I. — Réflexions préliminaires
La corruption du cœur : voilà le grand obstacle au salut. Débarrassez l'homme du vice' impur, ou supposez, par impossible, que la religion autorise ce vice ; quelle prodigieuse quantité de conversions vous allez voir sur toute la surface de la terre ! Elargissez les temples ; dressez de nouvelles tables eucharistiques ; réduisez de moitié le nombre des prédicateurs ; les foudres, de leur éloquence ne sont presque plus nécessaires. De tous côtés les pénitents pullulent. Le faux incrédule jette son masque, l'homme du monde sourit à la religion qu'il raillait, le libertin agenouillé dans sa fange se confesse, et tous exaltent àl'envi le christianisme fait chair, le christianisme humanisé.
Être soumis à l'obligation de dompter une passion rebelle, et d'assujettir des sens avides de satisfactions conformes à leur nature , voilà donc
un puissant obstacle à la conversion d'un grand nombre ; cela ne peut pas se révoquer en doute.
L'homme est un composé de deux parties essentiellement différentes, et cependant unies par les liens les plus intimes et les plus mystérieux.
L'âme, principe immatériel, souffle dvin, substance impalpable, douée de facultés sublimes, perpétuellement agissante, et variant à chaque instant ses opérations avec une mobilité si rapide, que rien, dans les êtres matériels, ne peut se comparer à son incompréhensible activité.
Le corps, merveille d'architecture, petit monde de prodiges, mais masse pesante, inerte de sa nature, sujet à une foule de misères, pourvu de cinq sens qui ont leur vie propre, leurs instincts variés, leurs satisfactions appropriées au mode de sentiment et de perception de chacun.
Ces deux substances sont de nature si diverse, que le nœud de leur alliance et l'action incessante de rime sur l'autre est, et peut-être sera éternellement, un problème dont Dieu seul connaîtra la solution. Il fallait toute la puissance de ce grand Etre, non-seulement pour créer, mais encore, et surtout, pour allier aussi étroitement deux substances qui, par leur nature, s'excluent et se repoussent au lieu de s'associer et d'agir l'une sur l'autre, comme nous voyons à chaque instant qu'elles le font. .
La plus simple réflexion suffit pour convaincre que la plus noble de ces deux substances est incontestablement celle qui est immatérielle et que nous nommons âme. Séparé de cette compagne ou plutôt de cette souveraine, nous savons ce que
devient son esclave que nous nommons corps. La mort n'est autre chose que la séparation momentanée de la reine et de l'esclave. La reine partie, l'esclave s'affaisse, s'immobilise, se flétrit, se cadavérise, se putréfie, devient le réceptacle d'une fourmilière d'insectes et de reptiles qui le rongent, s'en assimilent les chairs, et laissent ce qui ne leur convient point tomber en poussière, ou se volatiliser en gaz impalbables, qui concourent, sous l'empire des lois physiques, à des milliers de transformations connues de Dieu seul.
Voilà ce qui arrive au corps dès que lame a rompu le lien qni la tenait captive. Le corps était son cachot; en le quittant elle le foudroie, ou plutôt il s'écroule de lui-même, et proclame par sa ruine la puissance de celle qui lui imprimait, le mouvement et la vie. Pour elle, elle se rit de la mort, et munie de son brevet d'indestructibilîté, elle s'élance radieuse dans le monde des intelligences. Plus vivante que jamais, débarrassée de sa grossière enveloppe et de ce lourd manteau dont elle était comme affublée, elle voit clairement que si (pour parler humainement , pendant l'éternité passée, elle a pu ne pas être, pendant l'éternité future, l'immortalité lui est assurée.
Cependant, quand l'union de l'âme et du corps existe, et que ces deux substances vivent de leur vie propre, chacune d'elles a ses inclinations, ses jouissances et ses besoins, au fond desquels on doit retrouver, et Ion retrouve en effet, la nature de la substance qui les possède. Le corps est matériel, et par conséquent c'est dans la matière que doit être le principe de ses jouissances ; aussi
voyez ce que ses sens convoitent et poursuivent : l'œil n'est satisfait que des beautés physiques qui le frappent ; l'oreille n'est heureuse qu'en entendant les sons matériels qui la réjouissent ; le goût ne prend plaisir qu'aux aliments délicats qui lui sont présentés, et ainsi des autres. Comme il est matière, ce corps, c'est la matière seule qui le satisfait.
