III. — Moyen de vaincre ce vice
Si quelques-uns de nos lecteurs, touchés de la grâce divine, reconnaissaient, à la lumière des réflexions qui précèdent , qu'ils doivent enfin combattre la passion qui les domine , peut-être nous demanderaient-ils ce qu'il ont à faire pour sortir victorieux de ce combat. Nous allons le leur dire ; et Dieu veuille qu'ils mettent fidèlement nos conseils en pratique !
11 y a, en général, trois moyens excellents, infaillibles même, de combattre avec succès tous les défauts auxquels on est sujet, toutes les passions dont on est l'esclave. Ces moyens sont : — la réflexion, — la prière, — et l'action. Oui, réfléchir, prier et agir, voilà la puissante armure du chrétien qui veut sincèrement combattre ses passions, sauver son âme et emporter le ciel d'assaut. Et nous le répétons, ce n'est pas seulement tel ou tel vice que l'on détruit par l'emploi de ces trois moyens, ce sont tous les vices quels qu'ils soient et quelque profondément enracinés qu'ils puissent être.
Mais bornons-nous ici à parler du vice impur, qui retient tant d'hommes hors des voies du salut et qui précipite peut-être, à lui seul, plus d'âmes en enfer que tous les autres vices réunis.
Premier moyen : Réfléchir. — Pour le vaincre, ce vice, il faut donc l'attaquer d'abord par la réflexion. Afin de donner au lecteur une leçon pratique de l'emploi de ce premier moyen , nous allons nous
mettre en scène, comme si nous étions nous-méme esclave du vice que nous attaquons.
Obéissant à la voix intérieure de ma conscience qui me reproche la conduite que je mène, j'interromps quelques instants mes affaires, je suspens mes plaisirs, je me sépare de mes parents et de mes amis , et quand je suis devant Dieu seul
— je réfléchis :
— Étais-je heureux avant de connaître le mal ?
— Oui, j'étais vraiment heureux ; ma conscience était calme, mon cœur était pur et tout à Dieu, mes plaisirs étaient innocents. Exempt d'inquiétudes sérieuses et de remords déchirants, je ne craignais ni la mort, ni ses terribles suites, et ma vie s'écoulait douce et paisible sous l'œil de Dieu, qui me faisait sentir au fond de l'âme la suavité de son joug.
— Suis-je plus heureux depuis que mon cœur est envahi par la volupté ? — Comparons : Que m'a-t-elle enlevé ? Que m'a-t-elle apporté ?
Que m'a-t-elle enlevé ? Les nobles sentiments du cœur, les chastes joies de l'âme, le calme de la conscience, les vives lumières de la foi, les consolations de l'espérance, les saintes ardeurs du divin amour, l'estime des hommes que j'honorais le plus, l'affection des personnes vei tueuses que j'affectionnais spécialement moi-même quand j'avais le bonheur de leur ressembler : voilà les trésors que la volupté m'a ravis.
Que m'a-t-elle apporté pour compenser les biens dont elle m'a privé ? Quelques éclairs de jouissance, j'en conviens ; mais jouissances matérielles, fugitives, toujours au-dessous de mes désirs, et après
lesquelles je n'ai jamais manqué de laisser échapper de mon cœur vide un profond gémissement qui voulait dire : Quelle misère !
Que m'a-t-elle encore apporté ? Un fonds d'inquiétude, un état habituel de malaise et d'ennui, un germe d'incrédulité, le dégoût de la vertu, du travail et de la vie même, la compagnie de libertins que je semble aimer et qu'au fond je méprise, un remords permanent que j'essaye vainement d'étouffer, une terreur secrète à la pensée de Dieu, de la mort et de l'éternité : voilà ce que m'a donné ma passion ; voilà le s fruits amers qu'elle a déposés dans mon âme.
Puis-je vraiment la saluer comme une bienfaitrice ? Et ce qu'elle m'a ravi n'est-il pas infiniment supérieur à ce qu'elle m'a donné ?
