‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 53 sur 92 · I. — Dangers du découragement et du désespoir · texte numérisé non relu

I. — Dangers du découragement et du désespoir

Ce qui soutient l'homme quand il a des ennemis à combattre un jour de bataille,, c'est le courage. Otez-lui ce courage, le voilà débarmé : convaincu de l'inutilité de ses efforts et de la puissance de ses adversaires, que son imagination lui représente comme de beaucoup supérieure à la sienne, la faiblesse le gagne ; ses mains affaiblies par la peur laissent tomber les armes, et l'ennemi gagnant en audace ce qu'il perd en découragement et en défiance, on peut dire que, même avant le combat, il est déjà vaincu.

Voyez aussi,, non plus sur un champ de bataille, mais au milieu des vagues, cet homme suspendu sur l'abîme qui menace de l'engloutir. Tant que le courage le soutient et lui fait faire de vigoureux efforts pour sauver sa vie il ne perd pas l'espoir d'une complète réussite ; mais si le découragement remplace peu à peu la confiance dont il était d'abord animé, peu à peu aussi vous voyez ses efforts diminuer d'intensité, jusqu'à ce que le désespoir paralysant entièrement ses forces, il tombe au fond du gouffre d'où il ne sortira qu'à l'état de cadavre.

Tel est l'homme à l'égard du salut. Quand il a, au milieu de ses vices, non pas cet espoir follement téméraire dont nous parlerons bientôt, mais une confiance raisonnable, humble et vraiment

chrétienne en la divine miséricorde, on doit tout

attendre, en fait de succès, des efforts qu'il fera pour se sauver, sous l'heureuse inspiration de cette salutaire confiance. Mais s'il n'espère plus rien de Dieu; s'il se le représente comme un irréconciliable adversaire ; s'il espère moins encore de lui-même, ne se croyant plus capable de vouloir autre chose que le mal, comment échappera-t-il à l'éternel malheur dont il est menacé ? Cet infortuné est d'autant plus à plaindre quand il ouvre son cœur au désespoir, qu'il serait sur de vaincre les ennemis de son salut, s'il voulait les combattre en s'appuyant sur Dieu. Des armes toujours victorieuses, s'il consent à s'en servir, lui sont offertes par la divine miséricorde qui veut le sauver ; et très-certainement s'il périt dans le combat, c'est à lui seul qu'il doit attribuer sa défaite.

Il n'en est pas ainsi du soldat sur le champ de

bataille, ou du naufragé qui lutte contre la mort

au milieu des vagues. Leur courage sans doute

est une chance de succès ; mais en dépit de leur

courage et malgré tous les efforts humainement

possibles, ils pourront bien périr ; tandis que le

chrétien qui lutte avec vigueur sous la garde de

Dieu et fermement appuyé sur son bras , peut

dire avec assurance : « J'espère en vous, Sei-

» gneur, je ne serai donc point éternellement

» confondu. J'espère en Dieu , pourquoi crain-

» drais-je? Je puis tout, appuyé sur Dieu qui est

» ma force. » In te, Domine, speravi, non confiai-

dar in œternum. — In Deo speravi, non timebo. —

Omnia possum in eo qui me confortât.

La présomption et le désespoir, quoique entièrement opposés l'un à l'autre, semblent cependant agir de concert pour la perte des âmes. La présomption commence l'attaque ; elle place l'homme sous le charme de la passion, et lui fait entendre qu'après en avoir savouré les douceurs, il pourra sans effort s'en affranchir à son gré. Séduit par cette amorce trompeuse qui seconde si bien l'inclination de sa mauvaise nature, il fait une chute, puis une autre, puis une autre encore ; et 'quand il se voit loin de Dieu ; quand il se sent étroitement serré par les liens de l'habitude ; quand sa conscience bouleversée ne lui accorde ni paix ni trêve, et lui fait sentir à chaque instant par l'aiguillon du remords l'horreur de son état, la présomption se retire et cède la place au sombre désespoir. État vraiment épouvantable dont les suites sont souvent désastreuses !

En effet, n'attendant plus rien de Dieu ; disant comme Caïn après, son crime : je suis trop coupable pour obtenir grâce ; et d'un autre côté s'exagérant à lui-même la faiblesse de sa volonté, et ne trouvant au fond de son cœur qu'inclinations perverses et profonde misère ; qui pourrait dire les désolants excès auxquels il se porte ?

Console-toi, pauvre enfant ; lève, lève la tête ; si tu le veux, ta rédemption est proche : Appropinquat redemptio. Le Dieu que tu redoutes est un père ; et ce père-là n'en a point ici-bas qui l'égale en tendresse : Tarn pater nemo. Expression admirable ! Personne n'est autant père que Dieu. (Tertullien.)

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