IV. S
d'œuvres saintes, et ne nous laissons jamais enchaîner par les vaines appréhensions d'un échec. Cet échec, d'ailleurs, n'en est un qu'en apparence ; au fond, c'est une victoire ; car tous les efforts que nous avons faits pour obtenir un succès ; les peines, les fatigues, les ennuis qui ont été le prix de nos démarches, tout cela, croyons-le bien, est fidèlement compté par celui qui doit nous juger un jour, et qui ne réglera pas ses récompenses sur le succès, mais sur les efforts et les travaux des ouvriers employés à sa vigne.
— Il est encore une considération qui doit nous donner force et courage, quand Dieu nous inspire de faire appel au zèle et à la pieuse générosité des fidèles. Nous devons penser et tenir pour certain que ceux-là même qui ne répondront pas à notre appel, seront édifiés des peines que nous nous donnerons pour le succès d'œuvres dans lesquelles il est évident que nous n'avons d'autre intérêt que celui de la gloire de Dieu et de la religion. Quand, au lieu de profiter matériellemcînt de ces œuvres, enverra que c'est nous qui contribuons peut-être pour la plus forte somme au payement des frais qu'elles exigent, non-seulement on nous pardonnera nos importunités, mais on admirera le pieux motif qui nous porte à y avoir recours.
Lorsque c'est pour Dieu, pour la religion, pour les pauvres que l'on demande, on ne doit rien craindre ; chaque pas que l'on fait est béni ; chaque sollicKalion que l'on adresse, attire du moins des admirations el des éloges. Oh! qu'il faudrait pousser loin ses importunités pour qu'elles
devinssent nuisibles au ministère d'un saint prêtre ! Quand on le verra toujours occupé de bonnes œuvres, soupirant sans cesse après la conversion des pécheurs, pleiii d'ardeur pour procurer aux pauvres le soulagement que leur détresse réclame, et se multipliant chaque jour pour faire au sein du troupeau qui lui est confié tout le bien que Dieu lui inspire; très-certainement, il sera généralement regardé comme un prêtre saint, comme un pasteur dévoué ; et, je le répète, ceux-là même qui refuseront d'être ses coopérât eurs, exalteront comme les autres le désintéressement de son zèle et la ferveur de sa charité.
— Mais seront-ils en grand nombre ceux qui l'affligeront par un tel refus? Non, assurément non, répond l'expérience, et une expérience constante. Qu'un pasteur se fasse aimer et vénérer dans sa paroisse ; qu'il y soit le type vivant de toutes les vertus qui sont l'apanage d'un saint prêtre ; qu'il soit toujours l'homme de Dieu par la sainteté de sa vie, le sauveur des âmes par l'ardeur de son zèle, le bienfaiteur et le père des pauvres par l'abondance de ses aumônes, le consolateur des affligés par la tendresse de sa charité ; et il verra si on le laisse marcher seul dans la voie des bonnes œuvres ; il verra si même les petites bourses ne rivalisent pas avec les grandes, et ne les surpassent pas quelquefois en libéralité.
Nous avons connu un respectable curé qui crut devoir, dans un cas de pressante nécessité, faire un appel à la générosité de ses paroissiens. 11 s'agissait de fournir à son église tous les vases sacrés
dont elle avait absolument besoin. L*appel du bon pasteur fut entendu du troupeau. De tous côtés, on accourait au presbytère pour y déposer son ofTrande. Une bonne et sainte fdle vint à son tour et remit entre les mains de son curé un sac si bien garni qu'il refusa de le recevoir. Comme il savait que celle qui le donnait était une simple servante, que l'argent contenu dans ce sac était le fruit de ses épargnes, et qu'il ne lui resterait pas ime obole s'il acceptait la totalité de son offrande, il se contenta de prendre dix francs, et rendit le reste à sa généreuse paroissienne ; mais ce fut l'occasion d'un débat animé, d'une lutte vigoureuse et d'un assaut en règle, dans lequel on admirait presque également et la délicatesse du pasteur et la libéralité de la servante. Bref, celle-ci, vaincue par le refus opiniâtre qui lui était fait, ne consentit à reprendre son argent qu'après avoir obtenu la promesse formelle qu'on le lui redemanderait si les cotisations des paroissiens ne suffisaient pas pour payer les vases sacrés que l'on voulait acheter.
— Il se trouve quelquefois chez le pasteur même quelques obstacles àla pratique des bonnes œuvres. Nous voudrionsbienncpointlessignaler, car ils révèlent des dispositions peu honorables pour un ministre de Jésus-Christ. Jiornons-nous à les indiquer.
On laisse à d'autres le zèle des saintes œuvres et l'on s'abstient de les pratiquer soi-même, parce qu'elles demandent de l'activité, du mouvement, des démarches nombreuses et variées, et que l'on ne trouve en soi qu'un fonds de lâcheté, d'apathie et de paresse.
On s'en abstient encore parce qu'elles exigent qu'on s'impose quelques dépenses plus ou moins considérables, et que l'esprit d'intérêt et d'avarice dont on est peut-être animé redoute ces dépenses et les considère comme de petits fléaux.
Ouelquefois aussi, on renonce à ces œuvres parce qu'on craint de n'avoir pas une volonté assez énergique et assez persévérante pour les mener à bonne fin, surtout si elles viennent à être traversées par quelque obstacle imprévu.
