‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 15 sur 51 · IV · texte numérisé non relu

IV

Embrasser une profession qui suppose et qui exige la science, sans posséder cette science à mi degré suffisant pour ne pas compromettre les intérêts spirituels ou temporels de ceux qui y ont recours, c'est une faute si grave qu'elle entraine, en certains cas, des obligations de restitution, et que, parfois même, la loi de Dieu exige que ceux qui s'engagent dans ces professions sans avoir la science suffisante, en abandonnent l'exercice, s'ils ne peuvent ou s'ils ne veulent acquérir les connaissances qui leur manquent pour les bien remplir.

Mais si tout homme, quel que soit l'emploi qu'il exerce, est obligé de procurer par sa science la gloire de Dieu, et de la faire tourner au profit de ses semblables , n'est-il pas évident que le prêtre sera plus rigoureusement soumis que personne à cette obligation ?

Que le juge, que l'avocat, que le médecin et tant d'autres fonctionnaires appelés de Dieu aux professions qu'ils exercent, au lieu d'employer leur temps à acquérir le degré de science qui leur est nécessaire, le dépensent, le gaspillent, ce temps, en futilités ou en vains plaisirs, et se mettent par là dans l'impossibilité de remplir convenablement leurs fonctions, c'est un mal sans doute, etun grand mal ; mais le dommage qu'ils occasionneront à ceux qui mettront en eux leur confiance, quelque considérable qu'il soit, ne sera jamais qu'un dommage temporel : ils se ruineront peut-être et ruineront les autres par leur ignorance; mais le prêtre les damnera et se damnera lui-même par la sienne.

Est-ce moi qui tiens ce langage ? Non, je ne suis ici que l'écho qui répète la voix d'un grand maître ;

et quoi est ce maître ? C'est, celui qui a dit le premier ces paroles que uous lisons souvent, mais dont nous ne nous faisons pas spécialement Fapplicalion : Cxcus si cœco ducatum prwstct, arnbo in fovcam cadwit. Pesons bien ces dernières paroles ; elles sont effroyables, mais elle sont salutaires, Ximhoinfoveamcadmit ! Vous le voyez, Tignorance fait de nous des aveugles ; d'autres aveugles, que nous avons mission d'éclairer , viennent requérir nos services ; et le service que nous leur rendons, c'est de rouler avec eux: dans l'abime infernal : Ambo in fovcam caduntl

— Mais faisons ressortir plus clairement encore la nécessité de la science, en considérant le besoin qu'en a le prêtre pour répondre à l'attente des peuples dont il est le docteur.

Si l'on pouvait établir quelque rapport entre les bienfaits de l'ordre moral et ceux de l'ordre physique, nous comparerions volontiers le prêtre en général, et plus spécialement le pasteur de la paroisse, à ces fontaines publiques qui fournissent sans relâche leurs eaux salutaires à tous les habitants du village ou de la cité. Yoyez-vous comme chacun vieut puiser, selon l'étendue de ses besoins, cette liqueur bienfaisante dont la bénigne Providence, par mille canaux invisibles, remplit depuis des siècles la précieuse fontaine ? Vers elle s'acheminent incessamment une foule de personnes de tout âge et de tout sexe ; et cette vie qui circule dans les veines de chaque habitant, c'est l'inépuisable fontaine qui la console et qui la développe.

Ainsi en est-il du prêtre dans l'ordre moral ; lui

aussi, au oeutro du village ou de la cité, il est saus cesse à la disposition de la famille spirituelle que Dieu lui a donnée ; redevable à tous, il se prodigue à tous avec une inépuisable abondance. S'il est ce qu'il doit être, il satisfait à tous les besoins moraux des habitants de sa paroisse. On vient à lui pour vivifier les âmes, comme on court à la fontainepour vivifier les corps : riches, pauvres, jeunes, vieux, ignorants, savants, tous accourent à l'homme public, à cette fontaine de grâce dont les eaux rejaillissent jusqu'à la vie éternelle. Il éclaire celuici, il réprimande doucement celui-là ; il console cet affligé, il assiste cet indigent; il convertit le pécheur, il réchauffe le tiède, il embrase de plus en plus le juste ; il se multiplie pour multiplier ses bonnes œuvres, et s'inspirant sans cesse de sa science et de sa vertu, il fait couler dans les âmes par d'imperceptibles canaux, cette divine vie dont il est la source.

