‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 1 sur 51 · IV · texte numérisé non relu

IV

renouvellements complets et subits que produisent de temps en temps dans le champ de l'Église les saints personnages dont je viens de parler, sont de ces grands coups de miséricorde dont Dieu n'est pas prodigue, et qui ne se manifestent jamais d'une manière constante, régulière et universelle.

Mais pourtant, la sainteté, dans le prêtre surtout, n'est pas, ne peut pas être stérile. Un ministère sacré, institué, dans la pensée de son divin fondateur, pour le salut des peuples, doit produire son effet propre s'il est fécondé par la sainteté du prêtre qui l'exerce. De bonne foi, chers et vénérables collègues, le diocèse, quel qu'il soit, auquel nous appartenons, serait-il reconnaissable en trois années seulement, si tous les prêtres qu'il possède avaient la sainteté d'un Vincent de Paul ou d'un Xavier ?

C'est sous l'influence de celte pensée que j'ai composé ce volume, dont la publication produira, je l'espère, quelque bien, si le Dieu de toute miséricorde daigne le bénir.

Raviver au sein du sacerdoce l'ardeur du zèle qui doit l'animer ; rappeler les vertus principales sans lesquelles il languit, et avec lesquelles il opère des prodiges; mettre enfin ce zèle en pratique, en montrant au prêtre ce qu'il doit faire dans les diverses circonstances où il se trouve chaque jour, et à regard de toutes les personnes avec les-

quelles il est perpétuellement en contact : tel est, en abrégé, le plan que j'ai cru devoir adopter. Dieu veuille que je l'aie rempli de manière à procurer abondamment sa gloire et le salut des âmes!

Que de bien pourrait se faire et qui ne se fait pas! Est-ce faute de zèle! Oui, quelquefois; mais souvent aussi le bien ne se fait point parce qu'on n'en a pas seulement la pensée, ou parce qu'on s'y prend mal pour l'opérer.

On sait bien, en général, qu'un prêtre doit être zélé ; on a lu divers ouvrages sur la nécessité du zèle, sur ses avantages, sur les qualités qu'il doit avoir; mais la pratique journalière, incessante du zèle n'est pas suffisamment connue. On croit avoir fait des merveilles, quand on a entrepris quelque œuvre considérable pour le bien spirituel de la paroisse; et l'on ne sait pas que le bien le plus important est celui que fait à toute beure un pieux pasteur au milieu de son troupeau, en se demandant à chaque instant : Que puis-je faire en ce moment pour le salut des âmes? Quel conseil puis-je donner à celui-ci? Quelle douce réprimande puis-je faire à' celui-là? Quel pécheur puis-je visiter aujourdliui pour essayer de le convertir? Quelles vertus dois-jc spécialement pratiquer en telle et telle rencontre pour gagner des âmes à Jésus-Christ parle bon exemple? Quel travail puis-je entreprendre? Quelle prière puis-je faire, quelle péni-

tence puis-je m'imposer pour obtenir la conversion de mes prodigues?

Voilà le zèle de détail, le zèle pratique dont je me suis etforcé de faire apprécier l'importance, et à l'égard duquel j'ai tracé des règles de conduite pour en faciliter l'exercice et en assurer le succès.

Quiconque croira trouver autre chose dans cet ouvrage que de la pratique pure, sera trompé dans son attente. La théorie, ou si Ton veut, la doctrine du zèle, n'entre point dans le plan que je me suis tracé. Assez d'autres, avant moi, ont exposé cette théorie, approfondi cette doctrine. Aussi le clergé est-il généralement éclairé sous ce rapport. Mais r est-il également en ce qui touche la pratique du zèle? Je ne le pense pas.

Voilà pourquoi, depuis la première ligne jusqu'à la dernière, je ne cesse d'indiquer les moyens directs et pratiques de sauver le plus d'àmes possible. Si je r3Commande une vertu, si j'attaque un défaut, si je signale un abus, si je hasarde un reproche, si je donne un encouragement ou un conseil, j'ai toujours sous les yeux mon étoile fixe, ma boussole : je veux dire, le titre de mon livre : Pratique du zèle ecclésiastique.

Probablement il sera, ce livre, jugé fort diversement du public ecclésiastique auquel il s'adresse. Quelques-uns, j'aime à le penser, daigneront l'honorer de leur approbation ; mais quelques-uns

aussi se croiront probablement en droit de le critiquer en plus d'un point. Cela doit être.

Si je m'étais borné à parler d'une manière vague, générale et superficielle sur le zèle ecclésiastique, sans descendre dans les immenses détails, et surtout dans les détails pratiques que cette matière comporte, il est évident que je me serais épargné bien des critiques. Mais, comme j'ai cru devoir entrer dans le vif de la conduite du prêtre ; comme je me suis proposé de l'accompagner, en quelque sorte, à chaque pas qu'il fait dans la paroisse confiée à ses soins, pour lui rappeler continuellement ce qu'il doit faire et ce qu'il doit éviter, s'il veut travailler efficacement au salut de ses frères; comme j'aborde une foule de circonstances assez délicates à l'égard desquelles je trace des règles qui ne sont pas toujours d'accord avec les susceptibilités de l'amour-propre ; comme, enfin, plus d'un lecteur, placé dans l'une ou l'autre de ces circonstances, a déjà sa marche arrêtée, son parti pris, ses principes établis, sa ligne de conduite toute tracée, il va sans dire que, si les règles que je- propose sont opposées à celles qu'il suit et qu'il veut suivre, je dois m'attendre de sa part à quelques critiques.