— Quels sont les enseignements de la foi sur le vice impur auquel je suis sujet ? — Hélas ! je dois convenir qu'ils sont terribles, et que, de ce côté, je n'ai pas une ombre de consolation. En effet, je me souviens d'avoir lu dans le Livre de la loi ces paroles énergiques : Fuyez la fornication... Ne vous y trompez point : ni les fornicateurs, ni les adultères, ni les voluptueux ne seront héritiers dit royaume de Dieu... Ne savez- vous pas que vos corps .sont les membres de Jésus-Christ? Enlèverai-je donc à Jésus-Christ ses propres membres pour en faire les membres d'une prostituée ? A Dieu ne plaise ! Ne savez-vous pas que celui qui se joint à une prostituée devient un même corps avec elle ? Ne savez vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit, qui réside en vous et que vous avez reçu de Dieu, et qu'ainsi vous nêtes plus à vous-
mêmes? Car vous avez été achetés d'un grand prix. Glorifiez donc et ï portez Dieu dans votre corps. (Saint Paul.)
Ces paroles, et une infinité d'autres que j'ai lues autrefois dans les saints Livres, sont vraiment accablantes quand je les médite avec quelque attention. Il est vrai, je n'en suis pas aujourd'hui vivement frappé ; je sens que ma passion a émoussé ce qu'il y avait de vif et de saisissant dans ma foi ; mais cela même n'est-il point un grand malheur? Les vérités de la religion cessent-elles d'être des vérités parce que j'en détourne mon esprit, et que je mets entre elles et moi le nuage ('pais de mes passions ? Ces vérités font trembler les âmes les plus chastes ; cl moi qui ne suis que souillure, c'est à peine si j'en suis légèrement ému. Il doit y avoir là un désordre ; et ce désordre, c'est assurément le vice auquel je suis sujet qui le produit. Qu'importe que je bouche mes oreilles pour ne pas entendre la voix de Dieu, si le tonnerre de ses vengeances éclate sur ma tète ? Qu'importe que je m'endorme avec une fausse tranquillité dans la fange de mes vices, si je me réveille subitement quelque jour aux pieds de mon juge ?
— Que penserai-je de la vie que je mène quand j'en rappellerai le souvenir sur mon lit de mort? — La réponse à cette lugubre question se présente d'elle-même à mon esprit. À cette dernière heure, hélas ! je le sais bien, tout sera fini pour moi : biens, honneurs, plaisirs, folies de l'imagination, séductions du cœur, ivresse des sens, charmes de la passion, tout sera terni, tout sera glacé, ou plutôt tout aura disparu. Pâle et décharné, le cierge
bénit dans la main, le crucifix sur les lèvres, le prêtre à mon chevet, mes yeux mêlant leurs dernières larmes aux larmes d'une famille consternée, les coups lents et tristes d'une cloche lugubre annonçant mon agonie et quêtant pour moi les prières des âmes pieuses : voilà, si je ne suis pas foudroyé par une mort subite, ce qui serait mille fois plus terrible encore, voilà ce qui m'attend ; voilà le désolant spectacle que j'aurai certainement sous les yeux. Quel cas ferai-je alors de cette passion qui m'éblouit maintenant par son vain prestige? Quel jugement porierai-je sur la vie voluptueuse et passionnée que je mène aujourd'hui ? Ah ! je le sens, ce souvenir de mon triste passé provoquera sans doute mes gémissements et mes larmes. Infortuné que je suis ! que fais-je donc en fomentant une passion qui doit avoir une issue si fatale ? J'amasse des regrets pour le jour où je serais si heureux de n'en avoir aucun ; je me ménage des frayeurs horribles pour le jour où il me serait si doux d'avoir l'âme en paix; je provoque par mes crimes le courroux du souverain Juge au tribunal duquel les âmes les plus saintes frémissent de comparaître. Quel est donc mon avenir !
Encore si je pouvais avoir la certitude de désarmer mon juge par un repentir sincère ! mais en sera-t-il ainsi? Sans doute, si je me convertissais aujourd'hui, j'aurais tout lieu de compter sur la divine miséricorde. En rompant avec mes passions lorsqu'elles sont dans toute leur fougue, et que j'ai assez de force pour me soumettre à leurs exigences, il est certain que mon changement de vie annoncerait la pureté de mon intention et témoi-
gnerait à Dieu que c'est uu vrai repentir qui m'anime. Mais sera-t-il sincère, ce repentir; aura-t-il son siège, comme il doit l'avoir, dans un cœur radicalement changé, si je ne renonce à ma passion que parce qu'il ne sera plus en mon pouvoir de l'alimenter et de la satisfaire? Dieu me saura-t-il gré de me séparer de cette passion plutôt par nécessité que par amour pour lui et par respect pour sa loi ? Ne sera-t-il point en droit de me dire que c'est la passion qui se sépare de moi, et non pas moi qui se sépare d'elle ? Une voix secrète ne me dira-t-elle pas au fond de rame que, si je revenais au temps de ma jeunesse, je me rengagerais dans mes dérèglements et dans mes folies ?
