‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 43 sur 92 · VIII. — Conclusion de ce chapitre · texte numérisé non relu

VIII. — Conclusion de ce chapitre

Si par hasard, en présence des vérités terribles qui viennent de nous être exposées, nous avions senti vaciller notre foi sur le dogme de l'éternité des peines de l'enfer, raffermissons-la par cette solide réflexion de notre grand Bossuet.

« Pourquoi, dit-il, pour un péché qui passe si » vite, est-on condamné à une peine éternelle ? » 0 homme, qui es-tu pour répondre à Dieu ? Et » néanmoins, afin de satisfaire en un mot à ta ques- » tion, n'est-il pas vrai que lorsque tu te livres » aux objets de tes passions, tu veux pécher sans

» fin? Combien de fois as-tu protesté aux complices » de tes désordres que tu ne leur serais jamais » infidèle ! Toutes tes protestations s'en vont en » fumée ; le vent les emporte , parce que Dieu » confond tes projets ; mais c'est là l'intention de » ton cœur ; tu ne veux jamais voir finir la chose » où tu mets ton bonheur : et la marque que tu » désires pouvoir toujours pécher, c'est que tu ne » mets point de fin à tes crimes tant que tu vis. » Combien de pâques, de jubilés, de maladies, » d'exhortations, de menaces dont tu n'as tiré » aucun profit ! Tout passe pour toi comme l'eau ; » n'est- il pas juste ensuite que celui qui n'a jamais » voulu cesser de pécher, ne cesse jamais aussi » d'être tourmenté ? » (Pensées chrétiennes et morales.)

Au reste, pesons bien, en terminant ce chapitre, cette judicieuse observation de Mgr le cardinal Gousset :

a D'après l'ordre que Dieu a établi lui-même et » dans lequel se montre visiblement sa Providence, » on peut dire que sa sagesse, qui ne doit point » être séparée de ses autres attributs, s'oppose à » ce que les peines de l'enfer aient un terme. En » effet, si malgré la croyance universelle à l'éter- » nité de ces peines, la terre est comme inondée de » crimes; s'il se trouve encore un si grand nombre » de pécheurs qui boivent l'iniquité comme l'eau, » et vivent comme s'ils n'avaient rien à craindre » après la mort, que deviendrait le monde si l'en- » fer n'existait plus qu'en purgatoire ? Otez la » crainte de l'éternité malheureuse, c'en est fait » des lois de la religion et de la morale pour le

» plus grand nombre ; elles seront impuissantes » contre le crime. Donnez à l'égoïste, à l'avare, à » l'usurier, au voluptueux, à l'adultère, au plus » grand scélérat l'assurance ou seulement l'espoir » d'en finir un jour avec la justice divine ; bientôt » vous verrez disparaître de dessus la terre, avec » la crainte de Dieu, la pratique de la vertu. » ( Th éologie dogrnatiq ue .)

Croyons donc et croyons fermement le dogme inattaquable de l'éternité des peines en enfer. Les plus effrénés impies, qui semblaient avoir juré la destruction de la religion catholique, ont tenté tous les moyens de s'affranchir de l'épouvante que leur causait cette effrayante vérité, et tout ce qu'ils ont pu faire, c'a été de demeurer dans une incertitude accablante qui ^ eût bien dû, en une telle matière, leur faire prendre le parti le plus sûr.

Quand on demandait à Jean-Jacques Rousseau s'il y avait un enfer, il répondait : Je n'en sais rien.

Voltaire, de son côté, ayant reçu une lettre d'un de ses amis qui lui apprenait, comme une bonne nouvelle, qu'il croyait avoir acquis la preuve de la non-existence de l'enfer, lui répondit : Vous êtes bien heureux ! je suis loin de là.

Aimons Dieu ; pratiquons fidèlement les commandements qu'il nous impose ; enchaînons nos passions qui ne nous procurent que de folles jouissances ; menons une vie régulière et chrétienne qui est toujours accompagnée d'une paix profonde et d'une joie sans mélange ; méprisons ce monde qui passe ; pesons tout à la balance de l'éternité ; et non-seulement nous croirons à l'enfer, mais nous y croirons sans redouter à l'excès ses supplices; la

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