveau ; excite et surexcite tous tes esprits vitaux ; réunis en faisceau toutes les puissances de ton âme pour produire l'acte de volonté le plus énergique dont tu sois capable. Appelle maintenant par un vigoureux fiât un grain de poussière dans ta main : fais-nous voir ce grain de poussière qui n'avait jamais été produit, et qui vient de passer du non-ètre à l'être. Tu ris de ma supposition, et j'en ris moi-même ; mais ton rire et le mien sont l'éloquent aveu, et de notre faiblesse, et de la puissance infinie du souverain Créateur de tous les êtres. Écrions-nous donc, dans le sentiment de la plus respectueuse admiration : 0 Dieu ! que vous

êtes puissant ! Mais à cette exclamation, joignons celle que laissait échapper en son langage sublime notre grand Bossuet, : Oh ! que nous ne sommes rien !

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