Deuxième moyen : Prier. — Les réflexions qui viennent d'être développées sont assurément fort utiles quand on veut sincèrement combattre le vice impur et se donner à Dieu. Cependant cela ne suffit pas pour remporter la victoire. La prière doit suivre immédiatement la réflexion, et c'est à elle surtout que l'on devra cette heureuse réforme qui fera dire au monde étonné et édifié : Le doigt de Dieu est là : Digitus Dei est hic.
Qui nous donnera de convaincre nos lecteurs de l'efficacité infaillible de la prière pour briser les liens de la passion qui les asservit ?
Le plus grand de tous les malheurs qui puissent arriver à l'homme en état de péché, c'est de renoncer à la prière. Quand il a pris ce funeste parti, Dieu se retire, la passion le remplace, et elle s'assujettit tellement le cœur de son esclave, qu'elle en fait absolument ce qu'elle veut. L'àme qui ne
puisait que dans la prière sa sève et son ardeur, privée de cet élément divin qui faisait sa force, n'a presque plus le pouvoir de gémir. Elle est là, triste et plaintive comme une reine découronnée qu'on enfermerait dans un noir cachot, et à laquelle on viendrait à chaque instant jeter l'insulte et le mépris. Si elle pouvait, cette reine infortunée, faire entendre sa voix au peuple abusé dont elle faisait naguère le bonheur et la gloire, assurément il s'empresserait de délivrer l'illustre prisonnière ; mais ses gémissements sont étouffés, ses plaintes ne franchissent point l'enceinte de son cachot.
Tel est l'homme , quand il opprime son âme sous le poids de ses vices. La prière seule pourrait le sauver, et jamais il ne prie. Se retirer quelques instants à l'écart pour gémir devant Dieu, pour implorer son secours et faire un pressant appel à sa miséricorde, ce serait son salut ; mais il ne veut pas se sauver ; il veut courir à sa perte, et il y court en effet comme un insensé.
C'est une chose souverainement affligeante et étonnante tout à la fois, que ce profond dégoût de la prière qui s'empare de l'homme dès qu'il a fait un pacte avec la passion, et surtout avec celle de toutes les passions qui le souille plus que les autres. A partir de ce jour, on voit clairement que le doux lien qui l'attachait à Dieu est rompu. Hier encore il priait avec ferveur; aujourd'hui la prière le fatigue et l'ennuie ; c'est Adam contemplant délicieusement Dieu quand il était innocent, et se cachant dans les broussailles quand il est criminel.
Encore une fois, qui nous donnera d'inspirer le goût de la prière à ceux de nos lecteurs auxquels
elle est si nécessaire pour triompher de la passion qui les domine?
Nous l'affirmons ici avec toute l'énergie dont nous sommes capable ; nous l'affirmons sans craindre un démenti tant soit peu raisonnable ; nous l'affirmons, la main placée sur le livre sacré des Évangiles : nous l'affirmons au nom de Jésus- Christ même, dont nous ne sommes que le faible écho : tout homme, si perdu de vices et de corruption qu'on voudra le supposer, qui désirera sincèrement s'arracher de son bourbier, et qui, reconnaissant humblement qu'il en est par lui-même incapable, s'adressera à Dieu par une prière aussi longtemps répétée qu'il en sentira le besoin ; tout homme ainsi disposé remportera certainement sur ses passions une complète victoire. Il en a pour garant la plus imposante autorité qui puisse jamais être. Qu'il méprise la notre, nous y consentons ; l'autorité de l'homme n'est rien ; mais l'autorité de Dieu, qu'y a-t-il qui puisse inspirer plus d'espoir et de confiance? Or, c'est un Dieu, c'est Jésus- Christ lui-même qui a dit à tous les hommes, quels qu'ils soient et en quelque disposition d'esprit et de cœur qu'ils puissent être, ces consolantes paroles sur lesquelles nous devrions coller nos lèvres par un sentiment brûlant d'amour et de reconnaissance:
a Demandez, et il vous sera donné ; cherchez, » et vous trouverez ; frappez, et l'on vous ouvrira. )> Car celui qui demande reçoit ; quiconque (re- » marquez ce mot), quiconque cherche trouve, et » l'on ouvre à celui qui frappe. Si quelqu'un d'en- » tre vous demande du pain à son père, lui don- » nera-t-il une pierre ? ou s'il lui demande un pois-
» son, lui donnera-t-il un serpent ? Si donc, tout » méchants que vous êtes, vous savez donner de » bonnes choses à vos enfants, à combien plus » forte raison votre Père céleste donnera-t-il un » bon esprit à ceux qui le lui demandent ! En » vérité, en vérité, je vous le dis (c'est le serment » de Jésus-Christ), si vous demandez quelque chose » à mon Père en mon nom, vous l' obtiendrez. »
0 paroles d'amour ! paroles vraiment divines et tout imprégnées de miséricorde, tombez, tombez en pluie de feu dans le cœur glacé des pécheurs!