D'autres mènent une vie douce, monotone et fort tranquille ; ils roulent paisiblement dans la sphère d'un petit ministère au sein duquel ils n'éprouvent ni soucis, ni agitation, ni secousse ; or, l'ennemi de tout bien ne manque pas de leur faire considérer le zèle des bonnes œuvres comme la source de mille troubles et de mille inquiétudes, et cela suffit pour qu'ils en ajournent indéfmiment la pratique.
On en voit aussi que l'ombre seule de la nouveauté désarçonne et effarouche. Ils n'ont jamais fait telle ou telle œuvre, qui pourtant produirait assurément dans leur paroisse le même bien qu'elle produit dans une multitude d'autres ; c'est assez pour qu'ils repoussent sans balancer la pensée qu'ils ont de s'y appliquer.
Les curés d'un âge un peu avancé refusent aussi d'embrasser les œuvres extraordinaires du zèle, alléguant qu'ils sont trop vieux pour s'en occuper, qu'elles demandent une activité dont ils ne sont plus capables, et qne les travaux indispensables du saint ministère sont bien assez pénibles pour le peu de vigueur qui leur reste encore,
Tels sont les faux-fuyants plus ou moins plausibles à l'aide desquels on décline les plus saintes entreprises, d'où résulteraient avec tant d'abondance la gloire de Dieu et le salut des âmes. On s'endort, on s'étourdit, on s'aveugle, on éteint le foyer du zèle, au lieu d'en entretenir la sainte ardeur, et l'on arrive les mains presque vides aux pieds de celui qui a dit : Igncm veni mitterc in terram, et quid volo nisi ut accendatur ?
— Disons maintenant quelles sont lesbonnes œuvres auxquelles un pasteur zélé doitparticulièrement s'appliquer. On devine aisément que nous n'avons pas l'intention d'«mumérer ici toutes les œuvres de zèle qui se peuvent pratiquer au scindes paroisses. Une telle énumération, si elle était exacte, demanderait un volume entier et non pas un simple chapitre. Nous mettons donc seulement nos vénérables confrères sur la voie, en leur indiquant, comme par forme de vcrbigratiâ, les œuvres principales que nous recommandons spécialement à leur zèle.
— Et d'abord, nous leur conseillerons de s'occuper avec un soin tout particulier de la décoration de leurs églises. Il est certain qu'une église constamment propre et bien décorée fait l'éloge du pasteur. On juge de sa piété, de son désintéressement, de son esprit d'ordre, de sa foi et môme de son zèle pour le bien spirituel de la paroisse, par le zèle pour la maison de Dieu dont on le sait animé. Sans connaître le curé d'une paroisse, on
pourrait dire, presque à coup sûr, à la seule inspectiou de son église, s'il est un prêtre selon le cœur de Dieu.
Le saint prêtre a toujours une église, sinon riche, du moins décente et parfaitement en ordre; en pourrait-on dire autant du prêtre que la piété n'animerait point; du prêtre (s'il en est de tels) mondain, dissipé, intéressé, routinier, amateur du plaisir et de la bonne chère? Ah ! si l'église d'un tel prêtre se faisait remarquer en quelque chose, ne serait-ce point par le désordre et la malpropreté? Donnons donc une haute idée de notre sainteté par un zèle bien marqué pour la maison de Dieu.
Si nos pauvres ressources ne suffisent pas pour l'ornement de cette sainte maison, montrons aux peuples que nous faisons du moins tout ce que nous pouvons, et puis, allons avec confiance les prier de nous venir en aide. S'ils connaissent, et ils ne l'ignoreront pas longtemps, le zèle que nous avons pour la décoration de l'église, les sacrifices que nous faisons, les privations que nous nous imposons pour que le lieu saint soit constamment digne, autant qu'il peut l'être, de la majesté du Dieu qui l'habite , très-certainement l'appel que nous ferons à leur pieuse générosité ne restera pas sans réponse. Les peuples, en général, aiment presque autant que le pasteur lui-même à voir leur église pompeusement décorée, et souvent il n'y a qu'un mot à dire pour obtenir d'eux une coopération active et puissante.
A fœuvre donc, bien-aimés confrères, à l'œuvre ! Yoyons ; inspectons ensemble cette sainte église où vous opérez tous les jours tant de mer-
veilles et des mystères de foi si étonnants et si redoutables (1).
— Et d'abord, arrètons-nons un peu devant ces statues. Elles n'ont pourtant rien qui plaise fort à YœA\; mais c'est précisément pour cela qu'il faut les considérer avec quelque attention. Pourquoi font-elles sourire ou gémir ceux qui les voient, si ce n'est parce qu'elles sont grotesques, inconvenantes et vraiment indignes du poste d'bonneur qu'elles occupent? Vous n'en êtes pas cboqué, vous, vénérable pasteur ; je le conçois, vous les voyez depuis si longtemps que leurs grossières imperfections ne font plus sur vous d'impression désagréable. L'œil qui s'babitue à tout, même à l'obscurité, au point de la prendre pour une demiclarté, l'œil, dis-je, en passant mille et mille fois sur le même sujet, perd peu à peu son exquise délicatesse, et fmit par trouver, sinon beau, du moins passable, ce qui n'est quelquefois rien moins que ridicule. Vous n'êtes donc pas péniblement impressionné, vous, en regardant ces statues ; mais si vous pouviez entendre la critique maligne qu'en font les étrangers et même les confrères qui vous rendent visite, vous vous hâteriez certainement d'opérer sur ce point une importante réforme.
