IV
Du reste, nous allons faire clans ce dernier chapitre, sous forme d'avis, les recommandations que nous croyons les plus utiles aux catéchistes, aux prédicateurs et aux confesseurs.
AVIS AUX CATECHISTES
— Commencez par vous bien convaincre de l'extrême importance des fonctions du catéchiste ; jamais, dans votre vie de prêtre, vous n'en remplirez d'aussi utiles. Gardez-vous bien de regarder cet emploi comme une fonction de second ordre, et d'en faire peu de cas, parce qu'il n'a pas le brillant de la prédication, et qu'en l'exerçant vous n'êtes en rapport qu'avec des enfants qui n'apprécient pas la hauteur de vos talents. Un prêtre qni penserait de la sorte et agirait en conséquence, n'aurait pas la première notion du vrai zèle et devrait s'attendre à un jugement terrible au tribunal de Dieu.
— N'oubliez jamais que l'ignorance est le fléau de la religion. Elle n'est presque toujours, cette sainte religion, attaquée par les uns, abandonnée par les autres, lâchement pratiquée par le grand nombre, que parce que la première instruction de ces infortunés, l'instruction catéchistique, a été incomplète et négligée. Les catéchismes parfaitement faits, sont des semences de vertu pour tonte la vie et une pépinière de remords pour ceux qui sont tentés plus tard d'abandonner les voies du salut.
— La paroisse où vous exercez le saint minis-
tère et sur l'état de laquelle vous gémissez si profondément , n'est peut-être susceptible de régénération que par le moyen des catéchismes. Les anciens n'ont pas eu d'instruction religieuse, malheur effroyable ! Vos sermons ne la leur donneront pas, cette instruction ; vos catéchismes, ils les dédaignent. Le faîte de l'édifice est ruiné ; reconstruisez-le par sa base. Les enfants ! les enfants ! voilà le grand espoir pour l'avenir. Instruisez-les donc dans de bons et d'excellents catéchismes.
— Seront-ils bons, ces catéchismes, si vous ne les préparez pas ? Pour les faire utilement, ils demandent certainement plus de travail que les prônes, quoique pourtant ceux-ci, pour être bien faits, exigent du temps, de l'étude et de l'application. 0 pitié ! Parce qu'on ne doit parler qu'à des enfants, on arrive jusqu'au moment du catéchisme sans y avoir pensé ; plein de confiance en une certaine facilité d'élocution, on donne des mots pour des choses, et les pauvres enfants qui se croient nourris, s'en retournent à jeun.
— Voulez-vous faire le catéchisme avec goût et presque infailliblement avec fruit ? Aimez beaucoup ce divin ministère : si vous ne l'aimez pas naturellement , priez Dieu par l'intercession de Marie qu'il vous le fasse aimer. Aimez aussi les enfants ; oh ! aimez-les tendrement en Dieu et pour Dieu. Vous savez si Jésus les aimait ! Ils vous aimeront si vous les aimez ; il ne faudra pas les punir pour vous les envoyer ; ils viendront d'eux-mêmes, et s'il y a de leur cœur au vôtre un
flux et un reflux de divine charité, oh ! les bons catéchismes que vous ferez à ces petits enfants ! Nous donnons si volontiers nos soins à ceux que nous aimons ! nous nous imposons tant de peines, de fatigues et de travaux pour arracher à un grand malheur ceux qui nous sont chers !
— Soyez assez sérieux et assez grave avec les enfants pour n'avoir pas besoin d'être sévère. Ayez assez d'autorité pour les contenir, et beaucoup de douceur pour les attirer et les gagner. Rien de plus subtil que les enfants et les écoliers pour découvrir, dés le premier jour, le fort et le faible de celui qui les instruit. Vingt fois nous avons été frappé de ce fait, dont nous avons peine à nous rendre bien compte ; mais enfin , c'est un fait. Qui que vous soyez, je vous le prédis, les enfants verront, dès le premier catéchisme, s'ils peuvent être ou non dissipés, désobéissants, paresseux, etc. Attention donc, pour vous composer de manière que, dès la première séance, ils voient clairement qu'ils seront obligés d'être attentifs, obéissants, laborieux, etc.