L'âme, au contraire, étant tout immatérielle, et ne s' occupant du monde physique que pour porter sur lui des jugements purement intellectuels, mais nullement pour matérialiser ses jouissances, l'àme n'est heureuse que par ce qui fait le bonheur de Dieu même. Penser, juger, vouloir, connaître, sentir, aimer surtout : voilà ses jouissances. On voit comme elles sont pures et dégagées de cette matérialité grossière , que le corps revendique comme son triste apanage.
Quand un homme s'absorbe dans le sentiment d'une jouissance matérielle et qu'il est uniquement occupé d'en goûter la douceur, l'animal est presque en droit de l'appeler son frère. Au fait, puisqu'on agissant de la sorte, cet homme met à l'écart ce qui fait sa gloire ; puisqu'il abdique ce qui le rend semblable à Dieu, pour ne conserver que ce qui lui est commun avec la brute ; de quoi se plaintil si celle-ci traite avec lui sur le pied de l'égalité?
II. — Motifs pressants de combattre le vice opposé à la sainte vertu.
Pour bien convaincre l'homme dominé par le vice impur de la nécessité de s'en affranchir, nous allons entrer en discussion avec lui, et combattre i. 19
les raisons qu'il allègue pour ne pas échanger ses jouissances charnelles avec les jouissances si pures et si douces de la vertu, que nous lui proposons.
Ce que nous avons de plus fort à opposer à l'homme souillé du vice de l'impureté, c'est incontestablement l'autorité de Dieu même qui, en mille endroits de la sainte Écriture, déclare l'horreur que ce vice lui inspire, et menace ceux qui s'y livrent des châtiments les plus terribles, châtiments qu'il a souvent infligés, même dès ce inonde, avec une sévérité qui glace d'épouvante.
Le déluge universel, qu'cst-il autre chose que le châtiment de la corruption de la chair en la personne de l'homme ? La terre était corrompue devant Dieu, dit la Genèse ; lorsqu'il eut vu que la terre était corrompue, car toute chair avait corrompu sa voie, il dit à Xoé : La fin de toute chair est venue pour moi...., je perdrai les hommes avec la terre.
Cinq villes infâmes attirent sur elles, par leurs impudicités, les fléaux de la colère céleste, et sont réduites en cendres par une pluie de souffre et de bitume.
Onan est frappé de mort pour un acte impur. Le Seigneur le fit mourir, dit L'Écriture, parce qu'il commettait une action détestable.
David , tout saint qu'il était avant son péché , paye son adultère par la mort de son fds, et se fût attiré bien d'autres châtiments, s'il ne les eût conjurés par une prompte et sincère pénitence.
Sous la loi évangélique, Jésus-Christ condamne jusqu'aux pensées, jusqu'à l'adultère du cœur, et ne promet le bonheur qu'aux cœurs chastes.
Saint Paul enfin prononce formellement que jamais l'impudique, s'il ne fait pénitence, n'entrera dans le royaume des cieux.
Voilà des autorités accablantes les frivoles allégations du voluptueux ne prévaudront jamais. Au reste, écoutons-le :
— Tout ce qui précède, dit-il, est parfaitement exact, et, sur ce point comme sur tant d'autres, la raison doit s'incliner devant la foi et ratifier ses sentences; mais quoi qu'on dise pourtant, les inclinations charnelles ont leurs exigences, et elles sont si passionnées et si violentes qu'il est comme impossible de les faire plier sous la pression de la foi.