(1) Nous prions nos pieux lecteurs de ne pas prendre en mauvaise part ce que nous allons dire dans le passage suivant, et la manière dont nous allons le dire. Nous sommes loin de vouloir être criticpie pour le vain plaisir de la critique ; mais il est certains abus que l'on détruit quelquefois mieux par une plaisanterie innocente et de bon goût, que par un langage sérieux et austère.
— 4il —
Et CCS tableaux usés de vétusté, qui laissent voir, en plus d'un endroit, par des trous fort peu gracieux, la sale muraille sur laquelle ils sont posés; ces tableaux dont on ne peut plus saisir le sujet, tant ils sont recouverts d'une épaisse poussière; ces tableaux dont vous vous efforcez peutêtre de rehausser le mérite intrinsèque et que vous attribuez même à quelque grand maître, ce qui, au reste, ne peut guère être contesté, puisqu'on ne peut plus voir ce qu'ils représentent; ces tableaux, convenez-en, cher confrère, réclament des successeurs, ou implorent du moins le pinceau de quoique restaurateur habile.
Mais les murailles elles-mêmes sont-elles ce qu'elles doivent être? Si, dans le principe, elles sont sorties blanches des mains du plafonneur, l'humidité les a, depuis, rendues vertes ; la poussière les a rendues noires; en sorte qu'aujourd'hui, on ne peut plus dire laquelle de ces trois couleurs est la dominante.
Et ces vieux bancs que soutiennent mal des pieds vermoulus, et sur lesquels on ne s'assied qu'avec de grandes précautions ; ces bancs inégaux en hauteur, en largeur et en profondeur, qui font gémir ceux qui ne rient pas , n'appellent-ils point aussi des successeurs? n'ont-ils pas fait leur temps et plus que leur temps? Et n'est-il pas vrai qu'ils seraient mieux placés dans le grenier d'un antiquaire que dans la maison de Dieu?
Nons pourrions bien aussi, cher confrère, porter
votre attention sur les dalles de votre église; si
nous faisions un calcul exact, ne trouverions-nous
point autant de pavés manquants que de pavés
présents? Il serait presque à désirer qu'il n'y en eût aucun, ce qui a lieu dans plusieurs églises pauvres, et ce qui pourtant a le grave inconvénient de faire un plancher raboteux, inégal, et sillonné quelquefois par des crevasses assez profondes ; tout cela, disons-le hardiment, demande de promptes et radicales réformes.
Mais que dire des ornements sacrés de quelques églises? Que dire de ces ornements usés, sales, déchirés, rapiécés, qui mériteraient cent fois d'être interdits? Nous avons souvent pensé, cela nous coûte à dire, que telle chape, telle chasuble même, était Beaucoup plus sale que les vêtements du prêtre qui s'en sert tous les jours pour célébrer les saints mystères. Quand ces vêtements sont sales, on les blanchit ou on les nettoie; quand ils sont déchirés, on les raccommode; quand ils sont usés, on les remplace; mais, dans certaines églises, au vu et au su de certains pasteurs négligents, à quel degré de saleté ou de détérioration faut-il que les ornements sacrés soient arrivés, pour qu'on les restaure ou qu'on les remplace !
Que n'aurions-nous pas à dire aussi de ces corporaux en toile grossière, sales, troués, recousus de tous côtés, et si peu dignes de toucher chaque jour le corps sacré du divin Sauveur ! Et ce calice dans la coupe duquel on cherche vainement les traces d'une dorure si généralement et si rigoureusement prescrite ! Et ce ciboire si mesquin, si peu décent, et quelquefois si petit qu'on le prendrait pour une custode ! Et cet ostensoir monté sur un vieux pied de chandelier, jadis argenté ! Que de réformes tout cela réclame, et qu'il serait à plain-
dre le pasteur qui n'en comprendrait pas l'indispensable nécessité ! Sans doute, en bien des endroits, ce sera successivement, et non tout d'un coup, que ces réformes pourront s'opérer ; mais, avec du zèle et de la bonne volonté, on verra bientôt de notables transformations, surtout si, en mettant à contribution la bourse de ses paroissiens, on n'oublie pas d'y mettre la sienne propre.
— A propos de la décoration de l'église, nous voulons recommander spécialement l'embellissement de l'autel de la très-sainte Yierge; et, à ce sujet, nous dirons à tous les pasteurs de paroisse et généralement à tout prêtre : Youlez-vous acquérir la réputation de piété et de ferveur qui fécondera votre ministère? Après avoir établi dans votre âme la dévotion la plus solide à Marie, faites voir que vous aimez cette bonne Mère d'un amour tendre et vraiment filial ; montrez en toute circonstance que vous êtes zélé pour les intérêts de son culte et de sa gloire; ayez à chaque instant son saint nom sur vos lèvres; n'entrez jamais au saint tribunal ou dans la chaire, sans y dire au moins quelques mots de la dévotion à Marie, à vos pénitents ou à vos auditeurs. Après avoir salué Jésus au très-saint Sacrement dans la visite qu'il convient de lui faire chaque jour, ne quittez point l'église sans avoir visité l'autel de Marie, ne fût-ce que pendant le temps d'un Ave Maria, d'un Mémorare ou d'une dizaine de chapelet. En un mot, que toute votre conduite extérieure annonce que vous êtes un enfant de Marie, tout plein d'amour pour votre tendre Mère, et très-certainement vous
jouirez bientôt de la réputation de saint prêtre.