Mais revenons spécialement à la science considérée comme moyen absolument nécessaire au prêtre pour remplir les hautes fonctions de son ministère.

— Et d'abord, comment préchera-t-il si la science lui manque? Qu'est-ce qu'un prédicateur, sinon un docteur public qui se pose devant une multitude assemblée pour fentcndre, et trop souvent disposée à le juger sévèrement et à le censurer avec malignité, s'ildoime prise àla critique par sonignorance?

Pour bien instruire un peuple, une paroisse, tout le monde convient qu'il n'est rien de plus important que de faire un cours complet d'instructions suivies sur toute la doctrine chrétienne (le symbole, le dé-

c.ilogne, les sacrements et la prière) ; et ce plan crinstnictions dogmatiques et morales, il s'agit de le remplir avec une très-grande exactitude de doctrine, et en même temps avec cette clarté dont nous avons des modèles dans la Docirlne chrétienne de Lliomond, dans les Petits sermons, et dans l'admirable CatécJiisme de Dellarmin.

Or, quand on réfléchit sur le talent d'instruire, on se convaincra bientôt que l'instruction la plus claire, la plus solide et la plus familière, est le produit d'une connaissance exacte et approfondie des questions. Pour instruire avec clarté, il faut bien posséder sa matière. Celui qui en a bien vu le fond, qui en a comparé toutes les parties, c'est celui-là qui l'explique et la gouverne à son gré. Il l'élève, il l'abaisse, il l'étend, il la resserre ; il en fait du lait pour les enfants, et une nourriture plus solide pour l'homme fait. Quand on veut être simple, familier, populaire, il faut dominer sa matière, et n'être pas dominé par elle ; il faut savoir prendre ce qui convient à son auditoire, et en élaguer ce qui ne lui convient pas. Un homme solidement instruit est seul en mesure de remplir cette tâche : Similis est patrifamilids, qui profert de thesauro suo nova et vetera.

Il y a sans doute un grand nombre de prédicateurs qui ont assez de science pour prêcher utilement; mais si l'esprit de la piété ne les animait point, si la dissipation les gagnait ; si la paresse les dominait ; si le goût des courses et des voyages les entraînait ; si des occupations frivoles ou des jeux prolongés les détournaient de leurs importants travaux, de leurs sérieuses études, qu'arrive-

— lOG —

rait-il? Tïélas ! il n'est que trop aisé de le deviner. Il arriverait que, malgré leur aptitude naturelle, ils subiraient tous les inconvénients de lïgnorance. Se reposant sur une certaine faconde qui n'est rien moins que de la science, ils viendraient, tout aussi bien que les ignorants, débiter une suite de phrases décousues qui n'apprendraient rien à leurs auditeurs ; peut-être mémo viendraient-ils quelquefois prêcher avec aplomb des erreurs graves en matière dogmatique, et des doctrines ou relâchées, ou trop sévères en fait de morale, ce qui fausserait les consciences et produirait des résultats effrayants dont la responsabilité pèserait de tout son poids sur celui qui aurait négligé de s'instruire, et qui s'érigerait en docteur au risque de se faire appeler docteur sans doctrine.

— Et le catéchiste, comment instruira-t-il les petits enfants, s'il manque lui-même d'instruction? Ce vieux mot devenu banal, à force d'être répété : Nemo dat qiiod non habet, ne pourra-t-il pas lui être jeté à la face comme im piquant reproche? On ne sait pas assez quelle connaissance exacte et même approfondie de la religion il faut avoir, pour en inculquer aux enfants des notions nettes et précises. Lorsque l'on n'a pas cette connaissance exacte, on se tient dans des généralités qui n'apprennent rien, ou du moins fort peu de chose ; on évite de traiter un point précis et bien déterminé, parce qu'on sent son faible et que l'on craint de faire fausse route. D'autres fois, on entre dans des explications qui n'expliquent rien ; et si l'on fait pénétrer quelque chose dans l'esprit de ses jeunes

ciiiditoiirs, ce n'est pas la lumière qu'on y introduit, mais Foliscurité, Fincertilude, et cette incohérence d'idées que Ton porte en soi-même.