On le voit, la parole d un Dieu y est engagée ; sa promesse est formelle, et si nous périssons, nous devons avouer que nous ne périrons que par notre faute.
Prions donc, prions ; le ciel est au bout de notre prière. Ayons le courage, car il en faut quand la passion a épuisé les forces de l'âme, ayons le courage de soulever le poids de nos vices et de pousser vers Dieu quelques gémissements plaintifs. Comme un homme enseveli sous un tas de décombres, qui fait effort pour appeler au secours d'une voix étouffée : nous aussi, disons en soupirant : Seigneur, ayez pitié de votre pauvre enfant ! — Dieu d'amour, rendez-moi mon ancienne innocence. — Jésus mort en croix pour me sauver, ne permettez pas que je périsse. — Sang adorable de mon Sauveur, purifiez-moi de mes souillures. — Marie, ma tendre mère, que j'aimais tant dans mon jeune âge, faites que je vous aime encore. — Priez pour moi, bonne Mère ; priez pour moi, misérable pécheur; priez pour moi qui prie si mal...
Ces aspirations et tant d'autres que nous saurons
trouver si nous voulons nous sauver, nous obtiendront infailliblement les grâces puissantes et victorieuses qui nous sont nécessaires pour triompher de nos vices.
Mais prions surtout dès que la tentation se fera sentir. N'attendons pas qu'elle ait mis en feu notre cœur et notre imagination. Dès que nous sentirons ses premières atteintes, prions, c'est le moment du combat ; notre âme en est le théâtre ; Dieu et la passion se la disputent ; prions ; Dieu n'attend que cela pour nous décerner la palme. Si la tentation redouble ses attaques, redoublons nos prières, et jusqu'à ce que l'ennemi soit en déroute, prions, prions sans relâche. Pas de prières variées, cela n'est pas nécessaire ; une seule très-courte et répétée sans cesse pendant toute la durée de la tentation, cela suffira pour la vaincre : Jésus, ayez pitié de moi, ou bien sainte Marie, ma bonne mère, priez pour moi, c'est assez. Des milliers de pécheurs, dominés par les passions les plus violentes, en ont triomphé par la répétition de ces courtes prières pendant la tentation. Combattons comme eux, et nous vaincrons comme eux. Dieu qui les exauça, nous exaucera certainement nousmêmes.
Troisième moyen : Agir. — Avons-nous besoin d'employer encore un autre moyen pour extirper le vice impur de notre âme? La prière seule n'estelle pas suffisante pour nous délivrer des passions les plus fougueuses ? Non, la prière elle-même, toute puissante qu'elle est, ne suffit pas encore pour opérer pleinement cet heureux effet. Nous
l'avons dit, il faut trois choses pour s'assurer de la victoire : Réfléchir, — prier — et agir. Nous avons parlé des deux premières, disons un mot de la troisième.
Agir : que veut dire ce mot, relativement à la passion impure, et considéré comme moyen de la vaincre ? Que doit- on faire pour se rendre le témoignage qu'on lui oppose une action vigoureuse et vraiment efficace ?