Mais si vous êtes chargé du ministère pastoral, ne vous contentez pas de ce que nous venons de recommander. Usez de toutes les ressources et de toutes les industries de votre zèle pour décorer le mieux possible l'autel de Marie. En demandant au nom de cette divine Mère, vous n'essuierez presque jamais de refus. Demandez donc et ne craignez pas le reproche d'importunité.
Faites toutes les démarches nécessaires pour vous procurer une statue de la très-sainte Vierge ; mais à cet égard soyez difficile et même très-difficile; si votre bon goût vous est suspect, ayez recours à celui des autres. Songez-y, il faut une statue qui dise quelque chose aux pécheurs, qui leur tende les bras avec bonté, qui leur sourie avec tendresse, qui les attire et qui les attache par je ne sais quel charme de céleste piété que bien peu d'artistes savent exprimer dans leurs œuvres. Que l'article de la modestie soit pris en haute considération; ce point n'est pas toujours assez sévèrement observé.
S'il était possible, outre l'autel principal dont nous venons de parler, d'en avoir un autre consacré à Marie souffrante, ce serait une chose bien précieuse. Là on verrait Marie tenant Jésus mort sur ses genoux, ou brisée de douleur et le cœur transpercé d'un glaive. Ce serait l'autel des affligés, et ce ne serait peut-être pas le moins fréquenté.
Quoi qu'il en soit, quand l'autel ou les autels de Marie seront érigés, il faudra que le pasteur en apprenne le chemin à toutes les brebis de son trou-
peau; qu'il leur inspire la plus tendre dévotion à cette bonne Mère, et qu'il rende enfin cette dévotion tellement populaire dans la contrée, qu'elle soit une des marques distinctives de sa paroisse. Fleurs, broderies, tapis même, tout cela s'obtiendra du zèle des dames de la paroisse, s'il y a des dames dans la paroisse, ou de la ville voisine, si l'on est obligé d'aller demander au loin ce que l'on ne trouve pas chez soi.
— Parmi les œuvres importantes dont nous recommandons la pratique dans ce chapitre, nous devons ranger l'établissement de quelques pieuses confréries dont chaque paroisse doit être plus ou moins abondamment pourvue. Toutes les confréries sont assurément bonnes et saintes ; cependant, il faut encore un certain esprit de discernement pour bien choisir celles qui convieiment le mieux à la population dont on est le pasteur. Quand il s'agit de faire le choix, un curé ne doit pas consulter son goût propre, son attrait personnel. Souvent la confrérie que sa piété affectionne tout spécialement n'est pas celle que les peuples préfèrent.
Eu général, on doit choisir les confréries les plus populaires dans la contrée que l'on habite. Celles de la sainte Vierge, il faut le reconnaître, sont les plus accréditées, sous ce rapport. Nous n'en connaissons pas de plus universellement répandue que celle du saint Scapulaire, et nous ne saurions trop recommander de la faire ériger dans toutes les paroisses où elle peut l'être. Quand cette érection ne pourra avoir lieu, il ne faut pas manquer d'engager tous les paroissiens à entrer dans
cette confrérie, en se faisant inscrire sur le registre de l'une des paroisses voisines où elle est établie. Dans plusieurs diocèses on voit de pieux pasteurs conduire processionnellement , chaque année, tous les enfants qui ont fait leur première communion, à la paroisse où le saint Scapulaire est établi ; et rien n'est plus édifiant que de voir ces jeunes agneaux enrôlés, pour toute leur vie, sous les étendards de la divine Bergère.
La confrérie du saint Rosaire est encore fort bonne; mais il nous semble qu'elle est surtout du goût des femmes et même des femmes pieuses. Elle est bien moins populaire que la précédente.
Celle du saint Cœur de Marie, d'institution moderne, et qui produit tous les jours de si merveilleux effets dans l'Église de France, peut aussi être établie avec beaucoup d'avantage. Elle n'astreint pas à des obligations onéreuses, ce qui est un point fort important.
L'adoration perpétuelle, comme elle est établie en quelques diocèses, est aussi une confrérie infiniment précieuse. Chaque paroisse choisit un mois de l'année qu'elle consacre spécialement à Jésus- Christ dans l'Eucharistie. Ce mois prend le nom de Mois d'adoration. Tous les pieux paroissiens choisissent pendant ce mois l'heure qui leur convient, se font inscrire sur le registre de la confrérie, et quand cette heure est venue, ils la passent en adoration devant le très-saint sacrement. Dans les diocèses où cette institution existe, on voit pendant le mois d'adoration autant d'aftluence à la sainte table que pendant le temps pascal (1).
(1) Si quelques cuic^s désiraiout avoir des renseignements
La confrérie du Sacré-Cœur, si admirable dans son ol)jct, peut encore être établie avec beaucoup d'avantage , surtout pour la classe pieuse ; car , malheureusement, le gros des pécheurs ne sait pas apprécier la délicatesse de l'amour dont le cœur de Jésus est le vaste et inépuisable foyer. Au reste, c'est à chaque curé à voir ce qui convient le mieux à la paroisse qu'il administre ; mais im point que nous ne manquerons pas de signaler, c'est de cultiver constamment les confréries que l'on a érigées.