Elles ne seront pas malignes ces critiques ; Dieu me garde de le supposer! Non; on dira seulement que je pousse trop loin les exigences de ma mo-

raie ; que je ne me mets pas assez à la place des ecclésiastiques auxquels je doime des conseils ; qu'il est aisé de parler comme je le fais quand on écrit de sang-froid au fond de son cabinet, et que l'on peut, après tout, ne pas voir les choses de la même manière.

Sans vouloir atténuer ce qu'il peut y avoir de fondé dans cette critique mitigée à laquelle je m'attends, je tiens seulement à dire que je me suis efforcé autant qu'il a été en moi de ne rien donner à l'exagération. Je n'ai pas prétendu que toutes les recommandations que j'ai faites fussentobligatoires sitb gravi; mais j'ai dit partout, explicitement ou implicitement, que plus on serait saint, plus on sauverait d'âmes ; que plus on serait saint, plus on sortirait, glorieusement pour Dieu et avantageusement pour soi-même, de mille difficultés de détail qui se rencontrent chaque jour dans l'exercice du saint ministère.

Du reste, c'est le flambeau de l'expérience à la main, que j'ai constamment parlé dans le cours de cet ouvrage. C'est après vingt-cinq années de sacerdoce que je l'ai composé ; et il semble que la divine Providence, toujours admirable dans ses voies, ait voulu me faire exercer divers ministères fort différents les uns des autres, comme pour me mettre mieux en état de donner des conseils utiles à tous mes collègues.

Qu'il me soit permis d'exposer ici mes états de service; non pour en tirer gloire, oh! que Dieu m'en préserve ! mais pour inspirer quelque confiance à mes lecteurs et donner plus de poids aux nombreuses observations que j'ai dû nécessairement faire dans les fonctions variées que j'ai successivement remplies depuis que je suis prêtre. Directeur d'une communauté religieuse et d'un nombreux pensionnat de jeunes personnes ; — Vicaire d'une paroisse importante ; — Supérieur d'une société de missionnaires diocésains; — Curé d'ime paroisse urbaine et rurale tout à la fois ; — Supérieur d'un grand séminaire, avec le double titre de vicaire général et de membre du conseil épiscopal : tels sont les divers emplois qui m'ont été confiés pendant ma vie sacerdotale, et dans lesquels je crois avoir fait une certaine moisson d'enseignements pratiques dont ce livre est comme le mémorial et le recueil.

Peut-être y aura-t-il des ecclésiastiques qui , n'ayant exercé le saint ministère que dans des villes populeuses, à Paris surtout, comprendront difficilement que je donne çà et là des avis qui ne sont pas à leur adresse, et qui ne peuvent pas leur être d'une grande utilité. La moindre réflexion suffira pour leur faire voir que j'écris pour tout le monde, et que tel conseil qui ne convient pas à celui-ci, peut être fort utile à celui-là. Au reste, je

puis affirmer que je ne blâme pas un seul abus sans savoir très-positivement que cet abus existe. C'est toujours parce que je l'ai rencontré et déploré plus d'une fois que je me permets de le signaler.

Je ne pense pas que les laïques soient tentés de lire un ouvrage qui ne leur convient en aucune façon. Si pourtant quelques-uns s'avisaient de le parcourir, et éprouvaient un sentiment de surprise en voyant les règles de conduite qui y sont proposées aux ecclésiastiques, et les reproches qui y sont faits à ceux qui les enfreignent, je les prierais instamment de ne pas partir de là pour former un jugement défavorable sur l'ensemble du clergé français, qui, de l'aveu des impies eux-mêmes, n'a peut-être jamais été aussi édifiant qu'il l'est aujourd'hui. Si mes conseils et mes reproches conviennent à quelques-uns de mes collègues, je suis heureux de pouvoir dire que le bien plus grand nombre pourrait se passer de mes avis, et ne mérite nullement mes censures. En me permettant de poser des règles de conduite et de critiquer certains défauts, je ne veux qu'une chose : — rehausser encore, s'il est possible, la splendeur de notre honorable corporation, et aider tous ses membres à acquérir des vertus pures de tout alliage.

Si, Dieu aidant, une troisième édition de cet ouvrage était réclamée, je joindrais bien volontiers à mes propres réflexions celles que quelques con-

frères auraient la bonté de me soumettre. Je ferai donc un excellent accueil à toutes les observations qui me seront faites, et je modifierai de grand cœur mes premières idées, si Ton m'en suggère d'autres plus capables de procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes.

Je pense que ce livre peut être utile à tous les prêtres en général; cependant, c'est surtout à ceux qui exercent le ministère ordinaire que je le recommande d'une manière spéciale. Je désire aussi, et je désire vivement que les élèves des grands séminaires, qui sont engagés dans les saints ordres, le lisent et le relisent avec beaucoup d'attention. Ce qui fait que j'insiste particulièrement sur l'expression de ce dernier vœu, c'est que des hommes graves, éminents en science et en vertu, m'ont dit qu'il était à souhaiter que la Pratique du zèle fût répandue à flots dans les séminaires.

Si, contribuant par mon travail au salut de quelques âmes. Dieu en a été tant soit peu glorifié, qu'il en soit béni, éternellement béni ce Dieu d'amonr! Et si, par ce même travail, j'ai pu être utile à quelque bien-aimé confrère, qu'il soit assez bon pour m'en témoigner sa reconnaissance au saint autel, en me recommandant à l'auguste Victime qu'il immole chaque jour.

Page 1