D'abord, et c'est encore le conseil de notre divin Maître, il faut veiller avec attention, et veiller spécialement sur les premiers mouvements de son cœur, afin de les réprimer dès qu'on est averti de leur présence, en recourant aussitôt à la prière comme nous l'avons dit, en éloignant de sa pensée les images impures qui s'y présentent, et en résistant courageusement à la tentation avec toute l'énergie de la volonté.
Il faut en outre veiller tout particulièrement sur ses sens. Nous ne savons que trop par une funeste expérience qu'ils sont les portes de l'âme, et que c'est par eux que la passion s'y introduit pour y exercer ses ravages ; veillons donc sur nos sens, et plus spécialement sur nos yeux, qui sont presque toujours la première cause de nos chutes.
En agissant ainsi, nous serons fidèles à la pressante recommandation que nous fait Jésus-Christ : Vigilate, veillez, parole à laquelle il attachait tant d'importance, que, craignant qu'on ne se persuadât que c'était seulement à ses disciples qu'il l'adressait, il ajouta : Ce que je vous dis, je le dis à tout le monde : Veillez. Quod vobis dico, omnibus dico : Vigilate. Veillez et priez, dit-il ailleurs ; et si alors
la tentation vous attaque, tenez pour certain que vous n'y succomberez jamais : Vigilate et orate, ut non intretis in tentationem.
Agir, sur le point que nous traitons, qu'est-ce encore? C'est éviter les occasions dangereuses qui ont été la source de tant de misères. Savoir que telle maison, telle compagnie, telle lecture, tel spectacle et une foule d'autres circonstances sont si périlleuses, que presque jamais on ne s'y trouve sans se souiller de quelque nouveau crime ; et, malgré cela, se rendre en cette maison, fréquenter cette compagnie, se permettre cette lecture, assister à ce spectacle , n'est-ce pas aller au-devant de l'incendie? N'est-ce pas l'alimenter au lieu de l'éteindre? N'est-ce pas paralyser entièrement l'efficacité de la prière elle-même, et réaliser la menace que contiennent ces paroles : Celui qui aime le danger, y trouvera sa perte : Qui amat periculum, in Mo peribit ?
Sans doute, il faut du courage pour résister au désir violent que l'on éprouve de rechercher des occasions qui séduisent le cœur par le plaisir sensuel qu'elles promettent ; mais puisqu'il s'agit de vaincre ou d'être vaincu ; puisque la victoire met en po i du ciel, et que la défaite précipite
eu enfer, quel homme sage pourrait balancer? Du reste, c'est pour obtenir le courage nécessaire en ces occasions, qu'il faut recourir au grand moyen de la prière, pour trouver en Dieu ce que nous ne trouvons pas en nous-mêmes.
îst encore agir, et agir très-efficacement contre la tentation du vice impur, que de remplacer les h mauvaises par des lectures édifiantes,
Nous ne dirons jamais assez combien de telles lectures sont profitables aux personnes du monde éloignées depuis longtemps de toute pratique religieuse. Les sermons, ils les fuient ; les conversations pieuses, ils ne se trouvent guère avec ceux qui les tiennent, et d'ailleurs ils en détournent le cours, ou du moins ils gardent le silence et les laissent s'éteindre faute d'aliment. Mais si quelque bon livre leur tombe entre les mains, et s'ils sont assez heureux pour en parcourir chaque jour quelques pages, qui pourra dire les fruits précieux qui résulteront de ces lectures? Que de conversions se sont opérées par l'emploi de ce moyen ! Que d'âmes endurcies, que rien jusque-là n'avait pu remuer et attendrir, et qui, sans secousse et sans bruit, se sont senties émues, agitées et totalement renouvelées par l'action invisible de Dieu, qui n'attendait que cette lecture pour faire éclater sa grande miséricorde !
C'est encore agir, et souvent avec plein succès, que de fréquenter un ami solidement chrétien. Rien ne donne du courage comme les conseils d'un ami, quand surtout on l'estime profondément, et quand tout ce qu'il dit est ratifié secrètement par la conscience. Que d'hommes, esclaves infortunés d'une passion violente qu'ils croient indomptable, pourraient s'en affranchir avec facilité s'ils voulaient se séparer des libertins qui les corrompent, et ne fréquenter que les amis chrétiens qui les édifient ! Quel encouragement et quel appui ne trouveraientils pas chez ces chrétiens fidèles, quand, épanchant leur âme dans leur âme, ils leur confieraient leurs peines, leurs inquiétudes, leurs troubles de con-
science, et en même temps le désir qu'ils ont de s'arracher de leur abîme pour se donner à Dieu !
