‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 76 sur 92 · X. — Bonnes lectures · texte numérisé non relu

X. — Bonnes lectures

Qui pourrait dire les conversions dont quelques lectures pieuses ont été le principe ! Et qui pourrait dire aussi combien de conversions ne se sont soutenues que parce qu'elles ont été consolidées par la lecture des bons livres ! Cet exercice réunit deux avantages qui lui assurent un succès complet : — il est extra ordinairement salutaire — et il n'offre pas la moindre difficulté dans son exécution. Pour assister à la messe, on quitte sa maison ; pour faire une prière, on se met à genoux ; pour se préparer à la confession, on scrute sa conscience par un examen sérieux. Mais pour faire une lecture, on reste chez soi, on ne se met point à genoux, on ne s'impose pointla recherche de ses misères ; que fait-on donc ? On allonge le bras pour prendre un livre , on le lit, et les grâces s'en échappent à flots pour arriver au cœur, comme naturellement et sans effort. Et pourtant la bonne lecture est une prière ; c'est vrai, mais c'est la plus aisée de toutes les prières, c'est une prière qui baute aux yeux, qu'on nous passe cette expression. Le livre ouvert, Tàrne commande aux yeux de lui procurer la divine nourriture qu'il renferme ; les yeux obéissent, et la nourriture arrive avec une merveilleuse abondance ; et la lecture faite, on sent qu'on y a puisé un surcroît de lumière, de courage, de force et de consolation qui attache au service de Dieu et engage à reprendre bientôt le livre qui a produit des effets si heureux.

On nous demandera peut-être quel livre il faut lire. À cela nous répondrons : Lisez le livre qui

vous touche davantage , de cette sainte émotion qui donne plus d'amour pour Dieu, plus d'éloignement pour ce qui l'offense, plus d'attrait pour la pratique de la vertu. Yoilà, pour vous, le bon livre, quel que soit son style, ou le titre qu'il porte. h* Imitation de Jésus-Christ est généralement goûtée et ne se lit presque jamais sans fruit. Un homme célèbre, mort depuis peu d'années, s'était donné à Dieu de tout son cœur , et quoiqu'il fût accablé d'affaires d'Etat dont il avait le maniement, il avait constamment l'Imitation sur son bureau, et de temps en temps il en lisait quelques passages pour nourrir sa piété. 11 mourut subitement, et l'on s'aperçut par la inarque de son livre favori, que le jour même où il rendit son àme à Dieu, il avait lu le chapitre intitulé : De la méditation de la mort.

La lecture pieuse que nous recommandons, pour produire de bons fruits, doit être précédée comme toutes les prières d'un court moment de préparation, qui consiste tout simplement à demander instamment à Dieu la grâce de bien profiter de la lecture que l'on va faire.

Il est très-convenable aussi de ne pas lire avec une excessive rapidité, ce qui rendrait la lecture totalement infructueuse. Il faut lire doucement, goûter ce qu'on lit, et s'arrêter même quelquefois un instant quand on se sent touché, afin de profiter de cette émotion qui est une grâce précieuse. Souvent, en ces moments-là, on se sent attendri, et l'on parle à Dieu avec une sainte ardeur qui procure à l'âme un bonheur indicible.

Soyons fidèles à cet exercice, et s'il se peut, lisons chaque jour quelques pages d'un bon livre.

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