VII. — Feu éternel. — Ignem œternum
En cette épouvantable matière où l'homme est si disposé à contredire l'homme, nous voulons nous taire et laisser la parole à Dieu seul ; nous voulons même n'ouvrir que l'Évangile, pour nous mettre
plus sûrement à l'abri de toute contestation qui pourrait s'élever, si nous empruntions à l'Ancien Testament certains textes souvent allégués, mais sur le sens desquels il n'y a pas accord unanime parmi les docteurs. Voyons donc l'Évangile, et citons-le dans son énergique simplicité.
Nous trouvons en quatre endroits différents de ce livre sacré, des passages incontestablement relatifs au châtiment des réprouvés- en enfer. Yoici ces passages :
Saint Jean-Baptiste annonçant aux péchenrs la venue prochaine de Jésus-Christ, leur dit ces paroles : « Il a le van à la main, et il nettoiera son » aire ; il amassera le blé en son grenier, mais il » brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteindra » jamais : Pakas autem comburet igni inextingui- » bili. »
Écoutons maintenant Je sus -Christ lui-même :
« Un homme était riche, vêtu de pourpre et do » lin, et donnait tous les jours de magnifiques re- » pas. Et un homme, nommé Lazare, mendiait » couché à sa porte et couvert d'ulcères, souhai- » tant de se rassasier des miettes qui tombaient de » la table du riche, et personne ne lui en donnait ; » mais les chiens venaient et léchaient ses ulcères. » Or, il arriva que ce pauvre mourut, et qu'il fut » porté par les anges dans le sein d'Abraham. Et » le riche mourut aussi, et il fut enseveli dans » l'enfer : Et sepidtus est inferno.
» Or, levant les yeux lorsqu'il était dans les » supplices, il vit de loin Abraham, et Lazare » dans le sein d'Abraham, et s' écriant il dit : » Abraham, mon père, ayez pitié de moi, et en-
i voyez Lazare afin qu'il trempe l'extrémité de » son doigt dans l'eau et qu'il rafraîchisse ma » langue, car je suis vivement tourmenté dans » ces flammes : Crucior in hàc flammâ. Et Abra- » ham lui dit : Mon fils, souvenez-vous que vous » avez reçu les biens dans votre vie, et Lazare i> les maux : or, maintenant celui-ci est consolé, » et vous tourmenté. Et de plus, entre vous et » nous il y a un abîme, et ceux qui le veulent ne » peuvent passer d'ici vers vous, ni venir ici du » lieu où vous êtes. Et le riche dit : Je vous » conjure, père Abraham, d'envoyer Lazare dans » la maison de mon père, car j'ai cinq frères, et » je voudrais qu'il les avertit de ne pas venir » dans ce lieu de supplices : Xe et ipsi ventant in » hune locum tormentorum. »
Ecoutons encore Jésus-Christ, et voyons avec quelle insistance il répète à plusieurs reprises ce qu'il eût pu ne dire qu'une fois, relativement au supplice du feu éternel en enfer. N'oublions pas que c'est un Dieu qui parle, et qu'il ne peut par conséquent ni se tromper ni nous tromper.
« Si votre main vous scandalise, coupez-la ; il » vaut mieux pour vous que vous entriez dans la à vie éternelle n'ayant qu'une main , que d'en » avoir deux et aller en enfer, dans le feu qui ne » s éteint pas, où le ver qui les ronge ne meurt » point, et le feu ne s éteint jamais. Et si votre » pied vous scandalise, coupez-le ; il vaut mieux t> pour vous que n'ayant qu'un pied, vous entriez » dans la vie éternelle, que d'en avoir deux et » d'être envoyé en enfer dans ce feu qui ne s'é- » teint pas, où le ver qui les rongé ne meurt
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» point, el le feu ne s'éteint jamais. Et si votre » œil vous scandalise, arrachez-le ; il vaut mieux » pour vous que, n'ayant qu'un œil, vous entriez )> dans la. vie éternelle, que d'en avoir deux et 5> d'être envoyé dans le feu de l'enfer, où le ver y> qui les ronge ne meurt point, et où le feu ne » s'éteint jamais. »
Qu'on dise s'il est possible de démontrer plus clairement l'éternité des peines de l'enfer, que par la répétition fréquente des mots essentiels, auxquels Jésus - Christ ne change pas une lettre , comme pour faire voir l'invariabilité des supplices qu'ils expriment : a Leur ver ne meurt point et le feu ne s'éteint point. » Yermis eorum non moritur, et ifjnis non extinguitur.