L'ignorance, chez le catéchiste, produit encore un autre effet hien déplorahle : non-seulement elle lui dérohe la connaissance de plusieurs points de doctrine : mais elle ne lui permet pas même d'enseigner convenablement ceux qu'il sait. Le mode d'enseignement contribue puissamment à l'instruction des élèves : une bonne méthode consacrée par l'expérience ; des moyens d'émulation ; des discussions en forme de controverses entre les enfants les plus instruits ; la relation de traits édifiants à l'appui des explications que l'on vient de donner, et mille autres industries qu'invente le catéchiste quand la science le seconde; tout cela est nul pour le catéchiste ignorant. Il n'ose aborder ce qu'il craint avec raison de ne pouvoir développer ; ou s'il l'aborde, il le fait timidement, gauchement, et de manière à provoquer l'ennui, le dégoût, peutêtre même la raillerie du petit peuple maliji qui l'entoure.

— j\lais que dire du prêtre confesseur et de la nécessité de la science pour l'exercice de son divin ministère ?

Le prédicateur dit ce qu'il veut au peuple qui l'écoute, sans avoir à craindre les interruptions, les objections, les interrogations, les discussions, etc.

Le catéchiste lui-même n'ayant autour de lui que des enfants qui pensent plus à s'amuser et à rire qu'à s'instruire sérieusement, et qui reçoivent sans observation le pain de la doctrine tel qu'il le

leur prf^sentc ; le catéchiste, s'il se sent faible à l'endroit de la science, peut se dispenser d'aborder les difficnltés dont il ignore la solution ; il peut du moins ajourner cette solution jusqu'à ce qu'il ait consulté quelque livre ou quelque confrère, sans que son jeune troupeau s'aperçoive de l'embarras qu'il éprouve.

Mais le confesseur ignorant peut-il être un instant tranquille sur le tribunal où il siège? Qu'est-il sur ce terrain brûlant où se décident à toute heure les destinées éternelles des pénitents qui l'environnent?

C'est un maître qui donne à ceux qui l'approchent, non plus des leçons générales comme celles qu'il donnait en chaire, et qui convenaient atout le monde; mais des leçons spéciales, appropriées aux besoins spirituels de chacun ; des leçons variées à l'infmi, puisqu'il n'y a pas deux consciences qui se ressemblent, et que toutes ont leurs exigences propres que le confesseur doit satisfaire ; des leçons qui no peuvent s'ajourner, puisque, quelquefois, il ne doit pas revoir celui qui les lui demande, et qu'il faut l'instruire sans délai ; des leçons, enfm, d'une difficulté telle que les plus savants confesseurs ne les donnent souvent qu'en tremblant, et après avoir consnlté quelques doctes confrères.

Qu'est-il encore ce confesseur dépourvu de science au tribunal de la pénitence où il s'installe? 11 est médecin des âmes. Pauvres âmes ! Le péché les a Idesséesàmort ; l'habitude de ce péché les a liées, gari'ottées, gangrenées et frappées d'une insensii)ilité complète. Le confesseur est le médecin cliargé de les guérir; mais il faut pour cela qu'il connaisse le genre de la maladie, la cause qui l'a produite et

les remèdes qu'il convient d'employer ; il faut, dit rEsprit-Saint, qu il juge et qu'il discerne entre le sang et le sang, entre une cause et une cause, entre la lèpre et la lèpre.