— Hélas! nous ne le savons que trop : oui. les passions sont violentes ; oui, leur bouillante impétuosité va jusqu'à la fureur, jusqu'au dévergondage de la foliée ; mais pourtant sont-elles indomptables ? Ne disons pas oui; car, par ce mot, nous accuserions Dieu d'injustice, ce qui serait un horrible blasphème. En effet, Dieu fait à l'homme un précepte formel de la vertu de chasteté ; donc il lui donne le moyen d'être chaste. Dieu châtiera éternellement l'esclave du vice impur ; pourquoi? Parce que tout homme, pouvant, s'il le veut, enchaîner ses passions et sauver son âme, si au lieu de la sauver il la perd, lui seul doil >'im] cette perte effroyable.
— Le temps, ajoute-t-on , calmera les vagues furieuses qui ballottent mou cœur ; le poids des ans aplatira la passion ;
dront sans secousse les flammes qui me dévorent.
— Age..., temps..., années..., homme raisonnable, est-ce là le fond sur lequel vous vous appuyez? Vous y croyez-vous solidement affermi ? Ne croyez-vous pas au contraire combien votre base est ruineuse ? Le poids des ans ! et qui vous a dit que demain on ne s'occupera pas de vos funérailles? Vous ne le croyez pas, je le sais; vous dites en vous palpant : Non, la vie est là, elle coule à pleins bords ; assurément je ne mourrai point demain. Qu'en avez-vous? Combien parlent ainsi aujourd'hui, et seront demain dans l'éternité ! Et si ce malheur vous arrive ! Et si vos passions, au lieu de s'éteindre, comme vous l'espérez, dans les glaces de l'Age, s'éteignent cette nuit dans celles de la mort ! Et si, au lieu de vous réveiller en ce monde, vous vous réveillez en enfer ; qu allezvous devenir ?
— Mais je suis entraîné par des tentations violentes...
— Raison de plus pour les combattre ; et vous ne les combattez point ; et vous les accueillez par un sourire ; et vous chérissez leurs blessures ; et vous alimentez leur ardeur; et vous les excitez quand elles s'endorment; et vous les aguisez quand elles s'émoussent ; et vous choisissez exprès et par calcul les lieux, les personnes, les circonstances qui secondent l'impétuosité de leurs attaques. Allez: vous n'êtes esclave que parce que vous voulez l'être. Changez, pôle pour pôle, votre volonté. Veuillez vaincre comme vous voulez être vaincu, et sur-le-champ le ciel va vous décerner la palme de la victoire.
— Mais elles sont si douces les jouissances de la passion satisfaite !
— Le fussent-elles mille fois plus encore, oserezvous les comparer aux ineffables et éternelles délices que Dieu vous propose, et que vous sacrifiez indignement à des passions brutales? Les jouissances de la passion sont douces ! Oui peut-être, avant de les goûter, quand l'imagination les exagère dans de riantes peintures ; oui peut-être encore, pendant le moment fugitif où elles se font sentir; mais après cet éclair insaisissable et fugace, quelle nuit ténébreuse ! Quel vaste vide ! quel triste retour sur soi-même, si la conscience conserve encore un reste de voix pour se plaindre ! Quelle honte, quelle secrète confusion, si Ton possède encore une ombre de pudeur !
« Il y a, dit un moraliste, à chaque dérèglement » du cœur une peine ou une honte attachée qui » est comme un continuel motif de le quitter ; mais » il n'y en a point qui ait ce motif plus vif et plus » fréquent que le vice contraire à la pureté.
» Souvent il en coûterait moins pour rompre » une intrigue qu'il n'en coûte pour la ménager ; » et si un homme envisageait avec un égal sang- » froid, et la peine qu'il y a à rompre un attache- » ment, et celle qu'il y a à le soutenir, il conclue- « raitpourle rompre.
» Quelque entêté qu'on soit de cette passion, on
» ne peut, au milieu même de son entêtement ,
» s'en cacher à soi-même la peine et la honte : on
» ne fait pas une démarche pour la dérober aux
» yeux du monde, qui ne soit une leçon pour la
» combattre. . . Les précautions que prend un homme
» d'une profession grave pour ne rien laisser
[maître de ses intrigues, sont une marque qu'il i voit toute la honte.