— Que votre fond soit la bonté. Qu'on sache, à n'en pas douter, que vous aimez votre petit troupeau et que votre grand bonheur est d'être avec lui. Dites-le souvent et, faites mieux encore, prouvez par un grand zèle pour le catéchisme, que vos paroles sont sincères. Quand vous ferez une réprimande, allez jusqu'où il est nécessaire pour qu'elle produise reffct que vous voulez obtenir, mais pas un degré de plus ; et même, en faisant
cette réprimande, laissez voir que la bonté est toujours au fond de votre cœur, et que si votre sévérité l'a couverte d'un léger voile, elle ne l'a pas détrônée et violemment expulsée.
— Jamais un mot grossier ; jamais de trivialité choquante ; jamais de plaisanterie boufTonne. Ne nous contentons pas d'aimer les enfants ; traitonsles avec une sorte de respect affectueux. Le tutoiement est déplacé. Quelle que soit la faute commise, n'allons jamais jusqu'à frapper le coupable, et ne commettons pas une faute plus grave que celle que nous voulons punir. Les suites d'une punition de cette nature sont quelquefois bien fâcheuses pour la religion et pour ses ministres.
— Faites apprendre à tous vos enfants la lettre du catéchisme ; c'est bien plus important qu'on ne le pense communément. Il faut même, autant que possible, exiger que l'on sache toutes les leçons du catéchisme, de manière à les réciter imperLurbablcment et presque sans faute. Cela se grave dans la mémoire ; et si, étant enfant, on récite les leçons machinalement et sans réflexion, plus tard il en est autrement; aidé de la raison, on s'appesantit davantage sur une foule de points de la doctrine chrétienne qui sont rappelés à l'esprit par de longs passages du catéchisme dont on se souvient encore. N'oublions pas cette importante recommandation.
— Soyez aussi clair que possible dans vos explications, et ne laissez pas passer un seul mot du
catéchisme sans vous attacher h le faire parfaitement comprendre. Tâchez, s'il se peut, d'oublier que vous savez vous-même les choses à expliquer, et supposant que vous les ignorez, cherchez-en le sens avec vos enfants. Demandez-vous souvent à vousmême, en lisant les endroits les plus clairs du catéchisme, si une intelligence bornée ne pourrait pas encore y trouver quelque chose d'obscur ou d'ambigu. Si vous ne faites pas cela, vous croirez instruire et vous n'instruirez point; du moins votre enseignement sera défectueux et incomplet. Que de catéchistes croient à tort que les enfants doivent comprendre parce qu'ils comprennent eux-mêmes !
— Assurez- /ous par les meilleurs moyens que vous connaîtrez, que vos explications sont bien comprises de tous vos enfants, et ne passez pas à d'autres points sans être bien sur qu'il ne reste plus d'obscurité dans les esprits sur celui qui vient d'être expliqua. Pour savoir s'il en est aiusi, ne vous contentez pas d'interroger quelques enfants très-instruits ; adressez-vous bien plutôt à ceux dont l'intelligence est peu développée. Variez les expressions dont vous vous servirez pour les interroger ; ce sera le même sens, mais, comme ce ne seront pas les mêmes paroles, vous verrez si le sens est bien compris.
— Avis très-important et que nous voudrions graver en gros caractères à chaque page du catéchisme, pour que le prêtre qui l'explique l'eût constamment sous ses yeux : Pariez peu, et faites parler beaucoup. Presque tous les catéchistes sont
de grands parleurs; c'est un abus du premier ordre. Croyez-vous, de bonne foi, que vos petits enfants vous suivent pas à pas dans cette longue enfilade de mots et de phrases où vous cessez d'être catéchiste pour devenir prédicateur? Pensez-vous que ces petits esprits qui n'ont pas, qui ne peuvent pas avoir encore de portée, vont suivre et comprendre vos longs arguments et vos interminables démonstrations? Ne voyez-vous pas à leurs gestes, à leurs manières, à leurs sourires et peut-être aux niches qu'ils se font les uns aux autres, qu'ils sont occupés d'autre chose que de vos explications ? Voulezvous rappeler leur attention? Rien de plus aisé. Suspendez vos longs détails et arrivez subitement à une question sans dire encore à qui vous allez l'adresser. Aussitôt vous allez voir toutes les têtes se dresser ; plus de chuchotements, plus de dissipation, plus de marque de légèreté ou d'ennui : silence complet. Pourquoi? Parce que chacun craint d'être obligé de parler à son tour.