Que nous serions heureux si quelques-uns de nos lecteurs, ballottés peut-être entre le vice et la vertu, après avoir lu les lignes que nous venons de tracer, allaient trouver un ami chrétien et lui disaient avec une sainte émotion : « Ah ! mon » tendre ami, je n'y tiens plus ; j'ai besoin de » m' épancher. Écoute : j'ai en toi une confiance » sans bornes, et je vais t'en donner une preuve » convaincante. Depuis longtemps je t'admire, et » ton exemple me donne plus de remords que mes » crimes eux-mêmes. Quand je vois la régularité » de ta conduite, la sérénité de ton âme reflétée » sur ton visage, l'estime générale dont tu jouis, » les vertus aimables que tu pratiques, je laisse » échapper un soupir, et replié sur moi-même, je » me dis avec un serrement de cœur que je ne » puis rendre : Que mon état est déplorable en » comparaison de celui de mon ami ! que sa con- » duite est admirable ! et que la mienne est affreuse ! y Que sa conscience est calme ! et que la mienne » est bourrelée ! Que ses vertus sont belles ! et que y> mes vices sont difformes!... C'en est fait, cher » ami, non je n'y tiens plus, soutiens ma faiblesse, » encourage mes efforts, seconde l'action de la » grâce ; dis-moi quelques-unes de ces bonnes » paroles qui gagnent le cœur et le fixent dans le » bien; car j'ai soif de la vertu, je déteste mes » vices, je veux te ressembler... »
Quel est le cœur de bronze qui ne se fonde de joie en entendant de telles paroles ? Quel ami chrétien, en recevant une si touchante confidence.
ne serrera pas dans ses bras celui qui la lui fera ? îl nous semble le voir, cet ami vertueux, puisant dans son cœur, ou plutôt dans le cœur de Dieu même, ces expressions enflammées qui pénètrent les âmes les plus dures, et rattachent quelquefois subitement à la vertu celui qui s'égarait tristement dans les sentiers du vice.
Enfin c'est agir, et agir directement contre la passion que nous combattons, que d'aller confier ses misères, non plus seulement à l'ami du monde, ce qui est déjà très-salutaire, mais à cet autre ami qui nous attend avec impatience, à cette miséricorde incarnée, image visible de la miséricorde divine dont elle tient la place ici-bas ; nous voulons dire au ministre de Dieu qui a reçu de lui le pouvoir de remettre les péchés de ses frères. Nous n'osons l'appeler par son nom ; car, nous le savons bien, l'idée seule de confesseur effarouche celui qui, depuis longues années, n'a plus avec lui ces douces relations qui faisaient autrefois le charme de sa vie.
Et pourtant c'est là, c'est là surtout, disons mieux, c'est là seulement qu'il retrouvera dans toute sa plénitude la paix qu'il a perdue ; c'est là seulement qu'il verra s'éteindre les feux de sa passion. Oh! s'il nous était donné de le déterminer à faire la douce épreuve de ce moyen de salut, de quels transports de reconnaissance il récompenserait notre zèle ! Oui, la confession est le tombeau de tous les vices de l'homme ; c'est là qu'ils expirent ; c'est là que la vertu rallume son flambeau et reprend toute son énergie. Je ne voudrais pour preuve de la divinité de cette ineffable institution i. 20
que les transformations étonnantes dont elle est si souvent F instrument. Que d'hommes viennent au tribunal de la réconciliation, froids, insensibles, durs comme le rocher, et en sortent tout émus, tout attendris, tout renouvelés par la foi, l'espérance et l'amour !
Eh bien! qui nous arrête? Pourquoi résister plus longtemps à la voix de notre conscience et à la voix de Dieu qui nous appelle avec tant de tendresse ? Nous les voyons maintenant étalé sous nos yeux, les divers instruments dont la divine miséricorde nous invite à faire usage pour déraciner nos vices. Ah ! malheur à nous si, au lieu de saisir les armes qui nous sont offertes pour combattre et pour vaincre, nous les repoussons avec dédain, au risque d'être enveloppés cette nuit peut-être dans une ruine éternelle !