Quel mal ne fait pas, comme médecin spirituel, un confesseur ignorant ! Il absout quand il faut lier; il lie quand il faut absoudre ; il éclaire quand il faut différer la lumière ; il entretient l'aveuglement quand il est nécessaire de le dissiper ; il interroge sans prudence et sans discernement, au risque d'apprendre le mal à ceux qui l'ignorent ; il scandalise même, sans mauvaise intention, par la crudité de ses expressions et par les minutieux détails dans lesquels il entre sans tact et sans ménagement; il traite les habituées ordinaires comme celles qui ne le sont pas ; il ne sait ce que c'est qu'occasion prochaine, et par conséquent, il fait mille bévues en cette matière si délicate et si grave; il n'entend rien aux obligations des divers états, aux empêchements dirimants du mariage, aux difficultés si variées et si épineuses en fait de restitution, ni à toute la théologie morale qu'il savait à peine au séminaire et qu'il sait bien moins encore aujourd'hui. Bref, c'est un aveugle qui veut diriger d'autres aveugles, et qui tombe avec eux dans la fosse commune.

Encore, s'il savait douter ! son doute le déterminerait à en chercher réclaircisscmcnt ; mais s'il ne reconnaît pas son ignorance; ou si, ce que nous ne voulons pas supposer, l'orgueil lui suggère de ne consulter personne et de s'en rapporter à lui seul pour résoudre les difficultés qu'il rencontre, gui peut dire les suites d'une telle imprudence ? IV. 7,

On est effrayé vraiment quand on pense à tout ce qu'il faut savoir pour s'installer au saint tribunal comme maître, comme médecin, comme juge ; et quand on considère, d'un autre côté, l'imperturbable assurance avec laquelle un prêtre qui laisse tant à désirer, sous le rapport de la science, s'ingère dans l'exercice de cet art si difficile, et si justement appelé Vart des arts, non-seulement à cause de son importance, mais encore à cause des difficultés sans nombre dont il est hérissé : Ars artinnij regimcn animarum.

C'est en présence de ces graves considérations, que les théologiens enseignent positivement qu'un prêtre qui n'a pas l'instruction suffisante ne peut, sans un péché très-grave, sans crime, comme s'expriment quelques-uns, recevoir la charge de confesseur.

Et qu'on ne l'oublie pas, ce n'est pas seulement à ceux qui sont réellement et radicalement ignorants que l'on peut faire le reproche de commettre des erreurs qui compromettent le salut des âmes. Il en est d'autres qui, sans s'en douter, ne méritent que trop un semblable reproche. Ce sont ceux qui ont, il est vrai, une aptitude naturelle, suffisante et plus que suffisante ; qui ont même des talents au-dessus du commun ; que personne ne soupçonne d'ignorance; qui jouissent communément de la réputation d'hommes d'esprit ; qui possédaient peut-être convenablement autrefois leur théologie dogmatique et morale; mais qui, par paresse, par dissipation, par amour du jeu ou de la bonne chère, par dégoût de l'étude ou par toute autre cause, ont abandonné le travail, et rélégué leurs auteurs théologiques,

dans je ne sais quel coin de leur bibliothèque où ils reposent en paix depuis la sortie du séminaire. Forts de l'opinion favorable qu'ils ont de leur savoir réel ou prétendu, ils se font une routine qui devient leur règle invariable, et croient encore savoir ce que réellement ils ignorent.

Que de motifs pour s'instruire et s'instruire sans cesse ! Que de motifs pour fortifier ses connaissances, pour en étendre le cercle, ou du moins pour les entretenir et les préserver du gouffre de l'oubli où elles tomberaient infailliblement, si elles n'étaient pas cultivées et ravivées continuellement par l'étude I

— Au reste, ce n'est pas seulement pour s'acquitter dignement de ses hautes fonctions, de ses fonctions officielles, que le prêtre a besoin de science, s'il veut rendre son ministère honorable et fructueux. Quelle gloire ne rejaillit pas sur l'Église en général de la science de ses ministres ! Qui pourrait dire l'éclat qu'elle a tiré de ce fonds de sublime doctrine qui, par undesseinvisiblede la Providence, s'est fait remarquer dans tous les temps en la personne de ces docteurs fameux, également remarquables et par leur science et par leur vertu? Qu'il est beau de les voir placés de distance en distance sur la route des siècles, comme autant de phares éminents qui éclairent l'humanité, et dirigent sa marche vers le ciel au travers des ténèbres de l'ignorance, des erreurs d'une fausse philosophie, et des passions du libertinage !