Souvent, on voit un pasteur épris d'un beau zèle, ériger dans sa paroisse une pieuse confrérie avec grand déploiement de pompe et de solennité. C'est pour lui et pour toute la paroisse un jour de bonheur, un vrai jour de fête. Le registre de la confrérie est à peine ouvert que les flots de confrères et de consœurs viennent se faire inscrire. Beau début ! magnifique début ! mais, hélas ! trop souvent, début sans progrès ! Faute d'être entretenu par le curé, le feu de la confrérie va tous les jours s'éteignant, et quelquefois, dès la seconde année, trois mois, six mois même s'écoulent sans qu'un nouveau confrère vienne se faire inscrire. Entretenons donc nos confréries; faisons-en ressortir les grands avantages, et ne laissons pas l'œuvre de Dieu périr entre nos mains.
— Nous voudrionsbien dire unmot de cespieuses associations, connues en certains lieux sous le titre
sur cette précieuse confrérie, ils pourraient s'en procurer auprès de quelques ecclésiastiques du diocèse de Coutances, et, plus spécialement, dans la partie de ce diocèse qui formait autrefois l'ancien diocèse d'Avranclies.
de Confréries, et en d'autres, sous celui de Congrégations. Tous les huit ou quinze jours, il se fait en quelques chapelles particulières une réunion nombreuse au sein de laquelle on récite quelques prières, avec accompagnement de cantiques ; après quoi, le directeur fait une instruction appropriée aux besoins spirituels de ses auditeurs, et le tout se termine par la bénédiction du saint ciboire. Nous avojis été plusieurs fois témoin des fruits excellents de ces sortes d'institutions. Rien ne serait plus avantageux pour une paroisse que d'être pourvue de deux congrégations de cette nature ; l'une pour les hommes, et l'autre pour les femmes. Un jour, un curé pieux, intelligent et fort zélé, nous dit qu'ayant été envoyé par son évéque dans une grande paroisse, qui depuis dix-huit ans éiîiit sans pasteur, il y avait opéré de petits prodiges au moyen d'une congrégation de jeunes personnes qu'il y avait établie. Avant son arrivée dans cette paroisse, on voyait tous les dimanches des danses fort peu édifiantes, pour ne pas dire scandaleuses ; et, sans rien dire ouvertement contre ces danses, il les fit complètement disparaître, en enrôlant l'une après Fautre, sans bruit ni éclat, toutes les jeunes personnes de sa paroisse dans la congrégation de Marie. Nous pouvons affirmer que tout pasteur habile et zélé qui formera une association de cette nature au sein de son troupeau, y puisera des consolations douces et abondantes
— Il est une œuvre, d'institution moderne, qui produit déjà dos fruits de salut considérables et que nous croyons devoir recommander tout spé-
cialemont h nos lecteurs, C'est une associalion Vie dames qui s'est formée en 1849 sons le patronage de la sainte Vierge et de saint Joseph. Elle a pris la dénomination de Notre-Dame des bons livres. Son but est d'empêcher, autant que possible, les mauvaises lectures et de propager les bonnes, par rétablissement de bibliothèques catholiques,
Cette œuvre est déjà fort répandue ; elle est approuvée et recommandée par un grand nombre d'évêques ; et le souverain Pontife a voulu luimême donner à cette association une preuve solennelle de sa haute estime en accordant à ceux qui réciteraient chaque jour le Pater, VAve et le Credo pour l'extension de l'œuvre, une indulgence plénière chaque mois ; et à ceux qui réciteraient les mêmes prières à la même fm, une indulgence de trois cents jours que l'on peut gagner une fois chaque jour (1).
— Autant nous sommes heureux, en entrant dans une église, d'y voir le Via crucis établi, autant nous regrettons de chercher vainement de l'œil les quatorze signes de cette dévotion si féconde en grâces et en trésors spirituels. Que l'on considère les nombreuses indulgences que l'on peut gagner pour soi-même et pour les âmes du purgatoire, et la facilité avec laquelle elles peuvent être gagnées, et l'enverra si l'on ne doit pas s'imposer de grand cœur un petit sacrifice pour doter sa paroisse d'une institution si précieuse.
(1) On pourra se procurer une notice détailli^e sur cette association chez Mazeau, libraire à Nantes.
Exposez aux peuples les immenses avantages qu'elle procure ; touchez avec délicatesse cette fibre du cœur si sensible, quand on fait descendre ses auditeurs dans les cachots brûlants de la justice de Dieu, pour y considérer le triste état de leurs parents et de leurs amis ; puis, ouvrez une souscription pour l'achat des tableaux, et placezvous en tète de cette souscription avec un chiffre assez rond à la suite de votre nom ; vous verrez si, partout, vous ne pourrez pas réaliser cette bonne œuvre.
Quand elle sera établie, ne la laissez pas tomber en désuétude, comme il arrive si souvent ; ravivez fréquemment la ferveur de cette dévotion ; imposez-en la pratique pour pénitence au saint tribunal ; faites publiquement après vêpres, une fois le mois par exemple, le chemin de la croix, et n'imitez pas un grand nombre d'ecclésiastiques qui recommandent beaucoup ce saint exercice, mais qui ne le pratiquent presque jamais euxmêmes.
