‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 77 sur 92 · XI. — Visites au Saint Sacrement · texte numérisé non relu

XI. — Visites au Saint Sacrement

Il nous semble entendre quelques-uns de nos lecteurs nous dire en souriant : Visites au Saint- Sacrement ! Quel chemin vous nous faites faire dans les régions de la piété, dans les régions de l'inconnu !

Ce qui vous fait sourire, cher lecteur, n'a rien qui me surprenne ; et je vous dirai même, puisque nous sommes en voie de confidence, que la pensée de votre sourire me fait sourire moi-même. Mais après avoir goûté cette innocente satisfaction, reprenons la sainte gravité qui convient à la hauteur de notre sujet.

Quel chemin vous nous faites faire ! dites-vous. Et pourquoi vous plaindriez-vous de le parcourir, ce chemin, puisqu'il aboutit au lieu trois fois saint où Jésus-Christ repose dans la compagnie des milliers d'anges qui lui font escorte? Ah! si vous connaissiez le don de Dieu ! Si scires donum Dei ! Si vous saviez ce que c'est qu'un autel habité par Jésus ! Si vous saviez les trésors que renferme ce petit coffre de marbre ou de bois que nous nommons Tabernacle, qui dit peu de choses aux sens, mais qui ravit l'âme quand la foi l'éclairé et que l'amour l'embrase !

Réveillons-la, cette foi, car elle dort : ranimonsle, cet amour, car il est bien faible ; et disons-nous à nous-mêmes, pour réchauffer toutes ces glaces : Si quelqu'un venait en toute hâte m'apprendre que Jésus - Christ est corporellement visible en ce moment dans une église voisine, resterais-je nonchalamment chez moi, dédaignant de me donner

la peine d'un déplacement pour voir le Fils de Dieu, mon Sauveur et mon Juge? Non, assurément non ; à l'instant même , je volerais à ses pieds ,

sans aucun doute 0 homme inconséquent et

frivole ! qu'as-tu besoin de voir de tes yeux ce que tu vois si nettement par ta foi? Qu'importe le voile, si tu sais qu'il enveloppe la réalité que tu adores ? Ah ! si un bon fils pouvait arriver jusqu'à la porte du cachot où repose tristement son père , refuserait-il, quoiqu'il ne le vit point , de venir chaque jour lui glisser au travers de cette porte quelques tendres paroles, pour le consoler en lui prouvant qu'il l'aime et qu'il pense à lui? En vérité, je vous le déclare, le tabernacle de nos autels est la prison d'amour où repose Jésus, et c'est sa tendresse pour nous qui l'y retient enchaîné; c'est cette tendresse qui lui fait dire ces étonnantes et ravissantes paroles : Mes délices sont d'être avec les enfants des hommes : Dcliciœ mess, esse cum finis hominum.

On le voit maintenant, visiter Jésus-Christ dans nos églises n'est point un exercice qui demande un haut effort de piété. Non ; quand la foi dit que Jésus est dans le tabernacle, le visiter est un acte de raison , un acte de haute convenance ; disons plus, c'est, pour un cœur bien né, un acte obligé de reconnaissance et d'amour. Aussi ne peut-on s'empêcher de gémir profondément quand on pense qu'il y a des hommes dans le monde (et plusieurs ont la foi ! ), qui prennent en pitié une de ces dévotes, comme ils les appellent, qui va bailler, disent-ils, pendant une heure au pied d'un autel ; ce qui, bien traduit, revient à dire : Voyez donc

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cette pauvre fille qui a la simplicité d'aller s'ennuyer un heure avec Jésus-Christ !

Yoilà bien les hommes dont parle saint Paul, qui blasphèment ce qu'ils ignorent, ou plutôt qui blasphèment ce qu'ils croient, mais d'une foi presque morte !

Nous espérons bien que, parmi nos lecteurs, il 6'en trouvera quelques-uns qui apprendront le chemin du divin Tabernacle. Nous sommes heureux de leur prédire qu'ils y trouveront, sans aucun doute, un bonheur inexprimable, un tendre amour pour Dieu, une vive horreur du péché, et une facilité étonnante pour dompter leurs passions et assurer l'œuvre de leur salut.

Nous avons connu un homme du monde, qui passa d'une vie très-criminelle à une vie fervente. Sa conversion fut subite , exemplaire et parfaitement soutenue. Or, il attribuait surtout sa persévérance à la dévotion toute spéciale qu'il avait à visiter le très-saint Sacrement. Dès les premiers jours de sa conversion, cette visite faisait ses délices. Muni de l'excellent petit livre, Visites au Saint Sacrement, qu'il portait toujours sur lui, il en dévorait les pages brûlantes et se transportait d'église en église, au milieu de Paris, sous la conduite du divin amour qui l'embrasait, ne se rassasiant jamais de visiter Jésus qui, de son côté, ne se lassait point d'épancher chaque jour dans Tàme de son tendre ami des flots de grâces et de bénédictions. Nous lui avons entendu dire plusieurs fois que ces visites lui procuraient un bonheur au-delà de tout bonheur.

Mais comment se font ces visites ? demandera-

t-on peut-être. Rien de plus simple : ne courez pas bien loin après des méthodes et des formules. Cherchez-vous dans des livres, ou demandez-vous à quelqu'un ce que vous devez dire à F ami que vous visitez ? Nullement ; vous dites : je vais voir mon ami ; et vous partez, sachant bien que la conversation se fera comme d'elle-même. Faites ainsi à l'égard de Jésus présent dans le tabernacle ; dites : je vais voir le plus dévoué de mes amis, oui le plus dévoué, puisqu'il est mort pour moi ; je vais voir Jésus ; et quand vous serez à ses pieds, parlez-lui comme si vos yeux étaient réellement frappés de sa présence.

Une personne qui avait occupé un très-haut rang dans le monde, et qui s'était donnée à Dieu, répondait un jour à un de ses amis qui lui demandait ce qu'elle pouvait faire et dire pendant si longtemps au pied des autels : « Ce que j'y fais? j'y » demeurerais pendant toute l'éternité. 0 ciel ! on » demande ce qu'on fait devant Dieu! Ce qu'on » fait? on le loue, on l'aime, on le bénit, on le » prie, on lui demande. Et que fait un pauvre de- » vant un riche ? Que fait un malade auprès de » son médecin? Que fait un homme altéré près » d'une fontaine pure et abondante ? »

Si cependant on ne trouvait pas dans son propre cœur la matière d'un entretien avec Jésus, on pourrait très-bien s'aider d'un livre ; et nous ne saurions en recommander de meilleur que celui dont nous avons parlé plus haut (Visites au Saint Sacrement, par S. Liguori). On trouvera dans ce livre une visité au Saint Sacrement pour chaque jour du mois et la manière de la bien faire. Au reste,

l'essentiel de cet exercice et de se rappeler d'abord, par un acte de foi très-vif, la présence de Jésus- Christ dans le tabernacle ; puis, de lui demander les grâces dont on sent particulièrement le besoin ; et enfin de s'entretenir affectueusement avec lui comme un ami avec son ami, comme un enfant avec son père, produisant, selon l'inspiration du moment, des actes de foi, de confiance, d'amour, de contrition, de reconnaissance, etc..

Puissent tous nos lecteurs goûter la sainte pratique que nous leur proposons, et accorder au divin prisonnnier de nos autels quelques-uns des instants qu'ils donnent si souvent à des plaisirs frivoles \

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