» Se dire heureux au milieu de tout ce que cette P ; >n où le cœur
:it une passion qui ne
'attacher éperdument à un vice
gué l'on méprise au fond : lui sacrifier la pureté
âme, lés joi ceur, le doux calme de la
• : rainer souvent, pour fomente] ce vice.
i honneur et sa fortune; être exposé
sans i mille inc rots qui traînent après
eux le scandale et le déshonneur, et hasarder pour
salut éternel; peut-on imaginer une plus
grande fureur? et la seule idée d'un tel vice ne
devrait-elle pas suffire pour en dégoûter à jamais ?
— I . dira-t-on peut-être, si la relig
ait quelques joies en rapport avec celles
rone de sacrifier! Mais non, les
jouissances qu'ell propose sont sèches ef
et le prétendu bonheur qu'elle promet n'est
ssible qu'à certaines Ames d'une dévotion avan-
à laquelle nous ne saurions prétendre.
— Qui vous a dit tout cela, je vous prie? Si l'aveugle de naissance vous faisait une dissertation sur la lumière et les divers phénomènes de l'optique, que penseriez-vous de ses explications ou plutôt de ses aberratio] ;uantes') Vous les entendriez
un sourire de pitié. Pourquoi? Parce que vous trouveriez qu'il est ridicule de parler avec l'autorité d'un maître, d'une chose dont on n'a pas même la
;! Vflliers, Égarements des hommes, etc., t. II. p. 267 et suiv.
possibilité de s'instruire. Hélas ! laissez-moi vous le dire, vous êtes aveugle au moral, comme cet infortuné l'est au physique. Votre dissertation sur les joies de l'àme au service de Dieu ressemble exactement à celle de l'aveugle-né sur les lois de l'optique. Vous raisonnez tous les deux sur ce que vous ignorez l'un et l'autre.
Les jouissancesque la religion propose sont sèches et arides, dites-vous. Avant de les qualifier ainsi, commencez donc par vous mettre en état de les goûter ; balayez vos vices et toutes leurs ordures ; plantez sur leur ruine des vertus solides ; devenez ami de Dieu, enfant chéri de ce bon Père, par une de ces confessions pendant lesquelles le confesseur et le pénitent versent des larmes que les anges déposent dans le sein de Dieu : Faites cela, et puis nous disserterons tant qu'il vous plaira sur ces divines jouissances que vous déclarez arides aujourd'hui, et que vous trouverez alors souverainement délicieuses.
Les jouissances que la religion propose sont sèches et arides ! De tous les points du globe, il vous arrive des démentis par milliers ; mais le plus solennel de tous, c'est sur les lèvres de Dieu même que je le recueille : Heureux, dit Jésus-Christ, non pas ceux dont le cœur est le foyer de la passion ; mais heureux ceux dont le cœur est pur comme le ciel qu'ils espèrent : Beati mundo corde. Malheur, au contraire, à ceux qui se gorgent de grossières jouissances, et qui s'y livrent jusqu'à la satiété : Vse vobis qui saturati estis ! 0 homme passionné, que deviennent tes affirmations, quand un Dieu les déclare mensongères ?
Les jouissances que la religion propose sont sèches et arides ! Offrez donc à ceux qui les goûtent de leur substituer les vôtres ; et vous verrez s'ils délibèrent un seul instant pour préférer à leurs trompeuses douceurs les joies solides et pures d'une vie chrétienne sur la terre, avec la certitude d'une éternelle félicité dans le ciel. Pourquoi prendre plaisir à s'aveugler sur un point de cette importance? Nous voyons tousles jours des hommes désabusés se repentir d'avoir adoré la volupté ; où sont ceux qui se repentent d'avoir aimé Dieu ? Plusieurs maudissent les passions qu'ils eurent la folie de prendre pour guides ; où Jsont ceux qui maudissent les jours de leur paisible innocence ?