— A l'égard du chemin de la croix, comme à l'égard de toute confrérie, nous croyons devoir faire une observation fort importante. Cette observation est relative au titre officiel et parfaitement en règle qui doit attester l'authenticité de l'érection du chemin de la croix ou de la confrérie, titre qui doit se conserver dans les archives de l'église. Souvent des formalités essentielles ont été omises lors de l'érection ; et souvent aussi le procès-verbal qui fut rédigé, ou qu'on présume l'avoir été, a complètement disparu. C'est donc au curé de chaque pa-
roisse à voir si toutes ces confréries sont validemcnt érigées, et si les pieux fidèles gagnent effectivement les indulgences qu'ils croient gagner. La chose est si importante, que l'on aurait grand tort, ce nous semble, de ne pas faire sur ce point une sérieuse enquête.
Quelquefois on croira pouvoir s'en dispenser, présumant charitablement que le curé auquel on a succédé n'a pas manqué de remplir toutes les formalités requises ; mais l'expérience a prouvé plus d'une fois qu'il était fort à propos de ne pas pousser la charité aussi loin, et qu'il était toujours bien plus prudent de s'assurer par soi-même si tout était en règle.
— L'œuvre des œuvres , quand on veut procurer immédiatement et à coup sur le salut des pécheurs, c'est l'œuvre des missions. Nous sommes tellement convaincu de la vérité de cette proposition, que l'ombre même d'un doute ne peut, à cet égard, entrer dans notre esprit. Nous prions, nous supplions, nous conjurons nos vénérables confrères, les mains jointes et à genoux, aux pieds de Jésus en croix, de déposer leurs injustes préventions, s'ils en ont contre les missions, et d'en procurer seulement une à la paroisse qu'ils gouvernent ; ils verront dès ce monde, mais bien mieux encore en l'autre, combien de pécheurs auront été sauvés par cette œuvre sainte ; ils verront combien de Lazares qu'ils cro3'aient vivants, étaient morts et corrompus depuis plus de trente années peut-être au fond de leur tombeau, et n'ont du leur résurrection qu'à la misssion qu'ils leur ont procurée.
Ici encore nous dirons, le flambeau de Texpérience à la main, que si l'on a du zèle, beaucoup de zèle, on trouvera toujours les fonds nécessaires pour les frais qu'exige une mission. L'œuvre est généralement réputée si glorieuse à Dieu et si utile aux pécheurs, que toutes les bonnes âmes se font une joie de contribuer aux frais qu'elle occasionne, et que, comme nous l'avons vu souvent, elles sont les premières quelquefois à stimuler sur ce point le zèle de leur pasteur.
Qu'il serait beau de voirim vénérable curé s'imposer quelques sacrifices, se priver de certaines choses dont il peut se passer, pour se trouver, au bout d'un certain temps, en mesure de procurer à son troupeau l'inestimable bienfait d'une mission ! Nous savons qu'il en est, et plus d'un, qui font ce que nous recommandons ici. Que le Dieu des miséricordes les bénisse, ces dignes pasteurs , qui méritent si bien de conduire le troupeau de Jésus!
Quand une mission aura été donnée dans une paroisse, nous ne saurions trop recommander aux curés, aux vicaires, et généralement à tous les prêtres de la contrée, d'en seconder et d'en perpétuer les fruits. On se plaint quelquefois du peu de durée de ces fruits, et, chose étonnante ! on rejette sur les missions, qui en sont fort innocentes, un mal que l'on devrait s'attribuer à soi-même. Rappelez souvent cette mission que le démon s'efforce de faire oublier ; rappelez les belles et touchantes cérémonies qui firent pousser tant de soupirs et verser tant de larmes; rappelez les généreuses promesses, faites publiquement et par acclamation, de servir Dieu fidèlement jusqu'à la fin de la vie. Si
— io3 —
VOUS le pouvez, engagez un des missionnaires qui remua tant de cœurs, à venir raviver les sources de la ferveur ; en un mot, usez de tous les moyens en votre pouvoir pour consolider de plus en plus les efTetsde cette œuvre sainte, et convainquez-vous bien que jamais vous ne procurerez plus abondamment la gloire de Dieu elle salut des âmes que par une mission.
Avant d'en finir avec cette matière si importante, .nous tenons à faire connaître une œuvre aussi peu répandue qu'elle mériterait de Fétre beaucoup. Nous avons trouvé, dans nos excursions apostoliques, une paroisse dans laquelle il y avait une mission établie par fondation. Un pieux fidèle, appréciant à sa juste valeur le prix de cette bonne œuvre, eut l'heureuse inspiration de l'établir à perpétuité dans la paroisse qu'il habitait. Après s'être informé des frais qu'occasionnait communément une mission , il donna une certaine somme qui fut placée sur l'Etat, et dont les intérêts, annuellement reçus et successivement cumulés, suffisaient pour assurer tous les dix ans une mission à sa paroisse. Heureuse et sainte idée qui vaudra, nous n'en doutons pas, d'abondantes et éternelles bénédictions à celui qui l'a conçue (1) !
(1) Sans retrancher un mot de ce que nous avons dit sur les grands avantages des missions, en (jéncral, nous avouerons pourtant qu'il y a, dans certaines contrées, une inunoralité si profonde, une impiété si répandue, un mépris de la religion si prononcé, que les missions n'y produiraient aucun fruit, et peut-être même y occasionneraient du désordre. C'est à chaque curé qu'il api)arlient déjuger si cette oiuvrc de zèle convient ou non à la paroisse qu'il gouverne.
— Que n'aurions-nous pas à dire sur Tarticle si important clos écoles pourrinstruction tics enfants î Nous en dirons cependant fort peu de chose, pour deux raisons : d'abord, parce que cette œuvre et tout ce qui s'y rattache est universellement appréciée de MM. les curés; ensuite, parce que ce nous avons dit au chapitre VJI en traitant des rapports du curé avec les instituteurs et institutrices, suffit pour stimuler le zèle pastoral.