Enfin nous lisons, et toujours dans l'Évangile, la fameuse sentence dont nous avons déjà parlé en traitant du jugement. Pour la rendre plus saisissante encore, Jésus-Christ la met en regard de celle qu'il prononcera avec tant de tendresse sur les élus placés à sa droite :
« Quand le Fils de l'homme viendra dans sa » majesté et tous les anges avec lui, il s'assolera » sur le trône de sa gloire, et toutes les nations » seront assemblées devant lui, et il séparera les » uns d'avec les autres, comme le berger sépare » les brebis d'avec les boucs : et il mettra les » brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. » Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : » Venez, les bénis de mon Père ; possédez le » royaume qui vous a été préparé dès le commen- » cernent du monde... Puis, il dira à ceux qui f> seront à sa gauche : Retirez- vous de moi, mau-
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» dits ; allez au feu étemel qui a été préparé pour » Satan et pour ses anges... et ceux-ci iront au » supplice éternel et les justes à la vie éternelle. »
>T avions-non s pas raison de nous borner au simple exposé de la divine parole? Qu'est-ce que l'homme pourrait ajouter à ce qui vient d'être lu ?
A la vue de ce feu éternel dont Jésus-Christ nous menace, éteignons celui de la passion qui nous brûle. L'un serait infailliblement la cause de l'autre, et une fois atteints par celui de l'enfer, n'oublions pas que jamais nos larmes ne parviendraient à l'éteindre. Si la moindre contrariété nous blesse ; si la peine la plus légère, quand elle se prolonge, nous est insupportable; si une opération d'une minute au moyen du fer ou du feu nous fait frémir de crainte; si enfin nous sommes si sensibles à la douleur, quelque forme qu'elle prenne ; que sera-ce, grand Dieu ! que sera-ce, si notre corps et notre âme sont condamnés à souffrir éternellement en enfer ?
Un jour, un saint homme voulant fuir les dangers du monde et assurer son salut, se retira au fond d'un désert où il vivait parfaitement heureux et dans l'union la plus intime avec Dieu. Une femme de ^mauvaise vie, informée de sa sainteté, entreprit de l'en faire déchoir. Elle se rendit à sa cabane, et le pria de lui donner l'hospitalité pour une nuit seulement, alléguant qu'elle s'était égarée dans le désert et qu'il lui était impossible, à cause de l'obscurité, de retrouver son chemin. L'homme de Dieu, heureux de pratiquer une œuvre de charité, lui accorda ce qu'elle demandait. Mais bientôt il s'aperçut que c'était à un perfide serpent qu'il avait ouvert
sa porte. Tout saint qu'il était, la tentation s'alluma clans son cœur, et peut-être y eût-il succombé si Dieu, pour le préserver de ce malheur, ne lui eût suggéré la pensée du feu de l'enfer. Impressionné vivement par cette pensée, il quitte la malheureuse, sort de sa cabane et l'y laisse seule. Alors, il prépare un grand feu, s'étend sur la terre, et tient ses pieds immobiles dans le brasier. — Grand Dieu ! que faites-vous là ! s'écrie sa tentatrice, qui venait de sortir. — Ce que je fais ? répondit-il ; je fais ici-bas l'épreuve du feu, afin de voir si je pourrai m'habituer plus tard à souffrir éternellement celui de l'enfer. Il n'en fallut pas davantage pour convertir cette femme débauchée, et pour affermir plus que jamais le pieux solitaire dans une sainteté si éminente, qu'elle lui a valu les honneurs d'un culte public.
A l'exemple de ce saint homme, méditons souvent sur l'enfer, et vivons de manière à ne mériter jamais d'y être précipités par la justice divine.