Vous qui lisez ces lignes, et qui vous faites l'apologiste de la volupté, qu'un rayon de lumière parti du ciel vous éclaire soudain, et la justesse de ces réflexions va vous frapper ; et vous allez voir poindre à l'horizon de la vertu, la brillante aurore d'une vie chrétienne ; et vous allez vous chercher vous-même en vous-même, sans pouvoir comprendre le changement subit qui vient de s'opérer ; et l'église qui était pour vous un désert, une maison vide, un vaste tombeau dans lequel vous redoutiez d'entrer, l'église va vous parler par toutes ses pierres, l'église va recevoir vos ineffables larmes, l'église va devenir pour vous la source de consolations si suaves, que vous ia quitterez avec regret comme vous l'eussiez abordée hier avec dégoût. Mille et mille mondains, plus passionnés que vous encore, ont goûté le bonheur dont nous parlons ; et ce qu'ils ont obtenu de la miséricorde
infinie de Dieu, en vérité je vous le dis, vous pouvez, si vous le voulez, l'obtenir vous-même.
— Nous ne contestons pas cela, dira-t-on peutêtre ; cependant, quelque douces que puissent être les joies de l'âme que vous nous proposez en échange du sacrifice de nos passions, nous n'y voyons rien de matériel ; et habitués comme nous le sommes à ne trouver de bonheur que dans la satisfaction de nos sens, l'idée d'une jouissance purement spirituelle nous rebute.
— Il faut bien en convenir, voilà ce qui fait toute la puissance de l'obstacle que nous essayons en ce moment de renverser. Quand on s'est fait une longue habitude des jouissances matérielles ; quand on a sensualisé tout son être, et qu'au lieu de spiritualiser en quelque sorte son corps par une vie chrétienne, on a matérialisé pour ainsi dire son âme elle-même" par des vices grossiers, on ne voit plus qu'avec dégoût ce qui s'éloigne du sensualisme auquel on s'est voué, et l'on va même jusqu'à regarder comme un bonheur fantastique et purement idéal, celui qui ne satisfait que l'âme et qui prive les sens du plaisir charnel dont ils sont si avides.
Ce déplorable état auquel conduit inévitablement le vice impur quand on a le malheur de s'y livrer, devrait bien arrêter tant d'infortunés jeunes gens qui se précipitent chaque jour avec une impétuosité frénétique vers ce libertinage effréné, dans la fange duquel s'ensevelissent, avec leur candide innocence, les chastes plaisirs qui leur procuraient une paix inaltérable, un bonheur sans nuage.
Mais revenons à notre objection : nous voudrions i. 19.
des plaisirs pour le corps, et la religion no nous en offre que pour l'âme.
Sans doute c'est surtout à l'âme que la religion procure des jouissances ; cependant il est des plaisirs légitimes et permis, des récréations innocentes dont les sens sont appelés à goûter les charmes, et que La religion n'a jamais interdits aux obser- !S lois. La douceur du lien conjugal, Les joies i tes de la famille. Les relations de
L'amitié, Les petits festins, Les voyages, Le6lectures, i'harmonii . et mille autres amuse-
ments qui délassent sans nuire, et qui désennuient sans corrompre ; tout cela n'est point assurément un bonheur chimérique et purement idéal, et la religion ne fait point un devoir de s'en abstenir.
Qu'est-ce donc qu'elle interdit, entait de plaisirs? Elle interdit ceux qui sont criminels, et ell< prime L'excès de cens qui sont permis. Elle interdit les plaisirs coupables, c'est-à-dire qu'elle défend ceux que la raison, la foi et la cou science défendent aussi bien qu'elle : c'est-à-dire qu'elle défend les plaisirs honteux qu'on ne se permet que dans l'ombre, et après s'être bien assuré que les ombres elle-mèmes ne recèlent pas quelque témoin, qui ferait monter la rougeur au front si l'on venait à le découvrir. Les plaisirs qu'autorise la religion ne craignent la censure de personne ; on n'a jamais à rougir de se les permettre ; mais les plaisirs qu'elle condamne, le monde lui-même les trouve si hideux que, s'ils paraissent au grand jour, il les it de sa réprobation. Il est vraiment glorieux pour la religion de voir que le monde même; et un monde qu'elle condamne à cause de
ses désordres, devient son auxiliaire quand elle fait ressortir la turpitude du vice impur.