Nous recommanderons pourtant tout spécialement de choisir, autant que possible, pour maîtres et maîtresses d'école, des membres de quelques congrégations éiabWeb ad hoc . Jamais, quel que soit le mérite d'un instituteur séculier, il ne tiendra les enfants ni ne les instruira comme celui qui appartiendra à une société religieuse et qui se sera consacré par vœu à l'éducation de l'enfance. C'est quand il s'agira des écoles qu'un curé reconnaîtra combien il lui importe, ou plutôt combien il importe au bien de la paroisse, qu'il règne entre le presbytère et la mairie une harmonie parfaite. Pour éviter les redites, nous renvoyons le lecteur au chapitre VII et au chapitre YIII.
— Notre siècle a vu et voit encore tous les jours éclore, en quelque sorte, des œuvres admirables, sous la cbaude influence de la charité ciu'étienne. On devine que je veux parler des salles d'asile, des crèches, des sociétés de Saint-Yiuccnt de Paul, de Saint-François Régis, etc. Tout retentit en France du bruit de ces saiiites inslilutions, qui font vraiment la gloire de noire patrie. Sans doute, ces œuvres ne peuvent pas s'établir dan? toutes les parois-
ses ; mais quand on croira pouvoir les y introduire, on devra se réjouir au fond de l'àme en pensant aux fruits merveilleux qui en seront le résultat.
— Et les pauvres malades, oublierons-nous, en parlant des bonnes œuvres, de recommander celles qui leur procureront le soulagement et l'assistance que leurs douleurs réclament? Toute localité, tant soit peu importante, devrait avoir sa sœur de charité; mais comme il est une foule de paroisses où il n'est pas possible de s'en procurer ; et comme, là même où elles sont établies, elles ne peuvent passer auprès des malades un temps considérable, nous croyons devoir appeler l'attention de MM. les curés sur l'œuvre si utile des garde-malades.
Pendant longtemps, Paris seul a possédé une congrégation de cette nature ; mais nous voyons avec beaucoup de plaisir que l'exemple de la capitale a été saintement contagieux à l'égard de la province. Dans plusieurs diocèses, il s'est formé des sociétés religieuses de garde-malades, et nous avons appris qu'elles faisaient partout un bien considérable.
Au reste, nous pensons qu'un curé qui saura bien s'y prendre pourra souvent transformer en garde-malades plusieurs de ses pieuses paroissiennes ; qu'il fasse bien ressortir l'importance de cette œuvre; qu'il expose les récompenses abondantes auxquelles doivent s'attendre ceux qui les pratiquent; qu'il dise ce que le Dieu delà charité, qui a promis de rémunérer le verre d'eau froide, fera pour la pieuse fille ou l'humble dame qui viendra passer de longues heures et faire ses petits travaux au chevet d'un malade souffrant et délaissé ;
qu'il dise et fasse tout cela, et tant d'autres choses que lui suggérera son zèle, et très-certainement il aura du succès et goûtera des consolations au delà de ses espérances.
— Quant à ce qui regarde les pauvres en général, il va sans dire qu'ils seront l'objet tout particulier delà sollicitude pastorale. N'oublions jamais que le titre de père des pauvres est, aux yeux des peuples, ce qu'il y a de plus honorable pour le prêtre qui a su le conquérir par l'abondance de ses aumônes. S'il est vrai, comme on ne saurait en douter, puisque c'est l'Esprit-Saint lui-même qui nous le déclare, que V aumône couvre, devant Dieu, une multitude de péchés , on peut dire qu'elle produit devant les hommes un efîet semblable, et que tel prêtre qui serait jugé avec beaucoup de sévérité parles peuples, sur certains points, ne rencontre chez eux qu'une bienveillante indulgence, quand ces petites misères sont sous le patronage de son désintéressement et de sa charité.
Donnons, donnons beaucoup aux pauvres, bienaimés confrères; inventons des œuvres qui puissent leur être avantageuses; n'allons jamais chez le riche sans y plaider la cause de l'indigent. Faisons souvent ressortir, en public et en particulier, les heureux effets de l'aumône, non-seulement pour celui à qui elle est faite, mais encore, et surtout, pour celui qui la fait. Engageons les riches à avoir dans leur maison un tronc ou une petite cassette qui sera le trésor des pauvres ; pressonsles de déposer souvent dans cette cassette la somme qu'ils seraient tentés de dépenser en achats de vai-
nés supcrfluités ; rccommandons-leiir crhabituer , dès le plus bas âge, leurs petits enfants à laisser tomber dans ce tronc de famille une partie de ce qu'ils reçoivent pour leurs menus plaisirs, recommandons à ces mêmes parents de cultiver beaucoup leurs enfants sous le rapport de l'aumône, et de les habituer à la distribuer eux-mêmes.
Nous avons vu quelquefois avec une grande édification des dames fort distinguées s'appliquer presque constamment à travailler pour les pauvres. Non-seulement elles achetaient ou faisaient fabriquer des étoffes grossières, dentelles voulaient les vêtir; mais elles tenaient à confectionner ellesmêmes les vêtements qui devaient couvrir les membres souffrants de Jésus-Christ, et elles donnaient ainsi dans toute la contrée un saint exemple qui leur attirait des bénédictions universelles. Tout ce que nous venons d'indiquer doit être recommandé fréquemment par un pasteur zélé aux personnes aisées de sa paroisse.