Mais enfin, direz-vous, faut-il donc nous taire et faire seulement acte de présence au milieu de ces enfants ? Non ; mais il faut parler beaucoup moins que vous ne faites, et seulement pour rectifier ce qu'il y a d'inexact dans les réponses de vos enfants. Il n'y a pas une seule de vos longues et inutiles explications qui ne puisse être faite très-utilement en la démembrant article par article, et en faisant de chaque article la matière d'autant de questions auxquelles vous ob jgerez vos enfants de répondre. Cela les tiendra constamment attentifs et exercera merveilleusement leur intelligence. Donc, nous le redisons : Parlez peu, et faites parler beaucoup.
— Excitez rémulation par tous les moyens en votre pouvoir. Etablissez des places d'honneur ; — donnez des bons points ; — promettez des récompenses ; — faites argumenter les enfants les uns contre les autres sur un point que vous voulez éclaircir et faire bien comprendre ; — annoncez une récompense au vainqueur. Rien n'est puissant comme Fémulation sur l'esprit des enfants.
— Ayez un choix bien fait de traits historiques intéressants et édifiants. Il faut que les enfants soient habitués à écouter avec plaisir tout ce que vous racontez ; car alors ils s'attendront à quelque chose de nouveau et de piquant qui excitera leur curiosité. Dites-leur, dès le commencement du catéchisme, ou lorsque vous les voyez un peu moins recueillis, que vous avez une belle histoire à leur raconter, mais qu'il faut pour cela qu'ils soient trèsattentifs jusqu'à la fm. Placez cette histoire après la petite exhortation morale qui ne doit jamais être omise, et qui doit être naturellement déduite de la leçon qui vient d'être expliquée. Faites cette exhortation avec un ton paternel et onctueux, et n'oubliez pas de convaincre de plus en plus vos enfants que vous leur portez un intérêt qui s'accroît encore chaque jour.
— Ne négligez pas les cantiques; cela plaît aux enfants ; cela les électrise et les empêche de penser à se dissiper. Tachez qu'ils en sachent im grand nombre par cœur ; ils les chanteront au lieu de mauvivises chansons, et cela édifiera la paroisse. Réunissez-les de temps en temps au presbytère ou
ailleurs pour leur apprendre à bien chanter. Faites chanter tout le monde, excepté ceux qui ont la voix fausse et qui troubleraient les autres; ne faites chanter que des cantiques dont l'air est facile à apprendre. En général, on devrait rejeter, et bannir même des recueils de cantiques, ceux que le peuple n'apprend pas avec une grande facilité. Les cantiques sont faits pour les masses, et non pour quelques voix privilégiées qui ne donnent aucun élan à la multitude.
— Concertez-vous avec les instituteurs et les institutrices, pour que vous ayez en eux des collaborateurs zélés. Dites-leur souvent d'insister sur le catéchisme avec un soin tout particulier. Démontrezleur l'importance extrême de l'instruction religieuse des enfants. Souvent l'instituteur compte, à cet égard, sur M. le curé, ebM. le curé compte un peu sur l'instituteur; c'est un écueil qu'il faut éviter. Que chacun travaille à instruire les enfants comme s'il était seul chargé de cette tâche. Jamais les enfants ne seront trop instruits de leur religion.
— Enfin étudiez, et étudiez à fond la méthode de Saint-Sulpice pour bien faire le catéchisme. Nous n'avons rien de meilleur que cette méthode. Ne vous effrayez pas de sa longueur et de sa complication apparente ; quand vous la comprendrez bien, vous ne la trouverez pas difticile. Au reste, s'il y a des points que vous ne puissiez observer dans voire paroisse, n'en soyez pas inquiet. Si vous pouvez établir des catéchismes de persévérance pour affermir dans la vertu les enfants qui ont fait leur