Sans doute, nous ne pouvons pas prétendre à la science des Origène, des Jérôme, des Augustin,

des Thomas d'Aquin, des Bossuet et de tant d'autres dont la gloire doit durer autant que le monde ; mais si Dieu a brisé le moule dans lequel il avait jeté ces grands hommes, il n'a pas renoncé pour cela à tirer sa gloire de la science des prêtres ordinaires.

Notre mission a moins d'étendue ; mais, dans sa sphère, elle a et elle doit avoir autant de fécondité. Ces savants docteurs avaient pour mission d'éclairer, de sanctifier, de gouverner le monde moral présent et futur, comme nous avons, nous, mission d'éclairer, de sanctifier, de gouverner une paroisse, ime contrée, un diocèse peut-être ; et combien notre science, si nous la développons chaque jour, et si surtout nous lui donnons pour auxiliaire et pour guide une piété solide, fervente et éclairée, combien, disons-nous, notre science ne contribuerat-elle pas à multiplier les fruits de notre divin ministère I

Quelle autorité ne donne pas hi science à un saint prêtre sur les incrédules et les ennemis de la religion ! Qu'il est triomphant, l'impie, qnand il a mis à bout un pauvre prêtre ignorant qni possède la foi sans la pouvoir défendre ! Mais qu'il est humble et petit, ce même impie, quand il est en face d'un prêtre instruit, qui met en quelques mots ses objections à néant, et qui lui prouve que la vraie science, loin de contredire jamais la foi, en devient trèssouvent une éclatante confirmation ! (Voyez les Discours de jMgr Wiseman snr l'union de la science et de kl religion.)

S'il ne se convertit pas, cet incrédule, au contact de la science, le silence du moins devient son par-

tage ; et ce silence est pour lui une défaite, comme il est une gloire pour le prêtre qui l'impose, ou plutôt pour la religion dont il est le ministre.

Un jour, un savant et éloquent prédicateur, mort depuis peu d'années dans la Compagnie de Jésus, développait devant un vaste auditoire les preuves de la divinité de notre sainte religion. Les incrédules du lieu, attirés par le charme de son éloquence, s'étaient donné rendez-vous et assistaient au discours de cet homme célèbre. Leur chef, leur coryphée était là, comme pour discipliner sa troupe. Il écoutait avec attention, et suivait fidèlement le fil des arguments serrés du prédicateur, lorsque subjugué par la force des preuves et par l'empire de la vérité, il se lève subitement, et, se tournant vers ses compagnons d'incrédulité, il s'écrie de toute sa

force : « Ilépondez à cela, si vous pouvez » Le

discours achevé, il va se jeter aux pieds d'un prêtre, se confesse, et fait une conversion d'éclat.

La grâce sans doute a éclairé, remué, entraîné ce pécheur, c'est bien vrai ; mais la science a été l'instrument dont la grâce s'est servie pour opérer ce prodige, ou plutôt la science elle-même n'étaitelle pas une grâce confiée par Dieu à ce prédicateur pour le salut de son frère l'incrédule ? Quelle gloire revient à la religion d'un succès de cette importance !

— Nous n'oublierons pas de mentionner ici les inappréciables services que rend à chaque instant un prêtre instruit, par ses exhortations dans le commerce ordinaire de la vie, et par ses bons conseils dans les situations difficiles où se trouvent si

souvent une multitude de personnes. Quelle confiance n'inspire-t-il pas par la science qu'on sait qu'il possède ! Avec quel empressement ne le consulte-t-on pas dans les peines de conscience, dans les embarras d'affaires, dans les discussions de famille, dans les incertitudes et les perplexités au sujet de la vocation, et en mille autres circonstances où l'on est heureux de pouvoir s'inspirer et s'éclairer au foyer de la science du saint prêtre î

Quel avantage aussi pour les pieux fidèles de pouvoir le proposer aux ennemis de la religion, lorsqu'ils ne sont pas en état de les combattre euxmêmes! Ou ces incrédules acceptent la proposition, ou ils la refusent; s'ils l'acceptent, c'est pour eux un avantage immense d'où pourra résulter leur conversion, comme elle en est résultée pour tant d'autres ; s'ils la refusent, ils donnent par ce refus des armes pour les vaincre, puisqu'ils s'attirent cette observation, que s'ils étaient aussi fermement convaincus qu'ils semblent l'être de la force de leurs arguments, ils ne craindraient pas de les produire en face de celui qui ose les trouver pitoyables.