Il est encore une chose trop négligée en bien des localités, et qui est cependant excellente; c'est de presser et de presser vivement les personnes riches de visiter elles-mêmes les pauvres dans leurs tristes réduits. On ne se figure pas dans le grand monde combien la détresse est grande et le dénùmcnt absolu dans certains ménages d'indigents. Tout ce que nous en pouvons dire dans nos discours n'en donne qu'une faible idée, et souvent même l'auditeur traite secrètement d'éloquentes exagérations ce qui n'est pourtant que trop réel. Mais quand un grand du monde quitte sa riche habitation pour visiter Fasile du pauvre; quand IV. 26
une dame qui ne manque de rien chez elle, visite l'indigent qui manque de tout, même quelquefois du nécessaire, il est impossible qu'elle ne soit pas vivement frappée du contraste ; l'impression qu'elle éprouve est profonde, et l'expérience prouve qu'une émotion stérile n'est pas l'unique résultat de cette charitable visite.
— Ce que nous venons de recommander relati* vement aux pauvres nous rappelle une tonne œuvre dont Dieu inspira un jour la pensée à un curé de notre diocèse, et qu'il bénit si pleinement qu'elle s'exécuta sur-le-champ avec une étonnante facilité.
Comme il lisait un dimanche à ses paroissiens le nouveau tarif des oblations que venait de publier notre digne évéque, il interrompit quelques instants sa lecture après l'article des inhumations, et il dit tout simplement : « Yous voyez, mes frè- )» res, que d'après ce que vous venez d'entendre, » les pauvres dont la famille ne peut faire dire )) une messe le jour de leur inhumation, sont en- » terrés sans recevoir ce secours spirituel qui leur )) serait souvent si nécessaire. Ne murmurez pas » à l'occasion de ceci contre l'autorité ecclésiasti- » tique. Nos seigneurs les évéques qui savent com- » bien sont modiques les revenus d'une multitude » de curés, ne peuvent pas leur imposer l'obli- » gation rigoureuse de renoncer, en telle ou telle » circonstance, aux honoraires des messes qui les » font vivre. Ce serait une charge très-onéreuse, » surtout dans certaines paroisses où les indigents » sont en grand nombre. Quant à ce qui regarde le
» troupeau dont ladirection spirituelle m*est confiée, » je pourrais sans doute faire acte de générosité à » regard des pauvres dont les parents ne peuvent » payer l'honoraire d'une messe au jour de leur » décès. Je vous assure, mes frères, que ce serait » avec un grand plaisir que je m'imposerais cette » petite charge; mais je suis retenu, je l'avoue, )) par la crainte de nuire à mes successeurs. Les » usages qu'adopte un curé lient toujours plus » ou moins ceux qui lui succèdent ; et souvent, )) quand, par une cause quelconque, ils ne peu- » vent perpétuer l'usage établi par leur prédéces- » seur, ils s'attirent des reproches et des murmu- » res quelquefois bien injustes, qui nuisent au » succès de leur divin ministère. Et cependant, » mes frères, je voudrais bien que nos pauvres » (car ce sont les nôtres), ne fussent pas privés du » saint sacrifice de la messe au jour de leurs funé- » railles. Pour qu'il en soit ainsi, voici ce que Dieu » m'a inspiré dans sa tendre miséricorde. J'ai voulu » voir à combien reviendrait la fondation qui assu- » rerait à perpétuité une messe pour chacun de nos » pauvres, au jour de son décès, et j'ai acquis la » conviction que ce but si désirable pourrait être » atteint avec la modique somme de six cents franc s. » Je ne crois pas me tromper, mes frères, en pen- » sant que plusieurs d'entre vous riv ah seront de » zèle et d'empressement pour concourir au succès » d'une œuvre si éminemment charitable. »
Le lendemain, il recevait un rouleau de six cents francs d'une dame pieuse de la paroisse, et depuis plusieurs années, la fondation est solidement établie et produit les plus heureux fruits.
'^— Nous ne voulons pas terminer oe oliapître sans indiquer encore une œuvre de zèle éminemment utile, et qui pourrait parfaitement s'établir dans plusieurs paroisses comme elle Test dans celle où nous avons eu le bonheur de la voir fonctionner. 11 existe, dans cette paroisse, une société de dames pieuses qui se sont réunies pour se consacrer toute leur vie à l'instruction des enfants. Voulant faire un bien complet dans la localité qu'elles. habitent, elles ont établi une école gratuite d'adultes qu'elles appellent École dominicale, parce que c'est le dimanche qu'elles la tiennent. Une heure avant les vêpres, elles réunissent les jeunes personnes de la paroisse qui ne peuvent venir que ce jour-là, à cause des travaux de la semaine. Pendant une partie du temps de la classe, on s'applique à compléter leur instruction, sous le triple rapport de la lecture, de l'écriture et du calcul; puis on leur fait un cours religieux dans lequel on leur rappelle et on leur explique la doctrine chrétienne avec accompagnement de pieuses exhortations et de sages conseils.
On ne se figure pas les heureux effets que produit une telle institution. Dans plusieurs paroisses, on pourrait facilement établir une école pareille pour les jeunes gens; et cette école, toute gratuite bien entendu , serait certainement fréquentée. Nous recommandons spécialement à MM. les curés cette œuvre de zèle.