— Après avoir envisagé la science comme instrument du zèle pour le salut des âmes, ut sit homo Dci ad omnc opus bonum insfriictiis, faisons voir en peu de mots qu'elle est aussi l'aliment du zèle d'un prêtre pour sa perfection personnelle, ut pcrf ce tus sit ho??io Dci.

« Soyez toujours saintement occupé, dit un pieux » personnage, autrement le démon vous donnera » de l'occupation. » L'oisiveté, nous le savons, hélas ! par le triste spectacle qu'elle met tous les

jours sous nos yeux', l'oisiveté produit tous les vices, et nous en serions convaincus lors môme que l'Esprit-Saint ne nous aurait pas dit : Multam malitiam docuit otiositas. Les horribles crimes et les effroyables châtiments de Sodome, qu'ont-ils eu pour cause ? Hwc fuit iniquitas Sodomse, otium illius. Les plus grands hommes eux-mêmes n'ontils pas été terrassés par cet ennemi flatteur? Voyez les David, les Samson, les Salomon et tant d'autres; ils étaient saints dans le travail, dit saint Augustin, et ils ont trouvé leur ruine dans l'oisiveté : In occupationibiis sancti, in otio "perierunt.

Si l'on y fait attention, on verra toujours, et presque sans trouver où placer une exception, que le relâchement dans la piété, l'amortissement du zèle, le désir de se produire, les tentations mollement combattues, les petits scandales d'abord, et plus tard les scandales énormes qui déshonorent le sacerdoce, ont eu leur source primitive dans le dégoût de l'étude et dans cette lâche oisiveté qui a fait et qui fait encore tant de victimes.

D'un autre côté, si l'on y apporte la même attention, on verra certainement qu'un prêtre studieux, surtout (notons bien ceci) si c'est à la science ecclésiastique qu'il se livre, sera très-rarement, ou plutôtne sera presque jamais un prêtre scandaleux.

Sans doute on pourra lui reprocher |de ne pas féconder sa science par une piété plus fervente ; on pourra lui rappeler que la science enfle quand elle n'est pas jointe à la charité qui édifie ; on pourra lui dire que l'étude ne doit pas nuire aux opérations du:zèle, et qu'elle doit, au contraire, en favoriser et en régler les ardeurs ; mais , nous le

répétons, on n'aura presque jamais à lui reprocher une conduite gravement irrégulière, ni surtout ces affreux scandales qui ruineraient la religion, si Dieu ne la soutenait de la puissance de son bras. Ama scnpturas, disait saint Jérôme, et carnis vitia non amabis. C'est que l'étude, et surtout l'étude de l'Écriture sainte, est une source de plaisirs purs qui dégoûtent des honteuses voluptés des sens.

Bien plus, si l'on y réfléchit sérieusement, on reconnaîtra que l'étude habituelle de la science ecclésiastique est un des principaux ressorts de la régularité du clergé, et même un des principaux aliments de l'esprit ecclésiastique. Est-il possible, en effet, que pendant tout le cours de son ministère un prêtre s'applique assidùmentàacquérirla science propre de son état, sansquecegoùtpour des études graves suppose et entretienne dans ce prêtre un esprit sérieux, des mœurs pures, des idées nobles et élevées, des convictions, des sentiments, des habitudes en rapport avec sa sublime profession? Au reste, interrogeons l'expérience, considérons ce qui se passe dans le champ de TÉglise. Les saints prêtres aiment l'étude et s'y livrent autant qu'ils le peuvent. Les mauvais prêtres l'ont à dégoût, et ne s'y livrent que quand ils ne peuvent absolument s'y soustraire. Tous les autres l'aiment plus ou moins, selon qu'ils se rapprochent des saints ou des mauvais prêtres. L'étude et la science qui en est le produit, sont donc la mesure de la vertu du prêtre, et contribuent à la fois à sa sainteté propre et au salut de ses frères.

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